Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France Inter le 23 octobre 2009, sur l'annonce par Jean Sarkozy du retrait de sa candidature à la présidence de l'établissement public d'aménagement de La Défense (EPAD) et sur le débat parlementaire sur la taxe professionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France Inter le 23 octobre 2009, sur l'annonce par Jean Sarkozy du retrait de sa candidature à la présidence de l'établissement public d'aménagement de La Défense (EPAD) et sur le débat parlementaire sur la taxe professionnelle.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : N. Demorand.- Que reste-t-il des concepts d'hyper Parlement et de coproduction législative, après la reculade d'hier sur la taxe professionnelle ?
 
Non, ce n'était pas une reculade, c'était ce que l'on appelle un bon accord, puisque, en fait, il y avait deux termes à l'échange. Nous, nous demandions au Gouvernement d'accepter - c'était pour nous non négociable - que sur la taxe professionnelle [TP], il y ait un lien entre le territoire communal et l'entreprise, parce que sinon, cela veut dire que les communes dynamiques, elles sont pénalisées par rapport à celles qui ne le sont pas en termes d'activité économique et d'emplois. Et le Gouvernement, en échange, demandait que l'on exonère les toutes petites entreprises de la TP en intégralité. Voilà, ça s'appelle un bon accord. Et donc, c'était un résultat de coproduction.
 
C'est un bon accord pour vous ?
 
Oui...
 
Parce que c'était le résultat d'un travail en commission qui avait trouvé un certain écho, à la fois à gauche et à droite ; à la fin ça recule quand même.
 
La vérité, c'est que je pense que nous avions peut-être beaucoup poussé notre avantage. On voulait gagner sur les deux tableaux et que le Gouvernement, n'étant pas tombé de la dernière pluie, veut bien, et c'est normal, coproduire les réformes, mais ne veut pas, à ce stade, que le Parlement les produise tout seul, ce que je peux comprendre.
 
Le Medef est content, en tout cas.
 
Sans doute. De toute façon...
 
Il l'a dit clairement...
 
C'est plutôt, pour tout vous dire, la CGPME qui m'a intéressé.
 
Le Medef pour commencer ?
 
Le Medef, tant mieux qu'il soit content, mais en même temps, il est souvent si critique, contrairement à ce que j'entends ici ou là, pour une fois, il le sera. Mais ce n'est pas tant le Medef qui m'a intéressé dans cette démarche que la CGPME. Parce que les représentants des PME nous ont fait valoir - et pour tout vous dire, c'est ça qui m'a aussi amené à dire qu'il fallait entendre le Gouvernement là-dessus - que ça voulait dire des dizaines de milliers de toutes petites entreprises, pour lesquelles la suppression de la TP, dans cette période de crise, était vraiment un atout. Et derrière cela, ce sont des créations d'emplois. Donc je crois qu'il faut être attentif à cela.
 
Deux nouveaux fichiers de police créés par décret ; n'est-ce pas un sujet pour l'hyper Parlement ?
 
Ça ne l'était pas dans le sens où c'était en cohérence avec ce qu'avait recommandé le rapport parlementaire qui avait été piloté par deux parlementaires, un de la majorité, J.-A. Bénisti et une députée de l'opposition, D. Batho, qui recommandait la loi pour les catégories de fichiers, pas pour des fichiers. En l'occurrence, c'est-à-dire des bases de données, il y a une petite nuance quand même.
 
Ce n'est pas un sujet sur lequel il faut faire débattre le Parlement d'après vous ?
 
Je pense que le Parlement doit débattre sur les catégories de fichiers mais après, c'est l'affaire du Gouvernement de mettre en oeuvre. C'est toute la différence entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
 
Donc vous n'êtes pas choqué par la méthode ?
 
Non, parce que le Gouvernement a tenu le plus grand compte de toutes les réserves qui avaient été exprimées. Vous vous souvenez du ficher EDVIGE qui avait donné lieu à beaucoup d'émotion. Toutes les données qui paraissaient parfaitement inutiles, et dont la présence dans des fichiers étaient très choquantes, ont été retirées. Donc je crois que là-dessus, les choses sont claires.
 
Quand H. Emmanuelli, député socialiste, d'un bon mot, parle de "cocu-production législative", en s'appuyant sur cet exemple de la taxe professionnelle, vous, vous maintenez que...
 
D'abord, je dis que H. Emmanuelli est fidèle à ce qu'il a toujours été, un homme extrêmement intelligent, qui met malheureusement son intelligence au service de grossièreté inutile qui le rabaisse au lieu de l'élever. Et sur le fond, il sait très bien qu'il était dans un jeu de rôle - "de rôle", parce que c'était pas "drôle"... - qui consistait en fait à faire croire qu'il y avait une reculade, alors qu'en vérité, c'était un bon accord entre le Gouvernement et la majorité. Et pour être tout à fait honnête, la majorité avait trouvé un accord avec l'opposition, cet accord a été tenu, puisque l'opposition était, elle aussi - elle l'a d'ailleurs approuvé - favorable à ce qu'on maintienne dans la réforme de la taxe professionnelle un lien entre la commune et l'entreprise.
 
