Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à RTL le 25 août 2010, sur les réactions suscitées par le démantèlement des campements et la reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à RTL le 25 août 2010, sur les réactions suscitées par le démantèlement des campements et la reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales;

ti : J.-M. Aphatie.- La politique de lutte contre l'insécurité, que vous menez au nom du Gouvernement, suscite de nombreuses critiques. La plus forte peut-être a été formulée par l'ancien Premier ministre D. de Villepin, qui était à votre place, ici même, hier matin. "C'est une tache de honte sur le drapeau national", voilà ce qu'a dit D. de Villepin. Comment recevez-vous ce type de critique ?
 
D'abord, j'étais hier après-midi aux cérémonies de la Libération de Paris, le 66e anniversaire, et j'ai rencontré des personnes qui avaient vécu les heures les plus sombres. Et je trouve que dans l'utilisation des mots, dans les références, dans les images, il faut faire très attention ; il faut que chacun garde la raison. Parce que finalement, à employer certains mots, c'est employer l'outrance, eh bien c'est une insulte à la mémoire de ceux qui sont morts sous le joug de la barbarie nazie et puis aussi une blessure pour ceux qui l'ont vécue.
 
Vous avez parlé de "faute morale", hier après midi. Vous pensez que D. de Villepin en employant les mots qu'il emploie, a commis une faute morale ?
 
Concernant D. de Villepin, je pense que les Français doivent s'interroger. Ou en tout cas, même après s'être interrogés, ils ont peut-être constaté, et sa ligne, sa ligne, c'est d'être pour ce qui est contre et contre ce qui est pour. Et d'ailleurs, je suis assez...
 
Il est dans le même parti que vous, je vous signale !
 
Je suis d'ailleurs assez surpris qu'il formule des critiques à l'égard de la politique qui est menée aujourd'hui puisque précisément, la politique que nous menons actuellement, c'est sur la base de textes qui ont été préparés, négociés, ratifiés, adoptés lorsqu'il était lui-même en exercice du pouvoir. Nous nous basons notamment sur des textes européens, ces textes européens ont été préparés lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, en 2004. Et lorsqu'ils ont été adoptés par la Commission européenne, il était lui-même ministre de l'Intérieur. Et lorsque cela a été transposé dans notre législation nationale, il était chef du Gouvernement. Donc je crois qu'il ne faut pas céder aux pulsions et avoir le souci de la cohérence.
 
Ce qui suscite le plus de critiques sans doute actuellement, ce sont le démantèlement de camps de Roms auxquels vous procédez depuis quelques semaines maintenant. Allez-vous poursuivre ces démantèlements de camps ?
 
D'abord, il n'est pas question d'expulser des Roms parce qu'ils sont Roms. Mais il n'est pas non plus question d'accueillir tous les Roms qui souhaiteraient venir sur le territoire français. Nous avons une loi, je fais respecter la loi. J'espère que vous ne me demandez pas de l'appliquer de manière partielle, à moitié. La loi, elle est faite pour être appliquée totalement, surtout lorsque cela s'inscrit dans le cadre de la règlementation européenne. Donc, oui, nous allons poursuivre l'évacuation de campements illicites. Imaginez-vous, une seule seconde par exemple, que les Etats- Unis, première ou deuxième démocratie du monde, accepterait sans rien dire que 250 caravanes provenant du Mexique s'installent là où cela leur ferait plaisir...
 
Vous ne tenez pas compte de l'émotion de ceux...
 
Non, mais ce qui est valable pour les autres s'applique naturellement à nous.
 
Visiblement, une partie de votre électorat, on pense notamment à l'électorat catholique...
 
Non, non pas du tout. Vous me citez des personnalités, je ne suis pas ici chez vous pour parler de tel ou untel. Il y a tout le blabla de la classe politique, et puis il y a la réalité, l'aspiration des Français. L'aspiration des Français, elle est simple. Elle dit simplement une chose vraie, c'est-à-dire qu'on n'occupe pas de manière illégale, de manière illicite, un terrain, une surface, un appartement ou une maison. C'est aussi simple que cela.
 
Il y a "le blabla des hommes politiques" comme vous dites, mais aussi le blabla des évêques, voire le blabla du Pape. Ca fait beaucoup quand même de blablas !
 
Ecoutez, moi j'ai lu avec beaucoup d'attention ce qu'a déclaré le Pape et rien ne me choque et j'approuve tout. Et d'ailleurs, j'ai même regardé les déclarations qui ont été faites par l'ensemble des responsables de la hiérarchie catholique. Le Pape, j'ai vu aussi ce qu'il avait déclaré aussi au mois de janvier, j'ai vu d'ailleurs ce qu'avait déclaré la conférence épiscopale en 2008, j'ai même vu ce qu'avait déclaré Jean Paul II ; ils ont dit, à juste titre, tous la même chose, à savoir qu'il y avait aussi un devoir d'accueil et de respect des autres. Franchement, cela ne me choque absolument pas. Je vous laisserai d'ailleurs la totalité de ces déclarations...
 
De qui ? Du Pape ?
 
