Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 8 avril 2010, sur le débat à propos de l'identité nationale et sur le démantèlement d'un réseau de travailleurs clandestins. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 8 avril 2010, sur le débat à propos de l'identité nationale et sur le démantèlement d'un réseau de travailleurs clandestins.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, E. Besson.
 
Bonjour, J.-M. Aphatie.
 
Pourquoi un conseiller du Président nous dit-il qu'il y a un complot autour du Président si finalement, il n'y en a pas ? Est-ce une faute ?
 
Ecoutez, je n'en sais rien. Je ne voudrais pas prêter ma voix ni à la rumeur, ni à ce qu'A. Duhamel vient d'appeler...
 
Je ne vous questionne pas sur la rumeur, je vous questionne sur les propos publics d'un conseiller du Président.
 
Je vais vous dire, globalement...
 
Y a-t-il un complot contre le Président ?
 
... Ni la rumeur, ni la rumeur sur la rumeur, ni les commentaires. C. Bruni-Sarkozy a dit, hier soir, me semble-t-il, ce qu'il faut penser. C'est insignifiant, ça n'a pas grande importance. D'après ce que je sais, il n'y a aucune enquête qui ait été demandée par l'Elysée. Il peut y avoir une enquête de la DCRI, mais pas demandée par l'Elysée...
 
Ce n'est pas qu'il peut y avoir, il y a une enquête de la DCRI.
 
Peut-être ! C'est assez normal et assez courant.
 
Le responsable de la DCRI dit qu'il l'a fait à la demande de son autorité de tutelle. Donc, ici c'est la direction de la police nationale, il n'a pas décidé tout seul.
 
C'est bien possible ; mais à ma connaissance, l'Elysée ne l'a pas demandée. Je pense que cette affaire doit maintenant reprendre des proportions qu'elle aurait dû garder, c'est-à-dire insignifiantes.
 
R. Dati, qui est conseillère politique à l'UMP - vous en êtes, vous, un : secrétaire général adjoint -, a été désignée comme la source de cette rumeur. Elle s'est défendue. Chercherez-vous à savoir qui a voulu impliquer R. Dati dans cette histoire ?
 
Non, absolument pas, je ne le ferai pas, mais je vous redis ce qu'A. Duhamel vient de dire : C. Bruni-Sarkozy a dit, hier, sur R. Dati les mots qu'il fallait entendre. Moi je n'ai pas plus de commentaires à faire sur le sujet. En revanche, j'ai beaucoup, beaucoup d'autres sujets qui, à mon avis, intéressent vos auditeurs et nos concitoyens que je suis prêt à aborder avec vous.
 
C'est un grand classique de suggérer. Les journalistes posent des questions qui n'ont aucun intérêt.
 
Non, je ne dis pas cela, mais je dis que je n'ai rien à dire, moi...
 
R. Dati qui est conseillère politique du parti dont vous êtes le secrétaire général adjoint, elle a été impliquée dans cette affaire, visiblement calomnieuse, si on en croit la femme du Président de la République. Et vous ne chercherez pas à savoir pourquoi elle l'a été ?
 
Non, parce que ça n'est pas mon rôle. Si d'autres veulent le faire, ils le feront. Non, ça n'est pas mon rôle.
 
Nous conviendrons tous les deux, que vous manquez de curiosité ?
 
Peut-être, peut-être ! Ca fait partie de mon identité.
 
Vous organisez justement aujourd'hui à Paris un colloque intitulé "Identités nationales, identité européenne". Et à part vous, E. Besson, on se demande encore qui s'intéresse à ce débat sur l'identité nationale ?
 
Mais d'abord, mes partenaires européens. Vous avez noté qu'il y a le ministre des Affaires étrangères italien, la ministre de l'Immigration socialiste espagnole, le ministre de l'Intérieur de la justice malte. Autrement dit, la question qui m'intéresse, le rapport entre nos identités nationales et l'identité européenne, est une question qui intéresse tous les peuples européens et qui intéresse le peuple français. Dans le débat, l'une des choses qui a été marquante, c'est l'interrogation, pas nécessairement le doute, mais l'interrogation de nos concitoyens sur la place de la France - place de la France dans la mondialisation, place de la France dans la construction européenne - préservation d'une singularité française, d'un modèle fait d'une langue dont va parler C. Hagège ce matin, d'un art de vivre, de valeurs : liberté, égalité, fraternité ; égalité homme-femme, laïcité. Toutes ces questions sont sur la table. Je ne relance pas la part de consultations publiques, de débats publics. Elle a été close cette part-là le 8 février ; mais je poursuis ma mission, et ma mission elle est de valoriser les éléments de notre identité nationale, de valoriser les valeurs de la République Française. Je la poursuivrai tant que je serai à ce ministère. Elle est inscrite dans l'intitulé du ministère, elle est dans la lettre de mission que j'ai reçue du Président de la République et du Premier ministre.
 
Vous y serez longtemps dans ce ministère, E. Besson ?
 
J'y serai le temps qu'il le faudra et qui sera nécessaire.
 
C'est votre croix ?
 
