Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'État aux transports, à RMC le 6 avril 2010, sur la grève à la SNCF et sur la réforme des retraites. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'État aux transports, à RMC le 6 avril 2010, sur la grève à la SNCF et sur la réforme des retraites.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports;

ti : J.-J. Bourdin.-  D. Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports mais aussi  président du Conseil général de Charente-Maritime, ça a son  importante, évidemment. Nous parlerons des dégâts de la tempête,  nous parlerons de la démolition des maisons, de la reconstruction.  Mais tout de suite, la SNCF : la CGT et Sud-Rail, les deux  principaux syndicats de la SNCF, appellent à la grève à partir de ce  soir. Est-ce le bon moment ? 
 
C'est une grève incompréhensible et affligeante. C'est la troisième, ce  trimestre. On au celle de janvier, celle de février, celle de mars.  J'observe d'ailleurs que ça se déroule dans une sorte de course à  l'échalote et de cacophonie syndicale, puisque un certain nombre  d'organisations syndicales après négociations ont accepté les  propositions du président de la SNCF, G. Pépy, et ont refusé de  participer à la grève, c'est le cas de la CFDT qui, comme vous le savez,  a fusionné avec la FGAAC qui est l'organisation principale des agents  de conduite de la SNCF. Donc, on a deux organisations syndicales, une  sorte de course vers les élections professionnelles ou vers des enjeux  politiques, je n'en sais rien, mais franchement c'est dommage.  D'ailleurs, vous voyez bien, les cheminots apparemment ne sont pas  décidés à suivre brutalement puisque les prévisions de trafic dans le  cadre du trafic minimum, sont de 70 % pour les TGV, intégralité des  circulations internationales type Eurostar, Thalys, Lyria, etc., et 60 %  sur le TER et sur le Francilien, mais c'est encore des ennuis pour les  clients, au jour le jour, et ça devient pour eux franchement  incompréhensible. 
 
Mais pourquoi est-ce incompréhensible ? Mettons-nous à la place  des cheminots qui se mettent en grève ! 
 
Oui, oui, les cheminots je les connais bien, j'ai encore parlé hier avec  des cheminots parce que j'étais dans le train entre la Charente-Maritime  et Paris. 
 
Que vous ont-ils dit ? 
 
Pour beaucoup, l'incompréhension, parce que franchement emploi  garanti, augmentations de salaire décidées, recrutements... 
 
 
 
Quelles augmentations de salaires pour l'année ?  Il y a 3 % l'année dernière, et ça se discute, cette année ce n'est pas  encore mis au point. Mais enfin, la direction... 
 
On fera aussi bien ? 
 
Je n'en sais rien. 
 
Vous souhaitez que la direction fasse aussi bien ? 
 
C'est le boulot de la direction, comme je vous disais.... 
 
Là on est d'accord, mais voilà, que souhaitez-vous ? 
 
Que la direction fasse son travail, et ensuite elle sera jugée par l'Etat  actionnaire sur la qualité de son travail. 
 
Et par les cheminots ? 
 
Et par les cheminots. Donc, recrutements, salaires, également  modernisation ; la semaine dernière, on a annoncé qu'on allait  construire 303 km de lignes nouvelles entre Tours et Bordeaux, ce  qu'on appelle "le TGV Sud-Europe Atlantique", qui ira ensuite à  Toulouse, qui ira ensuite en Espagne. L'Etat va faire pour la SNCF en  France, le plus gros chantier du monde ; 60.000 personnes sur cinq ans.  Derrière, il y a la Bretagne, en ce moment on est en train de faire Rhin-  Rhône, on va aller jusqu'à Strasbourg. Je comprendrais qu'il y ait... 
 
Et Bordeaux-Toulouse, bientôt ? 
 
Et Bordeaux-Toulouse aussitôt après Tours-Bordeaux, parce que pour  aller Bordeaux-Toulouse il faut d'abord faire le tronc commun, donc  avant 2020. 
 
On fera Bordeaux-Toulouse, avant 2020 ? 
 
