Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 31 mars 2010, sur le projet d'interdiction du port de la burqa, le projet de loi sur l'immigration et l'intégration et sur le débat à propos de l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 31 mars 2010, sur le projet d'interdiction du port de la burqa, le projet de loi sur l'immigration et l'intégration et sur le débat à propos de l'identité nationale.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : J.-P. Elkabbach.- Est-ce que vous êtes pour une loi d'interdiction totale de la burqa ?
 
Je suis pour ce qu'a dit le Premier ministre, c'est-à-dire aller le plus loin possible sur la voie de l'interdiction générale.
 
C'est-à-dire la limitation de l'usage de la burqa, pas l'interdiction ?
 
Moi, lorsque j'ai été auditionné par les parlementaires, j'ai dit qu'à titre personnel, j'étais favorable à l'interdiction totale sur le territoire français, au nom de la dignité de la femme. Je pense que le principe d'égalité entre les hommes et les femmes est en France un principe majeur. Et deuxièmement, que le monde, et notamment le monde arabo-musulman, nous regarde et attend de la France un signe fort. Donc, j'y suis favorable.
 
Vous avez noté que le Conseil d'État incite plutôt à la prudence pour éviter des déboires avec le Conseil Constitutionnel.
 
Oui, bien sûr, c'est son rôle, mais le Parlement et le Gouvernement peuvent décider d'aller plus loin s'ils pensent que c'est majeur. J'ai compris que c'était la tentation des...
 
Vous souhaitez que le Parlement aille plus loin ?
 
Je suis membre de l'exécutif, je n'ai pas à souhaiter. Je vous ai dit qu'à titre personnel, j'ai toujours considéré que l'interdiction totale, pour des raisons liées à la dignité de la femme, me paraissait la voie la plus cohérente.
 
A votre avis, dans quels lieux, à quel moment elle sera interdite la burqa ?
 
Je ne sais pas, on vient de l'évoquer, c'est maintenant au Parlement et au ministre, ce sera vraisemblablement B. Hortefeux, d'en discuter et de "négocier" entre guillemets cela.
 
Mais vous avez déjà des idées : qui aura ou aurait l'autorité, la charge d'appliquer la loi, les préfets ?
 
Je ne sais pas, il faut laisser la discussion parlementaire se dérouler, je vous dis, moi, ma conviction personnelle.
 
Est-ce que B. Hortefeux va créer une brigade féminine anti-burqa ?
 
Vous êtes très habile de revenir quatre fois sur la question par quatre biais différents, mais je vous dis que, pour l'instant, je ne le sais pas, ça dépendra de la discussion parlementaire.
 
Les résultats des élections régionales vous ont rendu prudent, E. Besson ?
 
Oh non, je ne crois pas qu'il faille l'interpréter comme ça. Continuez, vous allez voir que je suis toujours tout aussi déterminé.
 
N. Sarkozy avait dit : "la France ou en France, la burqa n'est pas bienvenue", certes, mais la burqa sera quand même portée. Pour la droite, pourquoi la burqa est-elle devenue une sorte de marqueur idéologique ?
 
Je ne crois pas que ce soit... c'est pour l'ensemble des républicains, pas seulement la majorité présidentielle. Le voile intégral est une négation de la femme, une espèce de cercueil ambulant, ça n'est pas dans la tradition française, ça n'est pas dans la tradition occidentale, qui suppose les yeux dans les yeux, le face à face, le dialogue dans l'échange public, à visage découvert ! Et je vous redis, que ce qui m'a frappé en allant au Maghreb, en allant en Afrique, que beaucoup de femmes du monde arabo-musulman attendent un signe de la France. La France, pays des droits de l'homme, elles en attendent un signe pour dire : voilà, nous, dans nos pays, nous avons besoin que la France interdise pour nous mobiliser, pour pouvoir appuyer nos luttes.
 
Vous présentez en Conseil des ministres, aujourd'hui, votre projet de loi sur l'immigration et l'intégration. Si j'ai lu le texte, c'est beaucoup de dureté pour un peu de souplesse. On va prendre quelques exemples pour aller vite : on pourra obtenir la nationalité française plus rapidement ?
 
Oui, lorsqu'on a fait des efforts d'intégration particuliers. Mais je ne souscris pas à votre première phrase. Ce n'est pas "beaucoup de dureté pour un peu..."
 
Bah oui... vous allez dire l'équilibre ?
 
Mais oui, c'est parfaitement équilibré. Nous mettons en place pour la première fois un titre de séjour européen, c'est la première fois que les 27 pays de l'Union européenne décident ensemble d'accorder un titre de séjour européen. Je vais faire, nous allons faire, un effort particulier pour ce qu'on appelle "les mineurs étrangers isolés", c'est-à-dire, les étrangers qui sont arrivés seuls dans notre pays.
 
J'ai dit "souplesse", il sera un peu plus facile de renouveler les titres de séjour et l'obtention des cartes de résident ? Mais toujours avec des obstacles, et la statut du préfet ?
 
Pas des obstacles, des vérifications. En France, il faut suivre un parcours d'intégration, il faut maîtriser la langue, et il faut donner des preuves de sa capacité d'intégration. Il ne suffit pas d'accueillir bien des étrangers sur notre sol, il faut en plus - chacun sent que c'est une nécessité absolue - réussir l'intégration. Donc, nous nous en préoccupons, exactement comme nous allons demander aux étrangers qui accèdent à la nationalité française de signer une charte des droits et des devoirs, c'était l'une des décisions issues du séminaire gouvernemental présidé par le Premier ministre, au terme du débat « Identité nationale ».
 
