Déclaration de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, sur le lancement d'un grand débat sur l'identité nationale, à Paris le 3 novembre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, sur le lancement d'un grand débat sur l'identité nationale, à Paris le 3 novembre 2009.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

Circonstances : Contribution intitulée "Ma conviction : l'identité française, un thème structurant pour les dix années à venir", mis en ligne sur le site www.debatidentitenationale.fr le 3 novembre 2009

ti : Je suis convaincu que la question de l'identité nationale doit être un thème structurant du débat dans notre pays. Cette réflexion est devenue indispensable parce que depuis trente ans, sur ces sujets, nous vivons dans le déni de la réalité. C'est une question qui ne se pose pas seulement pour les Français issus de l'immigration récente mais qui interpelle chaque citoyen, quelle que soit sa région, son origine, sa couleur de peau, sa confession... Notre nation se fissure en silence parce qu'il n'y a pas de discours sur l'identité.

Depuis une trentaine d'années, nous avons commis l'erreur de ne pas expliquer ce que cela signifie « être Français aujourd'hui ». On a fait comme si la population d'aujourd'hui était la même qu'il y a cinquante ans, en oubliant l'évolution de sa composition, de ses origines, de ses pratiques religieuses, de ses modes de vie... La population issue de l'immigration de la seconde moitié du XXe siècle n'a toujours pas reçu les codes d'accès. Cela a conduit à des tensions grandissantes au sein d'une population composée de gens qui sont tous Français mais qui ne se parlent pas, ne s'écoutent pas, ne se respectent pas. Il est vital de retrouver les raisons de vivre et de réussir ensemble pour prolonger l'aventure française en tenant compte de la diversité de notre société.

L'initiative d'Eric Besson va dans le bon sens.

Dans cette perspective, l'initiative d'Eric Besson est une excellente opportunité. Les députés de la majorité vont s'impliquer à fond dans ce débat. C'est un sujet qui leur tient déjà à coeur. Je pense notamment au rapport sur le respect des symboles républicains qu'ont remis en mai dernier Jean-Philippe MAURER, Député du Bas-Rhin, Jacqueline IRLES, Député des Pyrénées-Orientales, Françoise HOSTALIER, Député du Nord et Philippe MEUNIER, Député du Rhône, à la suite de la Marseillaise sifflée au Stade de France.

Une communauté nationale fragilisée par des lignes de fracture pesantes

Il ne faut pas s'en tenir à un débat sur l'immigration. Cela n'aurait pas de sens ! L'identité nationale concerne tous les Français. Elle pose la question du vivre-ensemble dans une société fragile.

. Différences géographique : France rurale et France urbaine
On a parfois l'impression que la France vit entre deux mondes différents. Avec mes amis députés, au plus près du terrain, nous sentons cette fracture. Il y a une partie de la France qui se sent délaissée, oubliée ! Qui ne se reconnaît pas dans les décisions prises à Paris...

. Différence générationnelle : quid de la solidarité intergénérationnelle ?
Attention à ne pas entrer dans une logique où les jeunes générations ont le sentiment qu'elles vont payer pour l'insouciance de leurs aînés. La question de la dette publique n'est plus qu'une question économique. C'est une question sociale qui pose la question de la solidarité entre Français de différentes générations. Cette question peut prendre une tournure dangereuse, si on donne l'impression de jouer les « seniors » contre les « jeunes ».

. Inégalités hommes-femmes, notamment dans la sphère professionnelle
On ne peut pas faire des grands discours sur le vivre-ensemble et sur l'égalité et se contenter des inégalités insupportables qui subsistent entre les hommes et les femmes, notamment dans le domaine politique et professionnel : différences de salaires à poste égal, différence de niveaux de retraites, plafond de verre pour l'accès aux responsabilités, manque de considération pour les mères...

. Enfin, les différence d'origines et de confession : le fameux débat entre « multiculturalisme » et « assimilation »
L'assimilation a réussi dans la première partie du 20ème siècle. Aujourd'hui, on ne demande plus à personne de se dépouiller de sa culture d'origine pour devenir Français. Mais le fameux « droit à la différence » des années 80 a donné cours dans certains quartiers à un multiculturalisme à mille lieux de notre conception du vivre-ensemble ! Le grand défi pour la France, depuis toujours, c'est d'arriver à concilier unité et diversité ! Il faut réussir ce défi au 21ème siècle, avec une France qui n'est plus celle de 1950.

Trois écueils à éviter pour ce débat

1er écueil : faire de ce débat un prétexte politicien. De ce point de vue, je regrette de voir qu'on est mal parti. De tous côtés, c'est la course à celui qui s'appropriera le débat au détriment des autres. Or l'identité nationale n'appartient à personne.

2ème écueil : réduire cette grande réflexion structurante pour notre pays à un petit gadget ponctuel. Par exemple, je considère que le manque de respect des symboles républicains n'est qu'un symptôme d'une crise beaucoup plus profonde. C'est cette crise qu'il faut traiter ! Pas se contenter de quelques annonces sur l'apprentissage de la Marseillaise. En fait, mener un débat sur deux mois dans toutes les préfectures, c'est un « tour de chauffe » ! Mais cela ne suffit pas. Ne croyons pas que nous aurons clôturé en février une réflexion qui doit être permanente !

