Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, sur les leçons à tirer de la crise mondiale en termes de consommation, de régulation et de solidarité, Paris le 8 janvier 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, sur les leçons à tirer de la crise mondiale en termes de consommation, de régulation et de solidarité, Paris le 8 janvier 2010.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique

Circonstances : Colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme", 3ème table ronde sur le thème "Après la crise : devons -nous changer notre vision du monde ?", à Paris le 8 janvier 2010

ti : Merci,

Je prends la parole à mon tour, Mesdames et Messieurs, non sans avoir remercié mon collègue Éric Besson de cette initiative importante, et pour proposer trois éléments de réponse à la question qui nous occupe ce matin.

Je voudrais dire d'abord que oui, la crise va changer notre vision du monde et va changer le capitalisme, mais que cela est même nécessaire.

Comme le disaient les intervenants hier, lors de la deuxième table ronde, il faut absolument éviter de répéter les mêmes erreurs. Il faut se servir de la crise pour freiner les comportements économiques les plus désastreux, pour les corriger ou même les empêche. Nous devons donc faire de la crise une occasion, pour progresser véritablement dans la création d'institutions de régulation qui soient légitimes et représentatives, et qui soient efficaces. Le professeur Stiglitz rappelait hier que 172 Nations ne sont pas représentées par le G20. Le partage des richesses et leur redistribution doivent être l'objet d'institutions internationales, parce que l'économie est internationale.

Nous sommes dans une situation qui est certes paradoxale, puisque nos économies sont toutes interdépendantes mais que nos institutions politiques ne le sont pas. Ce paradoxe a été mis en lumière et mis en défaut par la crise : sortir de la crise, c'est entrer dans un monde doté d'institutions communes. Faute de cette initiative réellement « cosmopolitique », qui prendra du temps, nous ne sortirons pas de la crise.

Je voudrais ensuite faire remarquer que la crise a accentué une demande de sens, de qualité et de mesure à laquelle il faut répondre.

Seuls des choix (internationaux) de développement durable et mesuré le permettront. Nous avons été, habitués, ici, à une société d'abondance, peu soucieuse des conséquences pour la planète.

Nous devons aujourd'hui inventer une économie de la sobriété, ce qui suppose de faire évoluer nos comportements.

Les dépenses d'infrastructures ne peuvent à elles seules « verdir » notre économie (it would be useless to try to greenwash our economy). Il faut encore et surtout de nouveaux modes de consommation, capables de réorienter le système productif. Nous allons devoir apprendre à consommer autrement.

En privilégiant des modes de consommation qui sont en phase, je crois, avec les nouvelles aspirations que l'on voit poindre chez les consommateurs, notamment parmi les jeunes générations, pour qui la consommation semble être de moins en moins une quête de statut social ou de faire valoir, qui passerait par la possession de biens, mais davantage un désir de lien social et de réalisation de soi.

Sur le plan mondial, cette exigence va bien sûr de pair avec celle d'une meilleure régulation et une plus grande solidarité.

Il y a aujourd'hui, dans l'opinion publique mondiale, une véritable attente de régulation.

Et je crois que la demande de sens et la demande de régulation vont de pair.

Je voudrais enfin dire un mot du monde qui est en train de changer et de la mondialisation. Notre vision du monde doit changer, tout simplement parce que le monde a changé ces vingt dernières.

Il a changé beaucoup et rapidement.

La mondialisation, comme le sait Alain Minc, elle n'est pas heureuse en soi [allusion à l'essai d'Alain Minc, La Mondialisation heureuse, paru en 1997]. Elle peut être déroutante et elle peut même être funeste.

Nous sommes désormais dans un monde parfaitement multipolaire, qui change vite et qui est instable. Et la crise a renforcé ce caractère multipolaire. Au moins pour deux raisons :

1/ Elle a accru le différentiel de croissance entre pays développés et pays émergents.

2/ Et l'autorité des pays développés a été écornée : le magistère économique et moral de l'Occident s'est retrouvé affaibli. Ce qui veut dire que « la » vision du monde, unique parce que occidentale, n'est peut-être plus de mise.

Bien sûr, le G20 n'est encore ni assez représentatif ni assez légitime, mais il a reconnu à des pays émergents leur statut d'acteurs internationaux de premier plan. Et le sommet de Copenhague, il y a quelques semaines, a montré que ces pays peuvent aussi être des arbitres. « Notre » vision du monde en est déjà modifiée. Parce que, quand on dit « notre vision », de qui parlons-nous au juste ? Des Européens ? Des Occidentaux ? De tous les citoyens du monde ? La crise, vous le voyez, vient en quelque sorte nous demander de réaliser un vieux rêve, celui d'une action politique commune à tous les hommes.


Source http://www.prospective-numerique.gouv.fr, le 19 avril 2010

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