Interview de M. Patrick Devedjian, ministre en charge de la mise en oeuvre du plan de relance, à Europe 1 le 27 octobre 2009, sur l'impact du plan de relance de l'économie, le procès Clearstream et la succession à la présidence de l'établissement public d'aménagement de La Défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, ministre en charge de la mise en oeuvre du plan de relance, à Europe 1 le 27 octobre 2009, sur l'impact du plan de relance de l'économie, le procès Clearstream et la succession à la présidence de l'établissement public d'aménagement de La Défense.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance;

ti : J.-P. Elkabbach.- "Le chômage va augmenter moins vite qu'au coeur de la crise", c'est F. Fillon qui le dit, mais il va continuer à progresser en 2010. Et pour C. Lagarde, "la tendance à la dégradation de l'emploi devrait se poursuivre plusieurs trimestres". A quoi sert votre Plan de relance ?
 
Le plan de relance c'est quand même 350.000 emplois créés ou sauvegardés sur deux ans. Alors, s'il n'y avait pas de Plan de relance, on en serait où aujourd'hui ?! C'est quand même la France qui s'en tire le mieux en Europe face à la crise. On est dans la crise tout de même, mais regardez la situation de la Grande-Bretagne ou de l'Espagne, la France a de bons résultats par rapport aux autres.
 
Mais ce n'est pas une consolation de savoir que les autres vont mal. L'économiste P. Fitoussi et son institut l'OFCE, prévoient fin 2010 10,5 % de chômage, et il dit que le plus dur est devant nous. 
 
Oui, mais les choix que nous avons faits sont les bons. Les prévisions, j'en ai entendues d'autres des prévisions qui ne se sont pas du tout réalisées, donc les économistes je les prends avec beaucoup de réserve. Et les choix qui ont été faits par la France sont les bons. Regardez, on a une petite croissance, le chômage malgré tout est contenu, il faut se souvenir de ce qu'il était au début de l'année et où il est maintenant. Donc les choix politiques ont été les bons.
 
Et le FMI par la voix de D. Strauss-Kahn, a recommandé à tous les gouvernements de ne pas arrêter les plans de relance. Est-ce que le vôtre sera maintenu et prolongé, ou quand il atteindra son terme, il sera terminé ?
 
D'abord, le plan de relance est sur deux ans, 2009 et 2010, et en même temps, il est complémentaire de celui de l'Allemagne. Et puis, dans un deuxième temps, vous avez le grand emprunt qui prendra le relais. Donc la politique de relance est maintenue. D'abord parce qu'elle produit de grands résultats.
 
Avant l'été, on redoutait la récession et la décroissance. Aujourd'hui, l'obsession devait être la dette et les déficits. Les agriculteurs sont malheureux, ils réclament au président de la République 2 milliards. Où va-t-il les trouver monsieur Sarkozy ?
 
De toute façon, la crise crée de la dette. Donc la question est de savoir ce que vous faites de la dette ? Soit la dette vous l'employez à soulager les difficultés, et bien sûr il faut le faire, soit vous l'employez à investir pour soutenir l'économie, et ainsi soulager aussi les difficultés. Donc on ne peut pas éviter la dette. Si on veut sortir de la dette, il faut créer de la croissance. Et aujourd'hui, la croissance on ne peut l'avoir que par l'investissement.
 
Oui, oui, mais F. Fillon lui-même, reconnaît que pour reconstruire de l'emploi, il faut 2 à 2,5 % de croissance, et en 2010, c'est 1 % qui est prévu. Comment allez-vous passer de 1 à 2, 2,5 % de croissance ?
 
De la même manière que nous sommes passés de moins 3 à aujourd'hui + 0 et quelque chose. On est entre 0 et 1, ce n'est pas beaucoup, mais on était à moins 3. Comment a-t-on fait pour passer de l'un à l'autre ? Eh bien on va continuer.
 
D'une manière générale, même les bonus sont de retour. Souvent cité par J. Attali, l'économiste P. Jorion, qui de Californie avait prophétisé la crise, publie un livre sur l'argent. Et P. Jorion dit : "la crise n'est pas terminée, tout recommence comme avant, il y a beaucoup d'amnésiques".
 
D'abord, ça ne recommence pas comme avant, même si il y a évidemment des tendances persistantes. C'est vrai que les bonus c'est un mauvais symbole et c'est un mauvais signe. Mais en même temps, la régulation a considérablement progressé. Le président de la République a pris l'initiative du G20, il a lentement construit le processus du G20, en partenariat avec l'Allemagne. Et la régulation, regardez par exemple la question des paradis fiscaux, le monde a vraiment progressé, c'est une révolution. On nous disait que c'était impossible, on y est arrivés, et la régulation internationale qui est nécessaire, et notamment aux Etats- Unis où le laxisme a conduit à la crise, elle est en progrès.
 
Mais vous savez bien que ça ne suffit pas, parce que les Etats et les contribuables casquent en ce moment, et les banquiers empochent. On se demande si c'est ça le capitalisme éthique ?
 