On va prendre l'exemple, que le journal de 8 heures a traité : des parents d'élèves d'une école de Lyon ont pris la défense active d'un Angolais sans papiers, père de quatre enfants, et qui est en instance d'expulsion. Que pouvez-vous faire ce matin, vous, qui êtes le ministre en charge de ce dossier ?
 
Surtout pas vous annoncer une décision en direct, ce serait totalement démagogique et irresponsable, sur un dossier que j'ai découvert ce matin. Deux choses : en France, il faut un titre de séjour. On peut demander l'asile, il semble que ce soit le cas de cette personne. Et puis, si on est au bout de ses droits, on est reconduit dans son pays d'origine. On peut décider, pour des raisons humanitaires, d'y renoncer. Je vais étudier ce cas, et je vais en parler en sortant de ce studio, avec le préfet du Rhône qui, au passage, est l'un des plus expérimentés de France, et en lequel j'ai une confiance absolue dans son jugement. Donc, je ne connais pas le dossier...
 
Donc, l'expulsé ou celui qui risque d'être expulsé pourrait ne pas l'être, s'il y a des mesures à caractère humanitaire ?
 
En tous cas, je vais étudier son dossier, je ne veux pas prendre d'engagement ici, ce serait irresponsable.
 
La ville d'Angers fait face en ce moment, paraît-il, à un afflux de demandes d'asile, elle croule sous les migrants, et elle demande - et le maire Antononi est socialiste - s'il ne faut pas obtenir une sorte de répartition des demandes d'asile par département ?
 
C'est ce que nous faisons, mais c'est vrai que la France fait, comment dire, accueille de plus en plus de demandeurs d'asile. C'est pourquoi d'ailleurs nous faisons des efforts budgétaires, j'ouvre 1.000 places de plus dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile, sur le budget de 2010, c'est à peu près équitablement réparti. Et ça prouve d'ailleurs que dans d'autres débats, lorsque je dis la France reste la terre la plus attractive pour la demande d'asile, et que c'est contesté, vous avez là un indice qui montre que je disais vrai.
 
Mais par exemple, vous allongez la durée de rétention administrative des sans-papiers ; c'était 32 jours, ils seront maintenant détenus 45 jours.
 
Ca, c'est dans le projet de loi que je soumets aujourd'hui au Conseil des ministres...
 
De 32 à 45 jours, c'est plus long.
 
...Si c'est adopté par le Conseil des ministres, même après la réforme, la France gardera en Europe le délai de rétention administrative le plus court d'Europe. Pourquoi nous le faisons ?
 
Oui, mais la France n'est pas obligée de s'aligner sur les pays européens les plus répressifs...
 
...Sauf sur un point : c'est que lorsque nous discutons avec les pays sources, c'est-à-dire les pays de départ pour l'émigration, ce sont eux qui nous demandent paradoxalement d'élever ce niveau. Pourquoi ? Parce que, lorsqu'ils veulent reconnaître la nationalité de leurs ressortissants, il leur faut du temps. La France restera après l'adoption de la loi, si elle est adoptée, le pays qui maintient le moins en rétention les étrangers en situation irrégulière.
 
On avait oublié le débat sur l'identité nationale, et voilà que vous le relancez, dans quelques jours, le 8 avril, avec un colloque sur "l'identité nationale et l'identité européenne". Les Français, on le dit, ont d'autres soucis. Pourquoi ne pas arrêter ce débat, puisqu'on arrête tout aujourd'hui ?
 
"Les Français ont d'autres soucis" ! C'est dans l'intitulé de mon ministère ! Vous n'allez pas reprocher à R. Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, de s'occuper du Sport. Je suis aussi ministre de l'Identité nationale, je ne relance pas le débat, j'organise un colloque, avec des ministres et des intellectuels européens, où nous allons confronter ce que sont...
 
Donc, le débat va continuer toute l'année ?
 
...ce que sont les identités nationales et l'identité européenne.
 
Messieurs Copé, Juppé, Arthuis, Longuet, des élus UMP, poussés par la crise, les inégalités et les difficultés du Président, mettent en cause maintenant le bouclier fiscal. Il n'y a décidément plus de tabou pour vous ? Pour eux, pour eux ?
 
Pour moi, je ne sais pas...
 
Pour eux ?
 
Pour aller à l'essentiel, moi je n'étais pas particulièrement, quand j'étais dans l'opposition, favorable au bouclier fiscal. Mais c'est un engagement ferme du président de la République, je crois qu'il faut tenir les engagements. Deuxièmement, il le fait pour des éléments de compétitivité. Il dit : notre principal partenaire...
 
D'accord, mais vous êtes sûr que ça va tenir, parce qu'on est en train de démolir l'étape de la loi Sarkozyste ?
 
D'un mot ! Notre principal partenaire et concurrent, l'Allemagne, a un bouclier fiscal. Et donc, si on veut maintenir des investisseurs en France, maintenir des fortunes pour qu'elles aillent s'investir dans les entreprises...
 
Donc, pas touche pour vous au bouclier fiscal ?
 
Ca, c'est la décision du président de la président de la République, mais il me semble que l'action publique a besoin de cohérence et de longue durée.
 
Dernière chose, est-ce que vous aussi vous êtes gagné par le virus du doute, qui touche tellement de gens de la majorité ?
 
Je ne le ressens pas mais peut-être je n'ai pas eu totalement l'occasion de l'exprimer. Non, non, franchement, non !
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 avril 2010 

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