Bien sûr, avant 20230, et on fera l'Espagne également. Et puis on a  beaucoup de projets, on a environ 2.000 km de projets avec J.-L.  Borloo. Ce que je veux dire c'est que, je comprendrais, moi qui suis fils  et petit-fils de cheminot, donc qui vis cette maison de manière très  forte, s'il y avait une atteinte au rail, si on disait : "le Gouvernement, les  Français, ne croient plus dans le chemin de fer"... Au contraire, le  chemin de fer c'est aujourd'hui le moyen d'avenir de transport du XXIè  siècle. Donc, tout le monde investit, dans le monde entier, la France en  particulier. 
 
Mais la CGT demande la création de 2.000 emplois. C'est  impossible de créer des emplois à la SNCF aujourd'hui ? 
 
Mais c'est le problème de la SNCF d'organiser ses emplois, ce n'est pas  le domaine du Gouvernement. 
 
Il est impossible de créer des emplois à la SNCF aujourd'hui avec  tous ces projets ?! 
 
Bien sûr que non, puisque dans la négociation avec la CFDT la semaine  dernière, on est arrivés à peu près à 400 emplois supplémentaires  décidés lors de la négociation. Donc, il y a une prime à ceux qui  négocient, et ceux qui font de la surenchère à se mettre en difficulté vis-  à-vis de l'opinion. Je crois que l'opinion va juger sévèrement cette  énième grève, dont elle ne comprend pas les causes et la responsabilité. 
 
Est-ce qu'on peut faire mieux à la SNCF avec moins de  personnels ? 
 
Il y a des choses qui auparavant étaient faites au sein de la SNCF, qui  ne le sont plus. Je vais prendre un exemple : les trains que l'on répare,  par exemple, les voitures Corail qui datent des années Giscard, qui ont  35 ans, qu'on a continué de réparer, de moderniser, etc. Il y a un jour où  heureusement, dans le cadre de la réforme que nous préparons, des  trains inter cités, la SNCF va acheter du nouveau matériel ; l'Ile-de-  France, les régions, achètent du nouveau matériel. Ce qui veut dire que,  par exemple, les ateliers de réparation de la SNCF évidemment vont  avoir un problème de plan de charge. Donc, que faut-il faire ? Faut-il  les supprimer ? Bien sûr que non. Mais simplement, il y a par exemple  des centaines et des centaines de tramways qui circulent sur le sol  français, il faut que les ateliers de la SNCF puissent être par exemple  ceux qui vont entretenir et réparer les tramways. Donc, la SNCF doit  être dans son temps, elle l'est d'ailleurs, elle a le record au monde de  vitesse ; elle est présente dans tous les pays au monde, elle achète par  ses filiales des réseaux un peu partout, c'est vraiment une entreprise qui  fonctionne bien. 
 
Encore une parenthèse...
 
Les Français peuvent être fiers de la SNCF. 
 
...où en êtes-vous de tous les contrats en négociation ici ou là pour le  TGV ? 
 
C'est une bonne question. En deux mots, le Brésil, ça se discute...  La Californie ?  ...La Californie, c'est un peu difficile, du fait du déficit budgétaire... 
 
Ca a pris du retard... 
 
Oui, mais il y a deux projets qui avancent bien : en Floride, dans la  région de Chicago, et pardon un troisième sur la côte Est des Etats-  Unis, il y a un projet au Canada, il y a des projets russes, entre Moscou  et Saint-Pétersbourg, il y a le projet d'Arabie Saoudite. La France, la  SNCF mais également toutes les entreprises sont bien françaises... 
 
Vous avez bon espoir que ces projets aboutissent quand ? 
 
Ca dépend de la situation de ces pays. Par exemple, la Californie, ça a  pris du retard ; l'Arabie Saoudite, c'est en train d'aboutir. Dans les  quatre à cinq années à venir. Mais on est maintenant en compétition. La  France fait des TGV, l'Allemagne, la Corée, la Chine, il y a d'autres  exploitants que la SNCF, donc il faut être les meilleurs, on y est. 
 
Question précise : dans le cadre de la réforme des retraites, allez-vous  toucher à la retraite des cheminots ? 
 