...De 1990 jusqu'à aujourd'hui, ça vous permettra de passer une journée heureuse et utile.
 
Eh bien dites donc ! Ah oui, bien sûr !
 
...Et vous vous apercevrez que naturellement, nous respectons tout à fait ces critères. Et c'est d'ailleurs pour cela que je recevrai le cardinal XXIII, enfin naturellement d'écouter. Je suis très attentif...
 
Vous le recevez quand ?
 
Je le recevrai dans les quinze jours qui viennent.
 
Il n'y a pas d'urgence visiblement ?
 
Mais vous savez, l'Eglise avance à son rythme et moi je suis attentif, naturellement, à l'agenda du cardinal XXIII. Je le recevrai, j'écouterai mais j'expliquerai tout simplement que nous appliquons la loi, que nous appliquons les règlementations européennes, que nous encourageons les Roms à repartir chez eux. Cela se fait essentiellement sur la base du volontariat, et de surcroît avec une aide au retour. Une aide au retour une fois, parce qu'on ne passe pas à chaque fois par la case départ, et tout ce qui va avec.
 
Etablissez-vous un lien entre la présence des Roms sur le territoire français et la délinquance ? Est-ce que vos services, dans leurs statistiques, établissent ce type de liens ?
 
Non, il n'y a pas de statistiques sur des communautés, mais il y a des statistiques naturellement sur des nationalités. J'observe, par exemple, que l'année dernière la délinquance issue de membres de nationalité roumaine avait augmenté de 138 % à Paris. Il n'était donc pas question pour moi de faire comme si cela n'existait pas. Moi je ne suis pas dans le déni de réalité, je suis dans l'action, une action simple, menée à la demande du président de la République, pour assurer la sécurité et la protection de nos compatriotes.
 
Est-ce que vous diriez, ce matin, sur RTL, B. Hortefeux, que le démantèlement des camps de Roms, qui va se poursuivre avez-vous dit, appartient aussi à la lutte contre l'insécurité que vous menez ? Ou il s'agit simplement d'appliquer la loi ? Les camps sont-ils nouveaux ?
 
 Je fais appliquer la loi. Il y a eu à ce jour 117 camps qui ont été démantelés, 630 personnes qui ont été reconduites...
 
Est-ce que ça appartient à la lutte contre l'insécurité ?
 
...Et le ministre de l'Immigration a indiqué que sans doute à la fin du mois, ça serait 950. Nous agissons, encore une fois, dans le cadre de la loi. Et ce ne sont pas des retours collectifs, ce sont des examens de situation individuelle et ça se fait dans le respect des droits et des personnes.
 
Mais est-ce que ça appartient à la politique de lutte contre l'insécurité ?
 
Cela appartient à une politique qui est simple, c'est de faire respecter la législation que nous avons adoptée.
 
On a l'impression que F. Fillon applique cette politique, certes, mais sans grand enthousiasme. Vous avez fait une réunion, hier, avec lui. Il a dit : voilà il y a un peu des mots excessifs, mais enfin, il n'a pas l'air de vous soutenir énormément F. Fillon.
 
Le Premier ministre, par définition, conduit la politique du gouvernement ; ça veut dire qu'il partage sa définition, qu'il l'encourage, qu'il la soutient.
 
Et il garde ses états d'âme pour lui ?
 
Ce qu'il a dit à juste titre, c'est qu'il fallait éviter les excès. Les excès de la gauche, on en a eus des exemples...
 
Ou de la droite...
 
Et peut-être aussi des excès dans la majorité. Mais ça signifie tout simplement une réalité simple, c'est qu'il soutient la ligne définie par le président de la République. Et j'ai déjà eu l'occasion de le dire, notre programme c'est ni plus ni moins que le discours de Grenoble. Il le fait avec détermination.
 
Avec enthousiasme ou sans enthousiasme ?
 
Mais l'enthousiasme est collectif et partagé.
 
Puisque vous le dites !"Dérive droitière de l'UMP", a dit J.-P. Raffarin, hier.
 
J.-P. Raffarin est premier vice-président de l'UMP, j'en suis d'ailleurs un des vice-présidents, il a donc tous les moyens, tous les leviers pour peser, pour faire entendre sa voix. Je ne sais pas à quoi il faisait allusion, si c'est à la politique que nous menons afin de faire respecter la loi, je suis sûr que le sénateur Raffarin est certainement attentif aux messages qui sont adressés par les maires de toutes tendances de sa région qui nous demandent précisément de faire respecter la loi et ce principe de propriété individuelle et collective.
 
Cela fait beaucoup de blablas quand même dans votre parti.
 
Non, non, c'est simplement... Moi, encore une fois, mon ambition est très simple, c'est de répondre aux besoins et aux attentes des Français afin d'assurer la sécurité de nos compatriotes. Vous savez, c'est une mission qui mobilise à temps plein et qui oblige, parfois, à avoir l'oreille sélective.
 
L'oreille sélective ?
 
Bien sûr.
 
Mais vous entendez tout quand même ?
 
Ah, je suis attentif à tout.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 août 2010

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