Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, à RTL le 29 mars 2010, sur le report sine die du projet de taxe carbone. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, à RTL le 29 mars 2010, sur le report sine die du projet de taxe carbone.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, N. Kosciusko-Morizet.
 
Bonjour, J.-M. Apathie.
 
Vous êtes aussi, je le rappelais secrétaire générale adjointe de l'UMP, l'UMP qui a l'air groggy après la défaite des élections régionales...
 
Eh bien on a connu des dimanche soirs plus faciles que celui d'il y a une semaine.
 
Ca fait une semaine que cela est passé, on a l'impression que la digestion reste difficile.
 
Au contraire, je crois qu'on est en train de tout faire...
 
Au contraire !? Bon...
 
Mais attendez ! Justement, c'est parce qu'on prend la mesure de ce que nous ont dit les Français, et on prend le temps d'analyser, de faire ce travail. Cet après-midi, les parlementaires se réunissent pour faire ce travail. On fait les choses sérieusement et on fait les choses sérieusement pour rendre les deux années qui viennent les plus utiles possible pour la France et pour les Français.
 
Alors, les parlementaires parlent beaucoup effectivement de cette réunion qui aura lieu cet après-midi, députés, sénateurs UMP. G. Longuet, président du groupe UMP au Sénat - Le Parisien - demandait hier : "Faut-il abandonner la taxe carbone ?" Réponse : "Totalement, la taxe carbone, c'est comme les 35 heures, c'est s'attacher les pieds pour être sûr de courir moins vite". Alors vous qui avez été secrétaire d'Etat à l'Ecologie dans ce gouvernement, vous dîtes quoi quand vous entendez ça ?
 
 Moi, je crois à la fiscalité environnementale. On a, dans le Grenelle de l'Environnement, déjà mis en oeuvre un certain nombre de mesures de fiscalité environnementale qui ont été bien comprises pour la plupart d'entre elles. Je pense par exemple au bonus-malus sur les voitures, ou au crédit d'impôt sur tous les équipements en énergie renouvelable dans la maison. Et puis il y en a eu une sur laquelle, je pense qu'on a été moins bon sur l'explication, on n'a pas réussi à faire comprendre que cette taxe carbone, c'était en fait un bonus-malus sur le carbone. J'ajoute que la conférence de Copenhague, son échec, et la crise ne nous ont pas aidé. Mais je pense qu'un jour, et dans un cadre européen, il faudra remettre la chose sur le métier. Parce que derrière, il y a une idée intelligente...
 
Vous n'avez pas réussi à le faire comprendre aux parlementaires de l'UMP, c'est ça qui est troublant.
 
Non ce n'est pas seulement une question de parlementaires. On n'a pas réussi à le partager avec les Français. Attendez !
 
Non, d'accord avec les Français peut-être, mais G. Longuet nous dit : "La taxe carbone, c'est comme les 35 heures". Donc, si lui il vous dit ça, ce ne sont pas les Français qui vont comprendre.
 
G. Longuet n'a jamais été le plus grand écologiste de l'UMP. Ce n'est pas un scoop.
 
Mais il dirige le groupe UMP au Sénat...
 
Mais surtout, ce n'est pas le problème de tel ou tel parlementaire ou de tous les parlementaires. C'est quelque chose qu'objectivement on n'a pas réussi à partager avec les Français. Le bonus-malus sur les voitures, qui était exactement dans le même cadre, celui du Grenelle, on a réussi à le partager. Or la fiscalité environnementale c'est la fiscalité incitative. Ca sert à évoluer les comportements. Si on ne réussit pas à partager le projet, si tout le monde d'emblée le rejette, on ne peut pas aller très loin. Et là dessus, je trouve qu'il y a une très grande hypocrisie à gauche, parce qu'on voit aujourd'hui verser des larmes de crocodile devant la taxe carbone. Des hommes et des femmes de gauche, du Parti socialiste et des Verts, qui n'ont rien fait pour la défendre. Et j'aurais aimé que beaucoup des voix qui s'élèvent aujourd'hui, on les entende à l'automne quand la taxe carbone, on en parlait dans l'hémicycle, ça aurait été plus utile.
 