La retraite des cheminots a déjà fait l'objet d'un certain nombre de  débats internes... 
 
Donc, on ne touchera pas à la retraite des cheminots, vous vous  engagez ce matin ? 
 
Je n'ai pas à m'engager au nom du Gouvernement sur ce qui se passera  dans la réforme des retraites, mais je dois dire que le cas de la réforme  de la retraite des cheminots a déjà été traité, et s'il doit l'être à nouveau,  c'est au ministre du Travail qu'il appartient de vous le dire.
 
 Non, mais d'accord, mais... 
 
Non, c'est clair... 
Ce n'est une réponse très politique... 
 
Vous n'en aurez pas d'autre, parce que le débat sur les retraites n'est  pas ouvert. 
 
Pardon, le débat sur les retraites va ouvrir lundi prochain, et je me  mets à la place des cheminots : vous êtes cheminots, je suis  cheminot, j'attends quoi ? J'attends qu'on me dise quel sera mon  avenir ! 
 
Vous n'êtes pas cheminot, vous avez dépassé l'âge de 50 ans !  Oui.  Donc, si vous étiez conducteur, vous n'êtes plus devant le micro, devant  la conduite. Si vous avez dépassé 55 ans, vous ne les faites pas (...) 
 
Et si j'entre à la SNCF, cet avantage-là me sera toujours proposé ? 
 
Ca dépend sous quel statut vous entrez. Vous avez des gens qui entrent  à la SNCF sous le statut classique de l'entreprise, et vous avez des gens  qui, au cours de leur carrière professionnelle entrent sur un contrat. 
 
Mais est-ce que vous pouvez vous dire que nous ne toucherons pas à  la retraite des cheminots ? 
 
Je vous dis sur le dossier de la retraite des cheminots a déjà été traité, et  que s'il doit l'être à nouveau, c'est au ministre du Travail qu'il  appartient de vous le dire. 
 
Donc, vous, vous n'êtes pas favorable à ce qu'on y touche ? 
 
Je ne vous ai absolument rien dit ! 
 
Vous ne m'avez rien dit ?  Je ne vous ai rien dit, mais vous avez essayé. 
 
Mais non, j'essaye parce que c'est une question essentielle, on va  beaucoup parler de...  Non, mais ce n'est pas le sujet. 
 
Mais les cheminots pensent à leur retraite ! 
 
Tout le monde pense à sa retraite, les hommes politiques également, les  journalistes aussi d'ailleurs. Mais regardez... 
 
Oui, nous la prendrons. 
 
Oui, il faudra bien. Regardez... 
 
Vous aussi, les hommes politiques aussi qui la prennent tard...  comme nous d'ailleurs. 
 
Il faut aussi la prendre. Mais regardez le conflit actuel... 
 
Nous sommes privilégiés. 
 
...Le conflit actuel, le problème c'est qu'on ne sait pas sur quoi il porte.  Les embauches, les salaires ? Il pourrait porter sur le fret. Les  cheminots pourraient se dire par exemple, la réforme du fret c'est  difficile, ça passe dans un premier temps par la réduction du wagon  isolé, et on voit un peu arriver avec du retard les autoroutes ferroviaires,  le combiné, etc. C'est la raison pour laquelle nous avons vu G. Pépy,  avec J.-L. Borloo, la semaine dernière pour lui demander d'accélérer les  nouveaux moyens de fret pour que la SNCF ne soit pas paradoxalement  la première entreprise française de transport de marchandises par la  route, par ses filiales du groupe Géodis, mais qu'elle gagne à nouveau  des parts de marché dans le fret ferroviaire. Là, c'est un vrai sujet  d'avenir pour la SNCF. 
 
C'est un vrai sujet aussi les retraites, pardon mais les Français ne  comprendraient peut-être pas qu'on ne touche pas à la retraite des  cheminots, si il y a une réforme de retraite globale ! Vous le savez  bien ! 
 
Je viens de vous dire qu'il y a déjà eu des discussions et des travaux sur  la réforme des cheminots. Et je ne dis pas qu'il n'y en aura pas d'autres,  c'est au ministère du Travail de l'apprécier. 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 avril 2010

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