Conférence de presse de M. Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, sur la grâce accordée à deux jeunes Françaises détenues en République dominicaine, à Paris le 30 décembre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, sur la grâce accordée à deux jeunes Françaises détenues en République dominicaine, à Paris le 30 décembre 2009.

Personnalité, fonction : JOYANDET Alain.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie

ti : Bonjour à tous. Evidemment, je souhaite me réjouir de la façon dont toute cette aventure est en train de se terminer, cet aboutissement formidable pour Céline et Sarah. Au moment où nous arrivons en France, je veux redire toute la satisfaction de la France, mais aussi adresser tous nos remerciements au président dominicain Leonel Fernandez, qui a bien voulu gracier Céline et Sarah, ainsi que tous ceux qui ont participé à cette remise en liberté, cette grâce, puisque les choses ont été très graduées depuis plusieurs mois. Je vais avoir aussi quelques mots de remerciements pour la soeur de Sarah et les familles qui se sont vraiment mobilisées. J'ajoute que Sarah et Céline ont eu hier au téléphone le président de la République et Carla Sarkozy avec qui ils ont pu échanger longuement, non seulement sur tout ce qui s'est passé mais aussi sur l'avenir.

A cet instant, je pense aussi aux dix-sept autres détenus français en République dominicaine. Nous ne cessons de faire avancer la convention de transfèrement. Cette convention était attendue depuis 1983. Elle est d'ores et déjà ratifiée par le Parlement dominicain. Elle est inscrite au Conseil des ministres français le 6 janvier prochain. Elle sera très vite ratifiée par le Parlement, ce qui permettra à ces dix-sept détenus de rejoindre la France, de pouvoir donc terminer leur peine dans des prisons françaises et ne plus être à 9 000 kilomètres de leurs familles.

Je veux vous dire aussi qu'il reste 2.300 Français retenus à l'étranger, soit en prison soit en otage. La Feuille de route du président de la République est très claire : le Quai d'Orsay, notre formidable réseau diplomatique et consulaire travaille chaque jour pour que ces Français qui sont éloignés puissent rentrer en France, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils sont éloignés de notre pays. Tous les moyens diplomatiques sont mis en oeuvre et c'est le travail quotidien du ministère des Affaires étrangères et européennes, de Bernard Kouchner, de moi-même, du Centre de crise qui fonctionne 24 heures sur 24.

Je suis vraiment très heureux que deux de ces 2.300 Français qui étaient en difficulté puissent revenir en France. Je ne garantis pas qu'à chaque fois nous obtiendrons une grâce, c'est un événement tellement rarissime qu'évidemment nous ne pouvons pas, hélas, répéter ce genre de bonne nouvelle tous les jours. Mais Céline et Sarah le savent.

Enfin, je veux vous dire, avant que Céline, Sarah et moi-même répondions à quelques unes de vos questions, que l'on a déjà commencé à travailler. L'avenir nous attend et nous allons faire des choses ensemble. Je crois que Céline et Sarah sont motivées et qu'ensemble nous allons profiter de cette grâce rarissime pour faire bénéficier les jeunes de notre pays de cette dramatique expérience. Nous allons raconter ce qui s'est passé, faire de la prévention, expliquer les choses, attirer l'attention de toute cette jeunesse, parler des sujets qui sont hélas les sujets quotidiens de trop nombreuses familles.

Merci à tous ceux qui ont participé à cet heureux dénouement. Je suis très heureux pour Sarah et Céline. Nous avons eu le privilège, discrètement mais un peu quand même, de partager le moment qu'elles viennent de passer avec leur famille. Au fond, c'est une énorme récompense pour tous ceux qui vous ont aidé. Bravo !


Q - Vous parlez de grâce inespérée, ce n'est pas forcément synonyme d'innocence, on est bien d'accord ?

R - La grâce, c'est l'annulation d'une peine. Vous savez que la France dans son travail diplomatique n'a pas à commenter les décisions de justice. Elle a à faire en sorte que ses ressortissants puissent rentrer en France dans les meilleures conditions possibles.

