Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France Info le 3 décembre 2009, sur la manifestation de Greenpeace à l'Assemblée nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France Info le 3 décembre 2009, sur la manifestation de Greenpeace à l'Assemblée nationale.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : R. Duchemin.- Bonjour B. Accoyer.
 
Bonjour
 
Merci d'être avec nous ce matin sur France info. Est-ce que vous savez ce matin précisément comment les militants de Greenpeace sont parvenus à entrer à l'Assemblée ?
 
Oui, je le sais. Je suis profondément indigné et tous les députés de tous les groupes politiques, tous les responsables de tous les groupes politiques l'ont fait savoir, sont profondément indignés. Nous avons maintenant des précisions sur ce qui s'est passé. Cela sera éclairci par une enquête et le bureau...
 
On a dit qu'ils avaient "abusé" - ce sont les mots employés hier soir - "abusés" trois députés socialistes.
 
C'est exact. Ils ont usurpé les identités en faisant croire à des parlementaires qu'ils étaient de leur circonscription et qu'ils entreraient à ce titre pour assister à la séance. Ainsi ont-ils eu des billets.
 
Il y a des portiques de sécurité, si mes souvenirs sont bons, au Palais Bourbon, à l'entrée, quand le public entre dans l'Assemblée. Comment cela se peut justement de pouvoir rentrer du matériel notamment ?
 
D'abord le matériel. Lorsque quelqu'un se cache- il n'y a pas de fouille au corps - cache sous ses vêtements en prétendant être enceinte, lorsque...
 
C'est ce qui s'est passé ?
 
Probablement, ça devra être vérifié par l'enquête. Les matériels qui ne sont pas décelés par les portiques sont passés, des cordes ou d'autres objets, cela est possible. Nous allons renforcer ces méthodes, ces procédures de contrôle et de sécurisation.
 
Qu'est-ce que vous appelez "renforcer" ?
 
Je ne peux pas vous donner tous les détails, parce que par définition même, les mesures de sécurité doivent avoir une certaine confidentialité.
 
Mais cela fonctionne comme dans les aéroports. Si mes souvenirs sont bons, on fait passer des sacs sous des portiques.
 
C'est le même principe.
 
Donc, comment peut-on renforcer davantage ? Mettre plus de personnel ?
 
Eh bien, on peut régler la sensibilité des portiques et bien d'autres mesures encore, qui seront mises en oeuvre dès aujourd'hui.
 
Dès hier, vous avez annoncé que vous alliez porter plainte, deux plaintes : une, pour l'intrusion dans l'Hémicycle, l'autre pour l'action qui s'est produite le matin, cette fois sur le toit, toujours par Greenpeace. Cela va être fait quand ?
 
C'est déjà fait, j'ai déjà porté plainte. J'étais déjà indigné le matin ; l'après-midi, ce qui s'est passée est tout à fait insupportable. En réalité, c'est une manoeuvre politique, une manoeuvre de diversion. Il y a un consensus sur le climat entre les partis politiques. La France est leader dans la lutte contre le réchauffement climatique ; elle l'a été au moment où la France présidait l'Union européenne. La France a été motrice dans ce consensus et elle a trouvé également un consensus avec le Brésil, un des pays à fort enjeu environnemental, et elle sera certainement l'un des pays qui oeuvrera le plus pour qu'il y est vraiment une solution planétaire sur le réchauffement climatique. Donc, en réalité c'est une opération médiatique, extrémiste, que je dénonce avec la plus grande détermination car ce qui s'est passé est inacceptable au regard du bon fonctionnement de la démocratie. Ce sont des méthodes qui sont antidémocratiques et violentes.
 
Vous parlez de l'opération mais il y a aussi de l'affaire dans l'affaire, parce qu'on a entendu voler les noms d'oiseaux, cette fois entre députés, en direction notamment des élus écolos. Ça c'est quelque chose que vous pouvez tolérer dans une assemblée démocratique comme l'Assemblée nationale ?
 
Il y a eu de la part d'un parlementaire Vert en particulier une attitude de provocation qui a déchaîné effectivement quelques échanges assez verts et animés. Il est certain qu'un député qui représente la République ne peut accepter ce qui s'est passé, qui est profondément anti-républicain, anti-démocratique et violent...
 
"Voyou", "fasciste"... enfin ce sont des mots assez difficiles quand même, à entendre.
 
