Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, dans "L'Economiste" du 29 avril 2010, sur la politique d'accueil des étudiants étrangers qualifiés dans le cadre de l'Office méditerranéen de la jeunesse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, dans "L'Economiste" du 29 avril 2010, sur la politique d'accueil des étudiants étrangers qualifiés dans le cadre de l'Office méditerranéen de la jeunesse.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : - L'Economiste : On l'a vu pour l'UPM, les projets Méditerranéens ont souvent du mal à passer de la théorie à la pratique. Quels garde-fous justement pour l'Office méditerranéen de la jeunesse ?

Eric Besson : Qu'y a-t-il de plus concret que la mobilité des jeunes ? L'Office méditerranéen de la jeunesse sera opérationnel dès la fin de l'année. A Tanger, 16 pays des deux rives de la Méditerranée et l'Union européenne définiront ensemble l'architecture de l'Office et le le périmètre du projet : des facilités de circulation, des bourses, des offres de stages et un mécanisme de parrainage pour l'accès à un premier emploi, Les premières entreprises approchées ne cachent pas leur enthousiasme. elles sont prêtes à s'engager aux côtés des Etats.

- L'Economiste : Le projet annonce une facilitation des procédures de visa, mais uniquement pour les filières d'excellence. Du coup, l'opinion pense que c'est une nouvelle forme de quotas.

Eric Besson : Quelle vision pessimiste d'un projet tourné vers l'avenir ! Notre ambition, celle de tous les pays participant au projet, c'est de donner la priorité à la jeunesse, de lui donner accès à un espace méditerranéen du savoir et de compétences. Pour y arriver, nous avons décidé de procéder par étapes, de façon pragmatique. La première brique de cet office cible en effet des filières universitaires d'excellence, mais pas n'importe lesquelles. Il s'agit de privilégier des filières d'intérêt méditerranéen, c'est-à-dire identifiées au nord comme au sud de la Méditerranée, pour leur capacité à construire les compétences de demain. Nous travaillons dans l'intérêt méditerranéen et nous donnons du sens à la mobilité des jeunes. Ce que nous réalisons aujourd'hui à Tanger est une première étape. L'Office méditerranéen de la jeunesse a vocation à porter par la suite d'autres projets, dans les domaines de la formation professionnelle et des échanges de jeunes par exemple.

- L'Economiste : Les pays de la rive sud redoutent que ces nouvelles «facilités» ne se traduisent par une fuite des cerveaux ?

Eric Besson : Pourquoi ne pas imaginer l'inverse ? Pensez-vous que tous les pays de la rive sud participeraient à ce projet avec autant d'enthousiasme et de détermination s'ils avaient les craintes que vous exprimez ? C'est un projet de promotion des mobilités circulaires qualifiantes (y compris entre les pays du Sud eux-mêmes) dans l'ensemble du bassin méditerranéen

- L'Economiste : Comment croire aux engagements lorsque l'accès au marché du travail français, par exemple, reste toujours difficile pour des étudiants étrangers qualifiés ?

Eric Besson : D'un côté, vous craignez une « fuite des cerveaux », de l'autre vous regrettez un marché du travail français trop « restrictif » pour des étudiants étrangers qualifiés. Cette remarque étant formulée, je vous signale que la France a mis en place un dispositif particulièrement ouvert. Les étudiants étrangers de niveau master peu-vent solliciter une autorisation provisoire de séjour d'une durée de 6 mois pour rechercher et exercer un travail en France après' y avoir obtenu leur diplôme.

Connaissez-vous beaucoup de pays qui ouvrent si largement leur marché du travail aux compétences étrangères ?

- L'Economiste : Compte tenu de son rôle de bouclier sud de l'Europe en matière de lutte contre l'immigration clandestine, le Maroc aura-t-il droit à un statut privilégié ?

Eric Besson : Le Maroc est un partenaire majeur pour la France et pour l'Union européenne. Le statut avancé obtenu en 2008 consacre ce niveau de coopération exceptionnelle, y compris dans les domaines de la lutte contre l'immigration irrégulière, de la promotion des migrations légales et du développement solidaire. Au cours de ma visite au Maroc, je proposerai que nous franchissions de nouvelles étapes pour parvenir à une facilitation maximale de la circulation des personnes entre nos deux pays.

- L'Economiste : La politique migratoire française envoie des signaux ambivalents. D'un côté, elle s'ouvre sur les profils solvables sur le plan économique ou académique. De l'autre, elle se durcit à l'égard des filières d'immigration classique, celles du regroupement familial ou d'asile.

Eric Besson : Comment voulez-vous bien accueillir les étrangers sur votre territoire si vous ne leur donnez pas toutes les chances de maîtriser la langue et les valeurs de la société d'accueil, d'exercer un emploi et de trouver un logement ? L'immigration « choisie » à laquelle vous faites référence répond à cet objectif.

Cette politique n'est pas celle de la France : il s'agit d'une politique des 27 Etats membre de l'union européenne.

Permettez- moi de vous donner quelques chiffres : en 2009, 174.000 étrangers ont été admis en France au titre du long séjour et 108.000 se sont vu octroyer la nationalité française.

Nous sommes par ailleurs le deuxième pays au monde pour la demande d'asile.

Loin d'être une forteresse, la France est un pays ouvert et solidaire, qui n'oublie pas que l'intégration des étrangers est une condition sine qua non pour le demeurer.


propos recueillis par Mohamed BENABID


source http://www.ambafrance-ma.org, le 4 mai 2010

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