Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur les aides à la presse et notamment la presse d'opinion pour garantir un respect du pluralisme, Paris le 22 octobre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur les aides à la presse et notamment la presse d'opinion pour garantir un respect du pluralisme, Paris le 22 octobre 2009.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Assemblée générale du Syndicat d professionnel de la presse magazine et d'opinion (SPPMO) à Paris le 22 octobre 2009

ti : Monsieur le Président, cher François d'ORCIVAL,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


Vous savez peut-être que VOLTAIRE a écrit des Conseils à un journaliste. Et comme toujours, il résume sa pensée en une formule frappante : « Vous me demandez comment il faut s'y prendre pour qu'un journal plaise à notre siècle et à la postérité. Je vous répondrai en deux mots: Soyez impartial ».

Et bien, une des manières les plus efficaces d'être impartial, vous le savez et c'est la tradition, depuis ses origines du Syndicat Professionnel de la Presse Magazine et d'Opinion (SPPMO), est sans doute d'accueillir toutes les parties, c'est-à-dire d'être pluriel.

Depuis votre fondateur et premier président, le grand résistant Emilien AMAURY, le pluralisme est votre pratique et votre éthique. Je ne saurais vous dire à quel point je trouve, à titre personnel, en tant que citoyen, mais aussi, bien entendu, comme ministre de la Culture et de la Communication, que c'est là une attitude extrêmement saine et que je sais hautement nécessaire à la vie et à la respiration même de notre démocratie. Je regardais avec admiration la composition de votre conseil d'administration qui, fidèle à l'inspiration première de votre Syndicat, réunit toutes les tendances, toutes les nuances de l'opinion et qui le fait je crois sans compromis, sans copinage, mais avec la conviction forte de la valeur intrinsèque de la diversité des pensées et de leur confrontation. Je sais, cher François D'ORCIVAL, le travail que vous faites et je tenais aussi à vous en féliciter personnellement.

Aujourd'hui plus que jamais, alors qu'il est souvent question de ce phénomène au nom un peu étrange que constitue la « désintermédiation », je préfère dire l'effacement des intermédiaires, je sais à quel point la presse d'opinion est nécessaire au développement de l'esprit critique des citoyens, car elle nous donne des clefs pour comprendre les mutations du monde contemporain et pour faire la différence entre une expression de soi épidermique parfois jusqu'à la brutalité et des opinions construites, élaborées dans l'échange et fondées sur l'information.

Ce n'est pas là de ma part un déni de réalité. La révolution numérique, que j'ai identifiée comme une priorité de mon action, a eu des conséquences considérables sur l'univers de la presse dans son ensemble, et de la presse d'opinion en particulier, notamment par la démultiplication des expressions qu'elle a occasionnée.

La presse - et, nous en sommes tous ici très conscients, la presse magazine et d'opinion en particulier - traverse une période difficile marquée par une conjoncture économique qui l'a affectée profondément. Cette crise a eu aussi une vertu : la première, c'est celle du débat, auquel vous êtres à juste titre attachés. Les Etats généraux de la presse écrite ont permis de mesurer l'ampleur des bouleversements et la profondeur des mutations, ils ont aussi été le premier lieu d'une réponse à cette crise et de définir les moyens nécessaires pour l'aider à surmonter les obstacles auxquels elle doit faire face.

Votre syndicat a pris toute sa part dans ces débats et défendu, avec l'ensemble des familles de presse, les mécanismes de solidarité qui s'imposaient. L'Etat a souhaité s'associer pleinement à ce processus, et sur plusieurs plans.

L'une des priorités a été de mettre en place un MORATOIRE pour reporter temporairement la hausse des tarifs postaux prévue par les « ACCORDS PRESSE - POSTE » de juillet 2008. La compensation du manque à gagner pour La Poste s'est traduite par l'inscription de 25,4 millions d'euros dans la Loi de Finances rectificative en 2009 et 28 millions ont à nouveau été inscrits au Projet de Loi de Finances pour 2010.

Les effets de ce moratoire d'une année auront des conséquences à long terme. Ils se traduiront par un surcoût durant les sept années couvertes par l'accord. Je rappelle que ce surcoût, inscrit au budget du ministère de la Culture et de la Communication, est évalué à pas moins de 233 millions d'euros.

