Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 22 décembre 2009, sur le débat sur l'identité nationale | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 22 décembre 2009, sur le débat sur l'identité nationale

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : M. Grossiord.- Vous n'avez pas peur d'être le ministre qui aura fait revenir le Front national sur les devants de l'actualité pré-électorale ?
 
Non. Je pense être le ministre qui aura essayé de demander aux Français quelle est la nature du lien qui les lie. Je crois très important le concept de communauté nationale. Je constate, quand je lis les 50.000 contributions sur le site spécial que nous avons créé, "identité nationale", je constate que les Français pensent que nous sommes à la fois des héritiers, que nous devons être tournés vers l'avenir, qu'ils veulent rester une terre d'immigration réussie, c'est-à-dire une terre d'intégration. Je ne vois rien là qui puisse être de nature à satisfaire ou flatter le Front national.
 
Pourquoi le Front national se frotte t-il les mains alors ?
 
C'est son droit, mais moi je ne vais pas commenter ce que dit le Front national. Si vous le voulez bien, je vais essayer de vous dire quel est le sens de l'action que je mène et pourquoi je crois qu'elle doit être poursuivie.
 
Donc le débat va se poursuivre. Rien ne vous arrêtera, rien n'arrêtera ce débat ?
 
D'abord, je constate que c'est un immense succès populaire. Nous avons, sur le site que je viens de citer, 500.000 visiteurs, 50.000 contributions, et des contributions extrêmement intéressantes dont je rendrais compte, dès le 4 janvier, de la qualité. Et on s'apercevra que les Français se posent des questions qui n'ont rien à voir avec l'immigration et l'intégration, pour l'immense majorité d'entre elles. Et que, par ailleurs, ils touchent immigration et intégration, j'y reviens, mais pour le reste, ils s'interrogent par exemple sur la place de la France dans la construction européenne, la place de la France dans la mondialisation, sur leur identité, identité régionale, identité française, identité nationale. Ils veulent garder une forme de contrat social : qu'est-ce qui les lie entre eux ? Qu'est-ce qui les lie à l'Etat ? Tout ça, ce sont des questions extrêmement nobles. Par ailleurs, il y a une part des Français qui s'interroge, effectivement, il ne faut pas tourner autour du pot, sur la capacité qu'a la France de rester une terre d'immigration réussie, d'intégration, "d'assimilation", comme disaient les vieux républicains, et qui s'interroge - je vais droit au but puisque je pressens votre question - aussi sur la place de l'islam dans la République française. Cette question-là, il faut la traiter froidement, sereinement, de façon républicaine.
 
Et ça donne quelques dérapages, aussi. Il n'y a pas que ça, j'en conviens avec vous, mais ll y a aussi des dérapages. Ils sont importants, ils sont graves.
 
Sur les 50.000 contributions, comme il y a modération, vous ne trouverez pas un dérapage. Deuxièmement, il y a eu un maire d'une commune de 50 habitants qui a dit une phrase inacceptable. Dont acte. Mais pourquoi ramener à la toute petite exception la forêt qui, elle, est intéressante et généreuse ?
 
Je reviens d'un mot sur une question sur le Front national : si aux régionales monsieur Besson, le Front national se retrouvait en position d'arbitre dans certaines régions - ça s'est déjà vu dans le passé - vous préconiseriez de rejeter ces voix ou pas ?
 
Je ne sais pas, nous n'en sommes pas là. Je vais vous dire une chose.
 
C'est ma question...
 
Oui, c'est une bonne question, mais écoutez, si vous le voulez bien, ma réponse aussi. Je constate que depuis un an, partout en Europe, l'extrême droite monte. Parce que c'est une tradition historique : lorsqu'il y a difficulté économique, l'extrême droite monte. En France, on s'en gargarise en permanence. Même ceux qui prétendent vouloir lutter contre le Front national ou lutter contre ses idées en parlent de façon très complaisante, toute la journée. Moi, je constate qu'aux dernières élections européennes, le seul pays où l'extrême droite n'a pas fait croître son potentiel, c'est en France. Je constate que lors des élections cantonales partielles, le Front national ne monte pas. Il ne monte que dans nos discussions collectives. Donc moi, je n'ai pas envie de contribuer à ce jeu. Deuxième chose, et sur le fond : encore une fois, la Nation c'est un concept qui, historiquement, a appartenu à la gauche puis à la droite républicaine, et que ces dernières années, nous avions trop laissé au Front national. Moi je prétends que c'est le cadre d'exercice naturel de la solidarité nationale et que la meilleure façon pour ceux qui sont obsédés par la lutte contre le Front national - et ça peut être une obsession légitime -, c'est de réhabiliter le cadre national et un certain nombre de nos valeurs.
 
