Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, dans "Maroc Hebdo international" du 30 avril 2010, sur la politique de l'immigration, le projet d'interdiction du voile intégral et les relations entre l'Union européenne et le Maroc. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, dans "Maroc Hebdo international" du 30 avril 2010, sur la politique de l'immigration, le projet d'interdiction du voile intégral et les relations entre l'Union européenne et le Maroc.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : Maroc Hebdo International : Quelle séduction exerce sur vous le Maroc ?

Eric Besson : C'est plus que de la séduction puisque je me sens chez moi, j'y suis né, j'y ai passé mes 17 premières années, et j'ai des attaches qui sont très fortes au Maroc. On dit que pour un Homme, l'enfance et l'adolescence le marquent plus que les années qui suivent et c'est le cas pour moi. Et je me rappelle quand le président Nicolas Sarkozy a effectué sa visite d'État au Maroc, le roi Mohammed VI m'a dit : "Vous êtes ici chez vous". Et je ne vous cache pas que j'ai eu une enfance très heureuse au Maroc, partagée entre Marrakech, où je suis, né et où j'ai passé mes cinq premières années, et, ensuite, 12 ans entre Mohammedia, Rabat et Casablanca, puisque mes parents vivaient à Mohammedia et moi j'étudiais à Rabat et à Casablanca. Bien évidemment, je garde donc des souvenirs très forts.

Maroc Hebdo International : Vous gardez certainement des images vivantes de ce pays, quelles sont celles qui vous marquent en permanence ?

Eric Besson : La qualité de l'accueil des Marocains... Cette gentillesse, ce don et cette hospitalité naturelle. Lorsque vous allez dans un village retiré, la personne qui vous reçoit fait tout de son mieux pour que vous vous sentiez chez vous.

La deuxième chose importante, c'est que j'ai eu la chance de vivre dans un pays où on considérait que l'étranger devait être protégé. Je n'oublie jamais que, lorsque j'y vivais, musulmans, chrétiens et juifs vivaient en parfaite harmonie. Donc, je garde à la fois les souvenirs d'une enfance heureuse mêlés au plaisir d'y retourner. Et les souvenirs heureux, il me faudrait 12 exemplaires de Maroc Hebdo International pour les raconter.

Maroc Hebdo International : Et vous y retournez souvent ?

Eric Besson : J'y étais il y a un mois, et j'ai eu le plaisir de retrouver dans le pensionnat du lycée Lyautey à Casablanca, beaucoup de Marocains de ma génération, c'est-à-dire de ma classe de la 6e à la 3e.

Donc voilà, le Maroc et moi, c'est un art de vivre, un attachement, une hospitalité et des valeurs... Et, aussi cette diversité culturelle qui fait du Maroc une terre de métissage. Un autre avantage, et non des moindres, est que le Roi du Maroc incarne à la fois le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, ce qui a probablement permis au Royaume d'échapper aux tentations intégristes qui ont touché d'autres pays.

Maroc Hebdo International : Les Français estiment dans leur majorité que la cuisine marocaine est la meilleure au monde après la cuisine française. Qu'en dites-vous?

Eric Besson : Je suis très heureux que l'on pense ainsi de l'art culinaire marocain. Une anecdote : la dernière fois que je suis parti au Maroc, j'ai pris deux kilos et demi en trois jours.

C'est que je ne peux résister au couscous, cornes de gazelles, thé à la menthe et autres saveurs marocaines. Autre anecdote concernant, cette fois, l'ancien capitaine de l'équipe du Maroc et du Chabab de Mohammedia, Ahmed Faras. Il y a un mois, quand je suis allé en déplacement au Maroc, j'ai été fait citoyen d'honneur de la ville de Mohammedia, un geste qui m'a fait énormément plaisir, et discutant avec tes autorités de la ville, j'ai évoqué le nom de Faras et mon attachement au Chabab de Mohammedia, qui était à l'époque une grande équipe, (j'ai appris avec tristesse qu'elle est maintenant en 2e division), Le maire me dit qu'il habite juste à côté de chez lui et, le lendemain, il est venu en compagnie de Faras, qui m'a apporté un beau ballon de foot que je garde aujourd'hui dans mon appartement de fonction au siège du ministère.

Maroc Hebdo International : Avez vous évolué au club du Chabab -ou vous étiez simplement supporter ?

Eric Besson : Le sport que j'ai le plus pratiqué au Maroc, c'est la baignade dans l'Atlantique, le jeu dans les vagues.

J'ai aussi fait beaucoup de tennis et pas mal de football, avec un grand regret qui était que les Marocains étaient tous plus forts techniquement que moi, donc, en général, on me mettait dans le but, et il a fallu que je revienne en France pour rentrer un peu sur le terrain.

Maroc Hebdo International : Gardez-vous des images sur certains aspects culturels spécifiques au Maroc, tels la fantasia, le folklore..:?

Eric Besson : Cette facette du patrimoine culturel m'a moins touché. Et c'est maintenant que je l'apprécie réellement, parce que je vivais au Maroc et j'avais l'impression que le folklore était fait pour les touristes. Il m'a fallu longtemps pour succomber aux charmes de la place Jamaâ El Fna. Evidemment, j'appréciais cette place comme tout le monde, mais sans plus. C'est maintenant que, devenant moi-même un touriste, j'ai changé de regard.

