Déclaration de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, sur le sens du microcrédit dans une politique de l'emploi, Paris le 19 octobre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, sur le sens du microcrédit dans une politique de l'emploi, Paris le 19 octobre 2009.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi

Circonstances : Colloque "Microcrédit professionnel et création d'activités", à Paris le 19 octobre 2009

ti : Monsieur le directeur général, cher Augustin, merci à toi d'avoir attiré mon attention : selon le fonctionnement des cabinets ministériels qui s'occupent de faire écran, ce colloque avait été rayé de mon emploi du temps. Or, je n'avais pas l'intention de ne pas venir car je crois beaucoup au microcrédit. Je me suis passionné pour ce sujet depuis de nombreuses années. Je n'ai pas pu écouter les orientations des uns et des autres et notamment de Maria Nowak, de Christian Sautter et de Bernard Brunhes, mais je tenais à faire un passage et marquer ainsi le soutien de l'Etat sur ces dispositifs.

Augustin, je trouve assez « modèle » l'engagement que tu as su imprimer à la Caisse des Dépôts en la matière. Je peux témoigner qu'il n'est pas beaucoup de sujets sur la politique de l'emploi que j'ai été amené à te présenter et auxquels tu n'aies pas fourni une réponse attentive, rapide et efficace. Je dis cela car j'ai d'autres sujets à te soumettre dans les quelques mois à venir

A propos du microcrédit, et sur son sens au niveau d'une politique de l'emploi, j'ai plusieurs remarques.

Tout d'abord, s'engager sur le microcrédit, c'est s'attaquer au risque d'une double exclusion l'exclusion évidente du marché du travail auquel s'ajoute le risque d'une pénalité pour arriver à faire aboutir ses projets de création, d'initiative, permettant d'aller de l'avant malgré tout (exclusion du système bancaire).

Or, nous devons le répéter même si vous en êtes ici convaincus, les demandeurs d'emploi sont de formidables réservoirs de créativité et de projets dans notre économie et dans notre société. Sur 330 000 entreprises qui sont créées chaque année, 120 000 le sont par des demandeurs d'emploi.

Ce chiffre est à la fois très positif et en réalité dangereux.

Il est positif si l'on envisage le volet initiative, création, dynamique, le courage qu'il faut aux personnes qui subissent des accidents de parcours et qui repartent de l'avant en créant quelque chose.

Mais il est aussi dangereux, si l'on se contente de le considérer uniquement comme une statistique en laissant s'engager ces personnes sans accompagnement, sans financement conçu et sans travail sur la durée. Tout le défi de ce chiffre est de considérer que pour que ce réservoir de dynamisme ait du sens, il faut structurer l'accompagnement. Structurer parce que les montants en cause sont petits, ils passent souvent en dessous des « radars » de la plupart des banques et même d'OSEO. lis nécessitent de notre part des dispositifs d'attention qui vont permettre d'apporter le petit plus déclencheur. Cet accompagnement est nécessaire parce que créer son entreprise est un parcours du combattant, j'ai parfois même l'habitude de dire qu'il faut des aides pour trouver les aides. L'accompagnement est indispensable aussi parce qu'un projet se mène sur la durée, avec des étapes pour concevoir son projet, pour son plan d'action, pour son étude de marché, et ensuite pour récupérer et structurer les financements.

De ce point de vue, l'Etat s'est investi massivement sur ce secteur et je vais y revenir. Je voudrais souligner l'engagement sur la durée qui est une des caractéristiques du microcrédit social, des personnalités éminentes qui portent ce secteur à bras le corps. Je pense évidemment à Maria Nowak, qui est un aiguillon pour tout membre du gouvernement chargé de l'emploi, et qui fait sentir sa présence. Déjà lors de mon arrivée, vous évoquiez la nécessité que l'État prenne en compte tel ou tel point d'accompagnement. Je pense aussi à Jacques Attali! avec PIaNet Finance, je pense à France Active avec Claude Alphandéry ou encore Christian Sautter avec le travail enclenché sur les garanties de prêts bancaires, sans oublier Bernard Brunhes et France Initiative. Je voudrais vous remercier à titre personnel, car avec les différents échanges que nous avons eus, j'ai progressivement mieux compris les défis que représente le microcrédit social.

Dans le futur accord de partenariat, il est important que participent la Caisse des Dépôts et la Fédération bancaire. En facilitant l'accès au crédit bancaire pour 20 000 demandeurs d'emploi, leur participation est un atout pour notre action. Nous pouvons également mieux articuler le dispositif Nacre et le réseau bancaire. Je suis à la fois satisfait et conscient des points d'améliorations. Le dispositif Nacre, sur lequel nous avons échangé à de nombreuses reprises, fonctionne bien mais nous devons poursuivre la simplification. Cet outil doit être simple à utiliser et il y a encore des améliorations à apporter.

Une meilleure articulation avec le conseil et le soutien des banques va nous permettre d'aller de l'avant. Je pense à des expériences concluantes menées avec Marylise Lebranchu et le conseil régional de Bretagne.