Le président de la République vous dit de continuer. Il vous assure régulièrement de son soutien ?
 
Le président de la République m'assure de son soutien, tout comme le Premier ministre.
 
La dernière fois c'était quand ?
 
Mais je ne vais pas en permanence "me raccrocher", entre guillemets, à ce soutien présidentiel et à celui du Premier ministre. Le président de la République et le Premier ministre donnent un cahier des charges à leurs ministres. Et moi, je dois organiser ce débat et valoriser les symboles de l'identité nationale et les symboles républicains. En même temps, la mise en oeuvre, c'est de ma responsabilité. En clair, si d'aventure, dans quelques mois, on trouvait que le débat avait été mal mené, ce sera de ma responsabilité. Je n'ai jamais cherché, dans ma vie, de parapluie ou de protection. Ce serait de ma responsabilité. Donc, ils me soutiennent, mais c'est ma responsabilité de le faire vivre et de le faire bien vivre.
 
Monsieur Besson, quand on vandalise le siège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, vous y voyez quel signe ?
 
J'y vois le signe de quelque chose qui m'attriste. La France mène une politique républicaine, elle est ferme et elle est juste. Nous accueillons légalement les étrangers sur notre territoire, 180.000 au titre du long séjour, nous accordons la nationalité française à 110.000 personnes par an. Et nous sommes les plus généreux en Europe en matière d'asile. Et en même temps, nous voulons lutter contre les filières de l'immigration clandestine et réguler, comme on dit, les flux migratoires.
 
Et vous n'avez pas ouvert une boîte de Pandore, comme certains disent ?
 
...Et vous avez en France, une minorité, mais agissante, qui conteste le principe même de la régulation des flux migratoires et qui parfois, peut mener des actions violentes du type de celles que vous dites et que je condamne.
 
Cela ne peut pas être une boîte de Pandore - je répète ma question - que l'on a ouverte comme certains le disent, même à droite d'ailleurs ?
 
Mais quelle est la question qui est posée ? "Pour vous, qu'est-ce qu'être français ?" Est-ce qu'il y a une question plus noble, plus généreuse, plus ouverte ? Accessoirement, le nom de mon ministère, le nom du ministère dont j'ai la charge porte les mots "Identité nationale". C'était un engagement de campagne de N. Sarkozy. Est-ce que l'on peut reprocher à un ministre d'ouvrir un débat sur l'intitulé même et sur l'un des intitulés de sa fonction et de sa responsabilité ? Moi, je pense que ce débat, il est légitime, il est noble, et je veux l'assumer pleinement.
 
Monsieur Besson, j'aimerais vous poser une question personnelle : ça fait quoi de se voir en Une d'un magazine avec le titre : "l'homme le plus détesté de France" ?
 
C'est très blessant et c'est particulièrement blessant pour les proches. Parce que l'homme politique, lui, il a l'occasion de se tanner le cuir, de s'endurcir donc il sait qu'il est dans un arène, et moi je le sais particulièrement. Mais pour les proches, c'est très frustrant, très déstabilisant. Mais si vous le voulez bien je ne veux pas aller plus loin sur ce terrain.
 
Votre entourage aimerait vous voir déchargé de cette fonction un jour, rapidement ?
 
Peut-être, je ne sais pas. Mais moi je persiste et signe : lorsque je rencontre mes collègues ministres européens en charge de ces questions, je sais que la France est exemplaire en la matière. Et je note qu'il n'y a pas d'alternative crédible proposée aux Français, notamment par le Parti socialiste. Je veux vous dire une chose : vous m'avez interrogé sur les dérapages. Le plus gros dérapage de la période récente, c'est l'investiture réaccordée par le Parti socialiste à G. Frêche, un homme érudit, cultivé qui a pu dire à propos de harkis, il a pu parler de "sous-hommes". Et à propos des Noirs qui jouent dans l'équipe de France, il a pu dire : "il y a trop de Blacks dans l'équipe de France". Voilà le plus gros dérapage. Et il ne vient pas d'un politique mineur, il vient de G. Frêche dont je sais, parce que j'ai été étudiant à Montpellier, que ça a été un grand bâtisseur. Il ne se résume pas à ces formules, mais ces formules sont scandaleuses et le fait que le Parti socialiste dise : "on a réinvesti Frêche parce que l'on a besoin de gagner la région Languedoc-Roussillon", c'est pour moi un scandale absolu.
 
Jamais eu envie de jeter l'éponge ?
 
Non, je n'ai pas envie de jeter l'éponge. Je vous dis que j'ai la responsabilité d'un ministère éminemment beau et républicain. Je vais l'assumer totalement.
 
Bonne journée à vous.
 
Merci à vous.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 5 janvier 2010

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