Tribune commune de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, dans le quotidien américain "The Wall Street Journal" du 8 juillet 2009, en faveur d'une régulation du marché pétrolier. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune commune de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, dans le quotidien américain "The Wall Street Journal" du 8 juillet 2009, en faveur d'une régulation du marché pétrolier.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, BROWN Gordon.

FRANCE. Président de la République; GRANDE BRETAGNE. Premier ministre

ti : Durant les deux dernières années, le prix du pétrole est resté dangereusement volatil, au mépris des règles communes de l'économie.

Il a d'abord connu une augmentation de plus de 80 $ le baril, puis il a chuté rapidement de plus de 100 $, avant de doubler pour atteindre son niveau actuel, voisin de 70 $.

Or, durant cette période, il n'y pas eu d'interruption grave de l'approvisionnement. Malgré le conflit au Moyen-Orient, les flux de pétrole n'ont pas été interrompus.

Et même si la récession et la hausse des prix ont eu un effet non négligeable sur la consommation, les prévisions font apparaître une demande soutenue à moyen terme.

Le marché pétrolier est un marché complexe mais les fluctuations anarchiques du cours de l'une des matières premières les plus importantes est de plus en plus inquiétant.

La flambée des prix de 2008 a pesé lourdement sur l'économie mondiale et a concouru à la récession.

Aujourd'hui, une nouvelle période d'instabilité risquerait de saper la confiance alors même que nous nous dirigeons vers la reprise.

Les gouvernements ne peuvent plus rester inactifs.

L'instabilité porte préjudice tant aux consommateurs qu'aux producteurs.

Ceux qui dépendent du pétrole et qui n'ont pas de solution alternative subissent des variations extrêmes des prix qui échappent à leur contrôle et à toute logique.

Les pays importateurs, notamment les pays en développement, se trouvent contraints de recourir à des subventions massives pour protéger les consommateurs des effets potentiellement dévastateurs des fluctuations des prix.

Le prix du brut détermine le prix de l'essence à la pompe. Nous connaissons, en Grande-Bretagne et en France, les effets qui en découlent pour les particuliers et les entreprises.

Pour les pays qui dépendent fortement des recettes provenant des exportations de pétrole, les gains inespérés générés par la flambée des prix ont pour revers la difficulté de planifier un budget national et une stratégie d'investissement.


Par ailleurs, les fluctuations extrêmes des prix incitent les utilisateurs d'énergie à réexaminer leur dépendance à l'égard du pétrole.

L'Agence internationale de l'Energie, par exemple, a réduit de près d'un quart ses prévisions à long terme de consommation de pétrole.

Les producteurs risquent fort de constater que leur principale ressource nationale perd à la fois son marché et sa valeur à long terme.

Dans l'immédiat, en tant que consommateurs, nous devons reconnaître que des prix du pétrole anormalement bas, certes bénéfiques à court terme, ont des effets dommageables à long terme.

Ils pèsent sur l'incitation à investir, non seulement dans la production de pétrole, mais aussi, dans nos pays, dans les économies d'énergie et les solutions alternatives sans carbone.

Ils génèrent aussi des problèmes de pénurie, une dépendance accrue et une accélération du réchauffement planétaire.

L'investissement productif dans le monde entier a d'ores et déjà décru de 20 pour cent en 2008.

Le pétrole, dont nous aurons tous besoin pour accompagner la reprise, n'est pas produit en quantités suffisantes, car certaines sources d'approvisionnement sont en déclin, notamment dans l'Alaska et en mer du Nord.

Il n'y a pas de solution facile, et toute avancée doit être réalisée avec la pleine coopération de la communauté internationale et de l'industrie pétrolière.

Nous avons mis à profit le sommet franco-britannique d'Evian pour aller de l'avant. Nous souhaitons que nos idées inspirent tant les réunions du G8 en Italie que les futures réunions des dirigeants mondiaux.

Nous avons pris l'engagement d'intensifier le dialogue qui s'est noué entre producteurs et consommateurs dans le cadre du Forum international de l'Energie.

L'Arabie Saoudite et l'OPEP ont marqué leur intérêt pour cette démarche et nous pensons que producteurs et consommateurs ont conscience, comme jamais durant les 30 dernières années, qu'ils ont fortement intérêt à tracer en commun des perspectives claires et stables pour les investissements à long terme.

A la réunion de Londres sur l'énergie, tous les participants sont convenus qu'il fallait renforcer la coordination entre l'Agence internationale de l'Energie, l'OPEP et le Forum international de l'Energie afin de parvenir à une analyse commune des évolutions à terme de la demande et de l'offre.

Le Groupe d'experts du Forum international de l'Energie devra s'appuyer sur cet acquis pour définir une vision commune à long terme de la fourchette de prix qui serait compatible avec les fondamentaux.

Les experts doivent réfléchir aux mécanismes pouvant être mis en place pour réduire la volatilité.

En outre, des discussions devront être conduites sur le rôle des opérations boursières dans l'amplification des mouvements anarchiques des cours.

Nous demandons donc à l'Organisation internationale des commissions de valeurs de réfléchir au renforcement de la transparence et de la surveillance des marchés à terme du pétrole afin de lutter contre la spéculation et de promouvoir les recommandations formulées par son groupe de travail au mois de mars.

Cela favoriserait des investissements ordonnés et suffisants pour les approvisionnements futurs.

La volatilité et l'opacité sont les ennemis de la croissance.

Faute de transparence, les consommateurs et les pays importateurs perdent progressivement confiance dans le pétrole. Et le changement climatique oblige les Etats à changer d'attitude à l'égard de l'énergie.

L'économie mondiale a besoin d'approvisionnements sûrs à des prix qui ne seront ni trop élevés car cela risquerait d'anéantir les perspectives de croissance économique, ni trop faibles car cela pourrait engendrer un recul de l'investissement, comme ce fut le cas dans les années 1990.

La question est certes épineuse, mais qui dit marché complexe ne dit pas nécessairement marché volatil ou marché nuisible à l'économie mondiale.

Nous sommes convaincus que producteurs et consommateurs tireraient profit d'une plus grande transparence, d'une plus grande stabilité et d'un consensus plus large sur les fondamentaux du marché.

Après deux ans de volatilité néfaste, le moment est venu pour producteurs et consommateurs de travailler ensemble afin de renforcer encore cette communauté d'intérêts.

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