3ème écueil : impliquer uniquement des initiés. Nous avons bien sûr besoin des avis d'historiens, de philosophes, d'intellectuels mais surtout ce sont les Français qui doivent s'approprier ce débat... Avec les députés UMP, nous avons décidé d'organiser des consultations dans nos circonscriptions et de créer un site de débat sur Internet pour aller à l'écoute des Français au plus près du terrain.

Trois idées à assumer totalement

L'identité française, c'est une réalité complexe et relative. Elle n'est pas figée, elle peut se combinée à d'autres identités. Elle touche à l'intime et au collectif. Il faut donc accepter de sortir du simplisme ! Je veux insister sur trois convictions :

. Etre Français, c'est s'approprier l'histoire de ce pays, riche de sa diversité, quand bien même nous ne sommes évidemment pas tous descendants des Gaulois.
Tous les Français, quelle que soit leur origine, doivent pouvoir s'inscrire avec fierté dans cette histoire, en assumant ses heures de gloire et ses parts d'ombre. Cela n'empêche pas le débat sur le passé : l'histoire est faite de plusieurs voix et c'est par la recherche permanente d'une meilleure connaissance de notre passé, dans toute sa complexité, que se construit l'héritage commun.
Nos prédécesseurs n'étaient pas à l'aise avec le passé parce qu'ils avaient été parties prenantes d'événements troubles ou douloureux (Vichy, colonisation, guerre d'Algérie...) Par conséquent, nous avons arrêté d'évoquer le passé, d'assumer notre histoire. Au lieu de régler les problèmes, on a fait grandir le malaise dans toute la société. A notre génération d'assumer l'histoire de France, et d'inviter chacun à se l'approprier !

. Mais une identité se ne résume jamais à des origines et à un passé ! Etre Français, c'est partager des valeurs au présent. Nous devons refaire le point ensemble sur ce qu'implique notre devise « Liberté, égalité, fraternité » en ce début de 21ème siècle.
Il y a des principes républicains qui fondent le vivre ensemble et sur lesquels nous ne pouvons pas transiger. (ex : Le port de la burqa dans l'espace public n'est pas acceptable). Mais la République doit aussi être capable de s'adapter à la société française d'aujourd'hui. (ex : diversité régionale, apprentissage de la langue arabe à l'école, plutôt que dans les caves...)
Il y a un point essentiel, parmi nos valeurs, c'est la sécurité ! Sans la sécurité, il est évident qu'on ne peut pas construire le vivre ensemble. Quand on a peur pour soi et pour les siens, on a tendance à se méfier de celui qui est différent, de celui qui n'a pas la même origine... Dans cette situation, il est utopique de parler de projet collectif, d'aventure partagée ! Le maire de Meaux peut en témoigner, à travers son expérience. Pour rétablir les conditions du vivre ensemble dans un quartier, la première étape, c'est d'assurer la sécurité !

. Etre Français, c'est surtout vouloir construire un avenir ensemble. Comment faire de la France une terre de réussite individuelle et collective, pour tous les Français ? Comment assurer l'égalité des chances de chacun ? Qu'ils viennent du centre de Paris, des quartiers populaires de Meaux ou d'un hameau de Lozère, je suis triste quand je vois certains jeunes Français considérer qu'ils n'ont pas d'avenir ici, parce qu'ils sont persuadés qu'on leur fera davantage confiance ailleurs.

On voit que la question centrale qui se pose à nous dans ce débat, est la suivante : « Quel est le chemin de vie, pour chaque Français, dans notre communauté nationale, avec ses droits et ses devoirs, avec sa mission ? »

Un ressort personnel et collectif : la dette à l'égard de notre pays

Les Français ont une attitude de revendications permanentes à l'égard de leur pays. Nous considérons chacun que nous avons des droits sur la communauté nationale en oubliant de nous interroger sur nos devoirs.
Bien sûr, l'Etat a un devoir vis-à-vis des Français, en mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour ce pays : le devoir d'assurer la continuité de l'aventure nationale, le devoir d'assurer ses missions régaliennes, de faire vivre la solidarité, de pérenniser notre modèle de protection sociale...
Mais j'invite aussi chaque Français à regarder son histoire personnelle et à s'interroger sur la dette qu'il a à l'égard de son pays. Comment rendre un peu de ce qu'on a reçu ?

C'est dans cette perspective par exemple que je défends le service civique obligatoire, une façon concrète de participer à l'intérêt général, d'expérimenter cet équilibre des droits et des devoirs sans lequel il n'y a plus de communauté nationale.

Vous voyez, ce débat va bien au-delà d'une polémique réductrice sur l'immigration ou l'apprentissage des couplets de la Marseillaise....


Source http://www.debatidentitenationale.fr, le 4 novembre 2009

Rechercher