Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, à RMC le 30 novembre, sur la progression de l'épidémie de grippe A et l'organisation de la campagne de vaccination. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, à RMC le 30 novembre, sur la progression de l'épidémie de grippe A et l'organisation de la campagne de vaccination.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la santé et des sports;

ti : J.-J. Bourdin.- On va évidemment abondamment parler de la grippe A.
 
Je suis venue pour ça !
 
D'accord. J'ai quand même deux questions d'actualité à vous poser. La première ne vous concerne pas directement mais quand même : vous seriez de nationalité suisse, qu'auriez-vous voté ?
 
J'aurais voté pour l'autorisation des minarets.
 
Pour l'autorisation des minarets, sans états d'âme ?
 
Sans états d'âme.
 
Pourquoi ?
 
Parce que je suis pour la liberté religieuse, et puis on doit avoir une société accueillante pour toutes les religions, même une laïque comme moi le pense.
 
Que pensez-vous de la déclaration de X. Bertrand, qui vous dit et qui nous dit : « Est-ce qu'on a forcément besoin de minaret pour le faire ? Ça, je n'en suis pas certain ».
 
Je ne commente pas les déclarations de X. Bertrand. Je dis ce que je ressens, moi.
 
Donc une différence. A chacun son opinion, vous allez me dire...
 
Exactement !
 
Deuxième question, d'ailleurs qui vous concerne directement : douze députés UMP ont déposé une proposition de loi demandant la réduction des aides aux associations de lutte contre le tabagisme. Vous avez vu cela ?
 
Eh bien, écoutez, moi, je continuerai à aider les associations de lutte contre le tabagisme. C'est mon travail de ministre de la Santé, et de la Santé publique.
 
Cela vous a énervé ce genre d'initiative ?
 
Cela ne m'énerve pas. Ce qui est important pour moi c'est de continuer mon action, indéfectiblement et résolument.
 
La grippe A : est-ce que nous allons passer au degré d'alerte 6 ?
 
Nous nous voyons tout à l'heure avec le président de la République, la question sera sans doute évoquée. Mais la question n'est pas là. Les Français maintenant - et c'est un grand succès - vont dans les centres de vaccination, ils se font vacciner. Vous savez, la bataille de la vaccination n'était pas gagnée il y a seulement quinze jours, et nous avons décuplé la fréquentation des centres de vaccination. On est passés de 10.000 par jour à 120.000 par jour en quelques jours, avec des difficultés de logistique bien compréhensibles devant cette adhésion de plus en plus importante des Français à la vaccination anti-grippe. La vaccination c'est la meilleure politique de prévention contre une épidémie qui peut avoir des formes majoritairement peu sévères, mais qui a aussi, qui montre des formes sévères, en particulier chez des jeunes enfants. Nous avons encore enregistré huit décès pratiquement dans le week-end, avec des personnes qui n'avaient ni facteur de risque, pour la plupart qui n'avaient ni facteur de risque, ni problème particulier.
 
Huit décès dans le week-end en France ?
 
Voilà. Donc on voit qu'il faut véritablement se protéger.
 
Vous avez rendez-vous donc à 9 heures avec le président de la République. Est-il possible que nous passions au niveau 6 ?
 
C'est possible. Mais vous savez le niveau 6...
 
Expliquez-nous : si nous passons au niveau 6, que se passe-t-il ?
 
Le niveau 6, c'est quelque chose qui a été imaginé au moment de la grippe aviaire.
 
Oui, je me souviens.
 
C'est-à-dire avec une grippe peu contaminante mais avec 60 % de mortalité. Alors, il y a des outils dans le niveau 6 qui peuvent d'ores et déjà être utilisés : par exemple l'interdiction des rassemblements, par exemple on le voit à travers des matchs de football qui sont supprimés. C'est une boîte à outils mais on se sert des outils. Vous savez, les Français, on a l'habitude de construire des cathédrales technocratiques et d'essayer de faire rentrer la réalité des choses dans les démarches administratives.
 
