Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les relations interparlementaires, la construction de la paix et la mise en oeuvre du Traité de Lisbonne, Paris le 9 décembre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les relations interparlementaires, la construction de la paix et la mise en oeuvre du Traité de Lisbonne, Paris le 9 décembre 2009.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur

Circonstances : Réception en l'honneur du corps diplomatique, à Paris le 9 décembre 2009

ti : Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Avec le président de la Commission des Affaires étrangères, Josselin de Rohan, avec le président de la Commission des Affaires européennes, Hubert Haenel, avec les Sénateurs et Sénatrices présidents des groupes d'amitié avec vos pays, nous sommes heureux de vous souhaiter la bienvenue dans les salons de la Présidence du Sénat.

L'année dernière, deux mois après mon élection à la présidence du Sénat, cette rencontre avec l'ensemble du corps diplomatique était une innovation. Cette année, elle s'inscrit donc dans une tradition ! Cela souligne toute l'importance que le Sénat et moi-même attachons aux relations internationales et notre conviction du rôle essentiel de la dimension parlementaire dans la relation entre la France et vos pays.

Notre souhait est que le Sénat soit, pour vous, un endroit ouvert sur le monde. J'ai le sentiment que c'est le cas. J'ai eu l'occasion, cette année, de rencontrer un certain nombre d'entre vous, à l'occasion de visites de vos autorités, ou lors de réunions et de manifestations, ici, au Sénat, ou ailleurs. J'ai également eu des rencontres, en format plus réduit, avec certains groupes régionaux d'ambassadeurs, je pense à l'Asie et à l'Afrique, rencontres que je poursuivrai l'an prochain.

Chaque semaine, les groupes d'amitié reçoivent des parlementaires étrangers, des délégations de la société civile, du monde des affaires ou de la culture, ou bien vous rencontrent, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, pour faire avec vous un point de situation.

Les groupes d'amitié sont souvent vos premiers interlocuteurs au Sénat. Je veux remercier très chaleureusement tous mes collègues Sénateurs et Sénatrices qui s'impliquent dans ces groupes et qui font vivre au quotidien nos relations interparlementaires. 78 groupes d'amitié entretiennent des relations avec des Parlements de 184 pays, sur tous les continents. Ils sont la première ouverture du Sénat sur le monde.

Les groupes interparlementaires d'amitié (et ce nom même de groupe d'amitié présage bien de leur mode de fonctionnement) contribuent à une meilleure connaissance de vos pays. Leurs rapports sont lus avec intérêt, bien au-delà de notre Assemblée. Leurs missions permettent de renforcer les liens humains entre nos pays et nos Parlements, et participent à ce que l'on pourrait appeler une politique d'information et d'influence mutuelle.

Le Sénat est, dans les grandes institutions françaises, celle qui a un rapport au temps différent. Le temps parlementaire, et en particulier le temps sénatorial, n'est pas celui de l'immédiateté.

Nous ne fonctionnons pas au seul rythme des dépêches de presse, nous voulons prendre le temps d'identifier les causes d'une situation, d'analyser les évolutions de fonds, de réfléchir sur le long terme.

Par ce rapport au temps différent, par son mode d'élection spécifique, par son calendrier électoral propre, le Sénat a vocation à être ce que j'appelle un balancier stabilisateur de notre vie politique. C'est vrai aussi de nos relations interparlementaires, qui peuvent parfois être, elles aussi, un balancier stabilisateur de nos relations diplomatiques !

Les Sénateurs peuvent aborder tous les sujets, avec une liberté de ton parfois plus grande que celle de l'exécutif ou de nos diplomates. Aucun dossier n'est tabou ici. Les relations parlementaires sont un des canaux de notre dialogue, et parfois un canal privilégié pour surmonter certaines incompréhensions, dépasser certains blocages.

