Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Libération" du 6 octobre 2009, sur la place donnée au Parlement par la réforme constitutionnelle, sur la réforme des collectivités territoriales et l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Libération" du 6 octobre 2009, sur la place donnée au Parlement par la réforme constitutionnelle, sur la réforme des collectivités territoriales et l'identité nationale.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : - «Au sein de la majorité il n'y a pas de contre-pouvoirs», déclarait récemment François Fillon. Vous êtes-vous senti visé?

Non, car j'ai été le premier à dire que le Parlement n'est pas un contre-pouvoir. C'est un pouvoir, tout simplement. Et la réforme constitutionnelle voulue par Nicolas Sarkozy renforce les pouvoirs du Parlement.

- Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, estime que l'équilibre des pouvoirs de la Ve République n'a pas été changé par la réforme constitutionnelle. Est-ce votre avis ?

J'ai une analyse totalement différente. Nicolas Sarkozy incarne une nouvelle façon d'exercer le mandat présidentiel en centralisant à son niveau l'essentiel des décisions. François Fillon avait lui-même, dans un livre, théorisé cette nouvelle donne institutionnelle. Il y a bel et bien eu une réforme profonde de nos institutions qui nous donne à nous, députés, de nouveaux outils. Soit nous utilisons ces nouveaux outils à notre disposition, soit nous n'en faisons rien et ce sera tant pis pour le Parlement et la démocratie.

- Accoyer ne veut pas retomber dans «les malheurs» de la IVe République...

Mais il n'y a strictement aucun risque ! Sous les IIIe et IVe République, il n'y avait pas de président de la République au sens que l'on connaît aujourd'hui. L'impulsion ne venait pas de l'exécutif et la durée des gouvernements était inférieure à cinq mois.

- Pourquoi avoir si vivement protesté quand le ministre Eric Besson a refusé de prendre les décrets d'application relatifs aux tests ADN ?

C'était un rappel au règlement. Même si je n'ai jamais été très favorable à ces tests, j'ai réagi très fortement pour que chacun comprenne que les temps ont changé. La réforme constitutionnelle voulue par le chef de l'Etat nous oblige. On ne peut pas passer les lois par pertes et profits.

- Comment faire pour résorber la dette publique ?

Je préconise la réduction drastique des dépenses publiques inutiles qui ne sont rien d'autre que de très gros gaspillages. Par exemple, je reste convaincu qu'il faudra fusionner les conseils généraux et les conseil régionaux.

- Mais il n'y a pas de majorité, dans votre propre camp, pour la disparition des départements. A quoi bon défendre cette fusion ?

Sur ce sujet, à Paris, je suis peut-être très minoritaire, c'est vrai. Mais, chaque semaine, je vais en région avec mes amis députés sur le terrain, à la rencontre des Français, et là j'ai l'impression d'être en phase avec eux. C'est une réforme pour laquelle il faut prendre date...

- Pour 2012 ou pour 2017 ?

C'est une idée que je recommanderai à Nicolas Sarkozy pour sa campagne de 2012. Mon club, Génération France, proposera au chef de l'Etat un certain nombre de grands projets dans la perspective de son second quinquennat.

- Apporter des idées et un programme, n'est-ce pas le rôle de l'UMP ?

Sans doute, mais il se trouve que j'ai la chance d'animer un club de réflexion. Les think tanks sont là pour apporter des idées. Ils sont beaucoup plus libres dans leur expression que les partis, qui sont d'abord des machines électorales.

- Mais vous êtes aussi membre de l'UMP. En quoi êtes-vous associé à l'animation du parti ?

Je suis impliqué dans la campagne pour les élections régionales. Je fais deux à trois déplacements par semaine. Pour soutenir des candidats et pour installer des antennes de Génération France. J'entends aussi m'impliquer dans les investitures, pour les régionales en Ile-de-France et pour les législatives en 2012.

- Le chef du parti, Xavier Bertrand, vous donnera-t-il voix au chapitre ?

Je n'en doute pas un seul instant, et en tant que président de groupe je siège à la commission d'investiture.