A l'origine, le transfèrement était envisagé dans le cadre de cette convention et puis, fort heureusement, le président dominicain a accepté d'envisager cette grâce. Nous avons envisagé cette solution, pour la première fois, le 17 décembre à l'occasion d'une longue discussion téléphonique que j'ai eue avec lui. A partir du moment où le mot grâce est tombé, nous nous sommes accrochés à cette grâce qui a été confirmée.

Jusqu'au dernier moment, nous avons gardé cette éventualité totalement secrète, y compris pour Céline et Sarah. Je ne voulais évidemment pas faire naître un espoir déçu, cela aurait été dramatique. Le décret a été signé à 00h45, le 23 décembre. Pendant toute cette période, tous ceux qui ont aidé Céline et Sarah, ont fait en sorte que finalement ce décret soit signé. C'est pourquoi nous avons fait interrompre les opérations de transfèrement. Les choses sont arrivées au dernier moment, quelques jours avant Noël. J'ai eu quelques jours difficiles puisqu'il fallait que j'explique à Sarah et Céline pourquoi les opérations de transfèrement étaient interrompues et, en même temps, je ne pouvais pas leur dire que nous étions en train de travailler sur cette éventualité, de crainte de faire naître un espoir déçu.

Il faut que cette grâce rarissime profite aussi à toute cette jeunesse française, qu'on n'oublie pas ce qui s'est passé et qu'on s'en serve de manière positive. Je suis très heureux qu'elles aient accepté d'accomplir cette mission dans les mois à venir, dans les années à venir, après qu'elles aient repris leurs études. Mais elles vous en diront plus si vous souhaitez les interroger.

Q - Quelle est cette mission ? Vont-elles devenir des ambassadrices ?

R - L'idée, c'est que très vite l'association "Céline et Sarah" se crée, puisqu'elles sont devenues une sorte de symbole. Mais d'abord un mot sur le contexte, le gouvernement français ne se prononce pas sur la justice dominicaine. Si le président Fernandez a pu prendre cette décision de grâce, c'est parce que le dossier de Céline et Sarah lui a permis de la prendre. Il n'aurait pas pu la prendre pour tous les détenus dominicains.

Concernant l'avenir, l'association "Céline et Sarah" se verra dotée de moyens. Céline et Sarah seront effectivement ambassadrices de la prévention contre la drogue en direction des jeunes. A partir de la semaine prochaine, elles vont se reposer, bénéficier de soins, puis reprendre leur formation. L'association sera aussi pour elle une façon de continuer leur formation, elles en ont le besoin et l'envie. Puis, très vite, elles participeront à une série de rencontres, de conférences, soit seules, soit avec des conférenciers. Quelqu'un les aidera, encadrera l'association, ce qui leur permettra, dans l'intérêt général, de faire part de ce qui leur est arrivé. Céline et Sarah m'ont souvent dit ces dernières heures qu'il faut être prudent. C'est la leçon qu'elles ont tirée de cette aventure. Une semaine de rêve peut devenir une vie de cauchemar.

Q - Que voulez-vous dire par "prudent" ?

R - Tous nos jeunes de France - ou moins jeunes d'ailleurs - lorsqu'ils partent à l'étranger, peuvent se retrouver, du fait de leur imprudence ou de leur naïveté, dans les mêmes conditions que Céline et Sarah. Hier encore j'ai rencontré la mère d'un jeune Français, écroué en attente de son jugement en République dominicaine, qui s'est fait arrêter alors qu'il venait d'acheter un bateau. Il a pris un passager qui avait de la drogue dans sa valise. Le jeune en question est écroué et clame son innocence. Les deux protagonistes ne se connaissaient pas. Nous agissons tous les jours pour que ce jugement ait lieu mais, pour le moment, il est en prison. Une autre jeune femme vient d'être condamnée à 13 ans de prison.

Q - La médiatisation de l'affaire de Sarah et Céline vous a t-elle permis d'en arriver là ? Un reportage a-t-il pu aider ? Cela aide-t-il à prendre la décision de les aider ?

