Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 17 août 2010, sur la politique de reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière ou souhaitant bénéficier d'une aide humanitaire au retour et sur le projet de réforme des conditions de déchéance de la nationalité française. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 17 août 2010, sur la politique de reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière ou souhaitant bénéficier d'une aide humanitaire au retour et sur le projet de réforme des conditions de déchéance de la nationalité française.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, CORBE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : P. Corbé.- Quarante camps de Roms démantelés ces quinze derniers jours en France, chiffre annoncé par le ministère de l'Intérieur, qui précise que 700 d'entre eux vont être raccompagnés dans leur pays d'origine. Concrètement E. Besson, est-ce que ce sont des expulsions ?
 
Oui, ce sont des expulsions comme on dit dans le grand public, même si moi je n'aime pas cette expression...
 
Qu'est-ce que vous dites, vous ?
 
Ce sont des reconduites dans le pays d'origine. C'est ce que dit la loi et nous appliquons la loi.
 
Est-ce que concrètement ces Roms touchent l'aide au retour ?
 
Certains d'entre eux oui, et ce ne sont pas des « renvois », des reconduites collectives, c'est une somme de reconduites individuelles, donc ça dépend de la situation individuelle des personnes, même si elles vont être reconduites collectivement par des vols commerciaux affrétés...
 
Il n'y a pas de vols spéciaux ?
 
Il n'y a pas de vols spéciaux, ce sont des vols commerciaux affrétés, comme l'Office français de l'immigration et de l'intégration le fait très régulièrement.
 
Donc on paye, nous, le billet d'avion, on leur verse 300 euros pour qu'ils retournent en Roumanie, en Bulgarie...
 
Absolument.
 
Et dans quelques semaines, ils seront de retour en France, puisqu'ils sont citoyens de l'Union européenne...
 
Non, parce que dans quelques semaines, comment dire, Oscar - pardon pour les mots, pour le logo - le fichier que nous avons mis au point qui est fichier biométrique, va justement permettre d'éviter cette noria, ces allers-retours auxquels vous faites allusion. Cela va permettre de faire en sorte que ceux qui ont déjà perçu l'aide ne puissent pas la recevoir une seconde fois.
 
Mais ils pourront revenir en France...
 
Ils pourront revenir en France, puisque c'est la loi, mais ils ne pourront pas, un, y stationner en situation irrégulière, deux, a fortiori, recevoir de nouveau une aide humanitaire, une aide au retour volontaire.
 
...Parce que vous savez bien que ces Roms qui ont fuit la Roumanie, la Bulgarie, subissent là-bas de la discrimination, un racisme et donc vont vouloir à nouveau quitter le pays d'où ils viennent.
 
Vous ne devriez pas être aussi catégorique sur la situation de la Roumanie, et vous savez combien la Roumanie fait des efforts pour la réinsertion des Roms. Le nouveau secrétaire d'Etat chargé de cette question sera d'ailleurs à Paris dans quelques jours. Avec certains de mes collègues, je le recevrai et ensuite, les 9 et 10 septembre, j'irai avec P. Lellouche à Bucarest pour discuter justement de la bonne réinsertion de ces Roms. Maintenant, revenons au fond. Quelle est la question qui était posée et qu'a voulu trancher le président de la République ? Oui ou non en France, a-t-on le droit, sous prétexte qu'on est 200 ou 300 ou 400, d'occuper illégalement un terrain public ou un terrain privé ? La réponse est non. La France ne s'en prend pas aux Roms, contrairement aux bêtises, aux anachronismes...
 
Ce sont des rafles, dit le député UMP J.-P. Grand.
 
Oui, c'est exactement le type d'anachronisme ou d'absurdité que je veux dénoncer. J'aimerais beaucoup que le vocabulaire spécifique de la Seconde Guerre mondiale, avec ce qu'a été son atrocité, c'est-à-dire l'extermination industrielle systématique des Juifs et des Tsiganes, ne soit pas utilisé dans un contexte... On peut discuter de telle ou telle modalité ; les personnes sont interpellées, leur identité vérifiée et on leur propose de l'argent pour retourner en avion dans leur pays d'origine. J'aimerais bien qu'on m'explique quel est le lien avec les rafles de la Seconde Guerre mondiale.

Il y a-t-il ou pas, un lien entre immigration et délinquance ? C'est le débat de l'été et c'est vous, qui allez devoir faire voter à la rentrée deux amendements, l'un sur la déchéance de nationalité, l'autre qui va empêcher l'acquisition automatique de la nationalité pour les jeunes multirécidivistes. Franchement, est-ce que ce n'est pas d'abord, aussi peut-être, de l'affichage, peut-être de la surenchère ? Parce que ce n'est pas ça qui va concrètement faire réduire les mauvais chiffres de la délinquance.
 
D'abord, le président de la République à Grenoble n'a pas prétendu faire de ces deux mesures l'alpha et l'oméga de la politique de sécurité...
 
C'était deux nouveautés...
 