Pour autant, l'accord n'a pas été remis en cause par le moratoire, sa composante tarifaire a simplement été mise entre parenthèses s'agissant de 2009. Mais toutes les autres composantes du protocole d'accord de juillet 2008 s'appliquent : notamment l'optimisation de la productivité du service postal et le déploiement du programme CAP QUALITÉ COURRIER (CQC) pour améliorer la distribution des journaux aux abonnés sur liste.

Une commission de suivi, présidée par Pierre BORDRY, dont la connaissance du secteur fait une autorité unanimement reconnue, a été mise en place pour jouer un rôle de veille et observer au plus près l'évolution de la situation de cet accord important. Elle s'est réunie à trois reprises depuis le début de l'année et son activité est l'un des signes de la volonté opiniâtre de L'Etat d'aider les éditeurs et La Poste à maintenir ce cap et à les y accompagner.

La question d'une prolongation du moratoire, que vous avez soulevée, est extrêmement délicate, et j'ai souhaité qu'elle soit mise à l'étude. Si elle était retenue, elle se traduirait par un nouvel effort budgétaire substantiel de la part de l'Etat, qui devrait nécessairement en compenser le coût dans les comptes de La Poste.

Le moratoire de 2009, mesure d'urgence exceptionnelle, se justifiait certes par une action rapide dans un contexte économique exceptionnellement dégradé. Aujourd'hui, même si la situation ne s'est pas encore véritablement améliorée, nous avons des raisons objectives d'espérer voir le contexte s'éclaircir. Mais, sans attendre, les pouvoirs publics ont mis en oeuvre de nombreuses autres mesures structurelles qui compensent de manière très significative la dégradation du marché. Et cet effort se poursuivra en 2010 par une augmentation historique des aides à la presse qui passent à près de 420 millions d'euros. C'est l'une des plus fortes progressions de toutes les missions inscrites au budget de mon ministère.

Concrètement, la fin normale du moratoire aboutit à appliquer en 2010 les tarifs initialement prévus pour 2009. Faut-il maintenir en 2010 les tarifs prévus en 2008 ? Je n'ai pas encore la réponse définitive à cette question, mais les pouvoirs publics y travaillent, en gardant à l'esprit la nécessité de préserver l'équilibre d'ensemble du protocole d'accord.

Par-delà des questions tarifaires et budgétaires, ce qui est en jeu, c'est en effet la crédibilité des accords signés en 2008 par l'État, les éditeurs et la Poste, ainsi que la cohérence des actions menées depuis la fin des Etats généraux de la presse écrite.

Je note, et c'est un point important, que les engagements pris par la Poste concernant ses offres de service sont d'ores et déjà largement mis en oeuvre. La contrepartie de cette meilleure offre de service était une augmentation tarifaire mesurée pour les éditeurs, et un soutien de l'Etat garanti sur toute la durée des accords.

Pour l'avenir, si le moratoire initial venait à être complété par un second volet en 2010 dans les conditions que vous souhaitez, le contexte dans lequel il serait mis en oeuvre serait radicalement différent de celui dans lequel il a été adopté. Se poserait alors la question de la viabilité des accords initialement conclus.

Vous avez souhaité également développer d'autres formes d'acheminement. Je souligne à cet égard que le budget consacré à l'aide au portage est passé de 8,25 millions à 70 millions d'euros, et que le périmètre d'attribution a été étendu à tous les titres d'information politique et générale.

Mais à côté du moratoire de la hausse des tarifs postaux et du portage le MÉCÉNAT est venu prendre de nouvelles formes, plus adaptées aux besoins des éditeurs.

Je sais, cher François D'ORCIVAL, quel rôle vous avez joué, comme président de l'association « PRESSE ET PLURALISME », en clôture des États généraux, pour faire advenir une forme nouvelle du mécénat de presse.

« PRESSE ET PLURALISME » peut désormais accorder des subventions ou des prêts bonifiés aux entreprises de presse, qui seront éligibles au régime du mécénat des particuliers et des entreprises. Les possibilités offertes par ce mécénat rénové mécanisme seront d'ailleurs étendues prochainement aux entreprises de presse en ligne.

Cette modification des règles du mécénat, c'est l'une des mesures clefs qui seront prises pour vous rendre à même de négocier, dans les meilleures conditions, le virage technologique qui s'impose à vous ; mais ce n'est évidemment pas la seule.

