Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à La Chaîne Info le 9 mars 2010, sur la régularisation de travailleurs sans papiers et d'immigrées victimes de violences familiales, la lutte contre l'immigration clandestine et sur les élections régionales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à La Chaîne Info le 9 mars 2010, sur la régularisation de travailleurs sans papiers et d'immigrées victimes de violences familiales, la lutte contre l'immigration clandestine et sur les élections régionales.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : C. Barbier.- Non lieu général dans l'affaire du financement du Parti Républicain, après 15 ans d'enquête ! Ubuesque, non !
 
Je ne sais pas si c'est « ubuesque ». Long, très long. Je pense ce matin à G. Longuet, ça aura quand même touché sa carrière, son être, je pense qu'il en a été blessé, c'est vrai que c'est très long. Par la suite, quelles conclusions en tirer au plan opérationnel ? Je ne sais pas, mais vous avez raison, dans une démocratie, ça n'est pas acceptable !
 
Ça met de l'eau au moulin de ceux qui veulent supprimer le juge d'instruction ?
 
Non, je pense qu'il faut distinguer les choses, mais ça veut dire qu'effectivement nos procédures ont longtemps été beaucoup trop longues.
 
Najlae Lhimer, Sans-papiers, expulsée après être venue se plaindre de violences familiales pourra revenir en France, a promis le président de la République hier. Est-ce que vous approuvez cette mansuétude ?
 
Evidemment, c'est un geste humanitaire. Vous savez, il y a une contradiction dans ces cas-là toujours entre la loi, et la loi ne disait pas qu'elle pouvait rester en France, et c'est à bon droit que le préfet en la circonstance l'avait éloignée. Et en même temps, le président de la République, qui savait qu'une enquête était en cours - moi j'étais en contact avec le procureur de la République, qui avait décidé de mener une enquête sur les violences supposées, c'est d'ailleurs très contrasté comme tableau. Hier, le président de la République a dit : voilà, je n'ai pas besoin d'attendre la fin de l'enquête, les éléments dont je dispose sont suffisants, je fais un geste humain, humanitaire, je veux qu'elle revienne en France si elle le souhaite. Elle a dit depuis qu'elle le souhaitait, qu'elle allait demander un visa. On va donc, je vais donc le lui accorder.
 
Etes-vous favorable à un moratoire sur les expulsions de toutes les femmes en situation irrégulière, mais victimes de violences ?
 
D'abord, sans moratoire, il va y avoir une loi, puisque vous savez qu'il y a une proposition de loi qui a été adoptée en première lecture jeudi après-midi à l'Assemblée, qui sera discutée prochainement au Sénat, et qui a encadré le cadre dans lequel effectivement la France, fidèle à sa tradition républicaine d'accueil, va être encore plus généreuse qu'elle ne l'est. Elle l'est déjà beaucoup ; nous accueillons beaucoup de femmes, notamment au titre de l'asile, des réfugiées politiques sont très nombreuses en France et moi-même j'accorde un certain nombre ... assez nombreux d'ailleurs, de régularisations pour cause humanitaire, donc, ça n'est pas une jurisprudence nouvelle, simplement ça peut être une inflexion pour plus de générosité encore.
 
Une bonne partie des Kurdes débarqués en France le 22 janvier a disparu dans la nature. Est-ce normal ?
 
Ce sont les conséquences de la législation, c'est ce que j'avais dit. Notre législation ne nous permet pas aujourd'hui de traiter convenablement des personnes qui arrivent de façon inopinée, brutale, nombreuses, 100 ou 150 personnes, sur nos côtes, comme ça a été le cas. C'est pourquoi, dans le projet de loi que je vais présenter en Conseil des ministres avant la fin du mois, de transposition, comme on dit, des directives européennes, je vais créer une législation nouvelle adaptée à ce type de situation. Effectivement, ils sont libres, dans ce qu'on appelle l'espace Schengen, c'est-à-dire l'espace de libre circulation à l'intérieur de l'Union européenne.
 
Vous comptez sur les renforcements de Frontex, c'est l'organisme européen qui lutte contre l'immigration clandestine, dans cette lutte-ci. Est-ce que ce sera opérationnel avant l'été, le nouveau Frontex ?
 
Je l'espère, non seulement je compte, mais c'est la France qui a été à l'initiative, le président de la République, moi-même, c'est la France qui a porté en permanence cette exigence. Il faut que les Français se rendent compte de quelque chose de simple : aujourd'hui, les frontières de la France sont elles sont à Malte, à Chypre, en Grèce, en Italie, ce fabuleux espace de libre circulation, l'espace Schengen. Ça a des contraintes : c'est qu'il faut protéger mieux nos frontières à l'extérieur. Le message est simple : on entre en Europe légalement, on entre avec des documents, des titres de séjour ; la France et l'Europe sont ouvertes et généreuses, mais il y a une limite, on entre légalement, c'est d'ailleurs la meilleure façon de réussir l'intégration.
 
C'est Frontex à terme qui devrait gérer les charters d'expulsés. Est-ce que vous n'êtes pas en train de vous défausser ?
 