Non, pourquoi ? Mais vous savez, est-ce que dire qui a le droit d'entrée et de séjour sur le territoire français, réussir l'intégration ; parce que l'immigration est la fausse générosité, entre guillemets, qui serait de dire : "Abolissons les frontières, qui sont d'ailleurs celles de Schengen..."
 
Non, non ce n'est pas du tout mon propos. Non, ce n'est pas mon propos. J'ai l'impression que ce ministère vous fait souffrir, vous ?
 
Mais je vous réponds. Mais non, Jean-Michel Aphatie... Que ce soit parfois dur, que je trouve les critiques absurdes ou injustes, et la difficulté de poser les termes rationnellement, quand je vois encore hier, un certain nombre de parlementaires parler du coût supposé de l'immigration irrégulière...
 
Bonne question !
 
Oui, bonne question mais c'est simple : il y a deux rapports qui existent et qui l'ont chiffrée de l'ordre de 230 millions d'euros. Il y a un chiffre de deux milliards qui est mis sur la table et des parlementaires disent : on va demander un audit informel. Je ne sais pas d'ailleurs ce que ça veut dire un audit informel. Les chiffres sont sur la table. Parlons-en tranquillement. Mais je veux aller plus loin parce que je crois qu'il faut dire la vérité aux Français. L'immigration légale doit aboutir à l'intégration. La réussite c'est l'intégration et l'immigration irrégulière est, comment dire, la meilleure façon de louper l'intégration. Et je vais demander à un cabinet, à un expert indépendant, de mettre tous les chiffres sur la table pour que nos concitoyens qui sont des citoyens mais qui sont aussi des contribuables sachent tout en la matière. Et on verra que beaucoup de bêtises sont racontées et que l'immigration irrégulière coûte chère mais pas dans le sens qui est dit parce que dans le sens qui est dit : c'est le coût des droits, des devoirs et de la protection qu'apporte la France.
 
Donc, on verra le rapport officiel. Un réseau de clandestins a été démantelé, cette nuit, à Aubervilliers ?
 
Absolument. Les policiers ont fait du beau travail. Un réseau important a été démantelé cette nuit, des ateliers de confection à Aubervilliers avec quelque chose qui est symptomatique de la lutte que nous essayons de mener. Voilà un atelier qui fonctionnait avec des salariés légaux, le jour, des salariés clandestins, chinois pour l'essentiel, la nuit. Et voilà aussi ce que va apporter le projet de loi que j'ai proposé en Conseil des ministres. Lorsque cette loi sera votée, j'aurai la possibilité, instantanément, de demander aux préfets de la fermeture administrative de l'atelier.
 
Beaucoup de gens ont été arrêtés, cette nuit ?
 
Vingt-trois personnes à ma connaissance, mais je vais aller saluer et féliciter les policiers dans la journée.
 
Deux questions rapides de politique : faut-il conserver la publicité sur la télévision publique avant 20 heures, E. Besson ?
 
Ecoutez, je crois que ça paraît clairement par ce qu'avait dit le Président de la République et ce qui avait été arrêté.
 
Donc, c'est non ?
 
Donc, c'est non.
 
Donc, transmis à J.-F. Copé qui voudrait la conserver.
 
J.-F. Copé il est président du groupe UMP ?? l'Assemblée ; il a sa liberté de parole. Il peut émettre un certain nombre de thèses. Ça n'est pas d'après ce que je comprends, la position du Président et du Gouvernement.
 
Et puis, il y a un sujet justement qui intéresse les Français dont vous ne parlez jamais : l'augmentation du prix du gaz qui est critiquée par toutes les associations de consommateurs, tous les syndicats qui notent que 10% d'augmentation au 1er avril, c'est quand même raide ! On vous le dit ça, de temps en temps, E. Besson ?
 
Oui, mais bien sûr qu'on l'entend.
 
Et vous répondez quoi ?
 
Et en même temps, qu'il y a un prix de marché mondial et qu'on a essayé d'objectiver, entre guillemets, de rendre rationnelle l'augmentation du prix du gaz.
 
Vous vous êtes penché sur les 9,7% d'augmentation, comment ils se départagent ?
 
Non.
 
Et l'opacité des coûts de l'infrastructure qui pèse pour 6% dans l'augmentation ?
 
Je vais vous dire la vérité : j'ai été occupé par d'autres sujets. J'ai des collègues qui font ça. Vous ne m'avez pas laissé finir, J.-M. Aphatie, tout à l'heure, quelque chose. Je ne porte pas ma croix. Je suis à la tête d'un ministère que je juge parfois difficile, mais qui est crucial. La lutte contre l'immigration irrégulière mais en même temps, le développement solidaire, c'est-à-dire le partenariat avec les pays sources d'émigration. L'intégration, tout ça ce sont des sujets nobles, républicains qu'il faut mener. Et j'essaie de le faire mais je dis surtout qu'il faudrait que nous arrivions à rationaliser ce débat. Je mène la même politique que les socialistes espagnols, que les socialistes portugais, que les travaillistes britanniques et je voudrais qu'en France nous arrivions à un débat républicain et serein. Convenons qu'il ne l'a pas été ces derniers mois.
 
Vous avez pu le dire, Eric Besson...
 
Merci à vous.
 
... ministre de l'Immigration, invité de RTL, ce matin. Bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 avril 2010

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