Le 3e grand volet, c'est précisément celui de l'AIDE AU DÉVELOPPEMENT DE LA PRESSE NUMERIQUE. La volonté de soutenir substantiellement les entreprises de presse dans leurs efforts pour faire face aux mutations en cours, La loi de finances rectificative pour 2009 s'est traduite par une majoration de près de 20 millions d'euros du budget du fonds d'aide aux services de presse en ligne.

Cette augmentation des moyens, ainsi que la définition, par la fameuse loi « Création et Internet », dite HADOPI, d'une définition du service de presse en ligne, va permettre de réformer les conditions d'attribution et de fonctionnement de l'aide au développement des services en ligne. Cette définition ouverte prévoit l'application de ce dispositif aux sites de presse uniquement en ligne, c'est-à-dire qui n'édite pas de version sur papier. Mais aucune inégalité de traitement ne va pour autant s'installer entre ces éditeurs et presse traditionnelle en ligne. C'est pourquoi toutes deux feront l'objet d'une homologation spécifique par la Commission paritaire des Publications et Agences de Presse (CPPAP), dont le fonctionnement sera à cette occasion modifié par décret.

D'autre part, afin de stimuler le développement de ces services de presse en ligne, l'aide pourra désormais prendre la forme de subventions, et non plus seulement d'avances comme c'était le cas auparavant.

Enfin, l'action de l'État passe par un SOUTIEN DE LA VENTE AU NUMERO. Dans le cadre des réflexions sur l'amélioration de la distribution des titres de presse, vous partagez l'idée, cher François D'ORCIVAL, que pour mieux répondre aux besoins exprimés tant par les diffuseurs que par les éditeurs, il faut parvenir à une meilleure visibilité des publications dans les points de vente. Le système de l'« assortiment » devrait pouvoir être opérationnel dès cet automne.

La modernisation des points de vente, essentielle à une presse qui se veut de plus en plus proche de son lectorat, viendra renforcer ce dispositif. 8 millions d'euros seront consacrés à leur informatisation et 5 millions d'euros à la modernisation des espaces de vente.

Vous l'avez compris, les pouvoirs publics ne sont pas restés indifférents, loin s'en faut, aux angoisses légitimes suscitées par la crise actuelle de la presse. L'effort consenti est sans précédent dans l'histoire de la presse française. Ce sont à la fois des mesures d'urgence et des actions qui visent à renforcer les structures mêmes de la presse. Mais elles ne seront pleinement efficaces que si tous les acteurs continuent de se mobiliser. Leur portée est avant tout incitative : elles visent à aider la presse à surmonter l'épreuve, à réaliser les investissements indispensables et à lui donner les moyens de mieux répondre aux attentes de ses lecteurs.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire au moment des Assises du Journalisme qui se tenaient dernièrement à Strasbourg, l'aide exceptionnelle consentie par l'Etat à l'issue des Etats généraux de la presse écrite ont pour but de faciliter une refondation. C'est une chance dont les éditeurs doivent se saisir. Mais il s'agit d'une première étape. La presse avait besoin de réponses industrielles à des problèmes industriels (impression, distribution, fonds propres...).

Nous sommes en train de les résoudre. Nous ne pouvons nous arrêter là. Nous devons passer à l'étape suivante, celle de la qualité de l'information, celle des métiers et des valeurs des journalistes.

Quels que soient les moyens mis à disposition, l'aide de l'Etat ne sera jamais suffisante si elle n'est pas accompagnée d'une remise en cause du modèle d'information lui-même et non seulement du modèle économique dont il est aussi l'expression. Car sans faire du Marx facile, il est évident que les deux sont liés et qu'il serait absurde de vouloir conserver une presse qui ne trouverait pas les formes qui correspondent à ce nouveau paysage, c'est-à-dire qui n'engagerait pas une redéfinition de l'offre éditoriale, des pratiques, et des métiers du journalisme à l'ère du numérique.

L'Etat est plus que jamais à vos côtés. Mais votre avenir est d'abord entre vos mains.

Je n'ai pas d'inquiétude sur votre capacité à mobiliser les énergies, cher François D'ORCIVAL, vous qui menez les destinées du SPPMO depuis plus de 10 ans au sein de la Fédération nationale de la presse française (la FNPF).

La diversité de vos adhérents aurait, je l'ai dit, de quoi surprendre, mais vous avez l'art de concilier ce qui pourrait paraître inconciliable, et ceux que vous représentez s'accordent sur l'essentiel, c'est-à-dire sur la nécessité d'une presse dynamique pour la santé et la pluralité de notre démocratie.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 28 octobre 2009

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