Où en sommes-nous sur le dispositif Nacre ?

Avec un démarrage en 2009 et un accompagnement d'environ 18 000 personnes d'ici à la fin de l'année, le dispositif monte rapidement en puissance, ce qui confirme son utilité.

Les banques ont répondu présent, c'est un deuxième point qui prend tout son sens eu égard à la convention que vous êtes amenés à signer. Ce signal est très intéressant en ce qui concerne l'utilisation des deniers publics. Quand 5 000 euros sont mis sur la table (notamment depuis les fonds d'épargne), les banques en apportent 30 000. Pour 100 millions d'euros qui peuvent être avancés à travers les fonds d'épargne, les prêts bancaires associés atteignent 600 millions d'euros. L'effet levier confirme l'utilité du dispositif et du pilotage conjoints.

Le microcrédit social ne peut réussir que si l'an concilie une sorte de tryptique avec le volet accompagnement de l'État, la mise en place des banques (et de tous les fonds associés comme garantie de crédibilité et pérennité du système) et le volet accompagnement sur la durée, ainsi que le conseil. L'Etat a considérablement renforcé la capacité d'intervention du Fonds de cohésion sociale puisque nous sommes passés de 12 millions d'euros par an en moyenne sur 5 ans à une action en 2010 évaluée à hauteur de 34 millions d'euros, soit un quasi triplement de l'action et de l'intervention du Fonds de cohésion sociale. Je suis convaincu que Maria Nowak ne trouvera pas cela suffisant, mais c'est déjà un premier point.

Je tiens à ce que ces dispositifs soient inscrits dans la durée. Je finirai par ce point de vigilance.

En cette période de crise, nous devons être capables de distinguer les outils pour réagir dans l'urgence et contenir l'onde de choc au niveau de l'emploi des outils inscrits dans la durée.

Les premiers relancent l'emploi dans les toutes petites entreprises et les efforts sur l'activité partielle pour soutenir les secteurs en difficultés, lis relancent les dispositifs de soutien financier pour des contrats avec des publics en difficulté. L'objectif est que ces secteurs traversent la crise en conservant leurs salariés. Ces dispositifs - et je l'assume parfaitement - n'ont pas à vocation à perdurer. Quand la croissance reviendra, je serai amené à les désamorcer.

En revanche, il est des dispositifs sur lesquels l'action de l'Etat ne doit pas être conjoncturelle. Le travail avec des partenaires de terrain, comme vous, ne peut pas constituer une parole donnée puis reprise une fois que l'activité et le cycle économique redémarrent. Le microcrédit social est une action structurante sur la durée. Il s'inscrit dans une certaine conception de l'économique et du social. L'Etat agit dans la durée et sur des programmes pluri-annuels. Ce travail doit être conjoint et doit vous conforter dans l'idée que l'on ne construit pas sur du sable, ni en fonction des cycles économiques.

Si je souligne ce point, c'est parce que je pense que se joue (et je pense que vous en êtes tous convaincus) une certaine conception du social et de ce qu'est la politique de l'emploi. Le risque est que cette dernière se contente d'une gestion statistique, de jouer avec l'effet retraite dans un sens, avec l'âge d'entrée sur le marché du travail des jeunes dans l'autre sens. Le risque est que quand quelqu'un se présente pour un emploi dans un secteur, on ne trouve rien et on continue, au bout de 6 mois sans succès, à chercher avec lui encore dans ce même secteur.

La politique de l'emploi à construire doit se doter des outils les plus efficients possibles, et doit mobiliser la formation pour aider les personnes à passer d'un métier à un autre. Elle doit identifier les secteurs dont certains métiers sont en tension pour pouvoir réorienter les personnes en difficulté. Cette politique de l'emploi doit anticiper les difficultés sur des branches professionnelles plutôt que d'intervenir après et doit aussi miser sur une vraie création d'entreprise par des demandeurs d'emploi avec un véritable accompagnement.

Je pense qu'une conception du social se joue ici. Je ne voudrais pas tomber dans la caricature en disant « il ne faut pas d'assistanat » car cela ne m'intéresse pas. Aider ne consiste pas simplement à verser une prime, Pour l'Etat, pour la puissance publique, pour les acteurs, c'est trop facile. Aider quelqu'un en recherche d'emploi, prêt à faire rebondir son emploi, sa vie et son itinéraire, nécessite davantage de notre part. Ce plus consiste à se dire que même quelqu'un dans la difficulté a évidemment un projet, des ressources créatives, dynamiques et actives. Notre devoir est de faire en sorte que ce soit financièrement possible, mais qu'en terme d'accompagnement et de parcours, ce soit aussi réalisable.

Je suis profondément convaincu que le social dans notre pays consiste, certes, à aider mais aussi à faire confiance. De ce point de vue le microcrédit social offre bien un modèle.

Merci à tous de le porter chaque jour sur le terrain.


Source http://www.microcreditprofessionnel.fr, le 25 janvier 2010

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