Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à Europe 1 le 25 mars 2010, sur le climat politique au sein de la majorité et le report de la taxe carbone. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à Europe 1 le 25 mars 2010, sur le climat politique au sein de la majorité et le report de la taxe carbone.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat; FRANCE. Parti radical, président;

ti : J.-P. Elkabbach.- La presse le raconte en détail : à la demande de N. Sarkozy, F. Fillon devait s'exprimer sur TF1, puis à la demande du chef de l'Etat, il a dû y renoncer. Les confidences se multiplient sur une nouvelle phase de tension entre les deux têtes de l'exécutif. Est-ce qu'on peut longtemps gouverner un pays nerveux dans le climat glacial de la Sibérie ?
 
Je ne sais pas où est le climat glacial et je ne sais pas, et moi je ne vais pas commenter les rumeurs ou les... Je vois fonctionner l'exécutif, parfaitement, normalement. Hier encore, en Conseil des ministres. Donc, très sincèrement, je ne vois pas où est le sujet.
 
Vous n'avez rien vu, rien remarqué ?
 
Rien entendu, chef !
 
Il n'y a pas d'agacement dans l'air ?
 
Non, mais qu'il y ait un peu de tension au lendemain d'élections qui n'ont pas été un franc succès, c'est rien que de très normal. Mais ce que je crois surtout dans tout ça, je vais vous faire une confidence, en réalité, je crois que l'UMP est victime de la disparition au moins provisoire de F. Bayrou. En réalité, sur le champ politique, il y avait, il y a toujours eu, une droite plutôt bonapartiste, centralisatrice, assez classique. Il y a toujours eu... voilà, les girondins, l'UDF. L'UDF c'était le regroupement des radicaux - vous savez que j'aime les radicaux et pour cause - les démocrates-chrétiens, les sociaux-démocrates, ou d'une certaine manière les écologistes aujourd'hui. Et c'est cette disparition qui pose un problème aujourd'hui à la majorité présidentielle.
 
C'est-à-dire, qu'il faut recréer l'UDF ?
 
Je pense que, d'une manière ou d'une autre, il faut regrouper, oui, ces centristes, ces sociaux-démocrates qui ne sont pas forcément d'accord pour une alliance très à gauche avec les communistes... enfin, il y a des gens de gauche, les écologistes évidemment. Il faut, d'une manière ou d'une autre, qu'il y ait un projet de société partagé, qu'il y ait une vision commune, qu'il y ait même une organisation peut-être. Enfin, en tous les cas, le débat me semble être posé.
 
Le président du Parti radical dit ce matin : il y a l'UMP et il faudrait faire renaître quelque chose comme une UDF, rassemblant...
 
Le président du Parti radical vous dit clairement : on n'a pas bien vu qu'au fond la provisoire disparition de Bayrou, qui fixait un électorat, pose autant de problèmes à l'UMP qu'à Bayrou.
 
Mais alors, est-ce que n'est pas D. de Villepin qui crée aujourd'hui, ou qui annonce aujourd'hui la création de son Parti, qui peut prendre cet espace-là ? Je sais bien que M. Alliot-Marie dit : "Il parle plus de Napoléon que de de Gaulle", mais elle n'est pas inquiète. Et vous ?
 
Non, mais ce n'est pas un problème d'écuries. J'ai été ministre de D. de Villepin, j'ai même été ministre au moment du CPE, donc je connais bien. Ce n'est pas un problème de personnes. La question est de savoir si les sensibilités, c'est-à-dire des gens qui ont un regard sur la société, qui considèrent que les ressources humaines du pays sont plus importantes que des mesures qui viennent d'en haut ; qui considèrent que la concertation est un mode de management supérieur à la décision imposée ; qui considèrent que, voilà... la décentralisation est un acte majeur...
 
Oui et alors ?
 
...qui sont européens, qui sont écologistes, est-ce qu'ils sont capables, nous sommes capables, de bâtir un projet de société ? Il s'agit de familles politiques très ancrées dans l'histoire de notre pays.
 
Encore un mot sur la politique : J.-F. Copé réunit les députés UMP pour ce qu'il appelle "un pacte républicain". Est-ce que nous restons dans les institutions de la Vème République ? Qui commande : l'Elysée, le Parlement, le Président de la République, ou les députés UMP aujourd'hui ?
 
Non, il n'y a pas un député UMP qui remet en cause l'élection présidentielle du président Sarkozy. Je n'en ai jamais entendu le faire...
 
Même ceux qui acclament debout le Premier ministre ? Peut-être pour montrer qu'ils s'opposent à quelqu'un d'autre que...
 
Non, le Premier ministre est extrêmement présent au Parlement, très proche des parlementaires, c'est lui qui est au Parlement ce n'est pas le Président dans la Vème République. Donc, il est tout à fait normal et légitime qu'il y ait une plus grande proximité. Et je crois que le Président va les recevoir mercredi, enfin il n'y a pas...
 
