Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur la lecture et la "culture pour chacun" dans le cadre de l'opération "à vous de lire", Paris le 18 mai 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur la lecture et la "culture pour chacun" dans le cadre de l'opération "à vous de lire", Paris le 18 mai 2010.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

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« Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre », c'est-à-dire, écrit Marcel PROUST, « ceux que nous avons passés avec un livre préféré ». Et il ajoute : « Tout ce que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin : le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l'abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de sur la page ou à changer de place, les provisions de goûter qu'on nous avait fait emporter et que nous laissions à côté de nous sur le banc, sans y toucher, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et où nous ne pensions qu'à finir le chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre chose que l'importunité, elle en gravait au contraire en nous un souvenir tellement doux, tellement plus précieux - à notre jugement actuel - que, s'il nous arrive encore aujourd'hui de feuilleter ces livres d'autrefois, ce n'est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l'espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n'existent plus ».

Si j'ai choisi d'ouvrir cette conférence de presse par la lecture de cette très belle page de Marcel PROUST, c'est d'abord parce que l'écrivain y exprime parfaitement la magie de l'expérience intime et fondatrice de la lecture, cette activité singulière que nous partageons.

Inviter à démultiplier ce partage : telle est l'ambition d'« A vous de lire !». Cette fête de la lecture sous toutes ses formes et dans tous ses états s'inscrit au coeur de mon grand principe d'action au ministère de la Culture et de la Communication, ce que j'appelle la « culture pour chacun ». La lecture reste à mes yeux l'axe même et le levier par excellence de la « culture pour chacun », c'est-à-dire de cet idéal de permettre à chacun, quelle que soit son originale culturelle ou sociale, d'inventer son propre chemin vers les oeuvres de l'esprit...

Mon plan d'une « lecture pour chacun », dont j'ai eu le plaisir de dévoiler, au mois de mars dernier, les 14 propositions, s'articulent autour de ce moment de partage et de fête que j'ai la joie et l'honneur de vous présenter aujourd'hui.

Cette fête, il était nécessaire d'en repenser la formule et d'en adapter les contours. La « lecture pour chacun » n'a de sens que si nous laissons de côté la tonalité parfois prescriptive des institutions culturelles, et si nous lui préférons une dimension active et même interactive, nécessaire à l'appropriation culturelle. Chacun doit devenir un acteur de la culture, pas seulement comme auteur, écrivain, créateur, mais en tant que passeur, médiateur, interprète, animateur, toutes ces instances de partage de l'émotion qui sont si nécessaires à la vie culturelle d'un pays. « A vous de lire ! » en somme - à chacun d'entre vous, à chacun d'entre nous de lire et de donner l'envie de la lecture !

Durant quatre jours, cette première édition d' « A vous de lire ! » contribuera à investir d'une manière nouvelle l'espace public, en donnant à chacun l'occasion de lire à haute voix les textes de son choix dans les lieux les plus insolites : dans les cafés, les marchés, les magasins, les centres commerciaux, mais aussi dans les hôpitaux et les centres pénitenciers, ou encore les parcs et les jardins, théâtres de verdure transformés en théâtres de lecture. Ces manifestations gratuites donneront lieu à des lectures en continu d'ouvrages intégraux, à des mises en espace de textes, mais aussi à des bals et à des pique-niques littéraires, et à bien d'autres formes de lecture à bâtons rompus - libres vagabondages à travers les mots, poèmes, récits, pièces de théâtre, de tous genres et de tous styles...

Je tiens à saluer l'engagement des collectivités territoriales, ainsi que des professionnels du livre et de la lecture, qui ont rivalisé d'imagination et de fantaisie. Je pense, par exemple, à ces « cueillettes sonores » organisées sur les places des marchés de Marseille, à partir de lectures et de micros-trottoirs sur le thème du « Livre qui a changé ma vie », et à bien d'autres initiatives heureuses et originales...

Ce principe participatif est, je crois, emblématique d'un nouveau mode d'action du ministère, davantage à l'écoute des pratiques et des usages d'aujourd'hui, sans exclusive, plus proche des évolutions de la société et des attentes de nos concitoyens.

Trois lignes de force animeront cette grande fête participative.

