Interview de M. Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse, à RTL le 23 octobre 2009, sur le retrait de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l'EPAD et l'expulsion d'immigrés clandestins afghans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse, à RTL le 23 octobre 2009, sur le retrait de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l'EPAD et l'expulsion d'immigrés clandestins afghans.

Personnalité, fonction : HIRSCH Martin, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, M. Hirsch.
 
Bonjour.
 
Que pensez-vous du retrait de J. Sarkozy ?
 
Je pense que ça me donnera peut-être l'occasion avec vous de ne pas parler que d'un jeune sur huit millions de jeunes et donc, de parler de lui et de parler des 7,999 millions autres qui peuvent avoir des soucis. Je pense qu'il a renoncé dans la dignité, ça avait un certain panache. Je pense que vous avez regardé comme moi ; et je pense que ça clôt un épisode qui occultait beaucoup de choses.
 
Vous êtes associé à l'action gouvernementale. Cette histoire vous a-t-elle gêné ? Vous a-t-elle choqué ? Le soupçon de favoritisme que l'on a évoqué, l'avez-vous ressentie, M. Hirsch ?
 
Alors, en fait, c'était curieux... Pendant cette période-là, j'ai vu beaucoup de jeunes, ce n'était pas un sujet qui effleurait énormément dans les contacts que j'avais avec les jeunes. Oui, ça perturbait tout parce que, regardez il y avait, par exemple, la semaine dernière, c'était la semaine du refus de la misère. Le jour du refus de la misère, on préférait m'inviter pour parler de J. Sarkozy que pour parler des chiffres de réduction de la pauvreté. Donc, ça perturbe...
 
C'est une manière de dire...
 
... Non, ce n'est pas une manière de dire qu'il y a un complot médiatique. Pas du tout. Pas du tout. Pas du tout.
 
Ah non, ce n'est pas ma question ! Qu'il aurait dû reculer avant, qu'il a gêné l'action gouvernementale, que c'était une erreur ?
 
... Ah, je ne sais pas si c'était... Je le dis, l'épisode est clos, me semble-t-il...
 
Vous êtes embarrassé !
 
Je suis embarrassé parce que je ne suis pas un spécialiste de cela...
 
Vous savez, c'est des symboles, la vie politique. Alors, voilà. J. Sarkozy, 23 ans, il a le droit, il n'a pas le droit, il est favorisé par son père, il ne l'est pas. Vous aviez une opinion sur tout ça, M. Hirsch ?
 
Oui. Vous avez eu d'autres invités à ce micro, je pense que ceux qui ont feint de découvrir que la politique était une affaire de famille en France comme dans beaucoup d'autres pays, effectivement là pour des raisons qui sont souvent compliquées, j'imagine, je pense qu'il y a certains qui intériorisent les choses, qui pensent vouloir faire plaisir à un président de la République en aidant son fils, voilà ! Donc, il faut toujours se méfier de ses plus proches amis, je pense !
 
En avez-vous parlé avec N. Sarkozy ?
 
Jamais.
 
C'est étonnant !
 
Mais non, ce n'est pas tellement étonnant.
 
Mais vous êtes Haut commissaire de la Jeunesse.
 
Mais oui, justement, ce n'était pas étonnant parce que ce n'est pas une question de jeunesse. Moi, j'ai trouvé ridicule les deux choses. J'ai trouvé ridicules celles et ceux - j'entendais A. Duhamel tout à l'heure - celles et ceux qui disaient : quel exemple pour la jeunesse ! Les jeunes vont trouver ça formidable. Ce n'était pas un argument. Vous ne m'avez jamais entendu aller brandir quelque chose comme ça. Et j'ai trouvé aussi ridicules celles et ceux qui disaient : ça occulte toute la politique de la jeunesse. Quand je dis que ça se télescopait, c'est vrai que : moi, ça m'a fait un peu mal d'entendre dire - c'est il y a trois semaines qu'un programme sur la Jeunesse dont on va peut-être reparler, a été pris, qui s'adresse justement à celles et ceux qui sont fils de personne, finalement, qui a été pris par le président de la République, c'est un secret de polichinelle de dire que ça a été difficile à obtenir, que lui-même a mis tout son poids face à des gens qui pensaient que ce n'était peut-être pas la peine d'agir, donc il était convaincu ; et de voir pendant quinze jours qu'il y avait un jeune sur huit millions qui occultait tout ce sujet-là, effectivement ce n'est pas simple.
 
A cette occasion, pour en terminer, des ministres - des gens qui sont vos collègues au Gouvernement - ont mis en cause la presse en disant qu'elle cherchait à détruire N. Sarkozy. Partagez-vous ce jugement, M. Hirsch ?
 
