Déclaration de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, sur le bilan de la lutte contre l'insécurité dans les transports en commun, notamment à la Gare du Nord et dans le réseau ferroviaire francilien, Paris le 14 juin 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, sur le bilan de la lutte contre l'insécurité dans les transports en commun, notamment à la Gare du Nord et dans le réseau ferroviaire francilien, Paris le 14 juin 2010.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales

Circonstances : Visite de la Gare du Nord, Paris le 14 juin 2010

ti : I. J'ai tenu à me rendre ici, à la Gare du Nord, parce que ce lieu a longtemps été symbolique des violences dans les transports.

(1) Nous sommes, ici, dans la gare la plus fréquentée d'Europe.

Chaque jour, ce sont près de 500 000 voyageurs qui empruntent les lignes de trains franciliennes, nationales ou internationales [Eurostar et Thalys], le RER [lignes B et D, connexion avec la ligne E], le métro [lignes 4 et 5] et le bus [5 lignes : 38, 39, 42, 43 et 46].

Véritable noeud de transports urbains, la Gare du Nord est aussi un centre d'échanges de biens, avec une galerie marchande de plusieurs dizaines de boutiques.

(2) Du fait de cette affluence permanente, la gare du Nord concentre inévitablement des risques de délinquance.

Je pense notamment aux vols avec violences, aux vols à la tire mais aussi aux agressions physiques et aux trafics de stupéfiants, opérés par des voyous qui ont tendance à se croire maîtres des lieux, considérant la gare comme leur territoire.

Les risques sont multiples : ces délits peuvent être commis aussi bien sur les lignes de transports que dans la gare, dans la galerie marchande ou dans les rues avoisinantes.
Il fallait donc prendre le problème dans sa globalité, et lutter contre ces phénomènes avec tous les acteurs concernés. C'est ce que nous avons fait.


II. Depuis quelques années et plus particulièrement depuis quelques mois, nous avons pris à bras le corps le problème de l'insécurité de la gare du Nord. Résultat : cette gare réputée sensible est redevenue fréquentable.

(1) Nous avons adopté une méthode qui se résume en trois mots : anticipation, opérations « coup de poing » et coordination.

- Tout d'abord, l'anticipation grâce à la vidéo-protection. La vidéo-protection, nous le savons, permet la dissuasion, l'identification et, si nécessaire, la répression. La Gare du Nord est actuellement équipée de 350 caméras. D'ici à la fin de l'année, leur nombre passera à 504 caméras.

- Deuxième action : la multiplication, gare du Nord, des opérations « coups de poing ». C'est ce à quoi nous venons précisément d'assister, il y a quelques minutes à peine. Les policiers bouclent, sans prévenir, un périmètre et opèrent un contrôle complet du site : filtrage, contrôles d'identité et interpellations si nécessaire. Ces opérations, organisées de façon aléatoire plusieurs fois par semaine, permettent non seulement de rassurer les usagers, mais surtout d'inquiéter les délinquants ! Ces derniers se retrouvent bloqués par les policiers, ils n'ont aucune issue et nous les mettons immédiatement hors d'état de nuire.

- Troisième action : la coordination de nos efforts sur le terrain.

L'unité d'accueil et de sécurisation en gare du Nord [UASG Nord], qui dépend de la sous-direction régionale de la police des transports, répartie en trois brigades d'une dizaine de personnes [2 fonctionnaires + 28 policiers], agit sur toutes les dimensions de la sécurité :

prévention grâce à des contacts réguliers avec les commerçants ou au partenariat développé avec la SNCF ;
écoute grâce à un accueil élargi du public [accueil et prise de plaintes 7j/7 de 06h30 à 22h40] ;
dissuasion avec au moins 2 patrouilles présentes en gare en permanence.

L'UASG Nord va même plus loin en s'inscrivant dans un dispositif plus large visant à sécuriser la gare mais aussi son environnement. Car l'objectif de notre action n'est évidemment pas de déplacer la violence de la gare du Nord à ses abords immédiats !

L'unité agit, ainsi, de concert avec les autres unités de police et de gendarmerie :

- la brigade des réseaux ferrés [BRF] ;
- un département d'investigations judiciaires [DIJ] ouvert 24h/24 et 7j/7 et qui a traité, en 2009, plus de 20 000 procédures dont près du quart ont débouché sur une garde à vue ;
- des patrouilles de la sous-direction régionale de la police des transports [SRDPT] ;
- des équipes civiles (brigades anti-criminalité [BAC] et des unités d'appui des réseaux [UAR]) ;
- une UAR spécialisée dans la lutte anti-bandes ;
- 3 patrouilles de renfort (CRS ou gendarmes) ;
- des militaires engagés dans le cadre du plan Vigipirate.

