Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, sur le développement de l'animation culturelle et artistique en milieu hospitalier, Paris le 6 mai 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, sur le développement de l'animation culturelle et artistique en milieu hospitalier, Paris le 6 mai 2010.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de la santé et des sports

Circonstances : Signature de la convention "culture à l'hôpital" à Paris le 6 mai 2010

ti : Monsieur le ministre, cher Frédéric Mitterrand,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,


Tout d'abord, je veux vous remercier chaleureusement, cher Frédéric, de m'accueillir ici, rue de Valois, dans ce superbe Ministère de la Culture, que vous dirigez avec talent.

C'est pour moi une grande satisfaction de signer à vos côtés cette nouvelle convention culture-santé, car je sais que nous prenons tous deux la pleine mesure de l'importance d'une telle initiative.

J'y vois l'occasion de réaffirmer avec force tout le prix que nous accordons au développement et à la pérennisation d'une politique d'animation culturelle et artistique en milieu hospitalier.

Cette volonté commune - qui a abouti en 1999 à la signature de la première convention culture-santé - résulte d'un constat simple : l'existence d'une vie culturelle de qualité dans les structures de soins permet d'améliorer substantiellement la prise en charge globale du patient.

En un mot, l'art aide à mieux vivre et à mieux se soigner.

En réinventant le cadre de vie, mais aussi en favorisant l'expression des soignés comme des soignants et en enrichissant le regard de chacun, la culture contribue précieusement à la politique de santé.

Elle confère également à l'usager une place renouvelée, et c'est un sujet essentiel pour moi qui ai fait de la promotion des droits des patients un axe majeur de mon action en matière de santé.

J'ai donc mis un point d'honneur à illustrer cette dimension dans la loi « Hôpital, patients, santé et territoires » (HPST), qui intègre ainsi, dans les contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM) des établissements de santé, un volet social et culturel.

Quant aux agences régionales de santé (ARS), véritable pilier de la réforme que je porte, elles ont désormais pour mission d'encourager et de favoriser, en lien étroit avec les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les collectivités territoriales qui souhaitent s'y investir, l'élaboration et la mise en oeuvre de projets culturels au sein des établissements.


Vous avez fort bien illustré dans votre propos, cher Frédéric, tout ce que le monde de la santé peut apporter à celui de la culture.

Pour ma part, je voudrais évoquer tout ce que la culture peut apporter à la santé, et à l'hôpital en particulier.

Car, à n'en pas douter, ces deux univers ont toujours été, historiquement, très imbriqués, et je dirais même que nos hôpitaux ont souvent été des lieux privilégiés de l'expression artistique.

Pour s'en convaincre, il suffit de visiter la magnifique chapelle en croix grecque de la Pitié-Salpêtrière et les Hospices de Beaune, d'admirer la fresque de Fernand Léger à l'hôpital de Saint-Lô ou les oeuvres d'art achetées pour l'hôpital européen Georges Pompidou.

La santé comme l'art, en effet, sont l'expression de la vie même.

Nous le savons, la situation de patient hospitalisé constitue souvent une épreuve dans une trajectoire personnelle, qui se trouve provisoirement ralentie.

Affaibli, le malade voit ses repères familiers brouillés et éprouve souvent un sentiment d'isolement.

Dans un tel contexte, l'accès à l'art et à la culture ne saurait se limiter à un rôle anecdotique.

Il est au contraire un vecteur crucial de valorisation personnelle et sociale.

Lorsque la maladie nous rend plus dépendant et plus vulnérable, la culture permet en effet de reconquérir une parcelle d'autonomie, de se réapproprier une identité fragilisée, et de restaurer, en chacun de nous, dignité et estime de soi.

Synonyme d'ouverture sur le monde dans toute sa diversité, la culture devient alors une profonde source d'enrichissement personnel pour le patient, que ce dernier ait eu ou non accès à cette culture avant la parenthèse que constitue sa maladie.

Ainsi, dans le nouveau rapport au temps induit par une hospitalisation - un temps plus dilaté -, l'accès à la culture peut être l'occasion de découvrir en soi des goûts ou des talents jusqu'alors insoupçonnés ou réfrénés.

Moi-même marraine d'une association qui vise à diffuser l'art lyrique au sein des maisons de retraite, je suis particulièrement sensible à cette dimension.

