Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'enseignement technologique supérieur et la mise en place de partenariats entre les différentes filières technologiques, Paris le 19 mai 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'enseignement technologique supérieur et la mise en place de partenariats entre les différentes filières technologiques, Paris le 19 mai 2010.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Assemblée générale des Instituts universitaires technologiques (IUT) au Mans le 19 mai 2010

ti :


- L'un des plus importants objectifs de l'UE, c'est le plurilinguisme. Or, dans le domaine de la langue, l'hégémonie de l'anglais va crescendo au détriment des autres langues en tête desquelles figurent le français et l'allemand. En Turquie, par exemple, à l'exception de l'anglais, les autres langues étrangères sont sur le point de disparaître. (Alors que les cours d'anglais n'ont pas lieu [nombre insuffisant d'enseignant en anglais], des dizaines de milliers d'enseignants de langue française et allemande sont au chômage. Et le nombre des pays et établissements universitaires qui enseignent en anglais dans le cadre du programme ERASMUS s'accroît progressivement. Comment expliquez-vous cette situation ?

Accroître la mobilité étudiante est essentiel pour construire la société de la connaissance. L'anglais est souvent nécessaire, mais il n'est pas suffisant pour comprendre la diversité des cultures du monde. J'ai souhaité que davantage d'enseignements en anglais soient proposés en France, notamment pour les étudiants étrangers. Dans le même temps, j'ai encouragé les universités françaises à développer des pédagogies innovantes pour acquérir le français sur des objectifs spécifiques, adaptées aux besoins des étudiants et de leurs cursus. Il demeure essentiel de garantir une diversité linguistique au sein de la communauté scientifique internationale. Certains concepts ne sont pas traduisibles d'une langue à une autre. C'est une évidence en sciences humaines ; cela vaut également pour les sciences dures. Le français reste essentiel dans de nombreuses disciplines scientifiques comme les mathématiques ; l'un des derniers lauréats de la Médaille Fields (le Prix Nobel des mathématiques) publie exclusivement en français.

- Les programmes d'échanges d'étudiants entre la Turquie et la France sont très limités. Y a-t-il un travail en cours pour augmenter le nombre de ces programmes ? A part l'Université Galatasaray et les écoles françaises, songe-t-on à promouvoir les relations avec d'autres établissements également ?

Le projet Galatasaray est un indéniable succès, et ce n'est pas le seul. Il y a aussi d'autres réussites en matière de coopération universitaire. Je citerais l'école d'aéronautique de l'Université Anadolu à Eski?ehir, qui a su s'imposer comme référence au-delà de la Turquie et qui est issu d'une coopération de presque 10 ans avec l'Ecole nationale de l'aviation civile de Toulouse. De nombreuses universités turques font partie de très grands réseaux européens ou internationaux pilotés par des établissements français, comme T.I.M.E. ou R.M.E.I pour l'ingénierie. Aujourd'hui, 300 étudiants turcs reçoivent des bourses pour étudier en France chaque année. C'est le signe de la vitalité des échanges académiques entre nos deux pays. Mais nous pouvons aller plus loin dans la coopération universitaire franco-turque au moment où l'enseignement supérieur français connaît des réformes profondes. C'est pourquoi, je souhaite lancer en 2010 avec les autorités turques un appel à proposition pour des diplômes conjoints entre des universités de nos deux pays, au niveau master comme la France a l'occasion de le faire avec d'autres pays.

- Pour parler de l'Europe en général, il n'est pas toujours facile pour les femmes de s'affirmer en politique. Malheureusement, le nombre de femmes siégeant dans les Parlements reste encore très faible. Nous savons que vous travaillez sur cette question. Que pourrait-il être fait, selon vous, pour renforcer davantage l'intérêt des femmes dans la politique ? A cet égard, la France pourrait-elle élire une femme à la présidence de la République prochainement ? Quelle serait la date la plus proche pour une telle éventualité ?

