Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Info le 22 octobre 2009, sur l'expulsion de trois Afghans vers leur pays et la lutte contre l'immigration clandestine. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Info le 22 octobre 2009, sur l'expulsion de trois Afghans vers leur pays et la lutte contre l'immigration clandestine.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

Circonstances : Expulsion, dans la nuit du 20 au 21 octobre, de trois Afghans reconduits à Kaboul à bord d'un vol franco-britannique

ti : N. Poincaré.-  Le choix de France Info, ce matin, c'est de revenir sur cet avion en  provenance de Londres, via Paris, avec, à bord, des Afghans  expulsés d'Angleterre et trois expulsés de France. Est-ce que vous  avez des nouvelles de ces trois Afghans expulsés de France hier ? 
 
Oui, ils sont arrivés à Kaboul. Ils sont dans un hôtel payé par la France.  Nous allons leur offrir l'hôtel pendant quinze jours. Ils ont été accueillis  par un fonctionnaire français de l'Office français de l'immigration et de  l'intégration. Nous allons leur apporter un accompagnement  individualisé et une aide financière à la réinstallation. Donc vous voyez,  la France fait, en la matière, plus que son devoir. 
 
Vous leur avez donné un petit pécule, un peu d'argent ? 
 
Oui, ils vont avoir dès leur arrivée 2.000 euros d'aide à la réinstallation. 
 
Ils ont été choisis sur plusieurs critères, dont un qui est de ne pas  venir du Sud, ne pas venir des zones où sont les talibans. 
 
Vous avez entièrement raison. Il y avait une quarantaine ou une  cinquantaine d'Afghans qui étaient reconductibles, et avec mes équipes,  nous avons veillé à ce qu'ils ne soient pas originaires de zones les plus  insécurisées en Afghanistan. Donc nous avons concentré Kaboul, le  nord et l'est de Kaboul. Deuxièmement, que ce soit bien évidemment  des majeurs en bonne santé. Nous n'avons reconduit aucune personne  qui aurait des difficultés physiques. Pourquoi l'avons-nous fait ? Pour  une raison simple : la France ne peut pas être le seul pays à ne pas  reconduire en Afghanistan, alors qu'elle est le pays au monde le plus  généreux en matière d'asile et que tous les autres pays qui sont  concernés par les filières criminelles de l'immigration clandestine  afghane, le Royaume uni reconduit en Afghanistan, les Belges le font,  les Néerlandais le font, la Norvège le fait, la Suède le fait, l'Italie le fait.  Autrement dit, si nous sommes à la fois les plus généreux et que nous  ne reconduisons pas ou jamais en Afghanistan, nous sommes la cible  des passeurs. 
 
On a été les plus généreux au monde en matière de... 
 
Oui, nous sommes devenus le pays le plus généreux au monde. Nous  étions le troisième, après les Etats-Unis et le Canada ; nous sommes  désormais non seulement le plus demandé mais celui qui a le taux  d'acceptation le plus élevé. Je voudrais ajouter un mot : je suis surpris  de la sensibilité sur le sujet. Il faut savoir que les retours forcés en  Afghanistan, ce n'est pas une nouveauté. Depuis dix ans, chaque année,  la France a reconduit en Afghanistan, systématiquement. Peu, c'est vrai,  une quinzaine, une vingtaine selon les années. Simplement, ce qui est  nouveau, c'est que pour la première fois depuis 2005, nous l'avons fait  par ce que l'on appelle des vols groupés, avec les Britanniques.  J'aimerai que l'on m'explique en quoi le fait d'envoyer trois fois,  individuellement, par avion un Afghan dans son pays d'origine, est  moins grave que d'en mettre trois dans le même avion, puisque c'est  apparemment la symbolique qui choque. Et je voudrais ajouter, parce  que j'ai entendu il y a un instant sur votre antenne L. Fabius dire - parce  qu'il a des [inaud.], et il est subtil L. Fabius, "quel que soit le passé et  les arguties", ce sont ses termes ; quel est le passé et quelles sont les  arguties ? C'est que le gouvernement Jospin, auquel appartenant  M. Aubry qui a tant critiqué ce que nous avons fait, L. Fabius a  reconduit en Afghanistan des Afghans en situation irrégulière. Et ce  Gouvernement que j'ai soutenu - et je ne regrette pas de l'avoir soutenu,  qu'il n'y ait pas d'ambiguïté - l'a fait alors que c'était les talibans qui  étaient au pouvoir. J'aimerai que l'on m'explique, quand les talibans  sont au pouvoir, on peut reconduire en Afghanistan, mais lorsque la  coalition occidentale lutte contre les talibans, on n'aurait plus le droit de  reconduire en Afghanistan ? C'est de la politique de pleine hypocrisie,  de double langage, de ce que L. Jospin appelait "l'angélisme du Parti  socialiste". Il n'en est pas sorti, angélisme et double langage. Quand on  prétend être un parti de gouvernement, c'est très grave. 
 
C'est pour cela que vous avez dit il y a quelques jours, "je fais la  même politique que J.-P. Chevènement" - ça ne lui a pas beaucoup  plu... - ? 
 
Je ne veux pas atténuer. J'ai effectivement utilisé cette formule dans  Libération. On parlait des reconduites à la frontière, et je dis haut et  fort, effectivement, que J.-P. Chevènement, que ça lui plaise - j'aurais  aimé que ça ne lui plaise pas - reconduisait à la frontière. Ce que je  veux dire aussi, c'est que la réalité, c'est que J ;-P. Chevènement et D.  Vaillant n'avaient pas les troupes pour mener une politique et de  sécurité et de régulation des migrations. Parce qu'en fait, comme je  viens de la dire, les socialistes étaient dans le double langage et  l'hypocrisie. Les ministres de l'Intérieur étaient bons, les troupes étaient  extrêmement divisées. 
 