La presse interprète l'intervention d'hier du président de la République en disant "c'est à droite toute !".
 
C'est pour ça que je vous disais que la disparition de F. Bayrou nous pose un problème, et il faut intellectuellement et de manière organisationnelle qu'on réponde à cette question. Il est parfaitement clair que le Président souhaite re-clarifier un certain nombre de points. Alors, est-ce que c'est à droite ? Je ne sais pas. La sécurité est quelque chose de populaire. Je vous rappelle que la gauche a un peu perdu des repères sur la sécurité, donc... Mais c'est vrai.
 
Justement, dans Libération, C. Jouanno accuse ceux qui ont planté la taxe carbone : « les céréaliers intensifs, dit-elle, et le Medef ». Est-ce qu'elle a tort ?
 
Non, mais...
 
Non, non, mais...
 
Si je peux vous répondre, je le fais volontiers. Chantal est sous la déception, ce que je comprends.
 
Elle a dit être « désespérée ». Mais aujourd'hui, elle a l'air de mettre une posture de combat de karatéka kata.
 
D'abord, est-ce que je pourrais dire juste quelque chose de strictement, les faits tout simplement. Je rappelle que la taxe carbone portée par le Président, portée par l'UMP a été votée par l'UMP. Alors, tous ceux qui aujourd'hui critiquent, qui l'ont caricaturée, critiquée depuis l'Université d'été de la Rochelle, je suis un peu stupéfait !
 
Ca c'est le PS.
 
Ca été caricaturé. Deuxième observation : c'est que le Conseil constitutionnel, excusez-moi d'être factuel, nous dit : les sites industriels ( ?) qui sont sous quotas européens, il faut en gros que vous avanciez de 2 ans. Il nous faut un accord européen. Je suis allé à Bruxelles demander la dérogation. Et Bruxelles nous dit : il va y avoir une directive d'ici la fin de l'année sur ça, énergie carbone et un débat sur la taxe aux frontières. Attendez ce débat, ne faites pas la dérogation. Point final. On en est là. Maintenant, je vais vous dire quelque chose qui me tient vraiment tout à fait au fond. Vous savez, ce qui m'inquiète, la planète. Nos enjeux écologiques méritent une forme de consensus. Voilà. On n'y arrivera pas les uns contre les autres, en dressant les syndicalistes contre les entreprises, en dressant...
 
Mais vous voyez, ça ne marche pas.
 
Attendez ! Il faudra revenir à la magie du Grenelle. Il faut dépolitiser en partie ce sujet-là. Moi, je continue à faire ce rêve. Et j'appelle tout le monde à se ressaisir. L'écologie n'est pas un replâtrage de telle ou telle formation politique.
 
Mais est-ce que ça reste pour vous une priorité ?
 
Mais c'est majeur le Grenelle de l'environnement. On revient le 6 mai avec les normes sur les bâtiments, les bilans carbone...
 
Mais on a l'impression que le Grenelle s'il est pas mort, il est sacrément blessé.
 
Mais non, mais non, monsieur Elkabbach ! Il n'y a pas un pays en Europe, pas un, pas un Président, pas un chef d'Etat et de gouvernement, qui a proposé, porté de manière démocratique autant de mesures dans autant de secteurs.
 
J.L Borloo, vous n'avez pas répondu à la question sur C. Jouanno, qui met en cause les céréaliers et le Medef. Est-ce que ça veut dire qu'elle a raison et qu'il vaut mieux passer à autre chose ?
 
Mais non, mais attendez ! Chantal elle est extrêmement déçue.
 
Est-ce qu'aujourd'hui on ne privilégie pas la compétitivité au développement durable ?
 
Non, non, non. Chantal est déçue, et je la comprends. Vous savez, on est au bureau l'un à côté de l'autre. Mais c'est plus le sentiment général que l'écologie est un peu pris en otage, pris en otage par la petite politique, pris en otage par, c'est vrai parfois, un certain nombre de lobbies. Il faut revenir à la magie de Grenelle, voilà.
 
Oui, par des lobbies... Donc elle n'a pas tort.
 
Mais je dis par la petite politique aussi.
 
Et vous avez dit que le Grenelle n'était pas mort et vous donnez tort à D. Cohn-Bendit qui disait hier à Marc-Olivier : vous et Chantal, vous allez aller à la pêche. Non ? Vous n'êtes pas en chômage partiel ?
 
Il y a combien ? Il y a 150 articles de loi dans le Grenelle ; on dit le 2 mais c'est au fond le 3, à partir du 6 mai. Mais monsieur Elkabbach, quand vous allez faire des économies chez vous, vous allez bien le faire grâce au Grenelle, avec les exonérations fiscales ! Si vous achetez une voiture, j'espère avec le bonus écologique, c'est bien le Grenelle. On lance un appel d'offre, là, pour les tramways, pour augmenter les tramways, et les voitures électriques. C'est bien le Grenelle. Enfin !
 
Merci J.-L Borloo.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 mars 2010

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