- A propos d'investiture, estimez-vous que l'UMP en fait assez pour la promotion de la diversité ?

Non. On ne va pas assez loin. J'ai fait des propositions très concrètes qui malheureusement peinent à trouver un écho. Il faut, dès maintenant, repérer et former des candidats pour les municipales de 2014. L'objectif, c'est d'avoir partout des candidats issus de la diversité sur nos listes. J'ai lancé le chiffre de 3 000 candidats pour des postes de conseillers municipaux et de maires.

- Vous voulez relancer le débat sur l'identité nationale. Eric Besson, le ministre de l'Identité nationale, ne fait-il pas son travail ?

La question de l'identité nationale va structurer le débat politique dans les années qui viennent. J'en suis convaincu. Car c'est l'absence de réflexion sur l'identité française qui explique la difficulté que nous avons à ressentir une vraie cohésion sociale et un sentiment d'appartenance à la nation française. Ce sujet appelle des déclinaisons concrètes. C'est pourquoi vous me voyez très partisan d'une interdiction par la loi du port de la burqa. Je suis par ailleurs choqué qu'il soit quasiment impossible d'apprendre l'arabe dans l'Education nationale. Et j'estime qu'il n'est pas normal non plus qu'on en soit encore à dire du service civique qu'il coûte trop cher.

- Ce que dit exactement François Fillon...

Nous avons une opposition de fond sur cette question. Je souhaite qu'à terme la question d'un service civique obligatoire soit posée et assumée. Je peux comprendre qu'il soit facultatif dans un premier temps. Mais, dans un pays attaché à l'équité, ça n'aurait aucun sens qu'on en reste là. Et qu'on ne me dise pas que c'est un problème budgétaire. Soyons inventifs pour trouver des solutions comme nous le faisons depuis 2007 sur de nombreux sujets.

- On vous classait naguère comme un représentant de l'aile libérale de la droite. La crise vous a-t-elle changé ?

Libéral ? Il y a longtemps que j'ai changé de logiciel. Ce mot est d'un autre siècle. Penser que l'on peut changer le monde avec pour seules étiquettes «libéral» ou «socialiste» n'a plus aucun sens.

- «Travailler plus pour gagner plus» : ce slogan de 2007 est-il toujours pertinent ?

Oui mais je voudrais le compléter : après le travailler moins pour gagner moins de la gauche, après le travailler plus pour gagner plus de mes amis de droite, je voudrais lancer une nouvelle étape, celle du travailler mieux pour gagner ensemble. Cette formule est au coeur de la problématique de la souffrance au travail. Les tragédies de France Télécom m'ont bouleversé. Je suis pour des entreprises productives et compétitives. Mais on ne peut pas y arriver si les salariés sont aussi peu respectés, en clair s'ils ne sont pas partie prenante de la stratégie et des profits de l'entreprise. C'est désormais à mes yeux une priorité absolue.

- Devant les militants UMP rassemblés le 24 septembre au Touquet (Pas-de-Calais), vous avez beaucoup parlé de vous. On croyait entendre le candidat Sarkozy en campagne...

C'est que vous fonctionnez beaucoup par analogies. C'est normal, c'est votre métier. Il faut écrire des articles, raconter des histoires... En vérité, c'est beaucoup plus simple que ça. Je construis mon parcours, et cela commande d'être authentique, de dire pourquoi on court, pourquoi on est là. A 45 ans, je suis encore plutôt dans les juniors, mais j'ai la chance d'avoir beaucoup vécu en politique. J'ai connu des défaites, des victoires, des campagnes de presse, des responsabilités lourdes. Cela forge un parcours. Je suis quelqu'un d'assez pudique, pas porté à parler de ma vie privée. Mais raconter aux Français pourquoi j'ai décidé de m'engager, c'est essentiel à mes yeux.

- Craignez-vous que Nicolas Sarkozy vous propose un jour d'aller à Matignon ?

Je ne crois pas que ce soit ça l'histoire. Ma légitimité, je la tiens de la confiance de mes amis députés. Les choses sont bien ainsi.


Source http://www.deputes-ump.fr, le 15 octobre 2009

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