Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à Europe 1 le 16 avril 2010, sur les suites de la tempête Xynthia et sur l'éruption volcanique en Islande. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à Europe 1 le 16 avril 2010, sur les suites de la tempête Xynthia et sur l'éruption volcanique en Islande.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat; FRANCE. Parti radical, président

ti : M. Grossiord.- Bonjour J.-L. Borloo.
 
Bonjour.
 
La terre gronde donc elle n'est pas toujours notre amie. Nous voilà confrontés aux conséquences sans précédent d'une éruption volcanique en Islande, le trafic aérien est paralysé, nous le répétons depuis ce matin sur Europe 1. Que peut-on craindre d'un ciel chargé de cendres et qui pourrait le rester pendant des semaines ?
 
D'abord tout ceci fait bien prendre la mesure de notre fragilité, de l'interdépendance des événements et du fait que, voilà, la planète, elle est toute petite, elle est fragile, et que nous sommes tellement dépendants d'elle. C'est une grande leçon des cahots et des désordres. Alors au plan strictement technique, il est clair qu'un nuage de cette importance, dont on ne connaît pas d'ailleurs la durée, l'éruption n'est pas arrêtée, va créer une fine couche de protection par rapport au soleil...
 
Ca c'est plutôt une bonne nouvelle alors ?
 
...Et un très léger et très provisoire refroidissement...
 
Moins d'un degré, mais c'est bon pour l'effet de serre.
 
...enfin c'est très mineur par rapport à l'histoire, pour quelques semaines.
 
Ah d'accord.
 
Et pour le reste en matière...
 
Les dangers ?
 
Ecoutez toute diffusion de particules n'est pas une très bonne nouvelle pour le corps et pour les poumons, mais enfin ça dépend de sa durée et de son exposition.
 
Pour l'agriculture...
 
Il n'y a pas de danger majeur. Pour l'agriculture, si c'est massif ça devient un problème beaucoup plus difficile, beaucoup plus compliqué. Pour l'instant on n'en est pas là. Alors au plan aéronautique, pour l'instant nos amis britanniques ont fermé leurs aéroports jusqu'à quasiment 20h00. Nous allons essayer de rouvrir l'espace aérien français - nous allons « essayer », ce n'est pas encore garanti -, aux alentours de 14h00. L'information définitive sera aux alentours de 11h15.
 
Est-ce qu'on est en situation de crise ?
 
Non, il n'y a pas vraiment de situation de crise, il y a une situation exceptionnelle. Mais vous savez il y a des milliers de volcans sur terre, les pilotes, les aiguilleurs du ciel maîtrisent très bien cela. Il y a des procédures extrêmement particulières. En revanche, la remise en marche de la machine globale ne se fera pas de manière instantanée donc il faut absolument que les passagers appellent leur compagnie en fin de matinée pour savoir ce qui va se passer dans l'après-midi.
 
Les suites de la tempête Xynthia, J.-L. Borloo, personne n'y comprend plus rien. Vous avez évoqué hier un « malentendu », est-ce qu'il ne s'agit pas plus simplement d'une marche arrière du gouvernement ?
 
Je ne sais pas comment on l'appelle, de toute façon...
 
Je vous propose la formule : « marche arrière ».
 
Moi, je prends la mienne.
 
Malentendu.
 
Attendez, non mais on ne va pas être dans le commentaire, on va essayer d'être dans l'information. Il y a 53 morts. Il y a des gens désespérés non seulement par la mort, mais disant « cette maison-là, à cet endroit-là, je vais de toute façon la quitter ; j'ai eu deux mètres d'eau, c'est mon seul pécule, c'est mon seul patrimoine. Qu'est-ce que je vais devenir ». Donc on a les deux problèmes : un problème de sécurisation et un problème moral, un problème de solidarité. Donc on a immédiatement essayé de définir des zones dans lesquelles à la fois, on constate qu'il y a un vrai risque anormal, et par voie de conséquences ça ouvre droit à la garantie de la valeur des maisons, des gens qui veulent partir. A cette heure-ci, en Vendée, plus de la moitié des gens dans ces communes nous ont fait savoir qu'elles souhaitaient bénéficier de cette garantie et vendre à l'amiable.
 
Mais vous dans un premier temps vous aviez dit : cette zone noire...
 
Attendez, attendez ! Est-ce que je peux terminer l'explication, parce que vos auditeurs ont besoin de savoir. Dans ces zones ensuite, il y a une analyse du risque qui ne peut être faite que maison par maison. Vous pouvez avoir une zone globalement à risque qui ouvre droit à cette solidarité, mais dans cette zone telle ou telle maison particulière, ne pas être en danger ou ...
 
Donc ça c'est nouveau.
 