C'était effectivement deux nouveautés, c'est pour ça qu'elles ont été le plus retenues. Enfin, quand il est allé installer le nouveau préfet de l'Isère, il me semble qu'il a donné des consignes qui étaient autrement plus larges que cette question. Concernant la déchéance, je crois qu'il faut revenir à des choses simples. Evidemment, ça ne peut porter que sur des cas, par exemple, d'acquisition de la nationalité française par le mariage. Un étranger se marie avec une Française et admettez que deux ans, trois ans après, il tue volontairement un policier, un gendarme, un magistrat, un préfet. La question qui est posée c'est : a-t-il respecté le pacte républicain qu'il est supposé avoir signé en accédant à la nationalité française ?
 
Donc ça concerne très peu de gens en réalité ?
 
Cela va concerner peu de gens, mais heureusement ! La déchéance doit rester absolument une procédure exceptionnelle pour les crimes les plus graves.
 
Donc on va parler pendant des mois d'un dispositif qui va concerner, une, deux, trois, quatre personnes...
 
Mais si vous voulez qu'on parle d'autre chose, on parle d'autre chose, bien volontiers.
 
Eh bien parlons d'autre chose justement, puisque B. Hortefeux veut élargir à d'autres cas - l'excision, la polygamie. Vous, vous avez dit que c'était juridiquement complexe, lui maintient qu'il veut faire des propositions juridiques. Est-ce qu'il vous en parlé ? Il vous a convaincu ?
 
D'abord, on a des échanges. Tout l'été, tout ce mois, il y a eu des échanges entre nos cabinets et nos services puisque nous travaillons. Le président de la République et le Premier ministre vont organiser à la fin du mois et au début du mois de septembre, un certain nombre de réunions interministérielles...
 
Pour trancher ?
 
Pour trancher et surtout pour que chacun apporte ... Enfin, chacun apporte ses propositions et ensuite pour trancher.
 
La position n'est pas la même entre B. Hortefeux et vous ?
 
Mais ce n'est pas tout à fait ça. La question est : est-ce que vous nous devons lutter avec la plus grande force contre la polygamie ? La réponse est évidemment la même. Ensuite, B. Hortefeux m'avait posé une question juridique, précise, la polygamie, à propos de l'affaire de la personne suspectée, effectivement, de Nantes. La question était : est-ce que la polygamie aujourd'hui, en droit français, permet la déchéance de la nationalité française ? J'avais répondu que, très vraisemblablement, non. Et que donc, passer de la situation actuelle à une autre, c'est complexe. Mais "complexe", c'est un mot qui n'interdit rien me semble-t-il. Cela ne se fait pas facilement. Nous verrons à la fin du mois, au début du mois prochain.
 
Vous vous envolez demain pour les Etats-Unis, pour rencontrer vos homologues en charge notamment des politiques d'immigration, de lutte contre les filières clandestines, est-ce que la France peut s'inspirer de certains aspects du modèle américain d'immigration ?
 
Je ne sais pas. Nous ne sommes pas exactement dans le même modèle. Avant d'aller à Washington demain, je vais à Toulon aujourd'hui pour quelque chose de plus opérationnel, c'est la lutte contre les filières de l'immigration clandestine en Méditerranée. Vous connaissez la situation française, nous ne sommes pas aussi exposés que Chypre, Malte, l'Italie ou la Grèce...
 
On avait vu arriver des immigrants en Corse, il y a quelques mois...
 
Exactement. Et les réunions interservices que j'avais organisées à l'époque, et dont je vais faire une réunion opérationnelle aujourd'hui, ont porté leurs fruits. Nos côtes sont mieux surveillées qu'elles ne l'étaient encore il y a quelques mois et nous allons les renforcer aujourd'hui. Demain, je vais effectivement à Washington rencontrer la ministre de la Sécurité, qui gère donc les questions migratoires, et pour répondre très précisément à votre question, j'émets un bémol. Les Etats-Unis, d'abord, ne sont pas laïques, premier élément, et deuxième élément, surtout, ont une politique dite "communautariste". C'est-à-dire qu'ils acceptent la coexistence de communautés. Notre modèle républicain est un modèle d'intégration et d'assimilation. Nous avons des points communs mais nous avons aussi des différences.
 
Vos interlocuteurs aux Etats-Unis auront probablement lu cet éditorial à la Une du New York Times il y a quelques semaines. Le titre c'était : « Xénophobie, la chasse aux non Français », et le grand quotidien américain de référence s'attaquait à N. Sarkozy, accusé d'attiser dangereusement les sentiments anti-immigrés pour des calculs politiques à court terme.
 
Cela veut dire que même un grand quotidien de référence peut, au milieu de l'été, raconter et écrire des bêtises. Ça arrive à tout le monde...
 
Cela n'arrive qu'aux Etats-Unis ?
 
Cela n'arrive qu'aux Etats-Unis, bien sûr, c'était ce que je voulais dire.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 août 2010

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