Interview de M. François Chérèque, scerétaire général de la CFDT, à RMC le 25 novembre 2009, sur les modalités de régularisation des salariés sans-papiers, le service minimum dans les écoles et l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, scerétaire général de la CFDT, à RMC le 25 novembre 2009, sur les modalités de régularisation des salariés sans-papiers, le service minimum dans les écoles et l'identité nationale.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. CFDT, secrétaire général;

ti : J.-J. Bourdin (8h45 - 2ème partie de l'interview)

Sur le Grand emprunt, vous faites ce matin une proposition.

Oui, je suis à peu près d'accord sur les propositions du rapport Juppé/Rocard sur l'investissement, formation supérieure, recherche, emploi de demain. Ça il fallait le faire, ça fait dix ans qu'on a du retard. Mais comment on paye ?... Il y a deux solutions pour moi : c'est qu'on supprime le bouclier fiscal et on fait une tranche d'imposition supplémentaire sur les revenus...

Pas question, dit N. Sarkozy.

Si pas question sur l'emprunt spécifique, on fait comme on avait fait pour la sécheresse en 76, c'est-à-dire qu'on propose aux revenus les plus élevés de prêter de l'argent à l'Etat et l'Etat leur rembourse sans intérêts.

C'est-à-dire que ceux qui gagnent les revenus les plus élevés prêtent de l'argent à l'Etat et l'Etat les rembourse sans intérêts.

Oui. C'est ce qu'on a fait en 76 pendant la sécheresse : solidarité nationale. Il fallait rembourser, il fallait aider les agriculteurs. Donc on a fait un emprunt obligatoire pour les plus fortunés et on a évité qu'il s'enrichisse sur ...



Qui le paierait cet emprunt ?

Mais l'Etat après....

Non, non, mais qui le paierait ?, Sur quels critères ?

Ceux qui sont dans la tranche d'imposition supplémentaire et qui bénéficient en particulier du bouclier fiscal, c'est-à-dire ceux qui sont dans la tranche des 40 %.

Ce serait un geste de solidarité nationale ?

Il me semble que c'est important. On parle d'identité de la nation. Là, ce sera les plus fortunés qui font un geste pour améliorer la formation, l'étude...

Vous faites cette proposition officiellement ?

Je vais la faire cet après-midi au président de la République.

Cet après-midi au président de la République ?

Oui, oui. Parce qu'on a une rencontre sur ce problème de l'emprunt.

Les salariés sans-papiers, qui travaillent souvent depuis plusieurs mois et même plusieurs années. Une circulaire sera présentée tout à l'heure à midi et demi. Selon nos informations, la circulaire devrait imposer, pour que son dossier soit examiné, devrait imposer de justifier de cinq années de séjour sur le territoire, d'une année de travail déclaré à l'URSAAF et d'une promesse d'embauche d'une durée minimum d'un an. Et, si tous ces critères sont remplis, à ce moment-là, la préfecture examinera le dossier.

Il me semble que cette circulaire est trop restrictive par rapport à tout ce qui s'est fait. On est en pleine hypocrisie. On a de salariés qui travaillent depuis plusieurs années, et même depuis plusieurs mois, qui payent des impôts, qui paient des charges sociales, qui paient leurs loyers, donc des impôts locaux, à qui on refuse de les titulariser en quelque sorte ou valider leur passage sur le territoire, alors qu'ils font un service, alors qu'ils occupent un emploi, alors qu'on a besoin d'eux. Il me semble que ces paramètres sont trop restrictifs. La dernière fois c'était trois ans, on avait à peu près trouvé un équilibre autour de trois ans, c'est-à-dire un an déclaré et trois ans, c'était un élément intéressant. Là, 5 ans ça ne va rien régler.

Cela va concerner beaucoup selon vous de salariés sans-papiers qui travaillent ?

On ne peut pas le dire parce que par principe ils ne le disent pas, parce qu'on ne les connaît pas tous. Mais à mon avis, c'est plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Plusieurs de dizaines de milliers de personnes qui vont pouvoir être régularisées selon vous ou pas ?

Non, non, avec ces nouveaux critères, ce sera que quelques milliers. A peine quelques milliers. Le problème sera posé toujours, parce que ces entreprises-là, si elles n'ont pas ces salariés-là ne peuvent pas tourner.

Est-ce qu'on doit punir les entreprises, les chefs d'entreprise qui emplois ces salariés sans-papiers ?

Qu'on punisse ces chefs d'entreprise, oui mais arrêtons je dirais la démagogie, comme l'a fait le ministre ce week-end. On dit on ferme une entreprise qui embauche des sans-papiers. Quel est le résultat ? Les salariés qui travaillent légalement dans cette entreprise ils sont aussi licenciés ! C'est stupide. Vous allez avoir un député qui va voter une "loi on ferme l'entreprise" et puis lorsqu'on fermera une entreprise, dans sa circonscription, il va intervenir auprès du préfet pour qu'on la laisse ouverte, parce qu'il y a des salariés qui travaillent légalement.

