Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 9 février 2010, sur les mesures adoptées à l'issue du séminaire gouvernemental sur l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 9 février 2010, sur les mesures adoptées à l'issue du séminaire gouvernemental sur l'identité nationale.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

Circonstances : Séminaire gouvernemental sur l'identité nationale présidé par le Premier ministre à l'hôtel Matignon, à Paris le 8 février 2010

ti : J.-J. Bourdin.- E. Besson est notre invité ce matin. E. Besson, bonjour. Merci d'être avec nous. (...) Vous êtres soulagé ce matin ?
 
De ?
 
Je ne sais pas...
 
De venir ce matin ici ?
 
Non, non, non ! Réfléchissez...Pourquoi je vous pose cette question : êtes-vous soulagé ?
 
Parce qu'hier, on a passé une étape, qu'il y a eu débat sur l'identité nationale ?
 
Oui.
 
Ce n'est qu'une étape. Si vous demandez à un coureur du Tour de France, s'il est satisfait d'être arrivé à un premier point d'arrivée, la réponse est oui. Mais...
 
Vous êtes soulagé d'avoir accompli la première partie du chemin, si j'ai bien compris ?
 
Ce n'est pas un soulagement parce que ce n'était pas une peine. Discuter de ce qui nous lie, de ce qui fait notre communauté nationale, comment on peut renouveler le pacte républicain, comment on peut faire que, tous les Français, quelle que soit leur origine, se sentent français, avec cet équilibre de droits et de devoirs qui nous caractérisent, ça ne peut pas être une peine. Parfois j'ai pu être attristé des caricatures ou des accusations de stigmatisation qui n'avaient pas lieu d'être. Mais sur le fond : est-ce que c'est juste, est-ce que c'est républicain, est-ce que, si on veut bâtir une France forte et solidaire, compétitive et solidaire, on a besoin de parler, de se parler, de ce qui nous lie, ce que sont nos valeurs ? Bien sûr que je persiste et signe, je pense que c'est indispensable.
 
Clemenceau disait, sous la IIIème  République : "pour enterrer un mauvais débat, on crée une commission". Une commission va être mise en place, de personnalités chargées d'approfondir le débat. Ce débat n'était pas suffisamment profond ?
 
 Citation pour citation, on peut dire qu'"en France, on s'auto flagelle toujours". Lorsque je le lance seul, on dit ; "il aurait dû s'entourer d'une commission". Lorsque je dis...
 
Vous regrettez...
 
...pour la suite du débat, je vais faire appel à des intellectuels, des politologues, des sociologues, avec lesquels j'ai travaillé, que je n'ai pas officiellement associés, mais avec lesquels j'ai travaillé, j'allais dire, dans l'ombre...
 
Vous regrettez de ne pas les avoir associés avant, publiquement ?
 
J'ai compris une chose, en politique, tout péché semi avoué est dix fois reproché. Ce n'est pas comme dans les Evangiles.
 
Ce n'est pas pardonné.
 
Donc, puisque le choix doit être binaire, tout assumer ou regretter, j'assume tout, je ne regrette rien, le politique doit assumer tout ce qu'il a fait.
 
Vous ne regrettez rien de ce débat ?
 
Si, je vous l'ai dit il y a un instant, je regrette un certain nombre de dérapages ; je regrette un certain nombre de caricatures ; et je regrette, parce que ça a été blessant pour un certain nombre de personnes, qu'on ait suggéré que ce débat, qui est fait pour rassembler, pour unir, ait pu vouloir montrer du doigt telle ou telle personne - français d'origine étrangère, musulman, etc., etc. Ce débat est conçu, je n'en parle pas au passé parce que l'avenir est toujours devant nous. Il va y avoir un prochain séminaire gouvernemental, le Premier ministre l'a annoncé hier, ce n'est pas fini. Et avec cette commission, je vais mettre en oeuvre les mesures que nous avons arrêtées hier, et le président de la République, il faut rassurer tous ceux qui craignent qu'il n'en parle plus, le président de la République va se ré-exprimer sur ces sujets...
 
Il en parlera après les régionales...
 
Vraisemblablement, puisque le Premier ministre a parlé d'avril. Il m'a demandé que nous en parlions tout le long de son mandat.
 
Combien a coûté ce débat jusque-là, puisque nous sommes en rapport d'étape, ça a coûté combien ce débat ?
 
Le débat ?
 
Oui, vous l'avez chiffré ?
 