J. Sarkozy a retiré hier soir sa candidature à la présidence de l'Epad ; quelle est votre réaction ce matin ?
 
D'abord, j'ai trouvé qu'il avait été très digne dans la manière de le faire. Je dois vous dire de manière très honnête que je n'ai pas regardé l'émission, je n'en ai vu que des extraits après, parce que j'animais à la même heure la réunion de "Génération France", le club que j'anime, sur les questions d'éducation, avec L. Chatel. Donc peut-être un peu loin de ces polémiques. Cela dit, j'ai vu les comptes rendus, j'ai vu le texte de son intervention, j'ai trouvé qu'il s'est exprimé de manière très digne.
 
Pas plus ?
 
Si, je peux vous en dire plus...
 
Ben alors allez-y !
 
Je peux rajouter à cela que...
 
C'est quand même le dénouement là...
 
Oui, d'ailleurs, c'est bien que ce soit le dénouement, parce que je trouve que nous y avons consacré quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup de commentaires. Je trouver qu'il a fait cela de manière d'autant plus digne qu'il avait été l'objet, quand même d'attaques qui étaient extrêmement violentes, et que la manière dont il l'a analysé hier soir, montrait de se part une grande maturité. Donc c'est bien ainsi.
 
Il y avait une part de vrai dans les critiques, a-t-il dit. Vous la voyez où cette part de vrai ?
 
Je pense que quand on s'appelle J. Sarkozy, et qu'on est le fils du président de la République, dans un pays comme le nôtre, on prête le flanc sans le vouloir, à des attaques personnelles qui sont parfois très en dessous de la ceinture. Et c'est vrai qu'il y a eu des propos à son égard qui ont été assez sordides.
 
Mais pourquoi aviez-vous défendu cette candidature ?
 
Je l'avais ni défendue ni pas défendue. Je trouvais que c'était...
 
Vous l'avez défendue plutôt !
 
J'ai surtout dit qu'il y avait quelque part un rendez-vous de légitimité pour quelqu'un qui était élu au suffrage universel, voilà. Pour le reste, je le disais d'ailleurs d'autant plus que je faisais observer que lui-même, à chaque fois qu'il parlait de moi, c'était pour dire du mal. Donc, vous voyez, j'étais très à l'aise pour parler comme je l'ai fait à son endroit. J'ai trouvé ensuite que c'était un peu compliqué" pour nous de devoir répondre matin, midi et soir à quelque chose qui, malgré tout était un peu éloigné de nos préoccupations d'élus.
 
Que disait le groupe UMP ?
 
Pour ce qu'il en a dit, parce qu'après tout, c'était des choses qui ne se disaient pas beaucoup de manière publique. Vous l'avez entendu à travers la déclaration de P. Cardo. Moi, en tant que président de groupe, j'ai pris la responsabilité, et je l'assume, de clore un peu le débat quand il a été ouvert. Je l'assume et je le dis d'autant plus que je suis depuis le premier jour, où j'ai été élu président de notre majorité, attentif à être 100 % loyal avec le Président, ce qui est normal, et en même temps 100 % attentif à la liberté de débat dans notre groupe. Mais là, j'ai considéré que ce sujet était tout de même extrêmement délicat.
 
Pourquoi ?
 
Parce que cela touchait la personne du fils du Président, et que je ne pensais pas que c'était très... que cela apportait beaucoup à notre majorité de laisser éclater publiquement des polémiques, qui forcément donnaient lieu à des dérapages. Voilà, et je l'ai assumé, et je l'ai fait parce que je pense que nous devons, nous, avoir notre liberté de débat sur les sujet de fond et que c'est toujours plus compliqué de les avoir sur les sujets de personnes. Ce n'était pas un sujet de fond, là ? Je ne crois pas, non. Je ne crois pas...
 
Cela ne met-il pas en cause, je ne sais pas, une certaine idée de la République, du mérite, du travail, de la valeur des uns et des autres ?
 
Mais enfin, écoutez, il ne faut pas en faire trop non plus dans l'autre sens.
 
Je vous pose la question.
 
Oui, vous avez raison, mais il ne faut pas en faire trop.
 
Vous réfléchissez sur l'école, vous l'avez dit vous-même.
 
Oui, mais enfin, je pense qu'il ne faut pas en faire trop dans l'autre sens non plus. J. Sarkozy était élu au suffrage universel, il n'est pas venu de nulle part. Il est conseiller général dans son département, il est président de sa majorité. Il prétendait vouloir accéder à une responsabilité de président du conseil d'administration d'un établissement public de son département. Là non plus, il ne faut pas exagérer. On en a beaucoup, beaucoup, beaucoup fait. Voilà, donc c'est tout...
 
