Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Inter le 8 février 2010, sur les enjeux et la portée du séminaire gouvernemental organisé à propos de l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Inter le 8 février 2010, sur les enjeux et la portée du séminaire gouvernemental organisé à propos de l'identité nationale.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

Circonstances : Séminaire gouvernemental sur l'identité nationale présidé par le Premier ministre, à l'hôtel Matignon, à Paris le 8 février 2010

ti : N. Demorand.- Invité de France Inter, le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, bonjour E. Besson.
 
Bonjour, N. Demorand.
 
Alors vous allez me dire le contraire, je le sais, mais on a quand même du mal à croire que la rencontre interministérielle sur l'identité nationale tout à l'heure autour de F. Fillon, que cette rencontre n'est pas une forme d'enterrement du débat que vous avez lancé, il y a quelques mois, je me trompe ?
 
C'est-à-dire que je vais vous dire le contraire, mais vous au moins, vous persistez et signez, parce que j'ai entendu l'entame du journal de 8 heures. C'était carrément : "Petit séminaire gouvernemental à huis clos" ; "le Gouvernement rase les murs" ; "au lieu d'un grand colloque, un tout petit séminaire", etc.
 
Avec le président de la République, c'est un grand colloque ?
 
Il faut que je vous dise : dans la tête d'un ministre, si vous lui proposez le choix entre un colloque qu'il peut organiser quand il veut- moi, je peux en organiser trois par semaine des colloques - et un séminaire gouvernemental qui réunit l'ensemble du Gouvernement, sous la présidence du Premier ministre, c'est à coup sûr le séminaire gouvernemental que nous choisissons. Autrement dit, moi, je suis très heureux que le Premier ministre ait associé l'ensemble des membres du Gouvernement. Vous aurez noté qu'il y a eu peu de séminaires gouvernementaux, depuis la création du Gouvernement Fillon, je crois, dans mon souvenir, trois ou quatre pas plus. Donc voilà !
 
Donc c'est une manière de sauver la face, quand même, par rapport à une grande rencontre où le président de la République se serait exprimé à nouveau sur un sujet engageant la dimension symbolique aussi, qui est la sienne ?
 
Est-ce que vous aurez noté avec moi, qu'en trois mois, le président de la République s'est exprimé trois fois sur le sujet : à la Chapelle-en- Vercors dans la Drôme, à Paris début janvier, lors d'un colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme" que j'organisais, et récemment à Notre-Dame-de-Lorette. Un président de la République qui s'exprime trois fois en trois mois sur un sujet, ça ne me paraît pas quelque chose de si fréquent. La deuxième chose, il faut vous rassurer de ce point de vue là, le président de la République s'exprimera de nouveau sur l'identité nationale...
 
Quand ?
 
Puisque c'est dans les journaux, nous nous sommes effectivement vus avec le président de la République et le Premier ministre, il nous a indiqué très clairement, le Président, qu'il s'exprimerait à une date que je ne connais pas et qui lui appartient de fixer.
 
Sous quelle forme ? Dans quel contexte ? Vous le savez ça ?
 
Je ne le sais pas, et puis je le saurais, ça ne serait pas à moi de le dire, mais il se trouve en plus que je ne le sais pas. Mais l'essentiel n'est pas là, les Français ont montré dans ce débat qu'il pensait que l'identité nationale existe, c'est-à-dire que c'est une... nous avons un certain nombre de valeurs, d'éléments culturels, de patrimoine au sens large du terme qui nous lient. Ils disent qu'ils sont attachés farouchement, quand on leur demande quelle est leur première définition de l'identité nationale, ils disent : un équilibre de droits et de devoirs. Ca devrait rassurer tous les républicains : les Français sont et restent de grands républicains. Et ils disent que la République doit tenir toutes ses promesses, c'est-à-dire à la fois cet équilibre de droits et de devoirs. Et pour parler immigration et intégration, parce que la question est venue de façon récurrente, soit positivement, soit en critique, les Français disent qu'ils sont toujours prêts à accueillir des étrangers sur leur sol, ou des étrangers dans la nationalité française à condition qu'on respecte les lois, les coutumes, les traditions françaises. Et de l'autre côté, les jeunes français d'origine étrangère sont beaucoup plus intégrés qu'on ne le croit, ils respectent nos lois, nos valeurs, dont la laïcité, mais ils disent, ce qu'on veut, c'est que la République tienne ses promesses. Que ce soit une République concrète, réelle, et pour aller au bout, que nous luttions davantage contre les discriminations. Cela ne passe pas nécessairement par un arsenal juridique nouveau, mais ça veut dire une volonté politique plus affirmée de lutter contre les discriminations.
 
