Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la paralysie du transport aérien et les difficultés de circulation pour les passagers résultant de l'éruption volcanique en Islande, Paris le 18 avril 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la paralysie du transport aérien et les difficultés de circulation pour les passagers résultant de l'éruption volcanique en Islande, Paris le 18 avril 2010.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Nuage de cendres volcaniques au-dessus de l'Europe suite à l'éruption volcanique en Islande le 15 avril 2010

ti : Je vais vous préciser les conditions pour les 50 à 100.000 Français bloqués à l'étranger. Il est encore très difficile d'en connaître précisément le nombre. Ce que je peux vous dire, c'est que tous les consulats sont pleinement mobilisés et qu'ils ont mis en place une permanence téléphonique et des cellules de crise. Tout le monde ne connaît pas ce numéro de téléphone et, pour certains, il faut le leur procurer, ils sont tous accessibles sur notre site web. On verra la situation pour demain, les annonces seront faites par le gouvernement, mais dans chacun des postes à l'étranger, particulièrement dans les régions touristiques et à New York, Tokyo, etc., des permanences ont été installées. Chacun de ces postes répond et aide le plus possible nos compatriotes.

Cela veut dire, tout d'abord, qu'il faut saluer la solidarité des Français de l'étranger qui, souvent, ont offert sur place à nos compatriotes bloqués une hospitalité dans leurs appartements ou dans des endroits dont ils disposent.

Partout, il y a eu aussi des réactions très positives pour les orienter vers les hôtels les moins onéreux. Par exemple, à New York, on a trouvé des gymnases pour des groupes scolaires. Il y a eu aussi à Tokyo un certain nombre de possibilités qui ont été offertes. Pour New York, puisque j'en parle, le consulat a ouvert une permanence 24 heures sur 24 depuis vendredi matin et nous sommes dimanche soir. Non seulement tous nos agents ont été rappelés, mais une veille nocturne a également été organisée par deux des agents du consulat. Je parle de New York parce que c'est le poste le plus sollicité : il y a eu en tout 856 appels et sollicitations diverses.

Ici, à Paris, nous n'avons pas eu plus de 200 à 220 appels. Cela s'est un peu mal passé à New York parce que le groupe qui assiégeait le consulat était un peu vif, comme si nous étions responsables des éruptions volcaniques ! Nous ne le sommes pas. Nous sommes responsables de l'aide aux Français et aux étrangers et nous faisons face à ces demandes.

La demande est évidemment surtout européenne et il faut qu'il y ait une réponse européenne coordonnée ; cela n'est pas simple. J'espère que ce soir, avec MM. Borloo et Bussereau qui sont attelés à cette tâche, une concertation entre les ministres européens pourra apporter une réponse politique.

Mais les conditions météorologiques ne dépendent pas de la politique. Et ce que nous devons assurer, nous, c'est la sécurité des passagers. Alors tout le monde dispose de cette carte météo, avec le parcours, influencé par les vents, en haute altitude et en basse altitude, de ce nuage qui vient d'Islande. Voilà pour aujourd'hui à 20h00.

Vous savez que les aéroports du sud-ouest sont ouverts pour le moment. Demain, nous préciserons tout cela. Des vols test ont été effectués à partir de Bordeaux et de Toulouse : Paris-Bordeaux, Paris-Toulouse, et Paris-Marseille dans la soirée.

Cela peut donc durer plusieurs jours encore et, au cours de la semaine, une évolution positive aussi peut se faire sentir. Les vents peuvent se modifier - mais là, encore une fois, attendez le communiqué, la météorologie - et modifier leurs orientations au cours de la semaine, ce qui modifierait nos prévisions plutôt dans le bon sens.

Je répète que la carte européenne est très importante et les réactions européennes sont majeures. New York est fermée aux vols qui vont vers l'Europe. Ce n'est pas parce que New York est menacée mais, bien entendu, parce que les vols en provenance de New York sont menacés de ne pas pouvoir atterrir.