Si j'ai bien compris, si nous passons tout à l'heure au niveau 6, si le Président de la République annonce que nous passons au niveau 6, ce qui est possible...
 
... qui est possible, ça objectivera une démarche...
 
Quelles conséquences ?
 
Ca objectivera le fait qu'on se servira d'autres outils. Nous verrons bien.
 
C'est-à-dire, lesquels ? On pourrait se servir de quels outils ?
 
Par exemple, dans le niveau 6, il y a l'interdiction des rassemblements, y compris des rassemblements politiques. Mais ça ne veut pas dire qu'on les utilisera forcément.
 
C'est-à-dire que si on passe au niveau 6, on se donne la possibilité d'utiliser telle ou telle mesure. Si je comprends bien, c'est bien ça ?
 
Voilà, exactement !
 
On se donne les coudées franches, c'est cela R. Bachelot ?
 
Voilà, exactement ! C'est une décision...
 
...qui appartient au président de la République.
 
Voilà, bien sûr !
 
Vous êtes seule avec lui ou le Premier ministre sera là, ou... ?
 
Evidemment, c'est une affaire interministérielle. Je vous signale que l'organisation de l'ensemble de cela est sous le pilotage du ministre de l'Intérieur, B. Hortefeux, qui dirige la cellule interministérielle de crise.
 
Dites-moi, cette réunion n'était pas prévue quand même, ce matin, à 9 heures.
 
Ah si, si, si, elle est prévue depuis deux jours.
 
Elle est prévue depuis deux jours. Parce que je sais que vous allez nous quitter un petit peu plus vite à cause de cette réunion. Vous n'allez pas arriver en retard à l'Elysée !
 
Je veux revenir sur cette vaccination parce que c'est quand même le sujet peut-être le plus important.
 
Mais ne vous inquiétez pas. Dans cette grippe A, vous le savez bien, il est bon d'aborder tous les sujets, et franchement et en toute transparence. Alors, j'ai des questions précises...
 
La transparence n'a jamais manqué de mon côté. J'ai toujours dit ce que je savais, ce que je ne savais pas, et j'ai toujours été le plus loyale et la plus complète vis-à-vis de mes concitoyens.
 
Puisque vous êtes loyale et complète, est-ce que le virus est en train de muter ? Oui ou non ?
 
Un certain nombre de cas de mutation ont été signalés, trois cas en Norvège, nous avons repéré deux cas de mutation en France. Ces mutations ne touchent pas beaucoup... c'est une sorte de code génétique, le virus, une sorte de bande magnétique qui se réplique à l'intérieur de l'organisme qui l'abrite. Les mutations touchent très peu de ce code génétique, de cette barrette génétique, mais effectivement les cas sont peu nombreux, les spécialistes de virologie qui regardent le virus depuis qu'il est apparu le 25 avril notent que c'est un virus qui mute peu contrairement aux autres virus. Un virus ça mute assez en permanence. Il y a une petite partie...
 
C'est un organe vivant, n'oublions pas.
 
Voilà. Il y a une petite partie du virus qui a muté dans des cas très isolés, et ça ne remet en cause ni l'efficacité des traitements antiviraux, ça c'est important, ni évidemment l'efficacité de la vaccination.
 
Est-ce que la circulation du virus s'accélère en France ?
 
Oui, la circulation du virus s'accélère en France. On est au début du pic pandémique. D'ailleurs, ça s'objective très bien puisque, il y a une semaine, nous avions eu 400.000 consultations liées à la grippe A, et la semaine qui vient de s'écouler, nous en avons eu 730.000.
 
Et d'après les informations que vous avez, nous approchons du million, là ?
 
Moi, vous savez, je ne fais pas de plan sur la comète. Moi, j'ai les résultats du bulletin épidémiologique : plus 72 % de consultations liées à la grippe A H1N1 cette semaine. Nous referons un point demain soir. C'est le résultat du bulletin épidémiologique, et vous pourrez mercredi faire état du nombre de consultations. Mais nous voyons bien que nous avons une accélération du pique pandémique, et que, hélas, le temps plus froid dont vous faites état dans vos bulletins météo, est plutôt un facteur d'accélération de cette pandémie.
 