Vous pensez qu'on aurait pu se passer de tout cet épisode ?
 
C'est ce qu'on dit toujours quand on a des polémiques aussi violentes, et moi j'en ai vécues quelques unes aussi. Il y a des moments où vous dites : "c'est bon, cessez-le-feu, on a dit l'essentiel !".
 
Pourquoi avez-vous dit qu'il y avait des attaques sordides dans les médias ?
 
Parce que je l'ai pensé.
 
Et vous ne le pensez plus là ce matin ?
 
Mais si, mais elles se sont arrêtées, donc je ne vais pas penser ça toute ma vie.
 
Et vous pensiez à quoi, exactement ?
 
Oh, je pense qu'il y a certains propos qui étaient tenus par des commentateurs, mais enfin, avec aussi, il faut bien le dire, des commentaires aussi de l'opposition qui s'est beaucoup, beaucoup, beaucoup déchaînée, sans doute pour en faire un peu moins sur les sujets de fond.
 
"Sordides" !
 
Oui... Je pense qu'il y a des attaques personnelles qui ne sont pas toujours très dignes. Voilà... Qu'est-ce que vous voulez que je rajoute ? On ne va pas faire toute l'émission là-dessus.
 
Non, non, mais je trouve que la réponse est rapide et légère. Surtout quand on voit le dénouement.
 
Eh bien, le dénouement c'est le choix d'un homme qui juste a dit : "Cessez-le-feu". Et je peux le comprendre. Voilà. Pour le reste, "léger", c'est vous qui jugez, comme beaucoup d'ailleurs de vos confrères journalistes qui peut-être pouvaient parfois succomber à cette tentation d'être à la fois intervieweurs et puis juges. C'est souvent cela dans notre pays : on se mélange les métiers. Moi j'estime pouvoir revendiquer ma liberté de penser, et j'ai considéré que c'était sordide et je suis désolé, je ne vais pas, juste pour faire plaisir à l'intervieweur que je suis très heureux d'avoir en face de moi, cautionner le jugement qui est le sien. Il peut penser ce qu'il veut de moi, et j'aime bien assumer mes propos.
 
Non, mais vous avez évidemment entièrement le droit et même le devoir de croire en ce que vous dites.
 
Eh bien, c'est génial. Me voilà tiré d'affaire alors.
 
Sans tirer de leçon, je trouve simplement que c'est un mot assez étrange employé dans le cadre du débat public.
 
Eh bien sans doute parce que vous n'avez vécu de campagne personnelle dure, vous concernant. Et je vous souhaite que cela ne vous arrive jamais, parce que je peux vous dire que quand vous prenez cela dans la tête, vous ne l'oubliez pas. Vous ne l'oubliez pas parce que vous pensez à ce moment-là à vos proches, vous pensez aussi, parfois, à ce que vous avez fait, et vous vous dites que cela ne méritait pas tant de dureté. Mais c'est, si je puis dire, la règle du jeu dès lors qu'on est un personnage public. Mais il peut arriver qu'à certains moments, et moi c'est ça que j'ai compris dans la démarche de J. Sarkozy...
 
Ce n'est pas un écran de fumée ces attaques sur les médias, tout de même ?
 
Euh... En fait, attendez ! Pour qu'on vous comprenne, en fait, votre propos c'est surtout l'attaque sur les médias ?
 
Non, non, non. Je vous demandais...
 
C'est une autre question, ça ?
 
Non, non, pas du tout. Je vous demandais très simplement comment toute cette affaire a été gérée par les politiques qui se sont exprimés dessus. Il y a eu des attaques très vives contre les médias. Considérant le dénouement de l'ensemble de cette affaire, je vous repose donc la question : est-ce que ces attaques-là n'étaient qu'un écran de fumée ?
 
Ce que vous vouliez dire, c'était au sens tactique du terme ? Oui. D'accord. Eh bien, écoutez, je n'en sais rien. Je ne sais pas, non. Je pense que... enfin moi, pour ce qui me concerne, j'ai eu un commentaire extrêmement réduit sur ce sujet. J'ai dit que je trouvais qu'il y avait des moments où c'était trop, voilà, c'est tout. Je ne crois pas qu'il y ait eu... en tout cas, je n'ai pas été associé, ni de près ni de loin, à des espèces de plan de bataille, de contre-attaques, non. Ce n'est pas à moi qu'il faut le demander, ça. Il faut aller plutôt le demander à ceux qui ont pu éventuellement être inspirés dans ce domaine. Ce qui n'a pas été spécialement mon cas. Puisque, comme vous le savez, j'ai beaucoup d'autres chats à fouetter.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 23 octobre 2009

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