Mais comment dire aux Français que c'est une taxe importante, si les parlementaires de votre propre parti, disent "surtout la taxe carbone, on n'en veut pas", et son enterrement est une bonne nouvelle ?
 
Ben en ce moment, on n'y arrive pas tout simplement. Moi je crois qu'il faut le reconnaître : en ce moment on n'y arrive pas. Après, il faut voir que c'était un projet qui s'inscrivait dans une dynamique européenne et mondiale. On espérait trouver un accord à Copenhague. A Copenhague, l'Europe s'est retrouvée l'avant-garde d'une armée qui derrière faisait défaut. Finalement, les Nations du monde n'ont pas réussi à se mettre d'accord. C'est vrai que ça remet en cause, momentanément, un petit peu notre dynamique, un petit peu notre projet. Ça ne remet pas en cause en revanche notre ambition et notre volonté de faire beaucoup en matière d'environnement.
 
Votre collègue, C. Jouanno qui vous a succédé au secrétariat d'Etat à l'Ecologie, s'est dite jeudi "désespérée" par la situation. Et vendredi à Bruxelles, le président de la République, a dit : "Je n'ai pas apprécié ses propos, les ministres n'ont pas à être désespérés". Vous êtes du côté de qui, vous, N. Kosciusko-Morizet ?
 
Je pense que le mot "désespéré", était un mot un peu personnel.
 
Trop fort ?
 
Personnel.
 
Donc trop fort ?
 
Et sans doute, ne faut-il mettre autant de sentiment en politique. Mais je comprends très bien la situation, la réaction de C. Jouanno pour avoir vécu en d'autres temps, des situations sur le fond assez différentes, au moment des OGM : cette espèce de lessiveuse médiatique dans laquelle on se retrouve à ce moment-là.
 
Donc, elle va être obligée de rentrer dans le rang ? De se taire...
 
Qu'est ce que ça veut dire « entrer dans le rang, se taire ? » Ne plus dire qu'elle est désespérée. C'est ça rentrer dans le rang. Le terme "désespéré" n'était peut-être pas le mieux adapté, mais Chantal elle reste très modérée sur la fiscalité environnementale, et elle croit comme moi qu'à terme on aura besoin d'une fiscalité environnementale. Comme le président de la République, au demeurant, qui contrairement à ce qu'on a dit ici ou là, n'a pas renoncé au projet...
 
Vous croyez qu'on la verra avant la fin du quinquennat la taxe carbone ? Vous le croyez vraiment ? Vraiment ?
 
Oui. Vous savez, moi, mon premier job...
 
Non, non, non...
 
... Attendez ! Je vous explique... Mon premier job, dans les années 90 ça a été la préparation du protocole de Kyoto. A l'époque, la position européenne c'était la fiscalité carbone. On avait une directive européenne qui était toute prête, qui s'appelait "la directive carbone-énergie". On est beaucoup de pays européens à se poser la question d'une fiscalité carbone. Et quand on dit on va attendre une position européenne, ce n'est pas les calendes grecques !
 
Vous croyez vraiment N. Kosciusko-Morizet, qu'avant la fin du quinquennat on aura la taxe carbone ?
 
Moi je pense que si on y met toute notre énergie, on peut bouger très vite. Oui.
 
Ca paraît tout à fait irréaliste.
 
Non, je ne suis pas d'accord. Je peux vous le démontrer par A+B, ça ennuierait nos auditeurs. Mais je ne suis pas d'accord.
 
Voyez que le climat est très mauvais, puisque maintenant on évoque la "non candidature" de N. Sarkozy en 2012. A. Juppé s'est mis sur les rangs hier soir. Qu'en pensez-vous ?
 
