Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la réunion des dix pays du Nord et du Sud de la Méditerranée occidentale (format 5 plus 5), Tunis le 16 avril 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la réunion des dix pays du Nord et du Sud de la Méditerranée occidentale (format 5 plus 5), Tunis le 16 avril 2010.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Je pars maintenant parce que tous les aéroports sont fermés dans le nord de l'Europe. Je regrette d'avoir à quitter nos amis tunisiens maintenant, c'est impoli, mais sinon nous ne pourrions pas aller à Cracovie et vous savez que l'enterrement du président Kaczynski a lieu demain en Pologne. Il faut donc que je parte, j'en suis désolé et je m'en excuse auprès de nos amis tunisiens.

La rencontre d'hier a été, je crois et comme toujours, dans ce format 5+5, très sincère, très ouverte et nous avons parlé avec beaucoup de franchise. C'est très rare, vous savez, dans les conférences internationales et il faut remercier Kamel Morjane d'avoir organisé, avec Miguel Angel Moratinos, le co-président, une réunion aussi fraternelle.

Nous avons une culture en commun, une histoire souvent difficile en commun et c'est cela qui caractérise le 5+5. Vous voyez, ce sont des gens qui se connaissent bien et qui ont une certaine générosité les uns envers les autres. La sincérité, cela naît des fréquentations, de l'amitié et cela doit aussi être présent en politique.

Le 5+5, par rapport à toutes les autres conférences qui existent en Méditerranée, c'est comme un laboratoire d'idées. Par rapport à l'Union pour la Méditerranée, où nous sommes plus de 40, c'est plus facile de parler et l'on a plus de temps.

Sur la paix au Moyen-Orient et sur la résolution du conflit entre les Palestiniens et les Israéliens, c'était nécessaire. Vous lirez le texte mais je crois que l'on peut dire que les pays de la Ligue arabe qui se sont réunis, il y a quelques jours, les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis étaient globalement d'accord. Tout le monde sait ce qu'il faut faire ; il faut deux Etats : un Etat palestinien vivant, en liberté, en démocratie, à côté de l'Etat d'Israël. Et il faut que Jérusalem soit la capitale des deux Etats.

Il est difficile, dans l'Union européenne, de mettre tout le monde d'accord sur un texte. Or, en décembre dernier, il y a eu un texte sur le Moyen-Orient qui constitue à notre avis la base, en tout cas un document très important. Nous avons constaté cela hier soir.

Nous avons aussi parlé de l'Union pour la Méditerranée, de la rencontre de Barcelone, avec peut-être, aussi, un message très fort en direction de nos amis. Ce sont des chefs d'Etat qui se rencontreront à Barcelone. Une conférence de la paix devra un jour être établie, comme je l'espère, mais il y a cette première étape.

Nous n'avons pas abordé tous les sujets hier soir. Ce matin, tout le monde a aussi parlé du sujet de l'immigration.

Ce qui s'est passé était très important, parce que cela s'est passé à dix, entre gens qui se connaissent bien, venant de la Rive sud et de la Rive nord. En Méditerranée occidentale, nous pensons dans la même direction, avec une amitié, une culture et une histoire communes. Et voilà pourquoi cela peut être important pour les autres forums.


Q - Est-ce que vous avez parlé des droits de l'Homme avec le ministre tunisien ?

R - Oui Monsieur, nous avons en effet parlé des droits de l'Homme. J'ai dit à mes amis tunisiens que je connais les efforts qu'ils font pour que la société soit juste, prospère - elle l'est malgré la crise -, moderne, qu'elle respecte le droit des femmes et qu'elle respecte les droits de l'Homme. Je le sais et je les félicite. Quant à l'affaire Ben Brik, j'espère que dans quelques jours, ce sera réglé.

Q - A propos de l'Union pour la Méditerranée, on parle d'échec depuis la dernière conférence sur l'eau.

R - Non, on parle de la difficulté qu'il y a eu pendant la dernière réunion sur l'eau. Il est très difficile de ne parler que des projets. Les projets techniques, les projets de la société civile, les projets autour de la Méditerranée, cela ne marche pas mal ! Il ne faut pas exagérer. Le courant des échanges entre la Rive nord et la Rive sud, entre l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la France et les pays du Sud, cela ne marche pas mal ! Mais à un moment donné, on se heurte. Disons que cela se complique, mais c'est normal parce qu'il y a des problèmes politiques.

Le problème est le suivant et nous ne l'avons pas réglé : faut-il parler politique ou faut-il éviter la politique ? Mais comment voulez-vous éviter la politique ? Alors voilà, même si les projets marchent bien au niveau de la société civile et des sociétés privées - cela va souvent plus vite que les gouvernements et les administrations, c'est vrai, c'est sûr et c'est très important. Je crois que, parfois, il ne faut pas hésiter à parler politique ; c'est mon sentiment.

Nous avons très bien parlé politique hier. Il est normal de ne pas être d'accord tout le temps mais là, nous étions vraiment très proches d'un accord complet à propos de ce qui se passe à Jérusalem et du conflit israélo-palestinien. Doit-on en parler à Barcelone ? Eh bien nos amis répondront. Moi, je crois que oui. Je crois que l'on ne peut pas hésiter, comme on a essayé de le faire lors de la dernière réunion de l'UPM sur l'eau, à aller un peu plus loin et peut-être à parler de paix. Je ne suis pas forcé d'avoir raison.

Maintenant, la réunion de Barcelone est une réunion des chefs d'Etat où nous pouvons proposer mais ce sont eux qui vont disposer.

Q - Y aura-t-il un sommet des chefs d'Etat du 5+5 ?

R - Oui, nous avons proposé un Sommet des chefs d'Etat. Maintenant, je ne sais pas quand cela aura lieu et c'est la présidence italienne qui va prendre les choses en charge.

Q - Y aura-t-il des changements concrets dans le système de visas pour la population de la Rive sud ?

R - Je l'espère, nous en avons parlé ce matin avec mon homologue le ministre des Affaires étrangères tunisien. Et je vous signale qu'il y aurait, dans le cadre du 5+5, l'organisation d'une rencontre sur les migrations en Libye. Nous avons aussi accepté cela. Pour ce qui est de la conférence des chefs d'Etat, elle est proposée et c'est la présidence italienne qui prend le relais.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 avril 2010

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