Je ne l'ai pas fait, mais je pourrais le faire très rapidement, si vous me permettez...
 
Les réunions dans les préfectures, les...
 
En rapport qualité-prix, c'est probablement le débat le moins coûteux qui ait jamais été organisé puisque mon ministère, c'était simple, ça a été un site Internet - je le dis pour les téléspectateurs et auditeurs -, "débat identité nationale.fr", qui garde toute son actualité. Et par ailleurs, il y a eu un certain nombre de réunions, aucune campagne de communication. La communication a été faite par les télévisions, les radios, les journaux, pas de campagne de communication.
 
Des mesures : mettre des drapeaux à l'entrée des écoles, c'est souvent le cas ça, c'est une mesure symbolique ; dans chaque classe, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, c'est ça... Comment physiquement dans chaque classe et...On va lire cette Déclaration, on va l'étudier... ?
 
C'est L. Chatel, le ministre de l'Education...Non, elle doit être simplement affichée. Vous avez raison, il y a des mesures symboliques. J'entends que, de temps en temps, fait sourire ! La République a besoin de symboles. Si on veut fabriquer, si je puis dire, des citoyens éclairés, rationnels, comme le veut le bon vieux projet républicain, il faut bien dire, dès le début à nos enfants, ce que sont les droits et les devoirs. Dans le débat, les Français plébiscitent le respect, l'autorité, le civisme, la politesse. Cela a l'air suranné comme valeurs, la politesse...Se respecter mutuellement, voilà ce que demande le peuple français. Cela commence très vite et ça commence à l'école. Il y a d'autres mesures extrêmement concrètes, mais les mesures symboliques, il faut les assumer...
 
Carnet du jeune citoyen, renforcement de l'éducation civique à l'école"...
 
Ça, c'est toujours dans le symbole, absolument.
 
Renforcement du contrat d'accueil et d'intégration pour les étrangers... Oui. Et puis, il y a une mesure qui est en discussion, qui n'a pas été adoptée, mais je sais qu'elle est discutée, vous allez confirmer ou infirmer : "après chaque contrôle de police, remise d'un récépissé prouvant que l'on vient d'être contrôlé".
 
Oui, c'est une mesure qui a été proposée par le Haut Conseil à l'intégration, pour ce que l'on appelle "les contrôles de police à répétition".
 
Les faciès...
 
Non, pas nécessairement, les policiers vous diront...
 
 Pas nécessairement ?
 
 
...qu'il n'y a pas de contrôles au faciès. Je sais que c'est discuté par un certain nombre d'associations, mais la police peut avoir des contrôles dits "à répétition". Et donc, il y a une proposition du HCI, qui est de dire : il faut donner "un bordereau". Elle a été, cette mesure, mise à l'étude dans le cadre de ce projet, et le ministre de l'Intérieur a dit qu'elle était "a minima prématurée". Qu'il voulait...
 
Vous y êtes favorable, vous, à titre personnel ?
 
A titre personnel, je pense que ce pourrait être une bonne solution, mais je ne suis pas ministre de l'Intérieur, et à partir du moment...
 
Ça, je sais...
 
...Oui, mais c'est important...
 
Que chacun ait sa responsabilité à titre personnel, vous dites ?
 
Le ministre de l'Intérieur dit qu'il veut en parler, d'abord avec les principaux intéressés, les syndicats de police, et puis il a créé une commission à laquelle appartient F. Amara et quelques autres membres du Gouvernement, avec lesquels ils vont en discuter. Donc, la position aujourd'hui, c'est non, parce que B. Hortefeux dit que c'était "prématuré", mais c'est ouvert pour l'avenir.
 
Et vous, à titre personnel, vous dites oui ou non ?
 
À titre personnel, je vous ai déjà répondu. Je pense que ce serait bien, pour montrer que la police française est républicaine, ce que je crois qu'elle est. Mais il faut dire aussi les choses, la police française est confrontée à des contradictions. On lui demande de rétablir l'ordre, et notamment dans les quartiers sensibles, de lutter contre les trafics, les violences, etc., etc. Et lorsqu'elle fait un certain nombre de contrôles...
 
On lui demande de faire du chiffre aussi...
 
Mais le chiffre, si c'est un tableau de bord de la baisse de la délinquance, je ne reprocherais pas à un ministre de l'Intérieur d'avoir un tableau de bord, tout dépend de...Est-ce que le chiffre est artificiel ou il correspond à ce que veulent les Français ? Et la lutte contre l'insécurité, ça fait partir des fondamentaux de l'Etat, bien sûr.
 
