Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 17 décembre 2009, sur les attaques politiques dont il est l'objet et sur l'interdiction de la burqa. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 17 décembre 2009, sur les attaques politiques dont il est l'objet et sur l'interdiction de la burqa.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : J.-J. Bourdin.- Je vais vous surprendre avec ma première question : est-ce la chasse au Besson est ouverte ?
 
La semaine dernière, j'ai eu ce sentiment, oui, à la couverture de deux grands magazines de gauche, je me suis dit que oui. Et puis comme, vous savez, toujours dans ces cas-là, c'est relayé par deux, trois membres de la majorité qui se disent, « tiens, et si au passage on pouvait donner un petit coup de latte ». Donc, oui, j'ai eu le sentiment.
 
Mais qui vous a donné un coup de latte dans la majorité ?
 
Mais, je ne sais pas, parce que vous savez... Si, vous le savez ! Non, je ne sais pas exactement, parce que vous savez que le charme de ce qui se fait dans ces cas-là, c'est une méthode un peu particulière, ça se fait anonymement, "off", comme on dit, devant les journalistes. Alors, vous avez des citations affligeantes, insultantes, blessantes, et elles sont anonymes.
 
Lesquelles vous ont blessé ?
 
Je préfère ne pas les répéter.
 
C'est vrai ?
 
Bien sûr. Surtout qu'au-delà de moi, moi elles m'ont touché, mais "blessé" c'est le bon mot pour un certain nombre de mes proches, et c'est la limite de la politique. Nous, nous avons, et moi j'ai par la force des choses, le cuir endurci, c'est normal. Depuis deux ans et demi, il s'est passé beaucoup de choses, je suis passé pendant la campagne de S. Royal à N. Sarkozy. Je peux comprendre qu'un certain nombre de personnes n'aient pas apprécié ce parcours. Dont acte. Mais en même temps, je suis ministre depuis deux ans et demi, j'essaie d'appliquer des lois républicaines. Lorsqu'on parle d'extermination des Juifs et de Tziganes, quand on compare à la collaboration, quand certains disent, puisque vous voulez une citation, "Laval", mais qu'est-ce que c'est Laval ?
 
Qui a dit Laval ?
 
Il y a un député socialiste qui l'a dit, J.-C. Cambadélis, et par grande bienveillance et grande générosité, je me suis abstenu de parler de son parcours à lui, pourtant il y aurait des choses à dire. Mais peu importe. Ce que je veux dire de ce point de vue-là, ce dont ne se rendent pas compte un certain nombre de journalistes, ou parfois d'acteurs politiques, c'est que au-delà des politiques il y a les familles. Et les familles, c'est beaucoup plus blessées. Les enfants, ils ne comprennent pas que vous, vous êtes dans l'arène politique, et que donc vous acceptez des coups, mais ils ne comprennent pas la violence et la bassesse d'un certain nombre de ces coups. Voilà. Je vais pas en faire des tonnes, c'est mon problème personnel, mais puisque vous m'avez...
 
Est-ce que à moment donné, vous vous êtes dit, « je vais arrêter » ?
 
Non, je ne me suis pas dit « je vais arrêter ».
 
Et qu'est-ce que vous vous êtes dit alors ? Vous vous êtes dit, « je vais demander le soutien du président de la République », par exemple, qui vous l'a donné, qui vous l'a accordé ?
 
Non. D'abord, je n'ai pas eu besoin de demander le soutien du président de la République, le sien a été constant, ainsi que celui du Premier ministre. Et c'est vrai, pour aller dans votre sens, qu'il y a des moments où des mots, des soutiens d'un certain nombre de ceux qui vous sont proches ou de ceux pour lesquels vous travaillez, auprès desquels vous prenez l'orientation qui doit être la vôtre, touchent, au bon sens du terme. Oui, c'est vrai.
 
E. Besson, vous savez, vous saviez en devenant ministre...
 
Juste une chose, j'ai une assez faible capacité, les portraits le disent, à m'allonger sur un divan pour me livrer, et malgré le ton velouté que vous prenez...
 
Non, ce n'est pas un ton velouté, mon cher E. Besson !
 
Non, mais je préfère ce ton.
 
Ah bon ?
 
Je ne vous incite pas en changer, mais je veux dire que malgré ça, je ne vais pas me prêter à des confidences très grandes.
 
Non, mais simplement, vous êtes ministre de l'Immigration et de l'Intégration, vous saviez en acceptant cette fonction que vous risquiez d'être la cible de la droite et de la gauche. Non, franchement non ?
 
Non, franchement non.
 
N'est-ce pas de la naïveté alors ?
 