Un certain nombre de vols pourraient être déplacés, en provenance des Antilles, par exemple vers Bordeaux. La SNCF - c'est également le ministère des Transports qui vous en donnera les détails - a vraiment organisé un retour très massif, très large des personnes qui pourraient être bloqués dans le Sud-Est et dans le Sud-Ouest : Bordeaux, Toulouse, Marseille ; cela ne devrait pas faire de problèmes en termes de transport vers la capitale.

En tout cas, pour ce qui concerne le ministère des Affaires étrangères et européennes, l'accueil est assuré dans tous les postes depuis vendredi. Tous les agents ont été mobilisés pour aider nos compatriotes qui ont des difficultés ; d'abord financières bien entendu.


Q - N'est-ce pas étonnant qu'on n'ait pas prélevé des échantillons pour savoir quel teneur en cendres il y avait dans l'air ?

R - C'est prévu, mais ce n'est pas facile. Il faut des avions spéciaux, il n'y a pas beaucoup de capteurs à ce niveau et envoyer un avion à travers le nuage sans pouvoir être sûr du résultat des prélèvements, c'est assez difficile, c'est une technique très particulière. Pour le moment, si j'ai bien compris, ce sont les résultats des tests sur les moteurs que nous allons analyser.

Q - A quel type d'urgence, à part celle financière dont vous avez parlé, les Français sont-ils confrontés ?

R - Quelle urgence ? Le temps perdu : pour la famille, pour les enfants qui vont à l'école, pour le travail qui doit reprendre lundi... Mais l'urgence économique est énorme. Mais il vaut mieux assurer la vie des gens même s'ils sont un peu en retard.

Je voudrais attirer votre attention sur la fragilité de ce monde. Aller en vacances, être sûr de revenir à temps, avoir calculé son budget, tout cela ce sont des progrès, même s'ils sont difficiles, même si pour certaines familles c'est beaucoup plus compliqué que pour d'autres. Mais nous ne sommes pas responsables des éruptions volcaniques. Ce n'est pas la première fois qu'en Islande des volcans entrent en éruption, mais en fonction des vents et de la densité de la poussière, nous avons une Europe extrêmement fragilisée. Cela se remettra en route bien entendu.

C'est une horlogerie extrêmement précise, le monde moderne - et l'énorme grain de poussière que cela représente, ce gros nuage modifie complètement les équilibres, cela désarticule leurs vies familiales et c'est très préoccupant pour eux.

Q - Mais quels conseils leur donner à ce moment-là ?

R - Ils sont bloqués dans des endroits où les consulats sont à leur disposition. On ne va pas les débloquer un par un. Ce n'est pas un problème individuel, cela ne sert à rien d'appeler quelqu'un qu'on connaît. Il faut que localement il y ait des aides éventuelles, surtout des indications : les gens sont perdus, ils ne parlent pas la langue et les consulats sont à leur disposition, ils le font très bien.

Q - Ne pensez-vous pas que, les jours passant, l'Europe va être tentée d'aménager quelques couloirs pour tenter de remédier à cette paralysie qui est insupportable ?

R - La France et l'Europe prendront toutes les précautions nécessaires mais, en même temps, agiront pour que l'ensemble du transport aérien reparte et soit disponible pour tous au plus vite, bien entendu, mais pas au péril de la vie des gens.

Q - Vous avez une idée du nombre de Français...

R - Entre 50.000 et 100.000. Pour les Français voyageant sur des compagnies aériennes françaises, nous maîtrisons le nombre, mais pas pour ceux voyageant sur des compagnies étrangères. Et là, c'est très difficile de savoir. Entre 50.000 et 100.000, oui, c'est une estimation un peu large, mais c'est à peu près cela. Et tout le monde ne se manifeste pas...

Q - Y a-t-il eu des cas d'urgence sanitaire ?

R - Des médecins des consulats sont consultés et, dans certains cas, ils font des prescriptions pour que la suite de la thérapeutique que suivaient les personnes puisse être assurée.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 avril 2010

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