Je n'oublie pas non plus que les initiatives culturelles se font aussi au bénéfice de l'ensemble des personnels hospitaliers, qui peuvent y puiser le moyen de renouveler le regard qu'ils portent sur leur propre pratique.


Au-delà de ce progrès pour les soignants comme pour les soignés, la culture constitue un élément fort du management social d'un établissement de santé.

Les excellents travaux de la commission culture des directeurs de CHU et de la Fédération hospitalière de France (FHF) illustrent le souci, de plus en plus fréquent, de placer l'expression artistique au coeur des politiques d'établissement.

A cet égard, il existe nombre de projets innovants permettant de décloisonner les différents métiers de l'hôpital et de les réunir autour de valeurs partagées.

Les chiffres, à eux seuls, sont éloquents. Une vingtaine de conventions régionales signées entre ARH et DRAC, près de 200 jumelages financés entre établissements, plus de 400 projets portés, de nombreuses journées d'échanges thématiques organisées entre acteurs hospitaliers et culturels : ainsi, dix ans après sa signature, la première convention présente un bilan particulièrement positif.

Il est le fruit d'une remarquable mobilisation des acteurs concernés, et en particulier des personnels hospitaliers, dont je veux saluer les trésors de créativité, d'imagination et d'attention à l'autre, à tous les autres.


Par ailleurs, et c'est fondamental, le développement de projets culturels permet de rapprocher l'hôpital de la ville.

L'hôpital n'est plus une « citadelle » éloignée des enjeux citoyens ; il est un lieu de rencontres et d'échanges, au coeur même de la vie, de nos vies.

L'essor de projets architecturaux ouverts sur la ville, la présence de « maisons des artistes » au sein des enceintes hospitalières, la réalisation d'ouvrages d'art dans les établissements sont autant de moyens de faire pénétrer la cité dans l'hôpital, de faire reculer l'isolement, de rendre le séjour hospitalier plus humain, et peut-être même plus efficace.

En la matière, plusieurs municipalités ont proposé des initiatives intéressantes, en lien avec les directions régionales des affaires culturelles (DRAC), et je tiens à les saluer.

Indispensable, ce mouvement doit se poursuivre et s'amplifier, et je compte sur les agences régionales de santé (ARS) pour promouvoir l'inscription des projets culturels dans les schémas régionaux d'organisation sanitaire (SROS), en partenariat avec les collectivités territoriales qui le souhaiteront.


La nouvelle convention culture-santé, que nous nous apprêtons à signer ensemble, cher Frédéric, résulte, je l'ai dit, d'une implication sans faille de la Fédération de l'hospitalisation de France (FHF), implication d'ailleurs formalisée dans un protocole annexé à ce document.

Cette convention insuffle un nouvel élan, en prenant en compte la réforme en cours du secteur hospitalier et médico-social, et en posant les bases de l'évolution et de l'élargissement de cette politique interministérielle.

A ce titre, cette convention est élargie, pour la première fois, et ceci à titre expérimental, aux établissements médico-sociaux, au sein de quatre régions pilotes qui seront désignées à cet effet.

Par ailleurs, elle réaffirme l'importance que nous accordons au mécénat.

Ainsi, elle encourage la création d'une fondation ayant pour objet de réunir, d'administrer et de distribuer les contributions des donateurs privés, pour favoriser la diffusion à large échelle de la culture à l'hôpital.

Enfin, cette convention entend conférer toujours plus de rayonnement et de notoriété à ces politiques, en consolidant les partenariats, en accentuant les dynamiques, et aussi en améliorant la communication.

Je pense, par exemple, à la création d'un site internet dédié afin de mettre en valeur les projets et de favoriser le partage d'expériences.

Par ailleurs, je vous rejoins tout à fait, cher Frédéric, sur deux idées très fructueuses : l'organisation, en 2011, d'un colloque international sur la coopération de tous les acteurs dans le domaine culture-santé et de nouvelles journées de la culture à l'hôpital, autant d'actions qui confortent la visibilité de ce champ dans l'espace public.


Je sais, cher Frédéric, que vous partagez avec moi cette conviction que nos hôpitaux, ancrés au coeur de la vie, sont un fidèle reflet de l'état de notre civilisation.

C'est pourquoi, ensemble, nous serons toujours là pour garantir à tous les acteurs notre soutien le plus absolu, un soutien que nous aurons d'ailleurs l'occasion de réaffirmer lors du déplacement que nous ferons prochainement dans un établissement de santé.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 7 mai 2010

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