Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les initiatives européennes concernant l'allègement du blocus de Gaza et l'enquête sur l'opération israélienne contre la flotille à destination de Gaza, Luxembourg le 14 juin 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les initiatives européennes concernant l'allègement du blocus de Gaza et l'enquête sur l'opération israélienne contre la flotille à destination de Gaza, Luxembourg le 14 juin 2010.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Réunion du Conseil Affaires générales et Conseil affaires étrangères à Luxembourg le 14 juin 2010

ti : Q - (A propos des initiatives européennes concernant le blocus de Gaza)

R - Des choses ont été esquissées. Tony Blair a fait un travail tout à fait important mais qui n'est pas encore arrivé à une conclusion, car de leur côté les Israéliens n'ont pas donné leur accord formellement. La principale difficulté est de lever le blocus par voie maritime - même si nous insistons encore. Le contrôle des bateaux en direction de Gaza, tel que je l'ai proposé, entre autres mesures, dans une tribune récente avec mes homologues italien et espagnol, n'est pas accepté pour l'heure. Cela n'empêchera pas, bien sûr, de poursuivre les démarches.

De toute façon, il faut avoir à l'esprit que le port de Gaza lui-même n'est pas fait pour accueillir des bateaux de gros tonnage. Si nous parvenions - ce que nous souhaitons bien sûr - à influencer suffisamment les autorités israéliennes pour qu'elles consentent à des contrôles a priori, c'est-à-dire avant l'arrivée au port, ce serait à Chypre - Chypre est intervenue pour dire qu'elle était à notre disposition. Ces bateaux contrôlés pourraient arriver à Ashdod ou à Gaza, dans ce dernier cas, le port de Gaza était aménagé pour en faire un port accessible à des bateaux de plus gros tonnage.

S'agissant de la voie terrestre, l'action de Tony Blair, de Catherine Ashton et de Miguel-Angel Moratinos a été très importante. Ils ont vraiment fait avancer les choses. De cette crise, de cette indignation pourrait sortir un allégement du blocus de Gaza et donc, je l'espère, de la vie quotidienne des habitants de Gaza. Sous quelle forme ? Le plus grand succès serait, comme je l'ai proposé également dans la tribune avec mes collègues espagnol et italien, d'avoir une liste limitative des biens qui ne doivent pas entrer, étant entendu que tout ce qui n'est pas inscrit sur cette liste serait autorisé ; et non plus l'inverse. Si cette liste limitative voyait le jour, ce serait un soulagement. Bien plus de produits et matériaux, je l'espère, pourraient être autorisés à entrer, en particulier pour la construction, comme le ciment. Le représentant du Quartet, Tony Blair et nous-mêmes dans nos contacts, avons compris que cela serait possible.

Alors, par voie terrestre, mais où ? Comme vous le savez, il y avait une opération européenne, EUBAM à Rafah, c'est-à-dire à la frontière égyptienne. Ce passage égyptien était aménagé pour les personnes et non pas pour les véhicules. Il faudrait peut-être que le mandat d'EUBAM soit étendu à d'autres points de passage. Ce ne sont pour l'instant que des hypothèses - mais formulées à 27 et avec le représentant du Quartet, ce qui est un gage de solidité et d'unité. Y aurait-il d'autres points de passage ? Pour le moment, ce n'est pas précisé, du moins le nombre de camions autorisés aujourd'hui - n'est pas suffisant pour ravitailler Gaza. Ce que nous voulons faire, notre désir et notre détermination, c'est soulager la vie quotidienne des habitants de Gaza, leur donner de l'air. Il y de nombreux obstacles dont le consentement israélien mais je crois que c'est en bonne voie. Il y a les trafiquants qui utilisent des tunnels. Ils font payer à chaque instant une contribution particulière qui renchérit le prix des marchandises. C'est une économie de marché noir qui existe dans tous les endroits assiégés mais dans ce cas, c'est devenu une vraie industrie.

S'agissant d'un autre sujet, celui de l'enquête sur l'opération israélienne contre la flottille, l'ONU, mais aussi la France, avaient exprimé la nécessité, d'une participation internationale, d'une enquête qui, nécessairement, dépasserait le cadre d'une enquête israélienne. Pour le moment, nous en sommes, comme l'ont demandé les Etats-Unis, le président Obama, à la participation éventuelle de deux observateurs internationaux. Cela n'a pas encore été annoncé. Pour l'instant, il y a une commission d'enquête israélienne qui comprend déjà un juriste estimable et de grande expérience.

Vous connaissez notre condamnation des violences et notre soutien aux habitants de Gaza. Vous connaissez notre détermination renforcée et notre conviction de la nécessité de deux Etats : un Etat palestinien, au plus vite, aux côtés de l'Etat israélien. A propos de l'Etat palestinien, nous avons fait ajouter que parmi les produits qui devaient pouvoir entrer à Gaza, figuraient en particulier ceux issus de Cisjordanie, et du travail même des Palestiniens. Cela aussi est intéressant quand on connaît les chiffres de la croissance qui n'y est pas la même - c'est le moins que l'on puisse dire.

Si des points de passage terrestres s'ouvrent, les conclusions précisent qu'ils seraient directement administrés par les Israéliens en coopération avec l'Autorité palestinienne.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 juin 2010

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