Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec le quotidien palestinien "Al Quds" le 17 novembre 2009, sur l'urgence de la reprise des négociations israélo-palestiniennes et la position de la France sur le rapport Goldstone, le blocus imposé à Gaza, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec le quotidien palestinien "Al Quds" le 17 novembre 2009, sur l'urgence de la reprise des négociations israélo-palestiniennes et la position de la France sur le rapport Goldstone, le blocus imposé à Gaza, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Q - Qu'allez-vous dire au président Abbas à Amman ?

R - Je souhaite d'abord redire au président Abbas tout le soutien de la France à sa démarche de paix et insister sur l'urgence d'une relance des négociations pour aboutir à la création d'un Etat palestinien, malgré les difficultés. Il faut trouver les moyens de surmonter l'impasse actuelle. Je m'adresserai ensuite aux responsables israéliens pour leur dire que l'Autorité palestinienne et son chef, Mahmoud Abbas, est leur partenaire pour la paix.

Q - Le report de votre visite a-t-il causé des tensions dans les relations franco-israéliennes ?

R - J'avais prévu de me rendre en Israël et dans les Territoires palestiniens fin octobre, mais compte tenu de contraintes d'agenda, en particulier la tenue du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, et en accord avec mes hôtes, j'ai préféré reporter mon voyage.

Q - Comment percevez-vous la déclaration de l'intention du président Abbas de ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles ?

R - La décision du président Abbas lui appartient. Je la respecte. Mais évidemment, nous ne souhaitons pas son départ car la paix a besoin d'hommes tels que lui. La France n'a cessé de soutenir Mahmoud Abbas depuis son élection démocratique en 2005. Nous nous retrouvons très régulièrement. La France continue d'appuyer sa démarche de paix et de réforme de l'Autorité palestinienne, comme l'a illustré la récente visite de M. Abbas en France, le 4 septembre dernier.

Q - Quelle est la position de la France sur le rapport Goldstone ?

R - Tout au long du conflit à Gaza, nous avons rappelé notre position constante : le droit international humanitaire doit être respecté en tout lieu, en toute circonstance et par toutes les parties à un conflit. La véritable réponse au rapport Goldstone, serait l'engagement par les parties d'un processus d'enquête indépendante, et conforme aux standards internationaux, sur les allégations de violations du droit international humanitaire et des droits de l'Homme lors de la crise à Gaza. Nous regrettons de ne pas avoir été en mesure de nous rallier aux Nations unies à un texte qui se serait borné à rappeler cette exigence.

Q - Qu'en est-il de l'aide française à l'Autorité palestinienne ?

R - L'aide française à l'Autorité palestinienne est très importante. Notre coopération s'inscrit dans le cadre d'un accord de partenariat sur 3 ans. Notre aide s'élève à 100 millions de dollars US par an, elle a doublé depuis 3 ans. Mais notre aide ne s'arrête pas là. Depuis l'organisation à Paris de la Conférence internationale des donateurs pour l'Etat palestinien nous jouons un rôle de mobilisateur pour motiver les donateurs à verser leur aide et accompagner le plan de Salam Fayyad. Nous travaillons très étroitement et en toute confiance avec le Premier ministre. Nous finançons des projets concrets, notamment à travers l'Agence française de développement : électrification dans les zones rurales, une station d'épuration à Beit Layia, une pharmacie centrale à Naplouse, une rue inaugurée le 8 novembre dernier par le président Abbas à Hébron, etc.

Il faut poursuivre pour consolider ces évolutions, attirer les investisseurs, pour changer la vie quotidienne des gens, et faire reculer l'extrémisme. C'est ce que nous faisons avec la zone industrielle de Bethléem. Les premiers résultats sont positifs : 7 % de croissance en Cisjordanie selon le FMI.... La politique d'Abou Mazen et Salam Fayyad en est aussi la cause. Nous la saluons.

Nous faisons également passer des messages à Israël pour continuer à favoriser la liberté des échanges et pour soutenir l'Autorité palestinienne. La France ne veut pas financer le statu quo mais aider les Palestiniens dans leur voie vers la construction d'un Etat. C'est-à-dire les aider politiquement.

Q - Quelle est la position de la France sur le blocus imposé à Gaza et sur l'interdiction d'entrée des matériaux de construction pour la reconstruction de la bande de Gaza ?

R - Nous demandons la réouverture permanente de l'ensemble des points de passage pour que les Gazaouis puissent enfin vivre librement. La population civile en est la première victime.

Nous souhaitons mettre en oeuvre des projets concrets sur le terrain : nous participons à la réhabilitation de l'hôpital Al Quds, à hauteur de 2 millions d'euros. La construction d'une station d'assainissement dans le nord de la bande de Gaza est également un de nos grands projets. La population doit être soutenue. Nous sommes le seul pays occidental à maintenir en activité un centre culturel qui offre des cours de français et des expositions, et qui représente un espace précieux de respiration pour les Gazaouis. Nous voulons faire plus et construire un nouveau centre plus grand.

Q - La France est-elle optimiste sur la possibilité d'arriver à un accord de libération du détenu israélien Shalit et joue t-elle un rôle dans cette affaire ?

R - Depuis plus de trois ans, nous continuons sans relâche à demander la libération du franco-israélien Gilad Shalit. Nos efforts portent auprès de tous ceux qui peuvent parler à ses ravisseurs afin de hâter sa libération.

Q - La colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem s'intensifie malgré les appels à l'arrêt de la colonisation : quelle est la position de la France sur cette question et celle-ci exerce-t-elle des pressions pour arriver à un arrêt de la colonisation ?

R - Je vous rappelle que le président de la République lors de son discours à la Knesset a appelé à un arrêt de la colonisation et a souligné que Jérusalem, Al Quds pour les Palestiniens, Yerushaláyim pour les Israéliens, avait vocation à devenir la capitale de deux Etats. C'est la position de la France.

Q - Comment évaluez-vous les positions du gouvernement Netanyahou, hostiles au processus de paix ?

R - Le Premier ministre a reconnu lors de son discours de Bar Ilan la nécessaire création d'un Etat palestinien. C'est un pas positif que nous avons salué. Nous disons à Israël : c'est dans votre intérêt, vous n'êtes pas seuls, prenez le risque de la paix avec vos partenaires de l'Autorité palestinienne.

Q - Les Palestiniens sont déçus de la nouvelle administration américaine et des efforts de son envoyé spécial George Mitchell, qui n'ont permis aucun progrès malgré ses dernières visites. Quelle est votre réaction ?

R - Dès son arrivée aux affaires, le président Obama a fait du dossier israélo-palestinien une priorité et s'est prononcé clairement en faveur de la création de l'Etat palestinien. Nous avons pleinement soutenu la démarche du sénateur Mitchell. Les efforts américains en vue d'une reprise des négociations n'ont pas encore produit les effets escomptés, mais il s'agit aujourd'hui de surmonter les blocages. La détermination du président Obama reste entière et la nôtre aussi. Par la nôtre, j'entends celle de la France et de l'Union européenne, qui doivent se mobiliser pleinement, aux côtés de l'administration américaine, pour recréer une dynamique.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 novembre 2009

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