Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à RTL le 29 juillet 2010, sur le déplacement des camps illégaux des gens du voyage et des Roms. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à RTL le 29 juillet 2010, sur le déplacement des camps illégaux des gens du voyage et des Roms.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales

ti :
 
P. Corbé.- Bonjour, B. Hortefeux.
 
Bonjour, P. Corbé.
 
Il y avait donc, hier, une réunion à l'Elysée sur, je cite : "les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms". Deux populations. Une seule réunion. Du coup, certains vous accusent de faire un amalgame.
 
D'abord, la réalité, c'est que cette réunion était consacrée à la réflexion et à l'action à mener afin de lutter contre l'occupation illicite d'un certain nombre d'espaces, que ça soient des aires de stationnement ou même, d'ailleurs, des immeubles, même, pour parler clair, des squats. Il n'était donc pas question, une seule seconde, de stigmatiser une communauté, mais, en revanche, c'est vrai : il s'agissait de dénoncer et d'agir face à certains comportements illégaux.
 
Donc, il y a d'abord les Roms. Ce sont souvent des Roumains, des Bulgares qui sont des immigrés récents. Vous avez décidé d'expulser un certain nombre d'eux ?
 
La réalité est très simple. Nous avons, dans un certain nombre de cas, une communauté, qui est la communauté roms, originaire essentiellement de Roumanie et de Bulgarie, qui occupe de manière illégale ces espaces. Nous avons donc décidé d'y mettre fin. Et, de manière globale - de manière à ce que le message soit clair, soit honnête, soit simple, limpide et, naturellement, avec l'autorité judiciaire - j'ai décidé, à la demande du président de la République, de procéder, dans les 3 mois - dans les trois mois ! - au démantèlement d'un certain nombre de camps. Environ aux alentours de 300, dont 200 de Roms, de manière à ce que, tout simplement, la loi soit respectée. Parce que, vous savez, là on est dans un bon petit milieu, dans un bon petit cocon. Mais la réalité, c'est qu'un grand nombre de nos compatriotes en ont assez, en ont par-dessus la tête ! Ils veulent que la loi soit appliquée. Ils ne veulent pas qu'il y ait de troubles de voisinage. Donc, ne nous comportons pas comme des privilégiés. Soyons à l'écoute, et j'entends, le président de la République entend nos compatriotes qui en ont assez des occupations illégales. Quand c'est légal, il n'y a rien à dire. Quand c'est illégal, il faut agir !
 
On reparle des emplacements illégaux dans un instant mais, d'abord, les Roms, s'ils repartent en Roumanie ou en Bulgarie, ce sont des citoyens de l'Union Européenne : ils reviendront dans 15 jours.
 
Ce n'est pas exactement comme ça que ça va fonctionner. Effectivement, comme vous le savez, dans un certain nombre de cas, quand il y a un retour, qui est un retour volontaire, il y a ce que l'on appelle des "aides".
 
De l'argent ?
 
Des aides, c'est une somme modeste...
 
Quelques centaines d'euros ?
 
Voilà ! Autour de 300 euros. Bon. Et, effectivement, nous avons observé, dans un certain nombre de cas - et j'étais ministre de l'Immigration précédemment - qu'on dévoyait, en réalité ce système.
 
"C'est une aide à l'aller-retour", dit P. Lellouche.
 
P. Lellouche le dit avec beaucoup d'esprit. Mais après l'esprit, il faut l'action. Et donc, nous avons décidé, en réalité, de réactiver un fichier, qui est d'ailleurs validé, déjà, par la C.N.I.L qui, précisément, grâce aux empreintes digitales, permettra d'empêcher ces allers-retours. Ce n'est pas un tirage gratuit du loto, le système. Donc, ça veut dire que, quand un Rom sera reconduit chez lui, il y aura - dans le cas naturellement où il est en situation illégale, qu'il y a trouble à l'ordre public et ainsi de suite - il y aura une prise d'empreintes digitales. Comme ça, ces allers-retours ne seront plus possibles. Il n'y aura pas possibilité de frauder. Et c'est, naturellement, l'objectif de tout Etat, de toute puissance publique que de lutter contre la fraude. Eh bien là, Monsieur Corbé, nous nous en donnons les moyens.
 
On a du mal à comprendre comment vous allez pouvoir, en 3 mois, évacuer des centaines de campements illégaux, qui existent, parfois, depuis des années. Les familles vont s'installer quelques kilomètres à côté, puisqu'il n'y a pas de place.
 
Non ! Nous allons, d'abord, agir partout. Le problème ne se pose pas simplement en région parisienne. Ca se pose, naturellement, en région parisienne...
 
En Seine-Saint-Denis, notamment.
 
En Seine-Saint-Denis, notamment, mais pas seulement. Ça se pose aussi dans l'Essonne, ça se pose aussi dans le Val-d'Oise. Et ça peut se poser aussi à Paris, et P. Lellouche, d'ailleurs, était directement concerné dans son secteur. Eh bien, nous allons le faire en région parisienne. Nous allons le faire aussi, simultanément, en province. D'ailleurs, ça sera au rythme, en gros, de deux évacuations, de deux démantèlements par semaine, en province.
 
Où vont-elles aller ces familles puisque beaucoup de communes n'appliquent pas la loi qui prévoit des aménagements...
 
Là, vous parlez de deux choses. Vous parlez des Roms et des gens du voyage.
 
