Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, à France 2 le 19 mai 2010, sur le projet de loi interdisant le port du voile intégral, la réforme des retraites et le phénomène des "apéros géants". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, à France 2 le 19 mai 2010, sur le projet de loi interdisant le port du voile intégral, la réforme des retraites et le phénomène des "apéros géants".

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, SICARD Roland.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique;

ti : R. Sicard.- C'est ce matin que le Gouvernement présente son projet de loi contre la burqa. Hier, il y a eu des affrontements à Montreuil sur ce thème entre partisans et opposants du texte, il y a eu aussi des bagarres à Nantes. Est-ce que vous ne craignez pas finalement que ce débat devienne un affrontement ?
 
Mais j'ai envie de vous dire, s'il y a des affrontements, c'est bien que c'est le moment et qu'il ne faut plus attendre. La burqa, c'est un sujet qui est présent dans la société, on parle de 2.000 femmes, c'est plutôt un chiffre qui est en augmentation, on en parle dans les cités, vous venez de le dire vous-même à travers cet événement, c'est aujourd'hui qu'il faut dire clairement non à la burqa, qu'il faut que la République prenne des positions fortes.
 
Mais est-ce que le risque n'est pas finalement que la communauté musulmane se sente un peu stigmatisée ?
 
Je crois qu'on a besoin de faire beaucoup d'explications ; c'est comme ça qu'est construit le projet de loi : il y a une phase de six mois pendant laquelle on est dans la pédagogie, on est dans l'explication de la loi, des valeurs républicaines qui la fondent, avant de passer aux sanctions. Evidemment, il ne s'agit pas de stigmatiser une communauté, il s'agit simplement de rappeler et de mettre en oeuvre des principes républicains forts qui sont : le vivre ensemble, la dignité de la personne, et l'égalité hommes-femmes. Et la burqa n'est pas soluble dans ces principes, la burqa n'est pas soluble dans la République.
 
Le projet de loi prévoit une interdiction totale, les socialistes, eux, auraient voulu une interdiction partielle, dans les services publics, dans les transports. Il n'y aura donc pas d'unanimité ?
 
Le Gouvernement a beaucoup réfléchi avant d'amener ce projet de loi, et on est arrivés sur l'idée que, dans la mesure où c'était un problème de principe, il fallait répondre avec des principes, et donc avec une interdiction large. Quand on parle de dignité de la personne, vous comprenez, elle n'est pas protégée seulement dans les services publics, elle est protégée partout, elle est protégée aussi sur la voie publique. Je souhaite qu'on puisse convaincre, peut-être pas le PS, le plus grand nombre de parlementaires socialistes du bien fondé de cette interdiction. Et j'observe que certains nous ont déjà rejoints sur ce sujet, des voix, plutôt dans la jeune génération, comme celle de M. Valls, d'A. Filippetti, se sont prononcées en faveur de l'interdiction totale. Mon objectif, ça reste l'unanimité sur un sujet pareil, ce serait plus fort.
 
Autre sujet, les retraites. Le PS, justement, a présenté hier ses propositions : maintien de la retraite à 60 ans, possibilité de travailler plus longtemps pour ceux qui le veulent, taxation sur les profits des banques. Est-ce qu'il y a des choses qui vous paraissent positives dans ce projet socialiste ? Vous êtes en charge du dossier à l'UMP...
 
J'ai l'impression que le PS ne répond pas à la question. Cela a été flagrant quand on a vu M. Aubry, c'était il y a quelques jours, sortir d'une réunion, et faire deux propositions, dans le contexte économique qui est le nôtre, dans la réflexion sur le système de retraites qu'on mène en ce moment, elle avait deux propositions qui étaient : allez, on va créer des emplois subventionnés à nouveau dans les administrations, et puis on va donner 200 euros par Français, à 16 millions de Français ! 200 euros fois 16 millions, dans le contexte économique qui est le nôtre, c'était bienvenu. Et là, c'est un petit peu pareil, on a des propositions qui ne résolvent pas le problème de l'équilibre financier du système, et qui ne prennent pas en compte surtout ce qui fait la cause de son déséquilibre, qui est démographique. On vit beaucoup plus longtemps, c'est une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle ! Mais comme on vit plus longtemps, logiquement, compte tenu du fait que la répartition c'est un partage entre les générations, il va falloir être amené à travailler un peu plus longtemps. C'est quelque chose qu'il faut regarder en face. Au PS, on ne veut pas le regarder en face. Il y a ceux qui sont un petit peu dans la magie, il y a ceux qui sont dans le déni, j'ai l'impression que, là, M. Aubry est un peu dans le déni.
 
Le Medef, lui, envisage de faire passer à 45 ans de cotisations et un départ à la retraite à 63 ans. Est-ce que cela vous paraît une position intéressante ?
 