Non, pas du tout. Pas du tout, et je ne le dis pas parce que là, je suis devant un journaliste. Je ne pense pas cela. Je pense que la presse fait son travail ; alors quelquefois, c'est désagréable, quand je me tape les trucs sur la cagnotte en disant que les élèves sont payés, je lis le journal... Vous savez, sur cette histoire des cagnotte, quand j'ai lu Le Parisien, j'ai dit : mais quel est le couillon qui fait cette expérience-là ! Je n'ai pas compris que c'était la mienne tellement que c'était présenté autrement. Mais je ne pense pas que ça soit un complot contre la presse (sic). Je pense qu'effectivement il y a un jeu politique dans lequel je ne me sens pas à l'aise... Vous regardez, c'est très symptomatique, ce matin... Ce matin, sur les termes, si on dit : "c'est un recul", alors tout d'un coup, ça veut dire qu'on est quelqu'un de gauche ; si on dit "c'est un courage", on est quelqu'un de droite. Et ce jeu dans lequel finalement, le but est de faire trébucher ou de faire tomber l'autre ou de montrer ses gros muscles face à l'autre, n'est pas un jeu qui m'intéresse beaucoup mais dans lequel je n'ai pas honte de mettre un peu de... d'avoir à être avec, pour essayer de faire avancer des idées qui me paraissent absolument fondamentales, encore plus maintenant qu'hier.
 
Cette actualité de J. Sarkozy, vous avez raison M. Hirsch, en occulte par exemple une autre : l'expulsion dans la nuit de mardi à mercredi de trois Afghans en Afghanistan. Certains sont choqués, disent : "C'est pas bien de renvoyer des Afghans dans un pays en guerre" ?
 
Oui, je fais plutôt partie de ceux-là, oui. Et je le dis très calmement. Vous connaissez mon passé, j'ai passé douze ans à Emmaüs à accueillir des gens en difficulté, donc quand il y a une question accueil ou expulsion, il se trouve que je suis par atavisme, par conviction, côté accueil plutôt qu'expulsion et notamment dans ce contexte que je trouve difficile : l'Afghanistan qui est un pays en guerre, en difficultés. Moi je vais un peu plus loin que M. Rocard d'ailleurs. M. Rocard disait : vous savez cette fameuse phrase...
 
"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde...
 
... Mais la France doit en prendre sa part". Et moi je dis que sur ces sujets comme l'Afghanistan, l'Occident doit prendre sa part de responsabilités, c'est-à-dire que je pense que nous avons une responsabilité dans la situation de l'Afghanistan, c'est trente ans de politique internationale et que par conséquent, je suis plus proche du président du Secours Catholique, F. Soulages que probablement du ministre de l'Immigration, E. Besson, sur ce sujet-là. J'aime bien quand F. Soulages dit : "Peut-être qu'on peut faire une protection temporaire, le temps de la guerre". Je trouve que... Et, si vous permettez, parce que c'est un sujet là éminemment politique. Là aussi, je ne sais pas si c'est les jeunes - il y a d'ailleurs un gros sujet sur les mineurs à accueillir - je pense qu'il va y avoir un débat à l'Assemblée nationale et au Sénat sur la situation de la guerre en Afghanistan. Je trouverais ça bien que le débat soit élargi à la situation des conditions d'accueil des Afghans pendant la guerre.
 
Ca, c'est dit. E. Besson annonce d'autres expulsions d'Afghans. S'il y en a d'autres, est-ce que cela peut remettre en cause votre participation à l'action gouvernementale, M. Hirsch ?
 
Ecoutez, je ne pense pas qu'elle dépende de cela. Là-dessus, si vous voulez, la politique qui était conduite, moi je ne fais pas semblant... Donc, en entrant au Gouvernement, je savais que c'était la politique qui n'était pas dans le sens de ce que je défendais, tout en sachant que c'est une politique républicaine, je ne dis pas que c'est anti-républicain, il y a un respect des lois, etc. Je suis au Gouvernement actuellement, donc trois semaines après un Plan Jeunes sur lequel il y a énormément de travail. Je veux que le RSA Jeunes puisse rentrer dans la loi maintenant, on veut défendre le service civique au Sénat la semaine prochaine. Voilà. J'ai énormément de travail en ce moment. A un moment, il va falloir faire le point avec le président de la République.
 
A un moment, vous ferez le point avec le président de la République ?
 
Eh bien oui pour savoir comment ça évolue après !
 
Il faut serrer les dents ?
 
Non, il faut montrer que quel que soit le contexte, on peut faire avancer des choses. Encore une fois, 7,999 millions de jeunes qui ont besoin qu'on les aide, et on est en train de le faire.
 
M. Hirsch, avec une certaine sincérité au micro de RTL...
 
Grande sincérité... Non, non. Totale.
 
Grande sincérité, je vous l'accorde.
 
V. Parizot : Liberté de parole en tout cas, on va dire même si elle n'est parfois pas facile à trouver sur des sujets extrasensibles. Mais les sujets sont durs ! Ce boulot est difficile ! Les sujets sont difficiles ! Les choses sont difficiles pour les gens les plus fragiles !
 
Merci beaucoup.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 23 octobre 2009

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