Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre- mer et des collectivités territoriales, à RMC le 28 janvier 2010, notamment sur l'immigration clandestine, le nombre controversé des gardes à vue et le combat contre le trafic de drogue. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre- mer et des collectivités territoriales, à RMC le 28 janvier 2010, notamment sur l'immigration clandestine, le nombre controversé des gardes à vue et le combat contre le trafic de drogue.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales

ti : J.-J. Bourdin.-  Clearstream, regardons l'actualité ensemble : jugement aujourd'hui.  D. de Villepin, victime ou coupable à vos yeux ? 
 
Non, mais moi la question ne se pose pas en ces termes-là. Ce que je  souhaite, comme tout citoyen, c'est que la justice soit rendue, voilà. 
 
Serait-il un bon président de la République, tiens ? 
 
En tout cas il avait indiqué à une époque que ça ne l'intéressait pas, je ne sais  pas s'il a changé d'avis. 
 
Vous pensez qu'il a changé d'avis, là ? 
 
Je n'en sais rien parce qu'à vrai dire j'ai assez peu de contact avec lui, même  si j'ai été dans son Gouvernement comme ministre, à l'époque, des  Collectivités locales. Mais je ne connais pas ses intentions, et je ne suis pas  sûr qu'il souhaite précisément me les confier à titre personnel. 
 
D. Villepin et N. Sarkozy ne s'aiment pas, c'est de notoriété ? 
 
Ce n'est pas dans ces termes-là que ça se pose. 
 
Ils se détestent même... 
 
N. Sarkozy considère à juste titre qu'il a été victime, et donc qu'il aimerait  très légitimement savoir qui précisément l'a transformé en victime. 
 
Vous allez me dire si cette anecdote vous étonne. D. de Villepin raconte,  août 2005, incendie dans un hôtel insalubre du 13ème arrondissement  de Paris, plusieurs morts ; N. Sarkozy, ministre de l'Intérieur, est sur  place. D. de Villepin raconte : "un Malien s'approche de Sarkozy en  pleurant : "Vous avez laissé tuer des enfants !". Sarkozy demande  qu'on vérifie ses papiers ; deux après, le type était à Roissy, repartait  pour le Mali. Selon Villepin, Sarkozy lui a dit avec gourmandise :  "pourquoi je me gênerais ?". 
 
Je ne crois pas du tout à cette anecdote. Ce que je sais, c'est que... 
 
C'est D. de Villepin qui raconte, ce n'est pas moi ! 
 
Ce n'est pas un élément qui, à la fois, encourage à ce que soit caution ou  l'inverse. La réalité ce n'est pas ça, c'est que N. Sarkozy, sur ces sujets et les  questions migratoires, s'est tout simplement rappelé - c'est ce qu'il m'a  demandé de faire quand j'étais ministre de l'Immigration, et c'est ce que fait  E. Besson aujourd'hui - : on ne vient pas sur le territoire français quand on  n'y est pas autorisé, on doit respecter un certain nombre de règles. Et sauf situation particulière, humanitaire, sociale, si on n'est pas en règle, on a  vocation à être reconduit dans son pays d'origine. C'est un principe simple  qui me paraît assez clair et assez honnête. 
 
Alors, les kurdes qui sont arrivés en Corse doivent être renvoyés le plus  vite possible en Syrie ? 
 
Non, il y en a un certain nombre qui ont déposé des demandes d'asile  politique, il faut que ça soit examiné, il y a des procédures... 
 
La loi s'applique. 
 
...il y a des procédures, il y a un tissu associatif qui est assez actif et c'est une  bonne chose : là où il y a des pouvoirs, il doit y avoir des contre-pouvoirs,  mais la loi doit s'appliquer. 
 
800.000 gardés à vue en France en 2009 et non pas 600.000 ? 
 
C'est plus compliqué que ça. 
 
Que s'est-il passé là ? 
 
Il y a en réalité deux types de garde à vue : il y a les gardes à vue pour crimes  et délits, et là le chiffre c'est 588, un peu moins de 600.000. Et puis il y a une  deuxième catégorie de garde à vue, ce sont les gardes à vue pour des délits  routiers. Et ça, on n'a pas encore le chiffre exact.
 
Autour de 200.000, c'est ce que disait votre porte-parole hier, je l'ai  écouté, sur France Info. 
 
On n'a pas les chiffres exacts. On a les chiffres... 
 
Mais autour de 200.000. 
 
Attendons. J'ai demandé à monsieur A. Bauer, qui est président de  l'Observatoire nationale de la délinquance, d'analyser très exactement et de  manière précise cette deuxième catégorie de gardes à vue. Je dis simplement,  pour les crimes et délits, c'est aux alentours de 588.000. 
 
Mais pourquoi ne connaissait-on pas les chiffres concernant les gardés  à vue pour délinquance routière ? 
 
