Interview de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, à Canal Plus le 18 décembre 2009, sur le conflit social dans les musées et la numérisation du patrimoine artistique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, à Canal Plus le 18 décembre 2009, sur le conflit social dans les musées et la numérisation du patrimoine artistique.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti :
 
 
 
C. Roux, M. Biraben et C. Dupond-Monod.- M. Biraben : F. Mitterrand, le ministre de la Culture et de la Communication est arrivé sur le plateau de La Matinale. Il a fait également une arrivée pour le moins remarquée à la tête de son ministère mais désormais, il se montre discret et raréfie sa parole. Un cours accéléré de la chose politique qui lui sert aujourd'hui à régler un conflit dans les musées. Hier, le dernier à être en grève, le Centre Georges Pompidou a rouvert ses portes, mais le problème reste entier, il est juste renvoyé après les fêtes. F. Mitterrand, bonjour.
 
C. Roux : Alors, on va commencer avec J. Hallyday. J'imagine que comme ministre de la Culture, vous n'avez pas été étonné de voir l'émotion suscitée en France par les problèmes de santé...
 
Non...
 
C. Roux : ...de J. Hallyday. Mais est-ce que vous avez été, comme les Français, choqué par l'attitude de son entourage qu'on a vu préoccupé déjà par des questions d'argent, alors même que J. Hallyday était encore alité ?
 
Je n'ai pas suivi les problèmes d'argent autour de J. Hallyday ; ça, je n'ai pas fait attention. Moi, je n'ai pas l'habitude de regarder ce genre de chose en général. Je suis comme tous les Français, je suis très ému par le sort de J. Hallyday. Je suis allé le voir le 14 juillet pour son concert au Champ-de-Mars qui était magnifique. Nous avons échangé quelques mots, notamment avec sa femme aussi que je trouve très charmante. Mais le reste, je ne suis pas au courant.
 
C. Roux : Vous avez pris des nouvelles de J. Hallyday récemment, non ?
 
Non, je n'ai pas pris des nouvelles, mais je lui ai envoyé une lettre. J'espère qu'il l'a reçue, j'espère qu'il peut la lire actuellement.
 
C. Roux : Alors on parle de votre actualité, une bonne nouvelle avant les fêtes, c'est un peu votre cadeau de Noël, le dernier musée en grève donc a rouvert ses portes, c'était le Centre Georges Pompidou...
 
Oui.
 
C. Roux :Mais le problème est renvoyé à janvier. Est-ce que vous aurez des bonnes nouvelles après les fêtes pour les personnels des musées français parisiens ?
 
J'aurai des bonnes nouvelles pour les personnels des musées français dans la mesure où je suis toujours en dialogue avec eux, dans la mesure où je tiens à pouvoir continuer à réfléchir avec eux sur la réorganisation nécessaire des musées français. Il y a une réforme qui est en cours, la réforme continuera...
 
C. Roux : Des suppressions de postes ?
 
Oui, des suppressions de postes, mais une réorganisation générale qui est possible. Il y a un périmètre qui est large dans le ministère qui permettrait, sans doute, de trouver le moyen de nourrir le dialogue.
 
C. Roux : C'est-à-dire qu'en haut, il n'y a pas de marge de négociation dans ce que vous dites ?
 
Si, il y a une marge de négociation puisqu'il y a un périmètre qui est large dans le ministère, mais il y a une marge de négociation. On l'a trouvée par exemple avec le Centre Pompidou, puisqu'il s'agissait de 26 emplois et qu'il n'y en a plus que 18. Il faut bien voir que malgré tout au Centre Pompidou, il y a près de 1.100 personnes qui travaillent, qu'il y a donc les marges de réorganisation.
 
C. Roux : Donc, cela veut dire que la révision générale des politiques publiques passera aussi par le ministère de la Culture ?
 
...Passera partout oui.
 
M. Biraben : On passe à l'identité nationale.
 
C. Dupond-Monod : Mais oui, on vous a assez peu entendu quand même sur le débat, Monsieur le ministre, alors que la culture fait aussi partie de l'identité nationale quand même !
 
Oui.
 
C. Dupond-Monod : Qu'avez-vous à dire sur le sujet ?
 
J'ai à dire que je veux réfléchir à la manière dont je vais rédiger ma contribution entre Noël et le Jour de l'An et que je veux faire ça bien. J'ai déjà pris quelques éléments, mais je veux avoir le temps d'y réfléchir. Mais l'identité nationale, vous savez, c'est un problème qui est très intéressant. Je vois d'ailleurs que ça intéresse tout le monde contrairement à ce qu'on dit. Quand les socialistes parlent de la France qu'ils aiment, la France que nous aimons, ils posent d'une certaine manière eux aussi le débat de l'identité nationale. Ce n'est pas une chose qui est limitée aux polémiques que l'on entend ici ou là, c'est une question que tout le monde se pose. C'est une question que tout le monde se pose, notamment au moment de la construction européenne, je pense que pour aimer les autres, il faut s'aimer soi-même. Et donc dans le cadre général de l'identité européenne, il est intéressant de savoir quelle est notre identité nationale.
 
C. Roux : Rien ne vous gêne dans ce débat ?
 
Si, ce qui me gêne, c'est tout ce qu'il y a autour. Mais tous les débats ont toujours des aspects gênants, il y a toujours des gens qui profitent des débats pour avancer des arguments qui sont insupportables. Mais ça, c'est le propre de tous les débats démocratiques...
 
C. Roux : Cela veut dire que ça aurait dû peut-être être...
 
Quand il y a un débat démocratique...
 
C. Roux : Un peu maîtrisé ?
 
out le monde s'exprime...
 