C'est quoi, c'est la poudre aux yeux ?

C'est de la démagogie en période électorale. Il y a une loi avec des sanctions, avec des peines de prison pour le travail illégal. Ils n'ont qu'à appliquer la loi. Il n'y a pas besoin d'en faire une autre au lieu de faire de la démagogie.

Hier, le président de la République à propos de la restauration et de la TVA dans la restauration, a été très clair. Il a dit : je ne reviendrais jamais sur la baisse de la TVA dans la restauration. Il a tort ou raison ?

Moi, j'étais contre cette baisse de TVA. On est en pleine naïveté. On savait très bien que si on n'avait pas, noir sur blanc sur le papier, des engagements, ce ne serait pas appliqué. Cela a toujours été comme cela. Donc maintenant, on a une vraie difficulté parce qu'il y en a qui l'appliquent. On le voit bien, ils ont joué le jeu. Ils sont minoritaires. C'est ceux là qui vont être sanctionnés. Donc, maintenant peut être fautil prendre des mesures plus...

Mais lesquelles ? Que proposez vous ? Il y a des négociations salariales qui s'ouvrent dans la restauration.

Sur la négociation salariale, soyons clair. La CFDT a signé un accord dans ce secteur-là : 5.6 % d'augmentation du salaire, plus de salaire en-dessous du SMIC, une mutuelle pour tout le monde, de la formation. C'est un accord qui a été signé par la CFDT et un autre syndicat a été contesté par trois, ce qui ne s'applique pas. Donc, les négociations ont été rouvertes. J'avais proposé, moi, en son temps que la baisse de la TVA ne se mette en place que lorsqu'il y a un accord. Le Gouvernement a fait l'inverse, donc cela ne se met pas en place, et surtout il y a une opposition. Donc, il faut reprendre les négociations, c'est ce qu'il fait. J'ai demandé un rendez-vous avec Monsieur Novelli pour faire accélérer les choses. Donc je pense que là, sur ce sujet-là, nous on prend nos responsabilités. Mais si les employeurs ne prennent pas leurs responsabilités, il faudra peut-être refuser effectivement.

Le service minimum dans les transports, on l'a constaté récemment, ne fonctionne pas. Le service minimum à l'école fonctionne mal. Pourquoi ?

Ce sont deux choses différentes. Dans les transports, le service minimum on savait très bien qu'il ne fonctionnerait pas s'il y avait une grève générale du transport. Parce que tout le monde est en grève. Quand tout le monde est en grève, ça ne peut pas fonctionner autrement c'est la remise en cause du droit de grève. Par contre, vous avez vu, le président de la République l'avait dit qu'on ne voit pas les grèves quand elles ont lieu, c'est-à-dire quand il y a une grève minoritaire, ça fonctionne. Dans l'Education nationale, c'est autre chose. Dans l'éducation nationale....

Service minimum d'accueil ?

Oui mais dans l'Education nationale, vous n'avez pas remarqué que les élus locaux avaient un petit problème avec l'Etat en ce moment ? Moi je pense que les élus locaux n'ont pas très envie actuellement d'organiser le service d'accueil...

Pourquoi ?

Parce que cela les embête de le faire.

Une forme de contestation ?

Oui, oui, parce que c'est eux qui devaient l'organiser, pas les syndicats d'enseignants.

C'est une réponse faite à l'Etat ? En tout cas, ils ne sont pas trop d'accord. L'Etat leur a imposé le service d'accueil. Ils n'en voulaient pas. Ils ne le mettent pas en place. C'est peut-être plutôt les élus locaux qui ont fait grève cette fois-ci, parce qu'apparemment il y avait moins d'enseignants en grève.

Dites-moi, le statut de la poste c'est terminé non, la revendication est terminée cela va passer tranquillement ?

Nous tenons toujours à faire évolué le texte, c'est un élément important. D'ailleurs, il y a eu un débat au Sénat, le Gouvernement l'a rejeté, c'est le financement des missions de service public. C'est cela l'essentiel. C'est-à-dire les Postes sur tous les territoires, la distribution c'est six jours sur sept.

Mais quand le ministre promet qu'il n'y aura pas un euro de capitaux privés ou capital de La Poste, vous ne le croyez pas ?

Pour sa bonne foi, je lui demande d'accepter un amendement qui avait été déposé, qui dise que dans la loi on prévoit le financement des missions de service public. Et il a dit : on verra au cas par cas. S'il accepte dans la loi le financement des missions de service public, eh bien on a une assurance que ces missions elles ne seront pas déficitaires. C'est cela le problème de fond.

Dernier mot, dernière question avant de passer aux auditeurs de RMC, sur l'identité nationale, vous refusez de participer au débat. Pourquoi ?

Parce que ce n'est pas le moment...

La CFDT refuse.