Parce que c'est un mécanisme assez compliqué, recenser le nombre de  gardes à vu pour les délits routiers, notamment parce qu'il y a des remontées  de la gendarmerie et ainsi de suite. Donc, ce que je dis, c'est qu'il est difficile  de connaître le nombre précis, et j'ai demandé au président de l'Observatoire  national de la délinquance de tout mettre en oeuvre pour qu'on ait le détail de  ces gardes à vue pour délits routiers. Mais vous savez ce que c'est que les  gardes à vue pour délits routiers. C'est par exemple... d'ailleurs ça me permet  de rappeler que, les gardes à vue parfois c'est protecteur : vous avez un  automobiliste qui est intercepté, qui a un taux d'alcoolémie très important, on  le met en garde à vue. En réalité, qu'est-ce que c'est en garde à vue ? C'est  une cellule de dégrisement, on ne le laisse pas repartir, donc ce n'est pas  simplement coercitif, c'est aussi un élément de protection, voilà l'exemple de  garde à vue pour des délits routiers. 
 
Mais pourquoi ne connaissait-on pas ces chiffres, parce qu'ils  n'entreraient pas dans les statistiques de la délinquance ou... ? 
 
Parce que c'est une autre catégorie. On ne peut pas mettre sur le même plan  la garde à vue pour des crimes et délits, et la garde à vue pour des délits  routiers. 
 
Les chiffres nous les aurons quand ? 
 
Je souhaite qu'on les ait le plus rapidement possible, parce que... 
 
Parce que la transparence... 
 
Moi je suis totalement favorable à la transparence, je n'ai rien à cacher, tout  doit être connu. Mais encore une fois, le chiffre des gardes à vue pour les  crimes et délits c'est 588.000. 
 
Puisqu'on parle de chiffres, nous avons reçu un nombre considérable  de témoignages de policiers et gendarmes qui nous disent : "nous ne  pouvons plus faire notre travail parce qu'on nous oblige à faire du  chiffre !" 
 
D'abord, oui, ça me permet de dire plusieurs choses. Ça me permet d'abord  de remercier, féliciter tous ceux qui concourent à notre sécurité ; et  naturellement, les policiers et les gendarmes constituent un élément majeur  pour cela. Deuxième élément, je les remercie aussi parce qu'ils ont entendu  cet appel à la mobilisation. Pourquoi y a-t-il eu un appel à la mobilisation ?  Pourquoi quand j'ai pris mes fonctions, j'ai lancé un appel à la mobilisation ?  Tout simplement parce que, après plusieurs années de baisse de la  délinquance, sur les premiers mois de l'année 2008, très exactement, sur les  huit premiers mois, il y avait une tendance légère, mais une tendance réelle à  la dégradation de la délinquance. Et donc sur les huit premiers mois, les  résultats étaient mauvais, et grâce à leur action, grâce à la mobilisation, grâce  aussi à une nouvelle organisation que l'on a mise en place, on a réussi sur les  quatre derniers mois à inverser cette tendance à la hausse, non seulement à la  stabiliser, mais à l'inverser. Ce qui fait que nous allons terminer l'année 2009  avec de nouveau une tendance à la baisse. Ce n'est pas neutre, ça fait sept  années consécutives, depuis que N. Sarkozy était ministre de l'Intérieur et  depuis qu'il a eu des successeurs, sept années consécutives que la  délinquance est à la baisse ; la délinquance générale a encore baissé cette  année d'un peu plus de 1%, légèrement plus que l'année dernière. Donc,  c'est un deuxième élément. Troisième élément, je n'ai absolument pas la  culture du chiffre, j'ai la culture du résultat. 
 
Ca n'est pas ce que disent les officiers. Tiens, je vous lis juste, c'est un  policier qui nous témoigne : "l'important, ce n'est pas de travailler,  c'est de prouver que l'on travaille. On nous transforme en machines à  produire des statistiques tout en nous éloignant de notre vrai métier !".  C'est-à-dire qu'on nous oblige par exemple à aller arrêter un petit  consommateur de shit, pour faire du chiffre, alors qu'on ne va pas  arrêter un gros trafiquant ! 
 
Ca, écoutez, c'est totalement faux ! 
 
Mais ce sont les policiers qui disent ça, ce n'est pas moi ! 
 
Ça c'est vous qui le dites. 
 
Mais non ! Je vous donnerai 20 exemples ! 100 ! 
 
Écoutez, je vais vous en donner un très, très simple, c'est que moi j'avance  avec un principe qui est clair, net, transparent : c'est qu'avec la politique que  je mène à la demande du président de la République et du Premier ministre, il  ne doit y avoir ni de territoire oublié, ni de populations négligées, ni de formes  de délinquance tolérées. Vous prenez l'exemple de la drogue, je le dis très  clairement, le combat que l'on engage, qui est un combat majeur... Vous  savez la drogue ça touche aujourd'hui 40 % des jeunes de 17 ans ! C'est un  chiffre d'affaires hallucinant d'économie souterraine, c'est 2,2 milliards sur  l'année 2009, estimés. Le combat que j'engage contre la drogue c'est un  combat que j'engage contre toutes les formes, c'est-à-dire c'est aussi bien les  grands réseaux, les grands trafiquants, et on enregistre des résultats d'ailleurs  très importants, très spectaculaires dans ce domaine. Et puis en même temps,  c'est aussi le combat contre le dealer. Il n'y a pas, d'un côté les grandes  affaires, de l'autre côté les petites. Je vous dis d'ailleurs... 
 
