Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur la lutte contre l'homophobie dans le sport, Paris le 18 mai 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur la lutte contre l'homophobie dans le sport, Paris le 18 mai 2010.

Personnalité, fonction : YADE Rama.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux sports

Circonstances : Journée mondiale contre l'homophobie

ti : Avec les associations LGBT, nous avons un passé en commun.

Un passé riche.

Un combat pour les valeurs, pour la dignité.

Il y a un an tout juste, j'organisai et je présidai le premier Congrès mondial sur les droits de l'Homme, l'orientation sexuelle et l'identité de genre. J'étais également à l'initiative de la Déclaration pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité, portée à aux Nations Unies, à New York.

Nous n'en avons pas fini avec ce combat.

Nous n'avons pas fini d'en appeler aux principes qui nous sont chers. La fraternité. Le respect de la différence. Le refus de la discrimination, de l'exclusion, de la stigmatisation.

Et nous avons désormais, avec les associations LGBT, un avenir en commun.

Je suis fière qu'aujourd'hui, à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie initiée par Louis-Georges TIN et le Comité IDAHO, le sport porte un message républicain de liberté, d'égalité, de fraternité.

Mais ce message n'est pas celui d'une seule journée.

Ce message doit résonner, il doit être porté haut et fort, il doit être répété, et il le sera, tant qu'une seule personne, qu'il s'agisse d'un sportif, d'un éducateur, d'un supporter, d'un dirigeant, fera l'objet d'un comportement discriminant en raison de son orientation sexuelle, réelle ou supposée.

L'écho de ce message devra porter partout où des agressions, des insultes ou des attitudes homophobes déshonorent le sport. Car rien n'est tolérable. Il n'y a pas de « folklore », de « rituel ». Il n'y a que des comportements néanderthaliens. Il n'y a pas de « petite » insulte, d'insulte « pour rire ». Il n'y a que des mots qui blessent, des mots qui, parfois, tuent : les jeunes hommes homosexuels ont 13 fois plus de risques de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels. Des mots qui, parce que vous les avez trop entendus, conduisent vos pas au bord des falaises, parce que vous ne savez plus qui vous êtes, parce que l'image que ces mots vous renvoient de vous-même est brouillée, comme l'explique Gareth THOMAS, ancien capitaine de l'équipe de rugby du Pays de Galles.

Gareth, vous le savez, devait être avec nous aujourd'hui. Pour témoigner. Et pour afficher son soutien. Le nuage de cendres, malheureusement, en a décidé autrement. Mais je tiens à saluer Gareth et lui dire à quel point j'admire son courage, à quel point ce qu'il a fait, en acceptant de rendre publique son homosexualité, en acceptant tout simplement d'en parler, est important. Et je sais que, par la suite, nous pourrons compter sur Gareth THOMAS à nos côtés.

L'homophobie est un nuage de cendres qui répand sur le sport un voile d'obscurité et de déshonneur.

La lutte contre l'homophobie est de la responsabilité de chacun. C'est bien sûr la mienne. C'est celle du Secrétariat d'Etat aux Sports, de son administration centrale comme de ses services décentralisés. J'ai d'ailleurs créé une cellule de prévention de la violence et des discriminations dans le sport. C'est celle du mouvement sportif dans son ensemble. C'est celle des supporters, des pratiquants, des éducateurs, des formateurs de formateurs, celle bien sûr des dirigeants.

Je salue l'engagement du Paris Football Gay, comme des représentants des fédérations qui sont présents aujourd'hui et notamment Francis DIDIER, président de la fédération française de karaté, Fernand DUCHAUSSOY, président de la ligue de football amateur, Daniel HETTE, secrétaire général de la fédération française de tennis, qui représente son président Jean GACHASSIN, Jean-Claude SKRELA, DTN de la fédération française de rugby, qui représente son président Pierre CAMOU, Philippe DALLONGEVILLE, directeur administratif de la fédération française de rugby à XIII.