Maroc Hebdo International : Vous avez qualifié la mise en place du visa de long séjour valant titre de séjour de "révolution pour les règles d'entrée et de séjour" sur le territoire français. Voudriez- vous nous éclairer sur le caractère "révolutionnaire" de cette démarche ?

Eric Besson : Le visa de long séjour valant titre de séjour (VLSTS) constitue effectivement une révolution pour les règles d'entrée et de séjour sur le territoire français. Il autorise désormais l'entrée et le séjour en France, sans obligation de demander un titre de séjour pendant les douze premiers mois de la présence en France.

Cette mesure de simplification supprime l'instruction successive de la demande de visa par le consulat et ou premier titre de séjour par la préfecture. Elle va concerner l'ensemble des conjoints de Français, des salariés, y compris les salariés détachés, des travailleurs temporaires et des étudiants. Au total, ce sont près de 100.000 étrangers par an qui devraient pouvoir en bénéficier.

Maroc Hebdo International : Pour quelles raisons avez-vous, dans le projet de loi adopté récemment en Conseil des ministres, porté de 30 à 45 jours la durée de rétention des étrangers expulsables ?

Eric Besson : Ce sont les pays d'origine qui nous demandent un délai suffisant pour reconnaître leurs ressortissants et délivrer les laissez-passer consulaire. Cette durée maximale de 45 jours correspond aussi à la règle actuellement négociée par la Commission européenne avec des pays tiers pour la délivrance des laissez-passer consulaires dans le cadre des accords européens de réadmission : elle est donc nécessaire à la bonne insertion des pratiques françaises dans le cadre européen.

La France restera le pays européen dont la durée maximale de rétention est la plus courte, et très nettement inférieure à la durée maximale fixée par la directive communautaire, qui est de 6 mois.

On vous reproche votre tendance à durcir encore davantage les conditions d'entrée et de séjour en France en instaurant une interdiction de retour sur le territoire français et en créant des zones d'attente "dématérialisées".

Eric Besson : L'interdiction de retour, comme les zones d'attente temporaires, ne constituent pas des obstacles à l'immigration légale, mais des instruments de dissuasion de l'immigration illégale. Les personnes qui entrent et séjournent illégalement en France, qui ne disposent d'aucun droit à s'y maintenir et qui refusent toute proposition de retour volontaire, doivent être reconduites dans leur pays d'origine et ne doivent pas pouvoir y revenir immédiatement. C'est une mesure de bon sens.

Concernant les zones d'attente temporaires, elles visent à permettre de répondre à une arrivée massive d'immigrés en situation irrégulière en dehors d'un point de passage frontalier, c'est-à-dire à un point de passage dépourvu de zone d'attente permanente. Il s'agit là aussi d'une mesure de bon sens.

Plusieurs dérapages verbaux ont jalonné le "débat sur l'identité nationale" qui, au lieu de donner aux étrangers un guide de valeurs républicaines à respecter, a pris pour cible l'immigration maghrébine et africaine. Qu'en dites-vous ?

Eric Besson : Le grand débat sur l'identité nationale a pour but de réaffirmer ce qui rassemble les Français autour d'un projet commun, qu'il s'agisse de leur histoire, de leur culture, de leur langue, des valeurs et principes qui les unissent, ou du projet commun qui les anime. Quelques dérapages ultra minoritaires ont été surmédiatisés. Ils ont été exploités politiquement par une gauche angélique, qui nie toute nécessité de maîtriser les flux migratoires, et une extrême-droite xénophobe, qui rejette toute immigration. je suis convaincu, au contraire, que tous les républicains doivent se réapproprier l'idée de Nation, une Nation qui accueille et qui intègre ceux à qui elle a accordé le droit de séjour.

Le débat sur la burqa continue de raviver les tensions au sein des partis politiques de droite comme de gauche. Etes-vous pour une loi d'interdiction totale du voile intégral ?

Eric Besson : Oui, j'y suis favorable. Le gouvernement présentera prochainement un projet de toi portant interdiction générale du voile intégral dans l'ensemble de l'espace public.

Le port du voile intégral constitue une atteinte à nos principes républicains, notamment à l'égalité entre homme et femme.

Quelle reconfiguration à votre avis de la place du Maroc au sein de l'Union Européenne, après le Statut avancé qui lui a été accordé en 2008 ?

Eric Besson : Le Statut avancé est la marque du partenariat d'exception entre l'Europe et le Maroc ; aucun pays de la région n'est parvenu à un tel niveau de coopération avec l'Union Européenne.

Cette décision historique permettra au Maroc de participer progressivement à de nombreux programmes européens. Nous travaillerons désormais ensemble dans tous les domaines, y compris dans des affaires aussi stratégiques que le règlement des crises internationales. C'est le même esprit qui anime le Maroc et la France dans la construction de l'Union pour la Méditerranée. Et ma visite au Maroc s'inscrit dans ce cadre puisque je devrais ouvrir, le 29 avril à Tanger, avec le ministre Mohamed Ameur, la conférence de lancement de l'Office méditerranéen de la jeunesse.


Source http://www.ambafrance-ma.org, le 4 mai 2010

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