L'Italie, qui instaure "un titre de séjour à points pour les immigrés". On pourrait faire la même chose en France ou pas ?
 
Oui, tout dépend comment c'est fait et dans quel état...
 
Donc, vous êtes assez favorable à l'idée ?
 
Oui, je l'avais dans un petit livre que j'ai écrit, "Pour la Nation", qui est sorti en janvier, je l'avais dit par anticipation. Pourquoi ? Parce que, aujourd'hui, si un étranger sur notre sol ne respecte pas un certain nombre d'engagements, la seule sanction, c'est le non renouvellement. Mais comme c'est un peu un canon pour tuer une mouche, si vous me permettez l'expression, c'est-à-dire, que les sanctions sont disproportionnées, en fait, ça n'est jamais appliqué. Donc, l'idée de grader, d'avoir des incitations, l'étranger suit les cours de langue, suit les cours sur les valeurs de la République, etc. Il doit être encouragé, incité. A contrario, il ne fait pas, il doit y avoir des incitations. Donc, la formule "à points" n'a pas été retenue, parce que ça faisait penser au permis de conduire, l'automobiliste, etc. Mais sur le principe, je crois que c'est sain, toujours cet équilibre entre les droits et les devoirs.
 
On va demander aux auditeurs de RMC ce qu'ils pensent de tout ça, avec leurs questions, M. Belliard.
 
M. Belliard : Des questions qui arrivent nombreuses, via RMC.fr.Thomas, en Saône-et-Loire : "on arrive à la fin du débat sur l'identité nationale, après toutes les polémiques et dégâts que ça a occasionné, écrit-il, est-ce que au moins vous êtes en mesure aujourd'hui de répondre à la question : "qu'est-ce qu'être français ?"
 
Je ne voulais surtout pas répondre à la question "qu'est-ce qu'être français" parce que ce n'est pas au Gouvernement et au ministre en charge de l'Identité nationale de le dire. Je ne voulais surtout pas répondre à la question "qu'est-ce qu'être français ?" parce que ce n'est pas au Gouvernement et au ministre en charge de l'Identité nationale de le dire. Ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est ce que disent les Français d'eux-mêmes, de leurs valeurs. Je vous ai dit, équilibre de droits et de devoirs. J'ajoute une contribution : les Français se livrent comme un peuple de culture - attachement farouche à notre culture, à notre langue - et un peuple de producteurs. Le plébiscite, il est pour l'industrie et pour l'agriculture. Dans des proportions que je n'avais jamais imaginées. C'est un peuple qui aime ce qui est concret ce qui est produit.
 
Et des agriculteurs qui ne peuvent plus vivre ? C'est un autre débat, vous n'êtes pas ministre de l'Agriculture...
 
Je ne suis pas ministre de l'Agriculture mais les agriculteurs sont aidés. Lorsque il s'agit d'aller négocier avec nos partenaires de l'Union européenne. C'est la France qui est systématiquement en pointe. Et je crois savoir que le président de la République, aujourd'hui même, va en reparler.
 
On va parler de l'espace rural aujourd'hui avec le président de la République... Autre question d'un auditeur : quel est votre bilan aujourd'hui au développement solidaire ?
 
Le bilan, il est simple : mon prédécesseur a signé plusieurs accords avec des pays d'émigration, qui sont pour nous des pays d'immigration. J'en ai moi-même signés et nous développons des projets qui créent des emplois, des entreprises dans les pays de départ. Donc aujourd'hui, une dizaine. Ce sont des projets qui rendent service c'est vrai au Sénégal, c'est vrai au Mali, c'est vrai en Tunisie, c'est vrai sur les îles du Cap vert, au Cameroun, etc. Je pourrais multiplier la liste. Ce sont des projets très concrets qui créent de l'activité et qui sont extrêmement bien reçus par les pays de départ. (...)
 
Et l'idée d'Adjani, la jupe contre la burqa, cela vous parait folklorique ? Elle a déclaré, il faut défiler, il faut mettre une jupe...
 
Je ne connaissais pas l'expression, je la découvre. Mais comme tous les Français, j'ai tellement d'admiration et d'affection pour I. Adjani que je pense qu'elle pourrait dire n'importe quoi, je serais d'accord !
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 février 2010

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