Le mouvement sportif et les associations gaies et lesbiennes, représentées par la FSGL (fédération sportive gaie et lesbienne), SOS Homophobie, le Comité IDAHO et le Paris Foot Gay, partagent le même objectif. Cet objectif est double :
* bannir du sport professionnel, du sport de haut niveau, de l'ensemble de nos clubs et de nos associations, les attitudes, les agressions, les insultes homophobes. Celles-ci n'y ont pas leur place (elles n'ont d'ailleurs leur place nulle part) et ne doivent faire l'objet d'aucune tolérance. C'est la lutte contre l'homophobie dans le sport.
* utiliser le sport, qui est, avec la famille et l'école, l'un des trois principaux piliers de l'éducation de la jeunesse, pour enseigner le respect de la différence d'orientation sexuelle ou d'identité de genre. C'est la lutte contre l'homophobie par le sport.

Pour atteindre ce double objectif, j'ai proposé, en concertation avec le mouvement sportif et les associations gaies et lesbiennes, les premières orientations d'un véritable plan d'action pour la prévention et la lutte contre l'homophobie, structuré autour de six priorités.

Première priorité : former. Je souhaite que soit étudiée, notamment en lien avec l'INSEP, la mise en place d'un module de sensibilisation à la lutte contre l'homophobie dans la formation de tous les éducateurs sportifs. Deuxième priorité : connaître. Je souhaite que soit lancée, en collaboration avec SOS Homophobie, une enquête sur la réalité de l'homophobie dans le sport, dont les conclusions devront être connues d'ici la fin de l'année. Troisième priorité : écouter. J'ai demandé que le Secrétariat d'Etat relaye auprès du mouvement sportif le numéro de la ligne d'écoute anonyme de SOS Homophobie. Quatrième priorité : rassembler. Je souhaite que le prochain regroupement relatif à la lutte contre l'homophobie du réseau FARE (Football Against Racism in Europe, qui s'implique aussi dans la lutte contre les discriminations et l'exclusion) puisse se tenir à Paris, début 2011. Cinquième priorité : s'engager. Je proposerai à toutes les fédérations de montrer leur détermination en signant une Charte contre l'homophobie dans le sport, qui proposera des engagements concrets. D'ores et déjà, plusieurs fédérations m'ont donné leur accord de principe pour signer et faire appliquer cette charte. C'est le cas des fédérations présentes, et je les en remercie très chaleureusement : le football, le rugby, le rugby à XIII, le tennis et le karaté. Mais c'est aussi le cas, par exemple, des fédérations de basketball, de judo ou de lutte. Parce qu'elle sensibilise et engage chacun, cette charte est un moment clé de la lutte contre l'homophobie dans le sport. Sixième priorité : soutenir. Je proposerai que la lettre d'orientation du CNDS inclue désormais la lutte contre l'homophobie dans ses priorités. Des soutiens spécifiques seront apportés à des programmes de lutte contre l'homophobie au niveau local, dans toutes les régions. Dès à présent, j'ai demandé au CNDS de consacrer 100.000 euros à des projets sportifs innovants dans le domaine de la lutte contre l'homophobie dans et par le sport.

Un groupe de travail, rassemblant le Secrétariat d'Etat aux Sports, le mouvement sportif et les associations gaies et lesbiennes, est déjà à pied d'oeuvre pour concrétiser dans les meilleurs délais la totalité de ce plan d'action pour la prévention et la lutte contre l'homophobie dans et par le sport. Gareth THOMAS a accepté d'être l'ambassadeur de notre travail, et je l'en remercie très chaleureusement. J'ai également proposé à Amélie MAURESMO d'en être la co-ambassadrice, aux côtés de Gareth. Nous allons nous rencontrer très bientôt pour en parler ; mais je sais qu'Amélie est prête à s'investir, et j'en suis très heureuse. Elle sait qu'elle a toute mon admiration.


Source http://www.sports.gouv.fr, le 20 mai 2010

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