Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement et de l'urbanisme, à Europe 1 le 29 juillet 2010, sur les mesures prises après la réunion ministérielle sur les Roms et les gens du voyage, notamment le démentèlement des camps illégaux et la mise en place de contrôles fiscaux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement et de l'urbanisme, à Europe 1 le 29 juillet 2010, sur les mesures prises après la réunion ministérielle sur les Roms et les gens du voyage, notamment le démentèlement des camps illégaux et la mise en place de contrôles fiscaux.

Personnalité, fonction : APPARU Benoist, CARON Aymeric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au logement;

ti : A. Caron.- B. Apparu, bonjour.

Bonjour.

En tant que secrétaire d'État chargé du Logement et de l'Urbanisme, vous avez participé hier à la réunion ministérielle sur le cas des Roms et des gens du voyage.

Oui.

La question de l'habitat a été abordée, l'habitat des gens du voyage.

Bien sûr.

Il y a une loi qui oblige les communes de plus de 5 000 habitants à proposer des aires d'accueil, loi qui est souvent contournée pour l'instant par les mairies qui ne veulent pas trop de caravanes. Qu'est-ce qui a été décidé à ce sujet ?

Cette loi n'est absolument pas contournée par des mairies qui veulent éviter les caravanes. Vous avez une loi, elle s'applique.

Pour l'instant, il n'y a que 42% des aires prévues qui ont été mises en place.

Vous avez 48% - pas 42 -, 48¨% des aires prévues qui sont mises en place, et 66% des aires prévues qui sont financées, c'est-à-dire qui vont se faire dans les semaines à venir. Bien évidemment, nous comptons aller à 100%.

Donc selon vous, il n'y a pas de municipalités qui sont réticentes sur le principe en tout cas de ces aires d'accueil ?

Non il n'y a pas de municipalités... il y a quelques municipalités qui ont effectivement fait probablement traîner les choses, mais là encore, ce n'est pas l'objet principal de la réunion d'hier. Il faut bien évidemment que l'on couvre l'ensemble du territoire de ces aires d'accueil.

B. Hortefeux a annoncé également le démantèlement, dans les trois mois à venir, de la moitié des camps illégaux installés en France par les gens du voyage et les Roms. Pourquoi ce chiffre justement, la moitié ? Les autres seront démantelés plus tard ou...

Oui, les autres seront évidemment démantelés plus tard. L'objectif, il est très simple : quand vous avez une occupation illégale d'un terrain, on en tire les conséquences et on expulse les gens de ce terrain-là, qu'ils soient Roms, qu'ils soient afghans ou qu'ils soient gens du voyage, peu importe, ce n'est pas le débat. La question c'est : il y a une occupation illégale, on en tire les conséquences.

On a l'impression que ce n'est pas vraiment nouveau, il y a régulièrement des camps de Roms qui sont démantelés.

Régulièrement. Simplement là, on souhaite effectivement envoyer un signal massif en France, qui est de dire : il n'est pas question que sur notre territoire nous acceptions des occupations régulières de terrains en situation illégale.

Autre annonce, la reconduite à la frontière en Roumanie et en Bulgarie des Roms qui auraient commis des atteintes à l'ordre public. Là encore, on se pose la question, ce n'est pas déjà le cas ?

D'une façon générale, il y aura reconduite à la frontière de tous ceux qui sont en situation illégale, et notamment bien évidemment, des Roms en question. Ceux qui ont commis des fraudes seront évidemment reconduits aussi. Et là encore, le principe est simple, il n'y a rien de nouveau : à partir du moment où il y a une situation illégale, l'État français en tire toutes les conséquences.

Ce que vous nous dites ce matin, c'est qu'en fait hier, il n'y a pas vraiment que des choses nouvelles qui ont été annoncées ?

Il y a des choses nouvelles qui ont été annoncées, c'est-à-dire qu'on va évidemment, notamment dans le cadre de la loi sur l'immigration, changer quelques petits verrous juridiques, pour effectivement pouvoir être plus efficaces et aller plus vite. Mais le principe, c'est simplement de pouvoir réaffirmer les choses.

Autre mesure prévue, annoncée, par B. Hortefeux, je cite : « Affecter dix inspecteurs du fisc afin de contrôler la situation des occupants de ces camps illicites et illégaux car en effet, beaucoup de nos compatriotes sont, à juste titre, surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes ». Est-ce que vous n'avez pas peur qu'en présentant les choses de cette manière, on mette un peu d'huile sur le feu ?

Non, enfin, là encore, chacun connaît la réalité...

En gros ce que dit B. Hortefeux, c'est que les gens du voyage ont des grosses voitures et que c'est louche.

