Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 4 décembre 2009, sur le débat sur l'identité nationale et sur la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 4 décembre 2009, sur le débat sur l'identité nationale et sur la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : J.-P. Elkabbach.- Le débat sur l'identité nationale ou républicaine est peut-être nécessaire mais il tourne mal, comme une erreur politique ; il est jugé inopportun, dangereux. Faut-il le retarder, le refroidir ou le reporter ?
 
Il ne tourne absolument pas mal, il passionne les Français et moi je me réjouis de son immense succès populaire. Que ceux qui ont peur du peuple ou qui suggèrent qu'il faudrait dissoudre le peuple, l'assument.
 
Même dans votre majorité ?
 
Même dans la majorité, éventuellement, ça peut arriver. Mais c'est un peuple passionné, c'est un peuple qui aime la politique, et lorsque vous lui proposez à ce peuple de beaux débats, il s'en saisit. Nous avons 40.000 contributions sur le site...
 
Oui, mais sur votre site, vous avez censuré 12 % parce qu'il y a des dérapages, parce qu'il y a des horreurs qui sont dites ! On a l'impression que vous avez ouvert la boîte au monstre, et que dans les préfectures, l'extrême droite est en train de dénoncer, comme en 1940, les "mauvais Français", les étrangers.
 
Laissez-moi répondre à vos deux questions qui sont lourdes. Le succès populaire ne se dénie pas : 40.000 contributions sur le site, oui, une modération, ce n'est pas 12 %, il y a 6 ou 7 % de messages racistes ou xénophobes qui sont enlevés ; deuxièmement, sur ces 40.000 contributions, si vous les regardez, beaucoup sont sublimes, tournées vers l'avenir, généreuses, s'interrogent sur le lien entre identité locale, régionale par exemple, européenne, mondiale. Les Français disent leur générosité...
 
Donc, on ne refroidit pas le débat, on le maintient ?
 
Mais personne n'a le pouvoir de le refroidir, et la deuxième chose, que la France fasse partie comme beaucoup de peuples européens, de peuples qui s'interrogent sur leur identité... Lundi, j'étais à Bruxelles, dès que je suis arrivé, tous mes collègues européens m'ont dit : c'est extraordinaire ce qui se passe en France, c'est bien ce débat que vous faites, et ils me disent, nous...
 
Ca, c'est de l'autosatisfaction. Attention, E. Besson, attention à l'autosatisfaction !
 
Mais ce n'est pas de l'autosatisfaction, ce n'est pas grâce à moi si le peuple français s'intéresse à ses valeurs, à son avenir, s'interroge sur ce qui fait lien, ce qui fait communauté nationale. Pourquoi nous vivons ensemble ? Pourquoi nous sommes prêts à faire épreuve de cette solidarité ?
 
Vous avez noté qu'il y a des intellectuels aujourd'hui dans Libération, qui lancent des appels pour refuser le débat, ils demandent même la fin du ministère. Même la droite et la majorité sont troublées. J.-P. Raffarin l'exprime, comme d'habitude il dit : "ce débat ne peut pas être une réflexion de comptoir".
 
Il a tort. Moi je me réjouis qu'il y ait aussi des réflexions de comptoir, ça fait partie d'ailleurs de l'identité nationale : on discute dans les bars, dans les restaurants, dans les cafés, partout en France, dans les TGV. Il faut s'en réjouir. Ca veut dire quoi ? Que serait purement intellectuel ? Beaucoup d'intellectuels s'expriment, je ne sais pas si vous y arrivez, moi je n'arrive même plus à lire la revue de presse des intellectuels sur ce sujet ; partout, dans tous les journaux, tous les magazines vous avez des contributions. Mais la France que J.-P. Raffarin appelait "la France d'en bas" - et dans ma bouche, ça n'est pas péjoratif -, oui, elle s'en est saisie et elle discute.
 
Mais il ajoute J.-P. Raffarin : "il faut plus de rigueur intellectuelle" !
 
Oui, c'est vrai, il a raison J.-P. Raffarin, mais vous savez, sur le chemin de la rigueur intellectuelle, comme il dirait lui, la route est longue et parfois la pente est raide. Je m'y essaie.
 
D. Cohn-Bendit disait hier, ici : "avec ce débat, on veut exclure. Le fascisme c'est l'exclusion, et il y a partout en Europe une tentation fascisante". Est-ce que vous dites ici : "la xénophobie ne passera pas" ?
 
D'abord, dans ce que dit le président de la République, dans ce que dit le Premier ministre, qui s'exprimera ce matin - et je vous invite à lire sa contribution, qui est superbe, sur le site du débat - dans ce que je dis depuis un mois et demi, je mets au défi qui que ce soit de trouver un mot, un soupire qui ne soit pas entièrement républicain. Donc...
 
Mais est-ce qu'il y a une tentation fascisante en Europe aujourd'hui, ou d'extrême droite ?
 
Je ne dirais pas "fascisante", parce que je pense que le nazisme, le fascisme ce sont des concepts lourds et qu'il faut manier avec précaution, mais si vous voulez dire qu'il y a une montée potentielle des mouvements extrémistes en Europe, c'est vrai. La France y échappe, contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, la France y échappe. Regardez le résultat des dernières élections européennes...
 
Attendez les régionales, vous allez voir ! Attendez !
 
Oui, oui, c'est exactement ce qu'on disait avant les élections européennes, et regardez...
 
Attendez, je prends rendez-vous.
 