L'UASG Nord agit, naturellement, en collaboration avec les opérateurs, comme la RATP et la SNCF, et notamment la SUGE, avec laquelle la coopération est aussi étroite qu'efficace.

(2) Forts de cette méthode, nous nous sommes fixés trois objectifs précis pour sécuriser la gare du Nord.

- Premier objectif : la lutte contre le phénomène des bandes.

Vous le savez, nous menons un combat acharné contre les bandes violentes qui empoisonnent la vie des honnêtes gens.

Grâce à une meilleure remontée d'information des services territoriaux et une exploitation en temps réel de la vidéo-protection, nous sommes en mesure de détecter le plus précocement possible la présence de groupes à risques dans les réseaux, susceptibles de converger vers la gare du Nord. La plupart des bandes qui empruntent les réseaux rejoignant cette gare ou qui gravitent en son sein sont connues et identifiées. Elles sont, par conséquent, méthodiquement surveillées. En étroite coopération avec les services de sûreté des opérateurs des transports, nous assurons une couverture du terrain optimale et une plus grande réactivité si un incident se produit.

- Deuxième objectif : la lutte contre les vols avec violences et vols à la tire.

Concrètement, nous avons demandé aux patrouilles à la fois :

de prévenir ces risques, en multipliant les conseils de prudence aux usagers et aux commerçants ;
de dissuader, en rendant les dispositifs de sécurisation particulièrement visibles ;
de réprimer, en luttant contre les ports d'armes prohibées et les recels de vol.

- Troisième objectif : la lutte contre les dégradations matérielles.

Bâtir un environnement sécurisé passe aussi par la préservation des bâtiments et des machines. Une excellente collaboration avec les transporteurs est déjà en place dans ce domaine. Parallèlement, notre ambition est de réaliser un meilleur signalement des « signatures » des tags et des contrôles de police positifs lorsqu'un individu est interpellé avec tout le matériel de réalisation des tags. Plusieurs taggueurs agissant sur les réseaux gare du Nord ont été récemment déférés à la justice.

(3) Grâce à notre méthode d'action et à notre mobilisation totale, nous avons obtenu des résultats ici, à la gare du Nord. Notre travail de fond porte ses fruits.

- Le travail des forces de sécurité s'est considérablement intensifié, gare du Nord.

Sur les quatre premiers mois de cette année, 147 opérations de bouclage et de sécurisation ont été menées, à l'image de celle que vous avez pu voir tout à l'heure.

Toujours sur les quatre premiers mois de l'année, les patrouilles engagées dans la gare ont procédé à près de 1 000 interpellations, 963 très exactement.

- Résultat : le nombre d'infractions baisse à la gare du Nord.

Depuis le début de l'année, soit entre le 1er janvier et le 31 mai, nous avons obtenu une baisse très significative du nombre d'infractions commises. 593 faits ont été constatés dans cette période contre 710, l'année dernière à la même période, soit une baisse de - 20%.
Ces chiffres sont la preuve que lorsque la détermination est forte, les résultats sont au rendez-vous, sur le terrain. Je demande au préfet de police de poursuivre et d'amplifier cet effort, car la première gare d'Europe doit être totalement sécurisée. Il ne s'agit surtout pas de se reposer sur ses premiers lauriers ! Trop souvent encore, la présence d'individus crée ici un sentiment d'insécurité.

Cette dynamique que nous avons créée, j'entends désormais la conforter, l'amplifier et l'exporter dans toutes les gares sensibles.


III. Ce que nous sommes parvenus à faire à la gare du Nord, nous sommes en train de le reproduire à l'échelle de l'Ile-de-France, et au niveau national.

(1) Au niveau francilien, quelle est la situation et que faisons-nous ?

Les transports en commun et les gares d'Ile-de-France concentrent à eux seuls 60% des faits de délinquance dans les transports ferroviaires au plan national. Pour les atteintes volontaires à l'intégrité physique, ce chiffre s'élève même à 75%.