On ne va pas refaire le débat, comme d'autres font le match, mais est-ce que vous aviez vraiment besoin d'un grand débat pour formuler les quelques idées que vous venez de formuler à l'instant au micro de France Inter ? Très sincèrement, E. Besson ?
 
Très sincèrement, qu'un peuple qui est une famille, qui est une communauté nationale, qui est en évolution, on ne peut pas dire à la fois que la diversité est devenu le nouveau visage de la France et ne pas s'interroger sur les conséquences que nous en tirons dans notre vie quotidienne. Qu'un peuple s'interroge sur ses valeurs, ce qui le lie, sur ce qui va faire qu'il va rester une nation à la fois compétitive et solidaire, ça va avoir une actualité dès cette année ! Quand on va parler de réforme des retraites, est-ce que vous ne pensez pas que c'est la solidarité nationale qui va être en jeu, la capacité de continuer à offrir à nos anciens des retraites d'un bon niveau. Si vous ne parlez jamais de ce qui vous lie, de ce qui vous unit, de ce qui vous rassemble, comment voulez-vous mobiliser un certain nombre d'élans, de générosités, de solidarités ? Donc ça paraît un peu théorique et puis il y aura dès cette après-midi...
 
Alors quoi justement ?
 
Et dans les mois qui viennent un certain nombre de...
 
Concrètement, pratiquement, comment ces idées anciennes tout de même dans la République vont-elles être traduites en nouvelles mesures ?
 
Non, mais pardon de ré-insister. Bien sûr que les idées sont anciennes et vous avez raison, c'est le pacte républicain. La France prétend que les individus et les peuples peuvent s'émanciper en faisait abstraction de leur origine et créer un peuple idéal de citoyens éclairés, rationnels qui prennent leur destin en main. Donc quand vous dites "ce sont des valeurs anciennes", vous avez 1000 fois raison. Mais il faut les confronter au goût du jour : l'exigence de compétitivité et de haut niveau de protection sociale, la défense du service public, l'exception culturelle à la française, vous avez entendu à la Chapelle-en-Vercors, le président de la République dire : le prix unique du livre fait partie de notre identité nationale. Vous imaginez un autre seul chef d'Etat dans le monde pouvoir dire une chose pareille ! Donc oui, vous avez raison, il faut rappeler des principes pour aller ensuite vers des choses très concrètes.
 
Alors dès lors que ce séminaire intergouvernemental, interministériel pardon, gouvernemental interministériel, n'est pas un enterrement, c'est qu'il marque une étape, dans le débat ?
 
Absolument ! C'est une étape.
 
Alors l'étape déjà d'aujourd'hui, c'est quoi ? Qu'est-ce qui va sortir de mesures concrètes, je suis désolé de le redire comme ça, de vos discussions ?
 
D'abord vous comprendrez qu'à partir du moment où le Premier ministre va présider un séminaire et va lui-même à 16 heures 30, je crois, annoncer les mesures, il ne m'appartient pas de le faire le matin.
 
Vous avez une petite idée quand même ?
 
Oui, j'ai une petite idée, encore qu'il y avait des arbitrages encore hier soir, si j'ai bien compris.
 
Alors sur ce qui est arbitré ?
 