La vaccination, parlons-en. Pourquoi, pourquoi ne souhaitez-vous pas que les médecins généralistes puissent vacciner dans leur cabinet ?
 
Pour plusieurs raisons dont nous avons parlé d'ailleurs avec eux...
 
Vous dites toujours non ?
 
A l'heure actuelle, moi ce que je veux, c'est préserver la capacité des médecins généralistes et des cabinets libéraux d'affronter ce qu'ils vont avoir à affronter. C'est 730.000 consultations la semaine dernière, et probablement plus cette semaine. Je veux préserver la capacité des médecins généralistes à prendre en charge les malades grippés. Donc ça, c'est la première des raisons. Vous vous rendez compte le nombre de consultations supplémentaires que cela va susciter. Deuxièmement, nous avons des problèmes effectivement de logistique parce que la disponibilité des vaccins en flacons multi-dose impose des contraintes logistiques qui nous conduisent à privilégier la vaccination en centres.
 
Oui, mais les médecins libéraux disent, « dans nos cabinets nous pourrions organiser des vaccinations collectives ». Et en plus, est-il vrai qu'il y a trois millions de doses uniques en réserve ? C'est vrai ou pas ?
 
Alors, réponse à la première question. Le problème de logistique n'est pas dans les cabinets médicaux. Vacciner c'est très facile, l'acte de vaccination est très facile. Le problème c'est la logistique de fourniture des vaccins qui n'est pas soluble à cette période actuelle. Alors, deuxième question : non, nous n'avons pas trois millions de doses unitaires.
 
C'est ce que disait le président de MG France.
 
Il s'est trompé. Nous avons à l'heure actuelle 250.000 vaccins Panenza sans adjuvant, et 500.000...
 
A dose unique ?
 
A dose unique. Et 500.000 vaccins Focetria avec adjuvant. Nous avons à peu près en gros 800.000 vaccins en dose unitaire, mais ces vaccins j'en ai besoin, parce qu'il y a dans notre pays des gens qui ne vont ni dans les centres de vaccination, ni dans les cabinets médicaux, ce sont les personnes fragiles, les personnes précaires. Avec ça, je vaccine les sans domicile fixe, je donne ces doses unitaires aux équipes de maraude qui vont vacciner les plus fragiles d'entre nous. Je n'ai pas de dose unitaire à mettre dans les cabinets de médecins.
 
C'est un problème d'argent, un problème financier ? C'est ce que dit F. Chérèque, qui dit, « oui, c'est un problème d'argent si les médecins demandent à vacciner, un problème financier, ils veulent faire du fric sur la grippe A, sur le dos de la grippe A ». Et même le président du principal syndicat de médecins libéraux déclare, je cite, « Chérèque dit tout haut ce que la ministre pense tout bas. Ce serait un problème financier, elle nous accuse de vouloir nous en mettre plein les poches. C'est une accusation inacceptable ». C'est M. Chassang qui dit cela...
 
Je n'ai jamais porté ce genre d'accusation. La question du coût n'a jamais été un élément de choix. C'est vrai, c'est vrai, F. Chérèque a raison, que la vaccination en cabinets médicaux serait beaucoup plus chère qu'en centres, mais ce n'est pas ça qui m'a guidé. Ce qui m'a guidé c'est de faire un système de vaccination le plus efficace possible. Nous sommes actuellement à vacciner 125.000 personnes par jour. Il va falloir en vacciner 200.000. Les médecins généralistes ne pouvaient pas assumer, ils auraient trop de travail, 200.000 vaccinations par jour, et véritablement je veux assurer un système sûr avec une traçabilité parfaite et qui permette de garantir la sécurité de cette vaccination.
 
Alors, les centres de vaccination : 1.080 centres de vaccination.
 
1.167.
 
1.167, vous avez les bons chiffres, moi pas, c'est normal. Les deux tiers fonctionnent...
 