Mais alors pourquoi est-ce que les policiers et gendarmes ont ce  sentiment ? Pourquoi ils l'expriment ? 
 
D'abord, "les" ! Vous savez il y a 140.000 policiers, il y a 105.000  gendarmes. Vous serez obligés de les compter individuellement... 
 
Les syndicats, les syndicats ! 
 
Les syndicats souhaitent être confortés dans la mission de la police. Et les  syndicats d'ailleurs s'expriment, il y a des élections professionnelles qui ont  lieu d'ailleurs... 
 
Qui se terminent aujourd'hui. 
 
...qui se terminent aujourd'hui, la participation s'annonce importante, ce qui  est un excellent signal. Je souhaite avoir des interlocuteurs qui soient des  interlocuteurs représentatifs. C'est formidable de pouvoir, quand on est  ministre de l'Intérieur, discuter avec des organisations syndicales qui  d'ailleurs récusent toute récupération politicienne. Toutes les organisations  syndicales... 
 
Oublions la politique. Mettons-nous à la place du citoyen... 
 
Eh bien, le citoyen, c'est très simple... 
 
Il a l'intention le citoyen d'être "pourchassé", le citoyen qui n'a rien  ou très peu de chose à se reprocher ! 
 
Le citoyen qui n'a rien à se reprocher, il demande une chose simple : c'est  que la police et la gendarmerie répondent à la mission qui est la leur, c'est-à-dire d'assurer la préoccupation quotidienne. Et là-dessus, vous me citez  l'exemple, mais vous devriez m'accompagner. J'étais il y a quelques jours à  Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, je suis arrivé sur l'esplanade de la gare,  croyez-moi, il y avait des personnes qui étaient là, avec des pancartes : "Nous  voulons de la police !", "nous voulons la présence de l'État" ; c'est d'ailleurs  ce que j'ai fait. Depuis que je suis venu, j'ai pris des décisions immédiates... 
 
"La police n'est pas là parce qu'elle est occupée à autre chose", c'est  pour ça qu'elle n'est pas dans les zones sensibles. 
 
Elle est précisément dans les zones sensibles... 
 
Elle est à Paris, ou ailleurs dans les grandes villes, dans le coeur des  grandes villes. 
 
Eh bien, pas du tout. Je suis très heureux de pouvoir compléter votre  information. Précisément, si on obtient des résultats c'est parce qu'on a mis  en place une nouvelle organisation. Vous prenez l'exemple de Paris et de la  banlieue parisienne, on a mis en place depuis le 14 septembre, ce qu'on  appelle "la police d'agglomération". Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est très  simple : sur la police d'agglomération, autrefois, le délinquant pouvait franchir  le périphérique mais la police parisienne ne pouvait pas franchir le  périphérique. On a mis fin à tout ça. Désormais le délinquant franchit le  périphérique, la police parisienne peut le suivre. On a mis en place la police  d'agglomération, on obtient des résultats spectaculaires, parce qu'aujourd'hui  il y a un commandement unique qui est le préfet de police, M. Gaudin, et  désormais la police parisienne peut aller dans les départements de Seine-  Saint-Denis, du Val-de-Marne, des Hauts-de-Seine et réciproquement. Ca  veut dire qu'il y a maintenant 33.000 hommes sous un commandement  unique et ça donne des résultats, on obtient des résultats ! Est-ce que ça veut  dire que tout est réglé ? Attendez, il faut aussi que je sois totalement honnête.  Est-ce que ça veut dire que tout est réglé ? La réponse est naturellement, non.  Est-ce que les choses se sont améliorées ? La réponse est clairement, oui. 
 
Est-ce que les policiers seront mieux payés dans les mois qui viennent ? 
 
J'imagine que dès le lendemain des élections, les organisations  professionnelles vont remettre un certain nombre de sujets sur la table... 
 
Dont les traitements ? 
 
Moi ma politique est très simple : c'est l'écoute, la concertation, le dialogue. 
 
Mais vous êtes prêt à augmenter les fonctionnaires de police ? 
 
Évidemment, qu'on pourrait... 
 
Plus que l'inflation ? 
 
Moi je discuterai... vous n'êtes pas à ce stade encore le porte-parole des  organisations de police. Je les recevrais. 
 
Non, mais pourquoi pas... 
 
Ils auraient de la chance si c'était vous, naturellement. Mais je les recevrai  naturellement, et il n'y a naturellement aucun sujet tabou, j'évoquerai avec  eux tous les sujets qui les préoccupent. Je dis encore une fois, c'est une  chance pour moi d'avoir des organisations. Grosso modo, le taux de  syndicalisation dans la police c'est de l'ordre de 50 %. C'est-à-dire que les  organisations syndicales sont représentatives. La participation sera entre 83 et  85 %, ça veut dire qu'ils ont une légitimité. Je pense que c'est un atout que  de pouvoir discuter avec des organisations qui sont représentatives.  (.../...) 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 février 2010 

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