Il y aura... d'abord la presse ce matin, dit un certain nombre de choses que je crois vraies. Par exemple, que le ministre de la Défense va proposer une réflexion sur l'évolution des journées d'appel de préparation à la Défense. Oui, c'est vrai. Moi, je vais proposer un certain nombre de choses pour améliorer le contrat d'accueil et d'intégration des étrangers sur notre sol. Je vais proposer que la langue fasse partie des éléments déterminants pour accéder à la nationalité française...
 
Et à l'école ?
 
Je vais proposer ce que j'appellerais un "parrainage républicain", c'est-à-dire que les étrangers qui arrivent légalement sur notre sol se voient proposer, sur une base volontaire, l'appui, l'accompagnement, l'aide à l'insertion, par un certain nombre de nos concitoyens sur une base volontaire. Pour ce qui est de l'école, ça sera au Premier ministre et à L. Chatel d'en parler, c'est un sujet, vous le savez, éminemment sensible, qu'on a essayé d'aborder avec le maximum d'ouverture d'esprit, ce sera au ministre de l'Education nationale...
 
La Marseillaise ?
 
Vous verrez cet après-midi, je suis désolé, je ne peux pas...
 
La Marseillaise, vous pouvez nous le dire, c'est quand même l'hymne nationale ?
 
Sur la Marseillaise, j'ai déjà dit plusieurs fois, oui, je pense que tous nos concitoyens et notamment les plus jeunes d'entre eux, doivent comprendre et connaître les paroles de la Marseillaise et notamment pour une raison qui ne vous a pas échappée, c'est que la formule, la phrase « qu'un sang impur abreuve nos sillons » en 2010, elle n'a rien d'évident. Qu'est-ce qu'il faut expliquer ? Que le sang impur ce n'est pas le sang des étrangers, c'est historiquement le sang de ceux qui voulaient abattre la Révolution française, le sang de ceux qui voulaient mettre fin à notre République. Donc c'est ça qu'il faut expliquer.
 
On a encore beaucoup de questions sur le sujet et les auditeurs de France Inter, aussi, j'imagine, on va y revenir après la « Revue de presse. » Deux questions d'actualité : les migrants de Calais, une centaine d'entre eux, dans un hangar hier, le problème reste donc entier aujourd'hui, E. Besson ?
 
Il demeure, je n'avais jamais dit le contraire, il s'est quand même beaucoup atténué. Il y a 6 mois, il y avait à peu près 1.200 étrangers en situation irrégulière dans le Calaisis, autour de Calais. C'est de l'ordre de 200, chiffre correspondant entre la police et les associations humanitaires qui les aident. Deuxième élément, hier, l'enjeu était tout autre : empêcher la reconstitution « d'un Sangatte » entre guillemets, c'est-à-dire d'un hangar que des militants violents, d'extrême gauche, dits « No Border » puisque c'est le nom de leur association, voulaient voir naître et pérenniser. Et nous avions dit que nous ne laisserions pas faire. Pourquoi ? La France est capable d'héberger ces étrangers en situation irrégulière, nous sommes capables d'offrir de l'hébergement d'urgence. Nous refusons que ce soit à quelques dizaines de mètres du port de Calais, parce qu'ils veulent entrer clandestinement en Angleterre, qui n'en veut pas.
 
On entendait la maire de Calais dans les différents journaux de France Inter, ce matin, demander la dissolution du mouvement des « No Border. » Ne comprenant pas pourquoi ils peuvent encore agir sur le territoire français. Que lui répondez-vous ?
 
Ça mérite examen, ça relève du ministère de l'Intérieur, mais ce n'est pas une façon de me défiler. Simplement, à ma connaissance, les « No Border » n'ont pas d'association structurée en France, c'est une organisation internationale et qui fonctionne de façon rapide, commando, par convocation sur Internet. Donc la dissolution en France, je ne suis pas sûr que ça nous apporte beaucoup, mais il faut lutter contre leurs agissements, parce que non seulement ils sont dans l'illégalité, mais en plus ils sont très souvent violents.
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 février 2009

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