Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 23 décembre 2009, sur le dépôt par l'UMP d'une proposition de loi pour interdire la burqa. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 23 décembre 2009, sur le dépôt par l'UMP d'une proposition de loi pour interdire la burqa.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : M. Tronchot Qu'est-ce qui vous a pris de brûler les étapes, en annonçant par surprise le dépôt d'une proposition de loi sur la burqa alors qu'une commission parlementaire travaille sur le sujet ? C'est de l'impatience ou bien une certaine forme de ras-le-bol de voir du temps perdu peut-être ?
 
Vous savez, nous, on ne veut vexer personne, et on n'a rien contre les débats [inaud.]. Mais enfin, je crois que vraiment, on en a parlé longuement hier, tous les députés UMP présents au groupe, dont d'ailleurs beaucoup sont membres de cette mission parlementaire, et que maintenant, le temps de la décision politique est venu. Voilà six mois que nous avons débattu, nous avons fait d'ailleurs nous-mêmes, l'UMP, un groupe de travail, on a auditionné de très, très nombreuses personnalités, religieuses, laïques. Je crois vraiment que le temps de la décision politique est maintenant venu.
 
Il y a eu trop d'atermoiements, c'est ça le déclencheur ? Des atermoiements du Parti ? L'indécision peut-être à un plus haut niveau encore ?
 
Non, mais je crois que surtout, tout le monde, toutes les personnes qui travaillent se rejoignent sur cette évidence. Enfin, le voile intégral, d'abord ce n'est pas absolument pas une question religieuse, en aucun cas. D'ailleurs, les responsables que nous avons auditionnés, que ce soient ceux de la communauté musulmane ou même laïque d'ailleurs, nous ont tous dit que porter le voile intégral n'était pas une prescription religieuse. Donc ce n'est pas un problème de religion, ce n'est pas non plus un problème d'immigration. Ça n'a rien à voir avec tout ça et je ne laisserai pas faire les amalgames. C'est un problème qui a trait à deux choses : premièrement, le respect des femmes, et deuxièmement, la question de l'ordre et de la sécurité publics. Voilà. Le voile intégral, jamais je n'aurais imaginé, il y a encore quelques années, que en France on ait à évoquer cette question. Et pourtant, moi je suis maire de Meaux, et comme beaucoup de collègues députés, nous avons été confrontés à cette situation, soit directement, soit indirectement, de personnes qui sont intégralement avec le visage recouvert. Ce n'est pas en cohérence avec, à la fois le respect des femmes, qui est une valeur absolument fondamentale, sur laquelle, moi comme beaucoup de mes amis, nous nous battons depuis des années. Et puis d'autre part, avec l'ordre public. On ne va pas...
 
Je voudrais, d'un mot, revenir sur la procédure, parce que, en l'occurrence, il y avait une mission en cours, ce n'est pas très respectueux du Parlement pour un chef de groupe politique à l'Assemblée, comme vous !
 
Je me permets de vous dire que les parlementaires eux-mêmes sont à l'initiative, donc après, le problème du respect du Parlement, il est de fait consacré par le fait que ce sont des parlementaires qui sont en initiative. Et puis, je crois pas tout à fait n'importe lesquels, puisque ce sont ceux de la majorité. Mais je me permets de vous dire que dans l'opposition, le débat existe de la même manière. J'entendais certains chefs socialistes hurler au loup. Enfin, je me permets de rappeler que deux éminents responsables socialistes, M. Valls et A. Filippetti, qui sont deux personnes de la nouvelle génération dans l'opposition, ont signé il y a quelques jours une tribune préconisant quasiment mot pour mot ce que nous, députés UMP, préconisons. A savoir une loi d'interdiction dans l'espace public, qui soit assortie d'une résolution, c'est-à-dire d'un texte qui rappelle les valeurs de la République, ceux du "vivre ensemble", je crois que c'est quand même beaucoup important que des polémiques personnelles. C'est pour ça que je me permets de le dire. J'ajoute que la mission, quand elle aura rendu ses conclusions, s'il y a des éléments qui viennent compléter notre dispositif, je suis évidemment comme mes amis députés, très ouvert à tout ça. Mais je crois que ce n'est pas tout à fait le sujet. Les Français attendent d'abord de leurs parlementaires qu'ils soient en initiative, la nouvelle Constitution le permet. C'est quand même un sujet qui est très grave.
 
Le président de l'Assemblée nationale a quand même considéré l'initiative comme prématurée, venant de votre... Vous lui dites quoi ?
 