Peut-être. Mais je vais persister et signer dans ma naïveté. J'applique la loi républicaine, la loi votée par le Parlement. J'applique en plus un pacte européen pour l'immigration et l'asile, qui a été négocié par mon prédécesseur et qui lie les vingt-sept pays de l'Union européenne. Vous avez parmi ces vingt-sept, des gouvernements de gauche. Je travaille avec les socialistes espagnols, avec les travaillistes britanniques. Et donc, ce pacte de l'immigration et de l'asile, il nous lie, et la France, j'ai déjà eu l'occasion de le dire à votre micro, est particulièrement généreuse. Généreuse, par exemple, en matière de droit d'asile : nous sommes le pays européen qui acceptons, qui accordons le plus de statut de réfugiés politiques. Nous sommes aussi, par exemple, celui qui accorde le plus la nationalité française à des étrangers, 110.000 étrangers acquièrent la nationalité française chaque année. Donc à partir du moment où je mène une politique éminemment républicaine, que je ne vois pas au demeurant d'alternative proposée. Vous interrogez régulièrement les dirigeants socialistes, à les écouter je n'ai pas eu le sentiment de voir se dessiner une politique alternative.
 
On va parler du voile intégral. On va être concret, on va parler du voile intégral, niqab ou burqa. Vous avez été entendu hier par la mission parlementaire. Etes-vous favorable à une interdiction totale du port du voile intégral dans la rue, franchement ?
 
Ma réponse personnelle, c'est oui.
 
Dans la rue, oui ?
 
La réponse du Gouvernement, ce n'est pas exactement celle-là et...
 
Ce n'est pas la réponse de B. Hortefeux dans tous les cas.
 
Nous avons harmonisé, à la demande du Président et du Premier ministre, nos positions. Nous avons dit, a minima une loi pour dire que le voile intégral -la burqa, le niqab - devait être interdit dans tous les services publics en France.
 
Dans tous les bâtiments publics, les bâtiments de la République, services de la République ?
 
Exactement. Et nous nous sommes interrogés sur le fait d'aller ou non plus loin avec les problèmes juridiques que ça pose, des problèmes d'application, etc. Moi, j'ai dit à titre personnel qu'à partir du moment où on touche à la dignité de la femme, et c'est quelque chose qui ne peut être, selon moi, réservé simplement aux bâtiments publics, aux services publics, etc., oui, à titre personnel, je pense que la loi est incontournable et que nous n'échapperons pas au fait que nous devrons dire "stop".
 
Mais ce ne sera pas la position du Gouvernement ?
 
La position du Gouvernement est ouverte et elle attend que les parlementaires se prononcent. Elle dit, a minima une loi pour interdire dans les services publics, discutons d'un élargissement potentiel.
 
Nous allons réécouter un tout petit extrait de la jeune femme qui était avec moi, je ne sais pas si vous l'avez vue hier matin...
 
Non, mais j'en ai entendu parler. Je sais ce que c'est.
 
Elle s'appelle Kenza, elle est voilée, elle porte le niqab.
 
Oui, oui, je connais ce cas.
 
Et elle était là, elle a témoigné. C'est la seule d'ailleurs qui a témoigné devant la mission.
 
(Extrait interview).
 
Elle est d'accord pour ôter son voile devant les bâtiments publics, mais elle dit dans la rue, non. « Dans la rue, non, je ne vois pas qui aurait le droit de m'empêcher de porter mon voile intégral dans la rue ».
 
Alors, qui aurait le droit, éventuellement ?
 
La République ?
 
...La République, éventuellement.
 
Mais alors qui puniriez vous, le mari ou Kenza ? Parce que vous ne saurez jamais qui.
 
L'idée, si vous acceptez l'idée de dignité, c'est que vous ne pouvez pas aliéner, vous ne pouvez pas abandonner votre propre dignité, même volontairement. Application pratique : souvenez-vous du dossier dit "du lancer de nain", ces nains dans des boîtes de nuit qui étaient lancés dans des filets.
 
Oui, je me souviens.
 
Ils étaient volontaires, ils gagnaient de l'argent, et même beaucoup d'argent, et qu'a dit la République française ? Le lancer de nain est intolérable. Cette jeune femme, à l'évidence, est intelligente et visiblement volontaire, mais il n'empêche...
 
Elle a même imposé son voile à son mari !
 
Il n'empêche que la République française, c'est le face-à-face, c'est les yeux dans les yeux, c'est à visage découvert. Et nous ne pouvons pas accepter ça. Et j'ajoute une chose, la France ne représente pas que la France. Lorsque l'on se déplace dans le monde arabo-musulman, les femmes du Maghreb par exemple, nous disent : « il faut que la France, pays des droits de l'Homme, pays de l'égalité hommes-femmes, pays de la dignité, interdise le voile intégral, parce que sinon si la France ne le fait pas, nous, nous ne pourrons jamais nous battre pour l'enlever ». Parce que, elles, elles sont contraintes. On ne peut pas accepter les images que l'on voit dans certains pays arabo-musulmans. Aujourd'hui, en France, c'est inacceptable.
 
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 5 janvier 2009 

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