C. Roux : Il aurait peut-être fallu justement le maîtriser ? Y. Sabeg parle de "déversoir, de défouloir" ; on entend F. Baroin qui dit : "il faut arrêter ce débat absolument", ça fait sortir libère une parole qu'on n'a pas forcément envie d'entendre...
 
Mais la parole libérée, elle est partout ; on l'entend dans les cafés, on l'entend sur Internet, on l'entend partout. La parole "libérée"...
 
M. Biraben : Oui sauf que jusqu'à présent, elle n'était pas encadrée institutionnellement parlant !
 
Ecoutez, je trouve qu'elle a été assez bien encadrée. Il y a eu un article du président de la République dans Le Monde qui était très clair, il y a eu des déclarations d'E. Besson qui étaient très claires. Il se trouve que le cadre du débat, il est assez formellement établi. Le problème, c'est qu'évidemment, comme toujours quand il y a un débat, il y a des gens qui parlent et on n'a pas forcément envie de les entendre, mais on n'a pas aussi forcément envie de retenir ce qu'ils disent.
 
C. Roux : Ce sera pour quand, votre contribution dans le débat sur l'identité nationale culturelle et européenne ?
 
Ce sera pour le début janvier. Si vous me réinvitez vous en aurez la primeur.
 
M. Biraben : On passe à l'identité culturelle. On va tenter de savoir quelle est, au sein de cette identité nationale, l'identité culturelle ?
 
La France est pluriculturelle. C'est magnifique, la France est la capitale culturelle du monde arabe, on a l'Institut du Monde Arabe qui est un endroit extraordinaire où tous les intellectuels du monde arabe peuvent s'exprimer beaucoup mieux que dans leur pays. La France est un modèle culturel même pour le monde chinois, les cinéastes chinois font leur coproduction avec des cinéastes français...
 
C. Roux : On l'a assez peu entendue cette parole-là pendant les semaines qui viennent de se passer !
 
C'est la mienne, c'est la mienne mais je crois qu'on n'a pas toujours besoin d'entendre tout le temps ma parole, il suffit de voir simplement ce que je fais. Quand j'obtiens...
 
C. Dupond-Monod : Justement, il y a une question de patte parce que vous avez quand même derrière vous des illustres prédécesseurs, vous avez Malraux, vous avez Lang. Quelle sera la patte F. Mitterrand ?
 
La patte F. Mitterrand c'est qu'il ne se compare ni à Malraux ni à Lang d'abord, première chose... et pas à Druon non plus d'ailleurs. Il ne se compare à personne, il essaie de faire son travail bien. Vous savez, il y a eu des ministres de la Culture qui étaient peut-être un peu moins charismatiques, comme M. Guy par exemple ou comme Duhamel, et ce sont des gens qui ont fait des choses extraordinaires. Et d'ailleurs c'est une chose que je constate, c'est plus je travaille dans ce ministère plus je me rends compte à quel point, chacun de mes prédécesseurs a fait quelque chose de bien ou d'intéressant. C. Tasca par exemple a sauvé la fiction télévisuelle française, ça on ne le dit pas beaucoup. Alors moi, si je peux arriver à m'inscrire dans cette lignée-là, dans la lignée des gens qui ont vraiment fait des choses et pas forcément les plus flamboyants, même si les plus flamboyants sont remarquables, ce sera déjà pas mal.
 
C. Roux : Alors on va entrer dans le détail si vous voulez bien. Vous avez eu encore une bonne nouvelle, une autre, 750 millions d'euros pour financer le grand chantier de la numérisation des oeuvres !
 
Les bonnes nouvelles, j'en suis en partie responsable quand même, et notamment...
 
C. Roux : Vous êtes allé les chercher ces 750 millions d'euros, c'est ça ?
 
Oui, je suis allé les chercher, je peux vous dire que je suis allé les chercher...
 
C. Roux : Alors, qu'est-ce que vous allez en faire ? Donc c'est pour numériser les oeuvres : livres, photos, films. Comment cette somme va être répartie entre par exemple la BNF, le CNC, l'INA ? Comment est-ce que vous allez décider ? En fonction de quels critères ?
 
Eh bien ! On va faire comme je fais toujours, c'est-à-dire... et c'est peut-être pour ça qu'on dit que je ne communique peut-être pas suffisamment mais moi, j'opte pour une autre gouvernance qui est peut-être plus réfléchie. On va créer un petit groupe de travail, on va voir la liste des points sur lesquels il faut intervenir, on va faire ça d'une manière réfléchie. On va d'abord créer un commissariat qui va se charger de la répartition éventuelle, on va solliciter le privé et puis aussi, on va beaucoup se servir des résultats du rapport que j'ai demandé à M. Tessier et à E. Hoog sur la numérisation, résultats que j'obtiendrai dans quelques jours.
 
C. Roux : Et ces fonds, ça vous aide dans votre rapport de force, votre bras de fer avec Google, ça vous rend plus fort ?
 
Je ne sais pas s'il y a bras de fer avec Google ; je refuse le climat de conflit qu'on créé autour de cette question. Mais cela va forcément me renforcer, oui, et me mettre dans une position d'égalité ; oui, ça, c'est vrai, c'était le but. Mais vous savez c'est une grande victoire, c'est une grande victoire d'avoir obtenu que notre patrimoine, l'immense patrimoine européen de surcroît puisque j'ai réussi -je le dis comme c'est - à fédérer les énergies de plusieurs ministres des Affaires culturelles européens à Bruxelles il y a 15 jours. On va réussir à créer véritablement la numérisation de notre patrimoine en le régulant ; que ce soit l'Etat qui le fasse et pas simplement le marché, mais c'est une victoire fantastique !
 
M. Biraben : On retiendra ce matin que vous dites que vous êtes désormais dans l'action...
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 décembre 2009

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