Mais rien, il est dans son rôle, ce n'est pas grave. L'important n'est pas forcément là. Je crois quand même que l'important c'est de voir de quoi on parle. Le voilé intégral, c'est quoi ? C'est quand même des pratiques maintenant qui se multiplient, qu'il ne faut absolument pas banaliser. Il ne faut surtout pas stigmatiser, et moi je veille à cela, comme beaucoup de mes amis, nous sommes très attentifs, parce que la stigmatisation ce ne serait pas acceptable contre, notamment, une communauté religieuse. Ce n'est surtout pas le sujet puisque ce n'est pas une question religieuse. Mais par contre, le voile intégral, que voulez-vous que vous je vous dise, c'est la négation de soi, c'est la négation de l'autre, c'est la négation de la vie en société. C'est ça que nous devons refuser, et c'est l'intérêt de cette proposition de loi qui serait évidemment précédée d'une phase, avant sa mise en application, de dialogue avec les personnes concernées, sur le terrain, par l'intermédiaire des maires, des associations ou des médiateurs. Je voudrais qu'on puisse parler avec ces femmes qui sont avec le voile intégral, c'est-à-dire qu'on ne voit plus du tout leur visage, et puis aussi avec leur mari pour qu'ils expliquent, nous expliquent qu'est-ce qu'ils trouvent comme satisfaction à voir leur femme ainsi totalement recouverte !
 
Votre proposition s'appuie sur l'ordre public. Il vous paraissait particulièrement menacé pour que vous décrétiez l'urgence, comme ça ?
 
Non. L'ordre public, c'est un terme juridique, si vous préférez parlons de sécurité au quotidien. Je vais vous donner deux exemples : quand un enseignant libère un enfant à la sortie de l'école primaire par exemple, et qui le remet à une personne, si cette personne a le visage totalement couvert, il ne le remettra pas à cette personne, pour des raisons de sécurité. De la même manière, nous sommes de nombreuses villes à avoir développé, avec les encouragements d'ailleurs des pouvoirs publics, des caméras de vidéo protection dans les quartiers. Reconnaissez avec moi que si on se déplace le visage totalement couvert, ce n'est quand même pas tout à fait la même chose.
 
Donc un lieu public, ça peut être la rue ?
 
Bien sûr, c'est l'espace public. Ce qui est derrière ça, c'est à la fois, je le répète, une question de sécurité, et puis une question de respect des femmes. Et donc l'idée c'est que loi ait pour fondement la sécurité, que la résolution, ce texte que nous proposons de rédiger ensemble, parlementaires et d'y associer, si elle le souhaite d'ailleurs, l'opposition. C'est un texte dans lequel on rappelle les valeurs de la République, parce que je pense qu'aujourd'hui personne ne peut souhaiter cette pratique. Et je crois qu'il ne faut pas le craindre, parce que la France est attendue sur ce sujet par beaucoup d'autres pays européens, il ne faut pas craindre aussi d'utiliser notre réseau diplomatique pour aller expliquer, y compris d'ailleurs dans le monde arabe, les raisons pour lesquelles nous préconisons ce choix. Sachant d'ailleurs que dans beaucoup de pays arabes, dans lesquels on a acté de la même manière que ce n'était pas une prescription religieuse, le voile intégral n'est pas permis.
 
C'est aussi pour damer le pion au Front national que vous avez voulu agir vite ?
 
Non, je crois que la question du Front national est fréquemment posée en ce moment, y compris par rapport au débat sur l'identité. Je suis, à titre personnel, vraiment militant depuis très longtemps d'un débat sur l'identité française, parce que je pense que ce sujet national est absolument...
 
Vous êtes derrière E. Besson donc ?
 
Non, mais l'un ou l'autre, pour moi les deux expressions se valent, parce que pour moi ce débat était absolument vital. C'est parce que nous n'en avons pas parlé pendant des décennies, parce que nous avons été dans le déni, que aujourd'hui nous voyons des tensions. Parce que quand on ne parle des choses, forcément, elles s'exacerbent. Et nous avons un objectif, c'est retrouver les vraies raisons, une vraie volonté de vivre ensemble. Et pour cela, il faut se parler, s'écouter, se respecter, se connaître. Et la réalité, c'est que beaucoup de nos compatriotes aujourd'hui ne se parlent pas, parce qu'ils ne se connaissent pas et qu'ils ont peur les uns des autres. Et donc c'est pour ça que ce débat sur l'identité est absolument essentiel, et c'est ne pas en avoir parlé pendant des années qui, aujourd'hui, coûte si cher à un pays qui se cherche pour construire ensemble son avenir.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 janvier 2010

Rechercher