Les femmes se sont toujours intéressées à la politique, maintenant, elles n'hésitent plus à s'engager, y compris dans les scrutins nationaux. Mais c'est vrai, on ne fait pas encore toute leur place aux femmes dans les partis politiques. La loi sur la parité en France a été un vrai progrès, sans pour autant faire disparaître tous les réflexes misogynes. Pourtant, je reste très confiante : les femmes politiques prouvent chaque jour leur capacité à s'imposer dans un monde d'hommes. C'est un vrai défi, il faut beaucoup de courage et même de cran pour le relever. C'est pour cela qu'on ne reviendra jamais en arrière : tous ceux qui en doutaient le voient, les femmes sont à leur place en politique

- Bien que la Turquie ne soit pas membre de l'UE, les universités et recteurs turcs sont membres de l'Union des universités européennes et de l'Union des recteurs européens. Les étudiants turcs peuvent bénéficier des programmes ERASMUS. Cependant, à l'inverse des étudiants des pays de l'UE qui ne payent que 1600 euros, les étudiants turcs doivent payer 8000 euros pour pouvoir étudier dans les universités européennes. Certains pays travaillent dans le but de trouver une voie médiane sur ce sujet dans le cadre des relations bilatérales. La France a-t-elle une initiative similaire ? Du moins, pourrait-elle réfléchir, songer à une telle initiative ?

Les étudiants turcs, comme tous les étudiants étrangers, jouissent des mêmes droits que les étudiants français. A cet égard, ils paient les mêmes frais d'inscription dans les faits. Nos universités sont quasi-gratuites. Ce qui signifie au passage que le coût réel de la formation d'un étudiant, quelle que soit sa nationalité, est pris entièrement en charge par l'Etat français, ce qui constitue une bourse de fait. La situation des écoles de commerces ou d'ingénieurs, nos autres filières d'excellence, est différente. Certaines sont privées et proposent des formations payantes, reconnues au niveau mondial, et qui proposent aussi des bourses pour les meilleurs étudiants étrangers. C'est à ce titre qu'elles s'intéressent de plus en plus à la Turquie car les étudiants y sont très bien formés, très adaptables et fortement travailleurs. Je donnerai un seul exemple : la Fondation Renault vient juste d'intégrer 3 universités turques à son programme mondial qui attribue des bourses pour des MBA en France. Je m'attends à ce que d'autres initiatives se développent, dans le cadre de partenariats avec des grands groupes industriels français, vis-à-vis de la Turquie.

- Où en est l'Europe dans l'ère de l'innovation ? Est-elle en mesure de combler prochainement le fossé qui la sépare des Etats-Unis ? Les décisions prises par l'UE dans ce contexte sont-elles suffisantes ?

Afin de rattraper le retard de l'Europe par rapport aux Etats-Unis en matière de recherche et d'innovation, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont fait de ces domaines l'une des quatre priorités de la stratégie européenne pour 2020 discutée en mars dernier. Ils ont ainsi réaffirmé l'objectif visant à porter à 3% du PIB l'investissement européen dans la R& D.

Si la recherche est le moteur essentiel de l'innovation, elle ne peut suffire à elle seule. Nous devons être capables de valoriser nos découvertes scientifiques que ce soit sous forme de brevets ou de création d'entreprises. Or c'est un domaine où l'Europe doit progresser. L'adoption du brevet communautaire, permettra de diminuer sensiblement le cout du transfert de connaissance entre les mondes académique et industriel. Ensuite, il nous faut développer la culture de l'entreprenariat et améliorer les conditions d'accès au financement des entreprises innovantes, en particulier des PME, pour leur permettre d'assurer leur croissance.

- Et pour terminer, les jeunes se préparent en ce moment à passer le concours d'entrée à l'université en Turquie. Ils se trouvent donc à une phase [cruciale] où ils doivent faire un choix professionnel. Nombre d'entre eux hésitent au moment de se décider. Si vous étiez un jeune étudiant s'apprêtant à entamer des études universitaires quelle aurait été la profession que vous choisiriez en regardant l'avenir ?

Quand je vois l'avenir qui se dessine, c'est que je trouve le plus exaltant, ce sont les progrès extraordinaires que nous allons encore faire dans le domaine de la médecine. Il y a quelques semaines, j'ai rencontré une équipe de l'université d'Orsay-Paris-Sud, qui met au point un traitement révolutionnaire contre le cancer du pancréas. Jusqu'ici, il était réputé incurable. Eh bien, demain, grâce aux nanomédicaments, on pourrait bien le guérir. Alors, sans hésiter, c'est à ce genre d'aventure extraordinaire que je voudrais participer si j'avais 20 ans.


Source http://www.ambafrance-tr.org, le 26 mai 2010

Rechercher