Là, vous tournez un peu les choses à l'envers. On évoque pas la "non candidature" de N. Sarkozy...
 
Mais si, c'est ce qu'a fait A. Juppé hier soir.
 
A. Juppé dit : "Si, ce que je ne souhaite pas, N. Sarkozy n'était pas candidat, je pourrais être intéressé". Oui, mais nous souhaitons tous que N. Sarkozy soit candidat.
 
C'est étonnant tout de même d'évoquer ce thème, une semaine après les élections régionales. A. Juppé est un grand garçon, il sait très bien que ce qu'on retiendra, c'est que si N. Sarkozy n'est pas candidat, j'y vais.
 
Enfin, moi ce que je retiens surtout, c'est que moi je souhaite que N. Sarkozy soit candidat avec l'immense majorité de la majorité.
 
Comment expliquez-vous N. Kosciusko-Morizet...
 
Mais je vais vous dire surtout, on parle beaucoup de 2012 en ce moment. Moi je regardais un sujet tout à l'heure...
 
A. Juppé en parle, par exemple.
 
Vous me posez une question ? L'enjeu c'est quand même que les deux années qui viennent soient les plus utiles possible pour la France et pour les Français. Et avec la crise et le rebond de crise à préparer, on n'a pas beaucoup de temps à perdre. Voyez, demain je fais un déplacement avec R. Ricol, le commissaire général aux Investissements, sur l'investissement des 4,5 milliards numériques dans le Grand Emprunt pour préparer les emplois d'avenir. Et j'y crois plus que les petites phrases sur la présidentielle de 2012.
 
Et comment expliquez-vous la différence de popularité entre N. Sarkozy et F. Fillon ? Vous avez une explication, vous N. Kosciusko-Morizet ?
 
Je vais peut-être choquer, mais je pense que le président de la République ne se préoccupe pas beaucoup d'être aimé.
 
Alors vous n'allez pas le choquer.
 
Il se préoccupe d'être utile.
 
Mais comment vous expliquez la différence de popularité ?
 
Ben oui, quand vous ne vous préoccupez pas d'être aimé, vous vous préoccupez avant tout d'être utile et de monter aux avant-postes. Il y a un moment où ça revient comme ça. Mais je pense que c'est dans son...
 
Qu'est-ce qu'il faut lire dans votre propos : que le Premier ministre se soucie d'être aimé, qu'il n'est pas suffisamment aux avant-postes ?
 
Ils ont des fonctionnements différents. Et je pense que c'est dans son éthique à lui, celle du président de la République, que d'aller au devant de tous les combats, ce qui forcément à un moment, se retrouve en impopularité.
 
Enfin, vous n'avez pas répondu trop, vous n'avez pas bien compris, vous non plus, pourquoi l'un était si impopulaire et l'autre si populaire.
 
Je viens de vous répondre, vous êtes gonflé.
 
C'est vrai...
 
Oui.
 
... que l'un est en première ligne ? Alors l'autre il est où, il est caché ?
 
Il monte moins systématiquement aux avant-postes de la même manière. Ce sont des styles différents, vous le voyez bien. Et il y a un style qui recueille en ce moment plus d'impopularité que l'autre. Mais sur le fond, ils sont solidaires pour mener la même aventure et être utiles dans les deux ans qui viennent. J'y reviens parce que vous voudriez nous les faire oublier les deux ans qui viennent, je le sens.
 
On va les vivre ensemble ces deux ans, donc on ne les oublie pas. N. Kosciusko-Morizet, secrétaire générale adjointe de l'UMP.
 
V. Parizot : Et elle vous trouve gonflé, J.-M. Aphatie.
 
Oui, j'ai un peu exagéré, peut-être, non ?
 
V. Parizot :
 
Non, mais en même temps, c'est pour cela qu'on vous adore et qu'on vous écoute tous les matins. Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 mars 2010

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