...et regardez les élections partielles : cantonale après cantonale, il n'y a pas, contrairement à ce qu'on dit partout, de remontée du Front national.
 
Récemment vous souhaitiez la mort politique du Front national, c'est votre phrase. On assiste aujourd'hui au contraire à sa résurrection.
 
Je vous ai répondu sur le... Ne focalisons pas sur le Front national. Je vous dis que, lorsque M. Aubry par exemple, n'arrive pas à dire de façon très claire ce qu'elle va faire pour la régularisation de ce que certains appellent "les sans-papiers", autrement dit, les étrangers en situation irrégulière, et qu'elle flirte en permanence avec l'idée que, finalement, le modèle ce serait ce qu'avait fait J.-L. Zapatero il y a quelques années, autrement dit...
 
En 2005.
 
...la régularisation de 700.000 personnes en situation irrégulière, ce à quoi J.-L. Zapatero avait dit ensuite que c'était une erreur, qu'il ne le referait pas.
 
M. Aubry a dit : "régularisation large".
 
"Large". Mais chez votre collègue, A. Chabot, elle a dit : "il faut s'inspirer de ce qu'ont fait les Espagnols", et ensuite elle a été incapable de préciser. Ce type d'ambiguïté portée par la première secrétaire du PS contribue beaucoup plus à la montée des idées xénophobes qu'un débat par ailleurs bien maîtrisé.
 
Le président de la République devait clôturer ce matin le colloque de l'Institut Montaigne sur l'identité française. Il n'y va pas. Il a compris, lui, il se désengage ?
 
Ne vous inquiétez pas...
 
Moi, je ne m'inquiète pas mais quelle est la vérité ?
 
...N. Sarkozy, qui a souhaité ce débat avec F. Fillon ; F. Fillon s'exprimera ce matin...
 
Comme ça, tout le monde est mouillé.
 
Mais ce n'est pas une question d'être mouillé. Si vous voulez dire que tout le monde est mouillé sur l'avenir du peuple français, sur ce qui fait notre modèle de compétitivité et de notre modèle de cohésion sociale...
 
Et pourquoi maintenant ? Et pourquoi vous fixez, par exemple, un délai au débat ? Vous dites : le 4 février, synthèse ? Est-ce que cela veut dire qu'on va s'arrêter là ou que vous aurez d'autres initiatives ?
 
Le 4 février, c'est un colloque de synthèse, mais j'ai déjà dit qu'après les élections régionales, je prendrai d'autres initiatives et que notamment j'irai faire un tour de France pour présenter les propositions, les décisions qui auront été arbitrées par le président de la République et le Premier ministre. L'identité nationale, ce n'est pas un concept figé, c'est un concept évolutif, qui doit s'enrichir en permanence, qui ne stigmatise personne. Je mets là aussi au défi qui que ce soit...
 
L'immigré, l'immigré ! Attention !
 
Mais bien sûr. Mais la France a toujours été une terre d'immigration. Sa spécificité c'est d'avoir été une terre d'intégration, voire d'assimilation. Et qu'une partie des Français s'interroge - ne tournons pas autour du pot, le débat ne porte pas sur l'immigration, il est bien plus large, il touche à notre modèle de cohésion sociale, il touche à beaucoup de choses - mais une partie des Français s'interroge sur une question simple : est-ce que l'islam est compatible avec la République et la démocratie ? Une partie des Français. Cela pose...
 
Et votre réponse ?
 
Moi je pense que oui.
 
La France est plus généreuse et plus belle que sa caricature. Un socialiste, genre C. Cambadélis, vous a comparé à Pierre Laval. Vous n'avez pas commenté cette énormité ?
 
Je ne l'ai pas fait parce que Cambadélis, sa vie, son oeuvre, ça se prêterait à une telle charge, si vous voulez, que ça déraperait. De telles outrances, de telles insultes sont significatives de ce qu'est en train de devenir le Parti socialiste, autrement dit un parti sectaire. Quand vous pensez que M. Aubry, L. Fabius, E. Guigou, ça n'est pas rien, tous les trois ont organisé quoi ? Des sifflets à l'arrivée du Premier ministre au congrès des maires... ça s'est retourné contre eux d'ailleurs, puisque F. Fillon a retourné la salle...
 
Et Laval ? Et votre réponse sur Laval ?
 
Je viens de vous dire : c'est le signe des dérives d'un parti qui est en train de se sectariser. Vous l'entendez depuis votre entrée en "Sarkozie", il y a deux ans et demie, vous êtes au coeur de toutes les critiques.
 
Ah non, je n'avais pas entendu de telles outrances. Churchill, avec son humour, disait : tout le monde peut retourner sa veste mais il faut un certain talent pour la remettre à l'endroit. Vous savez quel est l'endroit ?
 
L'endroit il est républicain. Mais je veux vous dire, sur la phrase précédente, que j'ai été très touché par beaucoup de parlementaires socialistes qui m'ont envoyé des textos pour me dire que ce qu'avait dit Cambadélis leur fait honte. La seule suggestion que j'ai faite : c'est bien de me le dire en privé, c'eût été plus agréable que l'un d'entre eux le dise publiquement.
 
Vous ne m'avez pas répondu : N. Sarkozy va s'exprimer sur le sujet ? Sur les minarets ?
 
J'ai cru comprendre, mais je ne suis pas son porte-parole.
 
Oui, mais vous le savez ?
 
J'ai cru comprendre, je vous ai dit.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 décembre 2009

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