Chacun connaît la réalité des choses. Je prends l'exemple de ma commune, Châlons-en-Champagne. Ça m'est arrivé très régulièrement de voir ou d'entendre mes compatriotes me dire « Écoutez, c'est quand même bizarre, ils ne déclarent aucun revenu, alors qu'ils ont une grosse caravane, et une grosse voiture allemande pour la tirer ». Il faut simplement se poser la question : s'il n'y a pas de revenus, c'est bizarre qu'ils circulent avec de grosses cylindrées.

Qu'est-ce que vous sous-entendez, pour être clair ?

Je ne sous-entends rien.

Mais si ! Vous sous-entendez !

Non, attendez ! Je constate. Je ne sous-entends rien, je constate des choses. Je n'ai pas à m'excuser de la chose, je constate qu'effectivement régulièrement ce phénomène-là. A partir de là, il faut en tirer les conséquences.

Quelle peut en être la cause, alors, selon vous ?

Quand vous n'avez pas de revenus et qu'il y a une grosse voiture, on peut se poser la question de la nature des revenus en question pour pouvoir acheter la voiture, c'est tout.

Nature illicite selon vous !

Il peut y avoir bien évidemment de nature illicite. Donc, il faut simplement vérifier les choses, contrôler les choses et c'est le boulot d'un inspecteur du fisc.

C'est une réunion qui avait été organisée suite aux évènements de Saint-Aignan. Y a t-il réellement un rapport entre les mesures annoncées hier et ces évènements de Saint-Aignan ?

Oui, il y a un rapport. Il y a eu effectivement une mise en lumière à Saint- Aignan d'un comportement qui était tout à fait anormal des gens du voyage à cette occasion-là. Et donc, bien évidemment, nous souhaitons en tirer les conséquences parce que nous n'acceptons pas ce genre de situation-là, ni à Saint-Aignan ni ailleurs.

En l'occurrence, à Saint-Aignan, la famille de la victime était sédentarisée.

Tout à fait. Mais vous pouvez avoir des victimes, dans un camp, vous pouvez avoir effectivement des familles sédentarisées, de l'autre. Il ne s'agit évidemment pas de stigmatiser quiconque, mais simplement se dire que dans un Etat de droit on respecte la loi. Point.

B. Apparu, autre dossier qui vous concerne dans l'actualité : les HLM. 10 millions de locataires en France, des HLM qui seraient menacés. Le président de l'Union sociale pour l'habitat reproche à l'Etat une baisse drastique de ses subventions aux bailleurs sociaux. On passe de 630 millions en 2010 à 500 millions en 2011, une somme qui va décroître encore d'année en année.

Monsieur Repentin a la mémoire un peu courte. Je veux rappeler juste une chose ...

Donc, le président de l'Union sociale...

Tout à fait, sénateur du Parti socialiste. Il ne faut pas l'oublier aussi. Quand Monsieur Repentin était, entre guillemets ou quand sa famille politique était au pouvoir, en l'an 2000, ils avaient financé 50.000 logements sociaux. Nous on en fait 120.000. Donc je veux bien qu'on appelle cela un recul scandaleux de l'Etat, mais on a plus que doublé la production de logements sociaux dans notre pays, entre Monsieur Jospin et Monsieur Sarkozy. C'est cela la réalité des chiffres. Maintenant, concernant le budget, dans les 630 millions qu'évoque T. Repentin, il y a ce qu'on appelle le plan de relance. Le plan de relance, comme son nom l'indique et comme on l'a toujours exprimé, c'était un plan sur les années 2009-2010 pour avoir à un moment donné un investissement massif dans l'économie pour faire repartir notamment la construction de logements. Et d'ailleurs ça a marché. On en revient maintenant à un budget plus classique. Mais surtout le vrai débat, ce n'est pas de savoir quels sont les millions d'euros que l'on dépense. On peut continuer justement à penser, comme le Parti socialiste, qu'il faut en permanence multiplier par deux toutes les subventions d'argent public. Mais non, l'argent public il devient rare, l'argent public est une denrée rare et je considère que le logement, comme l'ensemble des secteurs d'activités budgétaires et ministériels doivent bien évidemment en tirer un certain nombre de conséquences. Oui il faut faire des économies, et oui il faut surtout être inventif. Je vais vous donner un exemple très simple : les bailleurs sociaux « sont assis », entre guillemets, sur 200 milliards d'euros. C'est quoi ? C'est la valeur vénale des logements sociaux. Moi je dis simplement, par exemple : si nous vendons 1 % du patrimoine des organismes d'HLM à leurs locataires, si on les vend - sauf qu'on ne le fait pas - si on les vend, on fait 2 milliards d'euros. À comparer aussi cent millions d'euros qu'évoque Monsieur Repentin.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 30 juillet 2010

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