Le coeur de métier du Sénat, c'est de faire la loi et de contrôler l'action du gouvernement. Il y a une troisième mission, à mes yeux tout aussi importante : tracer des perspectives de long terme. J'ai évoqué les rapports des groupes d'amitié. Je tiens à saluer le travail remarquable de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées. Ses membres réalisent très régulièrement des rapports de très haute tenue, dont je sais qu'ils inspirent certaines des décisions de l'exécutif. Je veux citer le récent rapport sur le Moyen-Orient à l'heure nucléaire, une réflexion approfondie sur un sujet particulièrement complexe, ou encore le rapport sur notre politique culturelle extérieure, réalisé conjointement avec la Commission des Affaires culturelles.

Je pense aussi aux missions confiées à des Sénateurs par le Président de la République : j'y vois une reconnaissance de leur compétence et de leur expérience des questions internationales.

Je veux également rappeler les deux importants débats, en séance publique, que nous avons eus, l'un sur la situation au Proche-Orient, en début d'année, l'autre sur l'Afghanistan, le mois dernier. Nous avions voulu préparer ce débat par un déplacement en Afghanistan, avec les présidents des groupes politiques. Ainsi, notre débat a eu une dimension très concrète, en évoquant une situation dont nous avions été les témoins quelques jours plus tôt, et ceci éclairera les décisions qui seront prises dans les semaines à venir.

Vous le voyez, sur les sujets internationaux aussi, le Sénat est la chambre de la prospective. Le Sénat de la République française vit à l'heure du monde. Je pourrais également citer notre coopération technique et nos actions de formation de fonctionnaires parlementaires étrangers, ou encore nos missions d'observation électorale. C'est notre Service des relations internationales qui en est le maître d'oeuvre, et je veux saisir cette occasion pour en remercier les collaborateurs.

Et bien sûr, je veux mentionner nos deux millions de compatriotes installés hors de France, dans vos pays, et dont le Sénat assure la représentation parlementaire. Les Français établis hors de France sont des vigies réparties autour du globe, dont les messages sont relayés au Sénat.

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mon propos aujourd'hui n'est pas, vous l'avez compris, de vous faire un long discours de politique étrangère. Ce serait d'ailleurs, me semble-t-il, sortir de mon rôle institutionnel : pour le gaulliste que je suis, la conduite de la politique étrangère de la France appartient à l'exécutif. C'est le Président de la République et le Premier ministre qui définissent les grandes orientations de notre politique étrangère, que conduit, sous leur autorité, le Ministre des affaires étrangères et européennes.

Le Président de la République vous recevra, dans quelques semaines, à l'occasion de ses voeux au corps diplomatique : ce sera l'occasion pour lui d'exposer à nouveau les grands axes de la politique qu'il conduit, et la vision française des enjeux internationaux.

Il n'est pas question pour moi d'exposer une vision différente : non seulement parce que ce ne serait pas mon rôle, mais surtout parce que je partage celle du Président de la République.

Je la soutiens selon la ligne de conduite que je me suis fixée à l'égard de la majorité politique à laquelle j'appartiens : loyauté et autonomie. C'est ce que j'ai voulu exprimer lors des huit déplacements à l'étranger que j'ai effectués cette année, et c'est dans cet esprit que j'ai dialogué en toute liberté avec les nombreux hôtes étrangers que j'ai eu l'honneur de recevoir.

Quelques mots sur les affaires du monde, telles que nous les voyons depuis le Palais du Luxembourg. Nous faisons face, dans ce monde en mutation, à de grands défis.

Le premier de ces défis, c'est de construire la paix. Je l'ai vu lors de ma visite en Égypte, quelques semaines après la crise de Gaza. Je l'ai vu lors de notre visite en Afghanistan. Les tensions sont fortes, la paix n'est jamais acquise, elle doit se gagner et se consolider jour après jour. La France essaie d'y contribuer à chaque fois qu'elle le peut.

Un autre grand défi, c'est la restauration des équilibres financiers, économiques et sociaux. Il nous faut retrouver un équilibre entre le Nord et le Sud, sur une planète qui compte désormais près de sept milliards d'habitants et où les richesses sont si inégalement réparties.