Est-ce qu'on n'est pas dans le symbole, à travers ces trois Afghans  que vous raccompagnez, à qui on paie l'hôtel ? Le 22 septembre  dernier, avec une certaine médiatisation, vous avez fait fermer la  "jungle" de Calais. Il y a 276 migrants qui ont été arrêtés. A  l'arrivée, un seul de ces migrants, puisque dans les trois qui sont  partis hier, deux n'ont pas été interpellés à Calais, sur les 276  migrants interpellés au mois de septembre à Calais, un seul a été  reconduit hier en Afghanistan. Ça veut dire qu'on est dans le  symbole, on est dans l'annonce ? 
 
D'abord, le mot "symbole", moi, je l'assume totalement. Oui, c'est un  message envers les filières de l'immigration clandestine. La France  n'est pas un sanctuaire. Vous ne pouvez pas vendre très cher des tickets  - on en a déjà parlé à votre micro, c'est à peu près 15.000 le ticket pour  passer de l'Afghanistan à Calais -, vous ne pouvez pas vendre des  tickets en disant à ceux qui sont tentés par l'expatriation vers le  Royaume Uni, "si tu n'arrives pas à passer, tu ne risques rien, de toute  façon, la France, ne reconduit pas". Donc c'est un message vers les  filières. Et c'est un message qui porte. En mai-juin, il y avait sur le  Calaisie, à peu près 1.000 à 1.200 étrangers en situation irrégulière.  Selon les derniers comptages, non contestés désormais par les  associations, ils sont entre 150 et 200. Cela veut bien dire que nous  avons, entre guillemets, "tarit le flux". quant à ceux qui étaient dans la  "jungle", que sont-ils devenus ? Les mineurs étaient 135, 90 d'entre eux  sont des centres d'hébergement spécialisés. Pourquoi ? Parce que la  France s'enorgueillit de ne jamais reconduire à la frontière les mineurs  étrangers isolés. Et donc, ils apprennent le français, on leur propose un  projet professionnel. Ça coûte de l'argent, pour reprendre l'expression  que vous suggériez il y a un instant, mais c'est à l'honneur de notre  pays. Quant aux adultes, vous avez de tout. Certains ont choisi le retour  volontaire. N'oubliez jamais que 180 Afghans ont choisi le retour  volontaire depuis le début de cette année. D'autres ont demandé l'asile,  et donc, on me dit "ils sont libres", eh bien oui, ils sont libres, parce  qu'en France, lorsque que vous demandez l'asile, vous êtes libres et  d'autres peuvent faire l'objet de reconduite dans le pays d'origine.  Donc à Kaboul, en la circonstance. 
 
Autrement dit, vous êtes en train de me dire que nous sommes un  pays d'accueil, France, terre d'asile... Ce n'est pas la politique pour  laquelle les électeurs de N. Sarkozy avaient voté. Ils voulaient un  maximum d'expulsions, on leur en avait promis 17.000 par an... 
 
Je comprends la subtilité de votre approche, mais on ne peut pas faire  des reproches contradictoires. La politique que nous menons, elle est  équilibrée. La France est ferme : oui, il faut réguler les flux migratoires  et si vous voulez être bien intégrés en France, il faut des étrangers qui  entrent en situation régulière. Parce que sans situation régulière, vous  n'avez ni maîtrise de la langue, ni travail, ni emploi. Et en même temps,  si elle est ferme cette politique, elle est aussi juste et pleine d'humanité.  Vous avez raison, historiquement, la France est une terre d'asile et elle  le demeure, contrairement à certains commentaires que j'entends  parfois. 
 
Vous avez gérez cette affaire, mardi soir, depuis le stade de football  de Liverpool ? 
 
Non, pas "depuis", puisqu'il y a des choses qui se sont faites avant et  après. Mais puisqu'un journal l'a dit, normalement, cela relève de ma  vie privée, mais je ne vais pas le nier, oui, j'étais à Liverpool pour le  match. C'était un beau match et puis pour la première fois de ma vie,  j'ai pu voir ce stade mythique de Liverpool. C'était un beau souvenir  pour moi, mais c'est assez personnel ça. 
 
Dernière question peut-être un tout petit peu personnelle aussi :  vous avez une fille surdouée, qui a publié son premier roman à 15  ans ; quel regard vous portez sur J. Sarkozy, qui va être élu demain  administrateur de l'EPAD ? Vous le trouvez surdoué, lui aussi ? 
 
Oui, effectivement. Et finalement, la liaison que vous faites me plait  bien parce que, aujourd'hui, on dit que ma fille aînée est très douée en  tout cas - surdouée, je ne sais pas. Mais à l'époque, quand à 14 ans elle  a publié son premier roman, certains avaient suggéré que c'était parce  que sa mère était écrivain et son père député. Et puis, aujourd'hui, on  me dit que finalement, dans la famille, c'est celle qui a le plus de génie.  Donc, voyez, attendez un peu et tout le monde va se rendre compte dans  une dizaine d'années que J. Sarkozy a beaucoup de talent et que c'est  un très grand politique. 
 
Et plus de génie que son papa ? 
 
Je ne sais pas, je ne parlais que de ma fille là. 

Rechercher