On ne va pas tout régler d'un coup, mais on est sur le chemin d'une amélioration. Le capitalisme c'est quelque chose qui s'améliorer sans arrêt. Et en ce moment, il est dans une période d'amélioration.
 
A Berlin, la Chancelière Merkel est toujours Angela Merkel, mais elle a désormais un gouvernement FDP libéral de droite, elle baisse les impôts et elle accepte un nouvel endettement exceptionnel élevé. Est-ce que c'est la nécessité pour elle ou l'influence contagieuse de Paris avec l'endettement ?
 
Je crois qu'il y a la nécessité, naturellement. Mais entre la France et l'Allemagne, il y a un partenariat économique solide. Je crois qu'il y a des choses qui ont considérablement été établies entre N. Sarkozy et A. Merkel. Par exemple, la nécessité d'avoir une politique industrielle en Europe, et la France et l'Allemagne ont convaincu tout le monde. Deuxièmement, les histoires de nos plans de relance, ils sont complémentaires. Par exemple, le plan de relance allemand, c'est 75 % en 2010 et c'était 25 % en 2009. Le nôtre c'est l'inverse. Ce qui fait que nos deux plans sont très largement complémentaires et nous avons des tas de convergences à développer.
 
Donc, vous pensez qu'il peut y avoir des initiatives ou des relances en commun, Paris-Berlin, Sarkozy-Merkel ?
 
Oui. Et quand la France et l'Allemagne donnent le ton, l'Europe entière suit.
 
Je parle de politique française. Ce soir, D. de Villepin va réunir ses amis politiques. Il redevient actif sur le terrain politique, avec des ambitions présidentielles qu'apparemment il ne cache plus. C'est un nouveau concurrent pour 2012, déjà ?
 
Aujourd'hui, on est quand même dans le délibéré de la justice. Le tribunal rendra son jugement au mois de janvier, et j'invite tout le monde à respecter le délibéré du tribunal, parce qu'on ne doit pas interférer dans ce délibéré en faisant des pressions politiques extérieures. Ce n'est pas convenable et c'est dangereux en plus. Et deuxièmement, il me semble que le débat qui a été posé par ce procès, n'est pas un débat entre deux hommes, c'est un débat de morale politique.
 
C'est-à-dire ?
 
Quand on est au gouvernement, est-ce qu'on peut utiliser les moyens de l'Etat pour manoeuvrer un rival politique ? Cela ne doit pas être possible, et ça, c'est la justice qui doit y veiller.
 
Cela joue dans tous le sens !
 
Cela se joue dans tous les sens, naturellement.
 
Quand vous dites "c'est dangereux", c'est dangereux pour qui ?
 
C'est dangereux de vouloir faire pression sur un tribunal qui est en train de délibérer, par des moyens politiques.
 
C'est ce que fait D. de Villepin d'après vous ?
 
En tous les cas, j'invite à ce que cela ne se fasse pas.
 
Il y a une polémique autour des têtes de liste UMP aux régionales en Ile-de-France. L'UMP a demandé à R. Yade de jouer collectif. Se comporte-t-elle en battante ou en enfant gâtée ?
 
Elle a son caractère, elle a son tempérament. Mais au bout du compte, elle est toujours disciplinée et elle fait ce qu'on lui demande faire dans l'intérêt général.
 
Vous voulez dire qu'elle dit non d'abord et après oui ?
 
Elle se rallie finalement à la conception de l'intérêt général une fois qu'elle l'a admise. Mais il lui faut parfois exprimer son tempérament.
 
Est-ce que vous regrettez de quitter la présidence de l'EPAD ?
 
C'était tout à fait passionnant. Mais vous savez, je suis ministre de la Relance, je suis président du Conseil général, ça occupe bien son homme et c'est tout à fait passionnant ce que je fais.
 
Et à propos de J. Sarkozy, si on peut y revenir, beaucoup prétendaient qu'il avait bien fait d'y aller. A-t-il eu raison de se retirer ?
 
Oui, je crois qu'il a eu raison de se retirer, parce qu'en politique, cela ne sert à rien d'avoir raison si on n'est pas compris. Et il a eu la maturité de le comprendre et sa décision a été une vraie décision d'apaisement.
 
Vous lisez la presse, vous entendez les politiques. Cette affaire va-t-elle laisser des traces durables ?
 
A nous, en tous les cas, de faire qu'il n'y en n'ait pas. Et notamment en donnant, par exemple, à La Défense mais aussi au projet du Grand Paris une dimension qui dépasse les petites polémiques du jour.
 
Et à votre avis, quel est le meilleur profil pour votre successeur à la tête de l'EPAD ?
 
A l'EPAD, il faut faire la promotion de la France à l'étranger et du premier grand quartier d'affaires européen. La Défense, c'est ça, c'est le premier grand quartier d'affaires. Et donc, il faut avoir l'autorité pour représenter cela, et en même temps savoir vendre, pratiquement, les droits à construire qui sont représentés par l'EPAD.
 
Vous nous dites que vous n'avez ni rancune ni amertume ?
 
Vous savez, c'est un des drames de la vie politique, on passe souvent d'une chose à une autre sans avoir le temps de se concentrer. Mais c'est aussi ce qui est amusant.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 novembre 2009

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