Non, mais c'est le droit français. La zone, ça ouvre des droits, mais en ce qui concerne l'expropriation pour des raisons de sécurité, ça ne se fait en France que sous le contrôle des juges avec une expertise contradictoire. C'est donc ce que je suis allé préciser par écrit avec les maires. La lettre a été d'ailleurs rédigée avec eux, elle a eu leur total accord sur la procédure. Donc les choses sont extrêmement simples, même si pour chaque personne, dès lors que vous définissez une zone, monsieur Grossiord, si vous êtes juste à côté, dedans d'ailleurs ou dehors, dedans vous pouvez avoir envie de ne pas y être, dehors vous avez envie d'y être, et il y a plus de gens aujourd'hui qui demandent d'être dans les zones que hors zone.
 
Ah bon !
 
On est dans un processus... Vous savez on a joué, d'abord la sécurisation immédiate, et puis je vous dis les gens qui avaient perdu tout leur patrimoine.
 
Mais est-ce que demain il sera encore possible de vivre, d'habiter dans ces zones noires où le danger est mortel, vous l'avez dit vous-même il y a quelques jours encore ?
 
Mais c'est un danger de risque anormal pas sur 100 % de la zone. Essayez, monsieur Grossiord, d'être juste raisonnable. Vous pouvez avoir une zone...
 
C'est ce que vous demandent les habitants également.
 
... de risque avec un risque global, ces zones n'auraient pas dû être urbanisées, voilà c'est ça ce que ça veut dire. Et s'il y a Xynthia, plus 30 % dans six mois, les mêmes qui commentent aujourd'hui ne seront pas tout à fait dans la même situation. Donc nous, on est en train de gérer un risque potentiel, inconnu, aléatoire mais possible. Ce n'est pas très simple. Et on veut garantir en revanche le patrimoine des gens. Alors vous vous rendez compte, attendez les gens, ils ont vécu un traumatisme, des morts, des voisins, et en plus il faut même quand vous êtes volontaire, il faut déménager.
 
On entend votre ton, J.-L. Borloo...
 
Non mais attendez...
 
... est-ce que vous reconnaissez...
 
... c'est là que les enfants sont nés, c'est là que les personnes...bon.
 
Bien sûr, où les gens ont leurs souvenirs.
 
C'est évidemment traumatisant, difficile, il faut qu'on le fasse avec humanité...
 
Et vous reconnaissez donc...
 
...il faut qu'on le fasse avec justice. Je reconnais tout, tout, tout, et tout.
 
Vous reconnaissez qu'il y a eu peut-être un manque de concertation, une approche trop brutale, voire arrogante ?
 
Non, non, non, il y a eu une volonté de porter secours le plus vite possible. Moi, je me souviens, j'étais avec le Président, ces gens, je crois que c'était à la Faute-sur-Mer, qui nous disaient : non seulement on a des morts mais en plus on a tout perdu. Et c'est vrai qu'on a de ce point de vue-là, voulu aller vite pour répondre à ça. La compréhension de tout le monde sur ce sont des zones où on va raser de manière massive, qui n'est de toute façon conforme ni à la tradition, ni au droit français. Au droit français, ça s'appelle des expropriations et c'est au cas par cas. Cela fit, monsieur Grossiord, c'est difficile, pour les maires ça fait des semaines et des semaines qu'ils sont dans cette situation, et pour les gens, c'est normal.
 
Très bien, on va parler un peu de vous maintenant J.-L. Borloo.
 
Oh non.
 
Je suis désolé, la transition est brutale.
 
Epargnez moi, épargnez moi.
 
Si j'ai la Une du Figaro hier...
 
Maman n'est pas réveillée...
 
« L'hypothèse Borloo pour rallier les centristes ». Est-ce que vous songez le matin, vous connaissez la formule, à la présidentielle ?
 
Non honnêtement moi j'ai une mission là, vous savez.
 
Est-ce que vous avez une mission pour 2012 ?
 
Vous voyez, Xynthia, le raffinage hier, le Grenelle 2, le réchauffement climatique, le Grenelle de la Mer dans une heure, voilà je suis un homme des missions. Ce qui est vrai c'est que moi j'ai le sentiment...
 
Est-ce que vous êtes en mission pour rallier les électeurs centristes et écolos qui ne veulent pas voter à gauche ?
 
Je crois porter une fibre un peu sociale, je crois voilà. Valenciennes...
 
Et ça peut servir à quoi en 2012 ?
 
Non, non mais il s'agit éventuellement de défendre des valeurs.
 
En étant candidat ?
 
Pas forcément.
 
Ce n'est pas décidé.
 
Non, mais attendez, non franchement je serais un peu ridicule de parler de ça aujourd'hui, mais c'est vrai que je ressens la vie des quartiers, je crois aimer ça : la solidarité, le plan de cohésion sociale, Valenciennes, voilà je crois que j'aime ça.
 
Vous avez des choses à porter.
 
Et j'ai envie de parler un peu y compris d'ailleurs des incompréhensions, des échecs, des difficultés, voilà...
 
M.-O. Fogiel : Ah ! Ça sent la candidature ça. Oh mais...
 
M.-O. Fogiel : Merci monsieur Borloo. Vous viendrez nous le dire la prochaine fois.
 
Il ne l'a pas dit.
 
M.-O. Fogiel : Mais il l'a presque dit quand même. Mais rien du tout, mais vous êtes infernaux ce matin.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 avril 2010

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