R - En amont, cela a forcément aidé. Mais ce qui me paraît tellement important, c'est que cela aide en ce moment même. Cela fait passer un message, au-delà de la grâce de Sarah et Céline.

Q - Est-ce qu'elles auraient été aidées de la même manière s'il n'y avait pas eu cette médiatisation ?

R - Vous savez, c'est notre combat quotidien, aussi bien celui de Bernard Kouchner, du mien, du Quai d'Orsay, de l'ensemble de nos diplomates et de nos agents consulaires. Tous les jours on s'occupe de nos ressortissants français qui sont en difficulté à l'étranger, tous les jours.

Q - On n'a pas toujours le même résultat...

R - Je peux vous assurer qu'il y a beaucoup de gens dont nous nous occupons en permanence, au quotidien, et je veux aussi rendre hommage à nos ambassadeurs qui nous aident beaucoup et qui font un très gros travail. Je sais d'ailleurs que ce travail est difficile mais qu'on ne peut pas se dérober. Je sais que nous avons parfois des échecs, parce que c'est compliqué et qu'on ne peut pas faire régner la justice française à l'étranger. Vous savez, il y a eu beaucoup de bons résultats. De la même manière qu'une grâce est rarissime, il n'y a pas non plus beaucoup de situations qui sont hyper médiatiques, parce que cela dépend aussi du reste, vous le savez très bien, ce n'est pas à vous que je vais l'expliquer. Donc oui, la médiatisation a servi sans doute à faire plus, mais en même temps elle sert surtout en ce moment à faire passer un message au niveau des jeunes de notre pays en leur disant : attention cela peut aussi vous arriver !

Q - Monsieur le Ministre, on a retrouvé de la drogue dans les valises de deux jeunes Françaises, elles ont été emprisonnées. Sans parler de culpabilité ou d'innocence, le phénomène que les policiers appellent "les mules" paraît se répandre...

R - J'ai vraiment voulu me rendre compte comment cette situation était possible. J'ai profité de ces 36 heures pour aller sur place, notamment dans l'hôtel qui est réputé pour être le plus "passeur", dans l'endroit où semble-t-il ce phénomène se produit. Il semble que l'on puisse, à l'insu des personnes, placer de la drogue dans les valises et faire en sorte que ces personnes soient retrouvées à l'extérieur. Il y a effectivement une ambiance lourde mais on ne voit rien. Il faut vraiment que cela soit fait d'une manière, hélas, "très professionnelle".

Le phénomène que vous décrivez existe. On sait très bien qu'il y a, dans ces endroits de villégiature, des "professionnels" qui peuvent éventuellement, dans une valise ou dans une voiture, mettre de la drogue à l'insu des propriétaires. Récemment encore, on a parlé d'un couple, qui avait également été emprisonné après avoir été arrêté à la frontière avec de la drogue sous le capot de la voiture et qui avait visiblement pu démontrer que cette drogue avait été placée là à leur insu.

Q - Quel est le rôle de Carla Bruni-Sarkozy dans cette grâce ?

R - Le rôle joué par Carla Bruni-Sarkozy a été essentiel à un moment où il fallait faire accélérer le processus du transfèrement. Elle a entendu l'appel lancé par Céline et Sarah, et par Nabila qui était là aussi à l'époque pour sensibiliser le couple présidentiel. Carla Bruni-Sarkozy a pris connaissance du dossier et s'en est emparée. Nous avons beaucoup travaillé ensemble jusqu'au dernier jour. La conversation téléphonique qui a eu lieu hier entre elle et Céline et Sarah a bien montré que Carla Bruni-Sarkozy était très impliquée dans le dossier et elle était très heureuse de cet aboutissement.

La rencontre qui vient d'avoir lieu entre les familles, Céline et Sarah suffit largement à justifier notre intervention et suffit à notre bonheur. Bonnes fêtes à tous ! Merci beaucoup.


Source http://www.gouvernement.fr, le 4 janvier 2010

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