La première, c'est l'initiation des lecteurs de demain. On ne naît pas lecteur, on le devient, et l'on a besoin, pour y parvenir, d'une sensibilisation, d'une acclimatation et donc d'une médiation. Deux opérations ont été lancées en sens :

D'abord, en partenariat avec le ministère de l'Education Nationale et de concert avec le groupe « Jeunesse » du Syndicat National de l'Edition, dont je salue les représentants respectifs, a permis de concevoir un jeu intitulé « Mon livre préféré » à destination des classes de CM1 et de CM2, soit environ 1 300 000 élèves. Il amènera les enfants à se familiariser avec les oeuvres de la littérature et développera leur curiosité, de façon à la fois ludique et intelligente.

La seconde opération, menée avec les éditions Bayard-Milan que je remercie chaleureusement, a conduit à l'édition d'un livret destiné à aider les jeunes lecteurs - mais aussi les moins jeunes, à commencer par leurs parents - à faire leur choix dans une production éditoriale foisonnante : il s'agit, encore et toujours, d'éviter l'écueil de l'intimidation sociale. Cent livres sont présentés dans ce guide, imprimé à 500 000 exemplaires, qui sera disponible dans de nombreuses librairies et mis en ligne sur le site de l'événement.

Je souhaite, bien sûr, que ces deux partenariats se renforcent encore dans les années à venir.

Mais cette initiation des plus jeunes ne serait pas suffisante sans une diffusion plus large de la manifestation auprès de tous les publics, toutes générations confondues. À cet effet, un partenariat avec la SNCF a permis de mettre en place un grand passe-livres national, qui inaugure un nouveau type de fête collective. Le jeudi 27 mai, pas moins de 10 000 livres partiront en voyage à bord d'innombrables trains, feront escale dans de nombreuses gares et circuleront de mains en mains. Le site internet permettra de recueillir les avis des lecteurs, et ainsi d'aiguiser la curiosité de chacun en confrontant les points de vue. Je tiens, à cet égard, à remercier chaleureusement la SNCF et son président, M. Guillaume PÉPY, qui a su relever le défi avec enthousiasme.

Internet, je le disais, joue un rôle croissant et crucial dans nos pratiques de lecture, et dans nos usages participatifs : c'est pourquoi j'ai souhaité lui donner toute sa place dans cette nouvelle fête. Un site, avousdelire.fr, proposera une Web TV et se fera l'écho immatériel de ces rencontres, qui se prolongeront sur les forums.

Je tiens à remercier l'ensemble des écrivains qui ont accepté de prêter leur voix et leur talent à cette grande manifestation. Je pense notamment au Prix Nobel Gao XINGJIAN, qui nous fera l'honneur de sa présence à Aix-en-Provence à l'initiative de l'association Ecritures Croisées ; je pense aussi, parmi tant d'autres, à Marie DESPLECHIN, à Alain MABANCKOU - ou encore à Marie DARRIEUSSECQ, Geneviève BRISAC, Antonio CABALLERO et Elif SHAFAK, invités à Lyon par Les Assises internationales du roman.

De très nombreuses personnalités ont apporté le concours de leur notoriété et surtout de leur passion des mots, tels Charles AZNAVOUR, André COMTE-SPONVILLE, le « Professeur ROLIN » ou encore Enki BILAL... Je les en remercie également.

Une reconnaissance toute particulière va, bien sûr, à Chloé DELAUME, qui a accepté d'être la marraine de cette première édition. Cette initiatrice d'une nouvelle forme d'« autofiction » incarne parfaitement les usages les plus contemporains de l'écriture, et de la lecture, et je ne doute pas qu'elle saura communiquer à cette Fête toute sa fantaisie, son inventivité et que nous « n'habiterons plus seulement dans la télévision », mais aussi dans nos lectures, mais aussi, comme PROUST, dans les souvenirs qu'elles nous offrent.

Je voudrais enfin remercier le Centre national du Livre (CNL), son tout nouveau Président, Jean-François COLOSIMO, et sa Secrétaire Générale, Catherine RUGGERI, ainsi que l'ensemble de ses équipes qui ont travaillé avec autant de passion que de patience, sans oublier bien sûr le Commissaire de l'événement, Xavier FROMENT, qui en est le chef d'orchestre.

Je vous donne donc rendez-vous le 27 mai prochain, et j'invite chacun d'entre vous à faire partager ses joies et ses enthousiasmes de lecteur, pour faire de cet cette fête une rencontre fondatrice et fédératrice autour de la lecture, et je vous dis : « À vous de lire ! ».


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 20 mai 2010

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