Pas les charters, c'est ce qu'on appelle "les retours forcés", c'est-à-dire...
 
Un mot pour un autre !
 
Non, non, ce n'est pas un mot pour un autre. Un charter théoriquement c'est...vous partez pour du tourisme à bas prix, ce n'est pas franchement la situation. Mais n'épiloguons pas sur les mots, ça n'a pas d'importance. Oui, effectivement, puisque l'Union européenne a la même politique, je mène la même politique que les travaillistes anglais, que les socialistes espagnols, nous sommes sur un certain nombre de points communs qui ont été négociés sous présidence française par mon prédécesseur. Et donc, quand il y a des retours forcés, oui nous voulons ce qu'on appelle des vols groupés.
 
Les politiques auront les mains propres, c'est l'administration obscure de l'Europe qui s'en chargera.
 
Non, non, non ! Parce que c'est nous qui prendrons la responsabilité de dire : « telle personne doit être reconduite dans son pays d'origine ». Simplement, sur le plan logistique matériel, c'est l'Union européenne qui assurera les vols retours.
 
Les sans-papiers qui travaillent seront-ils bientôt régularisés ? Patrons et syndicats sont tombés d'accord sur un texte.
 
Ils sont tombés d'accord pour dire à l'Etat : voilà comment on devrait faire. Sauf que l'Etat, moi-même, nous avons déjà fait, puisqu'il y a une circulaire que j'ai signée à l'automne, et qui précise ce qu'est l'article 40 de la loi de novembre 2007, qui dit : oui, on peut être régularisé par le travail, à un certain nombre de conditions. Donc, là, patronat et syndicats souhaitent une inflexion. On va la regarder, on va l'étudier, on va appréhender cela de façon ouverte. Il ne suffit pas que patronat et syndicats disent « voilà comment il faut faire » pour que l'Etat instantanément entérine, mais on va le regarder avec la plus grande bienveillance.
 
Les thèses lepénistes ont reculé dans l'opinion, mais les intentions de vote en faveur du FN ont tendance à se redresser à l'occasion de ces régionales. Est-ce que ce n'est pas dû quand même un peu au débat sur l'identité nationale que vous avez lancé, le FN a remobilisé sers troupes autour de ce débat ?
 
D'abord, que les thèses lepénistes soient en recul, c'est une grande satisfaction pour les démocrates et les républicains en France. Ca veut dire concrètement que les idées racistes, xénophobes, sont en train de reculer dans notre pays. Et je maintiens qu'on le doit à N. Sarkozy qui s'est réapproprié dans le cycle de 2007, un certain nombre de thèmes : la nation, la sécurité, la régulation de l'immigration, qui avaient été trop longtemps abandonnées.
 
Mais le vote FN repart.
 
Attendez, attendez ! Moi ce que je lis des sondages, ça peut être vrai à tel ou tel endroit, où il y a des traditions, par exemple en PACA etc. Sur le vote national, rien n'indique, contrairement à ce qui était suggéré depuis six mois, une montée du Front national.
 
Faut-il interdire, en PACA justement, l'affiche du FN représentant une femme en niqab sur fond de France aux couleurs de l'Algérie ?
 
Je ne sais pas, je ne l'ai pas vue. Le FN est toujours dans l'outrance, la grossièreté. Est-ce que ça relève du droit et donc de l'interdiction ? Je ne sais pas et je n'ai pas envie de parler à brûle-pourpoint.
 
Selon les sondages tout de même, une déroute attend l'UMP aux régionales. Est-ce que la stratégie de la liste unique n'était pas une erreur ? Est-ce qu'il n'aurait pas fallu d'autres listes de la majorité, Nouveau Centre, peut-être votre courant pour accompagner...
 
Je sais que vous êtes plus connaisseur encore que moi de football. Ne jouez pas le match avant, attendez la partie. Selon les mêmes sondages, vous avez à peu près 50 % d'électeurs, qui disent n'avoir pas choisi, ou n'avoir pas l'intention de se déplacer. Songez que si cette semaine, ce que nous cherchons à faire, nous mobilisons l'électorat de la majorité présidentielle, notamment celui qui avait voté pour N. Sarkozy en 2007, en disant : refusez ce qui vous est proposé, c'est-à-dire, des contrepouvoirs - ce qui est pour des républicains profondément choquant -, des contre-pouvoirs socialistes. Et la traduction concrète on la connaît. Dans la région Rhône-Alpes, je peux vous dire que, quand on parle nucléaire, les socialistes et les Verts sont en désaccord complet. Lorsqu'on parle TGV, lorsque je demande avec d'autres élus une gare à Allan, c'est-à-dire sur la ligne directe du TGV près de Montélimar, les Verts la refusent, alors que...
 
Et vous, vous n'avez pas de réserves de voix, pas d'alliés ?
 
On verra, on verra, il y a des dynamiques qui peuvent naître lorsque vous êtes cohérent. On verra ce que seront les alliances PS-Verts qui, sur l'essentiel sont en désaccord sur tout.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 mars 2010

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