...ne peut accepter cela. Ce sont des attitudes extrémistes. Ce sont des attitudes qu'une démocratie, encore une fois, ne peut tolérer et je comprends qu'il y ait des réactions exprimant le caractère insupportable de ce qu'on a vu. Et lorsque des députés qui sont élus par le peuple, qui ont une représentativité démocratique, applaudissent à une telle manoeuvre, il y aura certainement des suites qui seront données non pas pour les applaudissements mais probablement un certain nombre d'initiatives...
 
Quel type de suites ?
 
...et qui ont probablement facilité cette opération. C'est l'enquête qui va le déterminer. Le bureau qui est l'instance suprême qui règle les problèmes de fonctionnement et toute l'organisation et les débats de l'Assemblée nationale, je l'ai annoncé hier, est saisi et se réunira dès que l'enquête aura été conduite.
 
Mais est-ce que vous allez aussi réunir les parlementaires pour leur demander, on va dire une meilleure tenue, un langage un peu moins fleuri ?
 
J'ai appelé chacun à la dignité et au recul, à prendre de la hauteur, surtout sur ce sujet, parce que finalement vous le voyez bien, l'objectif de ces perturbateurs était qu'on parle d'eux. En réalité, ce n'est que cela, c'est un groupe extrémiste qui veut faire parler de lui, c'est un groupe antidémocratique, je le dis comme je le pense, et leur opération, si nous continuons d'en parler comme cela, aura réussi, alors que nous devons parler du climat, c'est cela l'enjeu, et c'est là où la France, dans un consensus politique qu'il faut saluer, marque des points.
 
Mais précisément, est-ce que vous ne pensez pas, on va extrapoler, que depuis que le règlement à l'Assemblée a changé, ce genre de situation peut avoir lieu. Parce que c'est vrai que les débats, finalement, aujourd'hui ont lieu essentiellement en commission, un peu moins dans l'Hémicycle. Donc, s'inviter comme cela, est-ce que ce n'est pas aussi le moyen pour les gens qui sont à l'extérieur de faire exister le débat davantage ?
 
Non, parce que ce débat au contraire concrétise les avancées de la réforme. On a organisé ce débat, il aurait pu y avoir d'ailleurs le vote d'une résolution sur cette question, c'aurait été une initiative parlementaire intéressante, rendue possible par la réforme à laquelle vous faites allusion, ce qui est un grand progrès démocratique pour notre Parlement, pour l'Assemblée nationale. Tel n'était pas le cas mais ce débat se trouvait au coeur de l'Assemblée. Donc ça aurait pu être à l'occasion d'un autre débat que des extrémistes essayent de conduire un coup de force, parce que c'est un coup de force et c'est cela qui est insupportable dans une enceinte démocratique.
 
F. Sauvadet, pour le Nouveau centre, veut demander des sanctions contre les élus écologistes. Est-ce qu'il n'y a pas d'amalgame de fait ?
 
Il faut se garder de précipitation. Comme je vous l'ai dit, l'instance suprême de l'Assemblée nationale, le bureau, cette instance va examiner calmement les images, les faits, tout ce qui s'est passé et, en toute sérénité prendra les décisions. C'est une instance ou tout le monde est représenté.
 
Et concernant l'affaire des perquisitions dans le bureau de N. Mamère, qui ont été évoquées dès hier à l'Assemblée ?
 
Je dénonce ce gros mensonge. Il n'y a eu aucune perquisition. Il y avait une banderole accrochée à la fenêtre du bureau de Monsieur N. Mamère. Un gardien surveillant en uniforme est allé la décrocher. On n'allait pas le faire passer par l'extérieur, la porte du bureau était ouverte. Et tout ce qui a été dit autour ce ne sont que des mensonges.
 
Les mesures seront renforcées à partir de quand ?
 
Aujourd'hui.
 
Aujourd'hui. Donc, des changements qu'on va pouvoir constater en venant à l'Assemblée nationale, cet après-midi, par exemple ?
 
Tous ne seront pas visibles mais il y aura effectivement un renforcement des mesures.
 
Vous en avez parlé avec le chef de l'Etat ?
 
Non.
 
Il ne vous a pas appelé après l'affaire ?
 
C'est une affaire qui concerne strictement l'Assemblée nationale. Nous la gérons en tant qu'institution indépendante.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 décembre 2009

Rechercher