C'est aussi, dans les pays de l'OCDE, la nécessité de repenser des modèles issus de l'après-guerre, de réinventer notre pacte social, d'imaginer de nouvelles formes de développement économique plus respectueuses des générations futures. Ce défi est collectif, et c'est ensemble que nous trouverons des réponses.

Un nouveau pacte social, c'était le thème du premier « Rendez-vous du Sénat » que j'ai organisé dernièrement. Nous y avons écouté des points de vue allemands, néerlandais, italiens. Je l'ai dit : aucun de nous ne détient seul la solution, c'est en réfléchissant ensemble, en confrontant nos expériences, que nous trouverons des voies nouvelles.

C'est ce que nous avons essayé de faire, avec Gian Franco Fini, en mai dernier, à Rome, lors d'un débat public où nous avons confronté nos visions du rôle du politique face à la crise. Il n'existe plus de sujets strictement nationaux : dans tous les domaines, il est essentiel de dialoguer avec nos partenaires.

Nous sommes dans un monde en mouvement, dans lequel d'anciennes hiérarchies sont bousculées. Des enceintes doivent être élargies pour mieux refléter les équilibres actuels : c'est au G20 que l'on a coordonné les réponses à la crise économique, pour associer aux décisions de nouveaux acteurs majeurs.

Des puissances nouvelles s'imposent, que l'on qualifie encore d'émergentes alors qu'elles ont depuis longtemps émergé. Je suis allé en juin au Brésil, j'irai l'année prochaine en Chine, pour poursuivre notre dialogue avec ces partenaires.

En septembre, j'étais en Turquie, notamment pour préparer la visite du président Gul à Paris, en octobre. Dans ce grand pays méditerranéen, au carrefour de tant de civilisations, nous avons mesuré l'importance de notre partenariat, la force des aspirations de ce pays et de sa jeunesse. Nous avons pu, en confiance, parler de nos convergences et de nos divergences, exposer des points de vue différents sans heurter la sensibilité de l'autre. Nous laissons l'avenir ouvert.

La construction européenne reste un enjeu majeur. L'entrée en vigueur, sous présidence suédoise, du Traité de Lisbonne constitue une étape majeure du renforcement des institutions européennes. L'UE a désormais un président et un haut représentant, sa visibilité internationale doit en être renforcée, la continuité de son action améliorée.

L'Europe, ce n'est pas seulement Bruxelles et la Commission, l'Europe, c'est nous, 27 États membres aujourd'hui, certainement davantage demain. C'est un projet qu'il faut faire vivre, et auquel il faut sans doute redonner une dynamique politique.

Il faut rapprocher l'Europe des citoyens : c'est ce que doit permettre le Traité de Lisbonne. Il renforce la dimension parlementaire de l'UE et donne un rôle accru non seulement au Parlement européen, mais aussi aux Parlements nationaux, qui seront davantage associés à la définition des politiques européennes. Hubert Haenel le sait bien, qui milite depuis longtemps pour cette évolution et je sais que grâce à lui, le Sénat français restera totalement mobilisé pour poursuivre le projet européen.

Cette Europe confortée par Lisbonne se doit de construire un modèle de développement durable. Le grand rendez-vous de Copenhague est une échéance majeure. Sur ce sujet aussi, croyez-bien que les Sénateurs sont mobilisés.

Tous ces défis sont des défis collectifs. C'est collectivement que nous les relèverons, par des partenariats sincères et exigeants. Le Sénat a pleinement intégré, dans sa réflexion et dans son travail parlementaire, cette dimension collective et internationale.

Et c'est bien souvent vous, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, qui êtes sur ces sujets nos premiers interlocuteurs : merci d'être des partenaires privilégiés du Sénat. Merci de nous aider à donner une dimension internationale aux travaux du Sénat, et à apporter cette dimension parlementaire indispensable aux relations entre la France et vos pays.

Très bonne fin d'année !

Source : http://www.senat.fr/presidence/discours , le 18 décembre 2009

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