Oui, c'est compliqué. Vous voyez, il y a un amalgame entre les deux.
 
Je dis simplement pour les Roms, et ceux qui sont en situation illégale, ceux qui portent atteinte à l'ordre public : ils seront reconduits en Roumanie et Bulgarie. Et, d'ailleurs, des discussions sont engagées avec les gouvernements bulgare et roumain puisque effectivement ils font partie de l'Union Européenne. Et le ministre de l'Immigration, E. Besson, et P. Lellouche se rendront notamment à Bucarest pour planifier les choses de manière à ce qu'on puisse, effectivement, les reconduire. En tout cas, c'est fini ! Désormais, le système qui consistait à fermer les yeux, à se voiler la face, à se cacher la réalité : c'est terminé.
 
Pour parler des gens du voyage, vous leur demandez de respecter la loi et de ne pas être sur des campements illégaux. Pouvez-vous aussi demander aux communes de respecter la loi, en demandant, par exemple, aux préfets de prendre des sanctions contre les communes qui ne le font pas ?
 
D'abord, quelle est la réalité ? Effectivement, il y a eu une loi, dans les débuts des années 90 - la loi Besson, c'est un homonyme d'Eric Besson...
 
Louis Besson !
 
Qui était un ministre socialiste. Loi qui, ensuite, a été confortée dans les années 2000...
 
Et qui n'est pas appliquée !
 
Et qui est appliquée. Précisément, qui n'était pas appliquée, à l'époque des socialistes puisque, pendant les années 2002, il y avait à peine 15%, en réalité, des aires qui étaient prévues, qui étaient concrétisées.
 
Là, c'est environ 40.
 
Donc, quand j'entends certains commentaires, je dis qu'il faut que chacun prenne bien soin de balayer, mais vraiment avec beaucoup, beaucoup de soin, devant sa porte. Parce que, moi, je tiens à disposition la nomenclature des collectivités qui ne respectaient pas leurs engagements, et on aurait beaucoup de surprises, notamment à Paris ! Donc, la réalité, aujourd'hui, elle est très simple : il y avait 42.000 places qui étaient prévues, il y en a 48% qui sont, d'ores et déjà, créées. 66% qui sont, d'ores et déjà, financées. Et, effectivement, il faut encourager les collectivités à ce qui est prévu par la loi, puisse, là aussi, se concrétiser. Donc, il y a des possibilités d'encourager, d'inciter et puis, parfois, d'agir avec plus de fermeté, de manière à ce que ces aires d'accueil soient prévues. Ce que nous voulons c'est, encore une fois, ne pas jeter l'opprobre sur une communauté. Nous voulons empêcher l'occupation de terrains illicite, et nous allons le faire et y parvenir.
 
10 inspecteurs du fisc chargés d'éplucher les comptes des occupants. Certains disent que vous réactivez le cliché des "voleurs de poule".
 
D'abord, ce n'est pas moi qui l'ai inventé, mais je ne me reconnais pas dans ce cliché.
 
Vous avez dit, hier, par exemple, que "vous allez chercher les cylindrées de certains véhicules qui traînent les caravanes".
 
Là, vous êtes très gentil : je me souviens très bien de ce que j'ai dit, hier. Donc, je le confirme tout à fait. Vous avez, effectivement, un certain nombre de nos compatriotes qui sont parfois un peu surpris quand ils voient de très grosses cylindrées tirer des caravanes, alors qu'on peut s'interroger sur les revenus. Eh bien, je dis très simplement que, lorsqu'il y a doute, comme pour tout citoyen, vous savez. La communauté rom, la communauté des gens du voyage : ils ne sont pas au-dessous des lois. Je le martèle bien. Ils ne sont pas au-dessous des lois. Mais ils ne sont pas, simultanément, au-dessus des lois. Pas au-dessus, non plus. Et donc, j'ai demandé, effectivement, à ce qu'il y ait - à la demande du président de la République - une dizaine d'inspecteurs du fisc qui puissent contrôler, vérifier, dès lors qu'il y a, effectivement, interrogations. Et vous savez très bien qu'il arrive, parfois, qu'il y ait des interrogations. Je ne dis pas toujours, je ne systématise pas, mais la réalité, c'est qu'il y a, parfois, des interrogations sur l'origine des revenus.
 
On ne va pas avoir le temps de parler de l'insécurité à Grenoble. On ne va pas non plus avoir le temps de parler de l'affaire Woerth. Vous voyez, certains vont dire que cette annonce sur les Roms, sur les gens du voyage, c'est une opération diversion qui fonctionne bien.
 
Écoutez, là, vous avez une vision qui est assez microcosmique du sujet. La question de la sécurité est un sujet majeur. Je serai, demain, au côté du président de la République qui se rend à Grenoble, afin d'installer un nouveau préfet, E. Le Douaron, qui est un préfet qui a fait sa carrière à la fois dans la préfectorale, parce qu'il était préfet de la Meuse, mais, en même temps, qui était un grand policier. Il y a un problème de sécurité, à Grenoble. Eh bien, on met un spécialiste de la sécurité. C'est une bonne nouvelle pour le Grenoblois et c'est un très bon signal pour les Français.
 
Et on n'a pas parlé de l'affaire Woerth ! B. Hortefeux était l'invité de RTL, ce matin.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 30 juillet 2010

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