C'est la position du Medef. Toutes les organisations peuvent être entendues et sont entendues en ce moment dans la phase de consultations que mène E. Woerth. Ce que je crois, c'est que face à un déséquilibre démographique, il faut à un moment avoir une réponse qui est vraiment sur le même terrain. Cette réponse sur le même terrain, ce sera forcément de considérer la possibilité de l'allongement du temps de travail. Il y a plusieurs façons de le faire, les chiffres qu'avance le Medef lui sont particuliers.
 
Le Medef parle aussi de capitalisation, c'est-à-dire, que chacun épargnerait pendant sa vie active pour financer une partie de sa retraite. Cela vous paraît intéressant ?
 
Nous, on souhaite sauver le système par répartition. Le système par répartition fait vraiment partie de la cohésion sociale en France ; cette idée qu'il y a une solidarité entre les générations, qui trouve sa logique aussi dans le fait que la génération qui est aujourd'hui à la retraite, a financé à travers l'impôt les études, puisque l'éducation est gratuite en France, les études de la génération qui maintenant vient payer des cotisations pour ces retraites. On est dans quelque chose qui vraiment est au fondement de la cohésion sociale en France, et on fait tout, c'est l'objectif du président de la République, du Premier ministre, du Gouvernement pour sauver ce système par répartition. L'épargne retraite, ça existe déjà, on peut parler des avantages qui lui sont donnés, mais on n'est pas du tout sur une transition vers la capitalisation, comme vous avez l'air de le dire, derrière les projets du Medef.
 
Je ne le dis pas, c'est le Medef qui le propose.
 
C'est sa proposition, ce n'est pas la nôtre.
 
A propos d'un de vos collègues du Gouvernement, C. Estrosi, Le Canard Enchaîné lui reproche de disposer de deux appartements de fonction à Paris. Est-ce que ça vous paraît choquant ?
 
Il y a des règles très claires qui ont été fixées par circulaire : un ministre, s'il a un logement personnel à Paris, l'occupe ; s'il n'en a pas et qu'il y a un logement dans le domaine de son ministère, peut l'occuper. Et enfin, s'il n'a pas d'appartement à Paris, et qu'il n'y a pas de logement domanial, a droit à 80 mètres carrés + 20 mètres carrés par enfant. Je suis sûre que C. Estrosi a à coeur à se conformer à ces règles, et j'en suis tellement sûre, que je crois savoir que, ce matin, il a organisé une visite de son appartement pour les journalistes qui le souhaitent. Donc je vous invite tout simplement à y aller avec une caméra de France 2.
 
Autre sujet, ce qu'on appelle "les apéros géants" : cet après-midi, les ministres concernés, dont vous, serez réunis pour trouver des solutions à ce problème, il y a eu un mort la semaine dernière. Est-ce que la solution c'est l'interdiction ?
 
n se réunit autour de B. Hortefeux pour parler de ce problème. Je ne crois pas du tout que la solution ce soit l'interdiction. Je l'ai dit, je le redis, je ne suis pas contre une interdiction générale. En revanche, on ne peut pas laisser se développer le phénomène sans engager le dialogue et sans un minimum d'encadrement. Il ne s'agit pas d'embêter les gens, il ne s'agit pas de casser un mouvement qui se veut festif, il s'agit tout simplement de les protéger. Quand on réunit des milliers de personnes dans un endroit qui n'est pas forcément prévu pour ça, avec beaucoup d'alcool, et sans protection prévue, sans accès des personnels médicaux, il peut y avoir des drames et on l'a vu.
 
Mais comment encadrer puisque finalement, souvent on ne sait même pas qui organise ?
 
Je crois qu'il faut qu'on suive sur ce sujet le même type d'évolution qu'on avait suivi sur les rave parties. Vous souvenez, au début c'était très polémique entre les autorités et les organisateurs des rave parties, il n'y avait pas de dialogue, et c'est N. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, qui a dit : on change le système, on engage le dialogue. Cela nous a amenés à interdire un certain nombre de rave parties, parce que vraiment il y avait des problèmes de sécurité, mais ça nous a amenés surtout à en encadrer d'autres, à en autoriser, mais en créant des conditions protectrices pour que ça se passe bien. Je crois que c'est ça qu'il faut faire sur "les apéros géants", il faut que les organisateurs prennent leurs responsabilités, acceptent d'entrer dans le dialogue avec les autorités pour créer des conditions de sécurité, et évidemment on peut les y aider à engager ce dialogue.
 
Est-ce qu'il faut interdire l'alcool dans ces apéros géants ?
 
C'est une solution qui a été retenue dans certains apéros. Ce qui est certain c'est qu'il faut trouver un moyen que ce ne soit pas une immense beuverie. On n'a pas besoin forcément de boire des litres d'alcool pour s'amuser, et ça c'est aussi un message qu'on doit trouver un moyen de passer à la jeunesse. Il y a de plus en plus, je le vois, comme maire de ma ville, Longumeau, 22.000 habitants, dans la grande couronne, dans la jeunesse, on a le retour un peu de problèmes d'alcool, ça peut être l'occasion cette affaire d'apéros géants peut-être de passer quelques messages.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 mai 2010

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