Si elle refuse, ce n'est un débat qui n'est pas intéressant, mais aujourd'hui en période électorale, on le voit bien avec le problème de l'immigration, c'est utiliser ce sujet-là en période électorale. C'est la pire des choses. Aujourd'hui, le débat moi j'ai envie de la poser, c'est qu'est ce que c'est que la France dans l'Europe et qu'est-ce que c'est que l'Europe dans le monde. Alors qu'on vient de fêter la chute du Mur de Berlin, c'est l'Europe réunie. On vient d'avoir la cérémonie du 11 novembre où on a fait l'Hymne à la joie, l'Ode à la joie comme l'Hymne européen. Et aujourd'hui la France se renferme sur elle-même et est entrain de se recroqueviller. Aujourd'hui, il faut qu'on ouvre la France vers l'extérieur. Et la façon d'ouvrir la France sur l'extérieur, c'est parler de notre identité européenne. La France ne se sortira pas dans ce monde en se refermant sur elle.

On va voir ce que disent les auditeurs de RMC avec M. Beliard. M. Beliard : Question de Julien dans le Val de Marne. "Les syndicats sont utiles dans les grosses entreprises, mais pour les TPE, est-ce que ce n'est pas ajouter un intermédiaire qui alourdirait le dialogue social" ?

Notre volonté ce n'est pas de semer la pagaille dans l'entreprise et de faire venir...

Est-ce que vous n'allez pas justement semer la pagaille dans l'entreprise ?

Mais c'est les salariés qui doivent choisir. Là, c'est les employeurs qui décident à la place des salariés. Moi je trouve ça amusant, les employeurs disent : on n'a pas besoin des syndicats. Donnons la possibilité...

Est-ce que vous croyez que les salariés des très petites entreprises veulent des syndicats dans leur entreprise ? Oui ou pas ?

Posons-leur la question, donnons-leur la possibilité. Pourquoi, quand on est dans une entreprise de 11 salariés, on a la possibilité quand on le souhaite, de désigner un représentant pour négocier et dans l'entreprise de moins de 11 on n'a pas le droit ? Donnons la possibilité, je dis bien au niveau des territoires, pas entreprise par entreprise, elles sont trop petites, pour qu'il y est des représentants pour permettre une médiation quand il y a une difficulté et le salariés choisiront les gens qu'ils veulent, leurs collègues de travail. Et c'est la meilleure façon de régler ce problème définitivement.

Question politiquement concrète pour terminer. H. Proglio est le nouveau patron d'EDF. A-t-il acheté la CGT ?

Je ne suis pas, comment dirais-je...

Je vous pose la question directe : est-ce qu'il a acheté la CGT ?

Moi j'ai posé la question, c'est : comment se fait-il, alors qu'un a un changement de gouvernance à EDF, c'est-à-dire que le patron d'EDF sera aussi le patron de l'exécutif de Veolia, c'est-à-dire un rapprochement de ces deux entreprises, pourquoi se fait-il n'y a pas eu de débat et d'interrogations syndicales ? Je suis le seul syndicaliste qui en France pose la question, et j'aimerais qu'on me réponde.

Pourquoi ? Mais pourquoi, selon vous ? C'est un sous-entendu que vous faites ? Pourquoi ? Pourquoi êtes-vous le seul à demander ce débat ?

Peut-être qu'il y a eu des alliances qui ont été faites dans l'entreprise...

Est-il vrai que Veolia a acheté beaucoup de pub dans les publications de la CGT ces dernières années ?

Ca, je n'en ai aucune... Non. Je n'ai aucune...

Mais vous laissez entendre quoi ? Vous laissez entendre que la CGT et Proglio sont alliés dans tout cela ?

Non, attendez... je ne m'adresse pas uniquement aux syndicats de l'entreprise, je m'adresse aussi à l'Etat. On a eu la fusion Gaz de France-Suez, là, on a un rapprochement EDF-Veolia. Le président futur, parce qu'il est nommé aujourd'hui, veut absorber Areva. Tout ça c'est un élément important sur l'avenir d'une entreprise publique. Tout le monde s'est mobilisé sur La Poste, à juste titre. Pourquoi n'y a-t-il pas de débat autour d'EDF ? C'est l'avenir du nucléaire.

Je vous pose la question autrement : est-ce que H. Proglio a "dealé" avec la CGT ?

Non, vous savez il y a des accords, je vais vous dire franchement, je pense que la CGT est une organisation pour une démarche 100 % nucléaire. Pour faire en sorte qu'il n'y ait qu'une seule entreprise puissante nucléaire, ils ont vu que M. Proglio était dans cette démarchelà. La CFDT veut une diversification des énergies dans notre pays, donc...

Donc, la CGT et H. Proglio, même combat ?

Je crois que sur la défense du nucléaire et faire en sorte que le nucléaire soit la seule sortie pour l'énergie en France, je crois qu'ils sont d'accord, et nous on conteste cette démarche-là et on veut qu'il y ait un débat public avec l'Etat sur l'avenir de l'énergie. On parle de Copenhague, de la protection de la planète, je pense que ce sujet-là doit être un sujet public et je regrette qu'il ne le soit pas.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 novembre 2009

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