Alors, les 1.167 centres sont armés pour fonctionner, ils n'ont pas tous fonctionné effectivement à la fin de la semaine...
 
Vous les ouvrez tous, là ? Et un des challenges de cette semaine, ça va être de les ouvrir tous. A la fin de la semaine, ils seront tous ouverts ?
 
Mais même avant. Ils seront ouverts et ils auront des plages d'ouverture très augmentées.
 
Oui, parce que ça provoque aujourd'hui affluence, vous le savez, même plus qu'affluence !
 
Pas partout.
 
Pas partout mais dans certains centres, on attend 2, 3 heures, même 4 heures.
 
Nous avons effectivement un grand succès de la vaccination. Il a fallu en une semaine dilater la logistique des centres. Je répète : on est passés de 10.000 par jour à 125.000 par jour. Donc chapeau, chapeau aux équipes qui ont pu au fur et à mesure, augmenter le nombre des médecins. Voyons aussi les choses positivement. N'ayons pas un discours uniquement catastrophiste.
 
Vous allez réquisitionner tous les médecins généralistes ou...
 
Non, je viens de vous dire qu'on a besoin des médecins généralistes pour...
 
Donc on les laisse ?
 
Mais bien sûr que certains peuvent venir dans les centres s'ils le souhaitent, et il y en a déjà d'ailleurs qui viennent. S'ils estiment, certains, qu'ils ont du temps à consacrer aux centres de vaccination, ils sont les bienvenus. Mais sont dans les centres de vaccination des médecins, des infirmières, des élèves, médecins, des élèves infirmières, des médecins retraités, des médecins du service de santé des armées, des médecins salariés, comme par exemple des médecins de la Médecine du travail. Et nous avons les moyens d'armer ces centres en personnel médical et paramédical. Je veux aussi en appeler à la responsabilité des professionnels parce que nous avons eu un certain nombre de problèmes dans nos centres avec des médecins qui avaient annoncé leur venue et qui ne sont pas venus, et ça a profondément désorganisé un certain nombre de centres. J'en appelle à la responsabilité de chacun. Quand on vous demande de venir ou quand on a annoncé qu'on vient, eh bien on vient vacciner.
 
Alors, j'ai deux questions et je vous laisse, je vous libère. Vaccination pour les enfants de 24 mois à 10 ans, ça commence aujourd'hui.
 
Les bons sont envoyés à partir d'aujourd'hui. Et on ne se présente qu'avec son bon, quand on l'a reçu.
 
Sinon, on est refusé ?
 
Voilà. Parce qu'il y a aussi un problème dans la logistique de ces centres, c'est qu'un certain nombre de personnes se sont présentées sans leur bon, on les a prises, désorganisant le système, parce qu'il faut bien comprendre qu'il y a un ordre de priorité parce que nous n'avons pas les vaccins tous en même temps.
 
Alors, pour ces enfants de 24 mois à 10 ans, vaccin sans adjuvant ?
 
Vaccin sans adjuvant parce que c'est un peu moins douloureux au point de vaccination, et nous voulons que les petits acceptent bien la vaccination, d'autant que eux seront avec une vaccination à deux injections. Donc, il faut que la vaccination soit le mieux supportée possible.
 
Je termine avec une dernière question qui n'a rien à avoir avec la grippe A, il s'agit du Bus du Coeur, je sais que ça vous tient à coeur, si je puis dire, nous aussi sur BFM TV et sur RMC, le Bus du Coeur. Je crois que la cartographie des défibrillateurs disponibles se met en place.
 
Absolument ! Avec l'aide des régions. Ce sera d'ailleurs une des tâches des futures Agences régionales de santé que de tenir cette carte des défibrillateurs.
 
C'est-à-dire que dans les mairies, on pourra savoir où se trouvent les défibrillateurs ?
 
Voilà, tout à fait. Et il y en a de plus en plus, c'est un vrais succès grâce à vous, merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 30 novembre 2009

Rechercher