Comme je l'avais annoncé en avril dernier, un diagnostic de situation a été réalisé pour cibler les portions de réseaux et les créneaux horaires les plus sensibles d'Ile-de-France. Le préfet de police vient de me transmettre un diagnostic précis de chacune des 100 gares et 20 lignes les plus sensibles de l'agglomération parisienne.

La sous-direction régionale de police des transports (SDRPT) ajuste les objectifs de sécurisation des lignes en fonction des circonstances. Plusieurs opérations ciblées sont régulièrement programmées sur les lignes les plus sensibles.

Parallèlement, une cellule de veille active a été créée, à ma demande, pour l'ensemble des réseaux franciliens, au centre de commandement de la sous-direction régionale de la police des transports (SDRPT). Elle permet de surveiller en temps réel le phénomène de bandes et d'orienter de manière quasi-immédiate l'action des patrouilles sur le terrain.

Nos méthodes d'intervention ont, elles-mêmes, profondément évolué avec le développement de patrouilles polyvalentes métro/RER/train/bus ayant la même mobilité que les délinquants. Plus question, désormais, qu'une équipe patrouillant dans un bus ne doive abandonner un délinquant au motif qu'il entre dans la gare et ce sans être sûr que la patrouille de la gare ne prenne le relais !

(2) Au niveau national, nous poursuivons la même démarche en mettant en oeuvre notre plan d'action de sécurisation dans les transports.

J'ai annoncé, le 14 avril dernier, un plan national de sécurisation des transports en commun qui suit la même méthode que celle mise en oeuvre à la gare du Nord : anticipation, multiplication des opérations « coup de poing » et coordination de nos efforts sur le terrain. Concrètement, ce plan prévoit le développement de la vidéoprotection, un meilleur ciblage de notre action grâce aux diagnostics effectués et une saturation du terrain, notamment grâce à des patrouilles polyvalentes. Tout cela, là encore, ne peut s'effectuer qu'en partenariat avec les opérateurs, comme la SNCF et la RATP.

Ce plan a été diffusé aux préfets, le 22 avril. Le 20 mai, une première réunion du comité de suivi a permis de s'assurer que ce plan avait bien commencé à être mis en oeuvre. A l'instar de ce qui a été fait par le préfet de police, les préfets sont en train d'élaborer des plans de sécurisation des lignes et des gares.

Pour que ce plan puisse être véritablement coordonné au niveau national, nous avons créé, le 17 mai dernier, un outil de pilotage opérationnel : « l'unité de coordination de sécurité des transports en commun ». Véritable cellule de commandement, directement rattachée au cabinet du directeur général de la police nationale, elle permet d'ajuster, chaque semaine, notre action en fonction des remontées quotidiennes du terrain. La première réunion s'est tenue le 3 juin dernier.

Pour m'assurer que ce plan fonctionne, je présiderai personnellement, début juillet, un comité national de sécurité des transports. Nous évaluerons alors les diagnostics de situation qui ont été réalisés sur les lignes et les gares sensibles ainsi que les plans d'action proposés sur les objectifs identifiés. Pour la province, une liste de 20 lignes et 73 gares sensibles a, d'ores et déjà, été dressée par la police et la gendarmerie. Elle sera complétée en tant que de besoin.


Vous l'avez compris : assurer la sécurité dans nos transports en commun et dans les gares sensibles, cela ne se fait pas en un jour, cela demande de l'énergie, cela demande aussi une mobilisation de tous les instants.

Je ne suis pas venu gare du Nord par hasard. Je suis venu dire aux usagers, aux commerçants comme à tous ceux qui travaillent ici que nous sommes totalement mobilisés pour leur sécurité, et que cette mobilisation produit des résultats. Ce que nous avons réussi avec la gare du Nord, nous devons le faire ailleurs, nous allons le faire ailleurs. Je vous l'annonce : je veux faire de la sécurisation de la gare du Nord un exemple à suivre. Je reviendrai, et je reviendrai autant que nécessaire.

Ce combat est symbolique ; ce combat est exemplaire ; surtout, ce combat est nécessaire.

Il faut que chacun comprenne bien le message : nous protégeons les honnêtes gens, qui doivent pouvoir circuler et travailler en paix. Chaque citoyen a le droit de circuler librement et paisiblement.

Mon message est clair : il n'y a pas d'avenir pour les délinquants, puisque la puissance publique finit toujours par l'emporter. Les honnêtes gens doivent être rassurés, les délinquants doivent être inquiétés.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 15 juin 2010

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