Déclaration de M. Hervé Morin, ministre de la défense, sur le rôle des officiers dans l'armée française, à Salon de Provence le 14 janvier 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hervé Morin, ministre de la défense, sur le rôle des officiers dans l'armée française, à Salon de Provence le 14 janvier 2010.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

Circonstances : Déplacement dans les écoles d'officiers de l'armée de l'Air, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) le 14 janvier 2010

ti : Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs,


Depuis maintenant plus de 2 ans, sous l'autorité du Président de la République, j'ai engagé le ministère de la Défense dans un vaste effort de modernisation, avec pour objectif de rendre notre outil de défense toujours plus opérationnel et réactif.

Les choix que nous avons faits étaient nécessaires, car ils étaient la condition pour que toutes les économies réalisées au sein du ministère puissent être réinvesties au profit de l'équipement de nos forces et de la condition du personnel, conformément aux engagements du Président de la République.

En tant qu'officiers, vous allez être les acteurs essentiels de ces changements.


Quel que soit votre métier, quelle que soit votre spécialité, pilotes, mécaniciens, « basiers », commissaires, vous avez choisi le milieu aéronautique et spatial. C'est un milieu à la fois exaltant et exigeant.

Mais comme tous les élèves officiers, votre scolarité vous prépare avant tout à un seul objectif : le commandement au combat. Chacune des étapes de votre carrière sera orientée vers cette finalité ultime des Armées.

Le métier que vous avez choisi n'est donc comparable à aucun autre. Ce qui distingue un chef militaire, c'est avant tout le don de soi et la disponibilité.

Don de soi pour votre pays, d'abord. A travers vous, c'est la survie de la Nation ou la défense de ses intérêts vitaux qui sont en jeu. Vous savez que l'engagement des forces armées est l'expression la plus extrême de la volonté politique. Soyez toujours conscient de cette dimension de votre action. C'est le fondement de votre engagement, la raison d'être de votre mission.

Vous devrez également être disponibles pour vos subordonnés. Vous aurez la chance d'être très rapidement en charge de vraies responsabilités, dont dépendront souvent des vies humaines. Vous encadrerez des femmes et des hommes. Vous devrez être à leur écoute et vous devrez aussi être exemplaires. Vous serez celui qui valorise le travail de chacun, tout en s'imposant par son courage et son autorité naturelle, sa compétence et son discernement ; celui que l'on suit car il inspire confiance.

Vous jouerez ainsi auprès de vos subordonnés, parfois de vos pairs, issus de milieux divers ou de cultures différentes, le rôle d'intégration, de promotion sociale et de solidarité dont les armées françaises doivent être fières.

Bien des choses ont changé depuis le Maréchal Lyautey, mais votre fonction sociale est toujours aussi essentielle. Elle s'inscrit à la fois dans la recherche de l'excellence pour chacun et dans la promotion des diversités qui font la force et la richesse de notre société. C'est dans cet esprit que j'ai lancé un « plan égalité des chances », notamment dans les lycées militaires dont certains d'entre vous sont issus. A l'école de l'Air, vous allez recevoir beaucoup. Je vous encourage à donner en retour, notamment en poursuivant dans la voie du tutorat auprès des lycéens d'Aix, Marseille et Salon de Provence.

Cette exigence de disponibilité sera la vôtre tout au long de votre carrière. Elle entraînera des absences longues et répétées, des décollages sans préavis, des retours incertains et des contraintes fortes, pour vous comme pour vos familles et vos proches. En tant qu'aviateurs, vous serez souvent les premiers engagés et les derniers partis des théâtres d'opération.

Vous le voyez, votre engagement devra être total. Je sais que vous vous y préparez, jour après jour, en suivant la devise du Capitaine Guynemer gravée sur la stèle de l'Ecole : « tant que l'on n'a pas tout donné, on n'a rien donné ».


Dans votre carrière d'officiers, vous serez confrontés à trois défis.

En premier lieu, notre armée est redevenue une armée d'emploi. Dans les années qui viennent, vous serez tous engagés en opérations extérieures. Vous serez tous confrontés au combat à un moment ou à un autre. Le succès de votre mission dépendra de trois conditions.

L'esprit interarmées, d'abord. Votre formation initiale doit vous permettre de dominer les spécificités de l'arme aérienne, mais aussi de vous ouvrir aux autres armées. Le Séminaire Interarmées des Grandes Ecoles Militaires (SIGEM), auquel vous participerez dans quelques semaines, doit vous encourager à cultiver cet esprit interarmées tout au long de votre carrière.

La deuxième clé du succès, c'est votre capacité à coordonner votre action avec celle des autres acteurs afin d'apporter une réponse globale aux conflits. Nous le voyons en Afghanistan, où l'action de nos soldats au service de la reconstruction du pays est notre meilleur argument pour gagner la confiance des populations à notre cause.

Enfin, troisième condition de votre succès en opérations : la gestion de l'impact médiatique de votre action. Vous serez notamment confrontés à la tension entre le temps court de l'opinion publique et le temps long de l'action stratégique.

Le deuxième défi que vous aurez à relever, c'est le caractère multinational de nos opérations.
- Je pense bien sûr à l'OTAN, où la France a désormais repris une place pleine et entière. Beaucoup d'entre vous seront à un moment ou à un autre de leur carrière insérés dans une structure de l'OTAN. Il convient de vous y préparer dès maintenant.
- Je pense aussi à l'Europe de la défense, où nous devons prolonger l'élan donné sous la Présidence française. Dans le domaine de l'Armée de l'Air, nous devons poursuivre le développement des projets engagés, qu'il s'agisse de la création des différentes écoles de pilotage, de la mise en place d'un commandement de l'aviation de transport européen ou des accords de coopération avec nos voisins pour la police du ciel.

Pour chacun d'entre vous, cela implique de s'ouvrir aux cultures de nos partenaires. Je me réjouis de constater que de nombreux élèves officiers étrangers, notamment africains, effectuent une scolarité complète dans votre école. Je suis également très heureux de voir qu'ici, à Salon, l'Erasmus militaire est déjà une réalité.

Le troisième défi auquel vous serez confrontés au cours de votre carrière, c'est le défi de la créativité et de l'innovation. Face à l'évolution des menaces, l'officier d'aujourd'hui ne peut pas être un simple technicien de la chose militaire. A l'ère des drones, des risques de militarisation de l'espace et de la nécessaire maîtrise des réseaux d'information et de communication, il vous reviendra en particulier d'inventer de nouveaux modes d'action, afin d'exploiter les formidables ressources qu'offre la troisième dimension. Vous devrez aussi concevoir les besoins en systèmes d'armes de demain, des systèmes capables de permettre à la France et à l'Europe de rester à la pointe de la technologie et de vivre en paix et dans la sécurité.

Pour atteindre ces objectifs, la Défense doit continuer à renforcer ses liens avec le monde de l'industrie. C'est en unissant nos forces que nous construirons une industrie forte et compétitive au service de notre défense et de la sécurité nationale. A travers ses formations de haut niveau, à travers son pôle de recherche et sa collaboration avec l'ONERA, votre école a tout son rôle à jouer pour nous permettre d'avancer dans cette voie.


En vous assurant de ma confiance, je vous souhaite bon courage et me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 18 mai 2010

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