Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Radio France Internationale le 25 août 2010, sur les réactions suscitées par le démantèlement des campements et la reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Radio France Internationale le 25 août 2010, sur les réactions suscitées par le démantèlement des campements et la reconduite dans leur pays d'origine des Roms en situation irrégulière.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : F. Rivière.- Deux ministres roumains arrivent aujourd'hui à Paris. L'émoi est fort en Roumanie, depuis cette réunion à l'Elysée, en juillet, consacrée, je cite, "aux problèmes que posent certains Roms". Ces ministres, vous les rencontrez cet après-midi, qu'est-ce que vous allez leur dire ?
 
Eh bien on va leur dire surtout que l'on veut coopérer davantage avec eux. La bonne intégration des populations dites "roms", à l'intérieur de la Roumanie, puisque ce sont des Roumains pour l'essentiel, il y a aussi des Bulgares mais essentiellement des Roumains, c'est d'abord la responsabilité de la Roumanie.
 
Les Roms sont mal intégrés en Roumanie aujourd'hui ?
 
Ce n'est pas à moi de le dire, c'est ce qui ressort d'un certain nombre d'analyses, de reportages, etc. Nous, nous sommes dans l'action et dans l'action, nous voulons coopérer davantage avec la Roumanie. Nous y consacrons des moyens financiers, la France le fait, l'Europe le fait. Il est sans doute possible d'utiliser mieux ces moyens financiers et de mieux coopérer. C'est ce que nous allons aborder cet après midi.
 
Une coopération, notamment au niveau européen, F. Fillon doit saisir le président de la Commission européenne...
 
Il a raison. P. Lellouche avait déjà mobilisé nos partenaires européens sur cette question, l'Europe consacre beaucoup d'argent au développement de la Roumanie, de l'ordre de 20 milliards par an. Il serait utile qu'une partie soit mieux utilisée pour la bonne intégration des Roms, oui.
 
F. Fillon, hier, est sorti de son silence par un simple communiqué : "La lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre", écrit le Premier ministre. Est-ce que c'est une manière polie de prendre ses distances avec N. Sarkozy ?
 
Je n'en ai pas eu le sentiment puisque j'ai participé à la réunion à Matignon qui a précédé ce communiqué, et nous avons travaillé avec le Premier ministre qui nous a demandé - au ministre de l'Intérieur, au secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, à moi-même - de rendre compte, chacun, de nos actions, de ce que nous faisions, ce que nous préparions. Il nous a posé beaucoup de questions, il nous a annoncé sa volonté de saisir le président de la Commission européenne. Je n'ai pas eu le sentiment, à aucun moment, d'une mise en cause ou d'un détachement du Premier ministre à l'égard de l'action que nous menions. Alors, ensuite, il y a un communiqué, (inaud.) pas surinterpréter, "de part et d'autre", ça peut vouloir dire aussi qu'il y a eu de tous les...
 
...A gauche et à droite.
 
Oui, il y a eu, à gauche et à droite, des déclarations extrêmement surprenantes, c'est le moins que l'on puisse dire, sur un sujet...
 
Vous pensez à qui ?
 
Je pense à D. de Villepin, je pense à beaucoup d'autres.
 
B. Hortefeux ?
 
Non, B. Hortefeux, lui, il était dans l'action. Quand vous regardez sur le fond, pourquoi toute cette polémique ? La France ne fait que respecter ses propres lois, qui sont les lois de tous les pays du monde. Est-ce qu'il y a un pays dans le monde - vos auditeurs qui vivent dans des pays étrangers le savent - est-ce qu'il y a un pays dans le monde où on peut entrer sans titre de séjour ? Est-ce qu'il y a un pays dans le monde où l'on accorde l'autorisation de vivre durablement sans titre de séjour ? La réponse est non. Et par ailleurs, nous appliquons strictement les règles européennes et les directives européennes. Donc cette polémique, elle est, j'allais dire, française dans sa conception, dans sa façon de faire. Il n'y a pas eu un manquement à la loi, nous avons respecté scrupuleusement la loi républicaine, et les droits des Roumains et des Bulgares, parce que je n'aime pas beaucoup l'expression "roms", mais les droits des Roumains et des Bulgares en situation irrégulière ont été scrupuleusement respectés.
 
Alors, même si vous respectez la loi, il y a quand même beaucoup de critiques qui viennent aussi bien de l'étranger que de France. En France, il y a un directeur de la police, qui considère que cette politique de démantèlement est difficilement applicable. On sait que les Roms rentrent en Roumanie ou en Bulgarie avec 300 euros et puis, souvent, ils reviennent.
 
J'ai lui ce rapport. II est bien plus intelligent et nuancé qu'on ne l'a suggéré. Il n'est pas une mise en cause de la politique du gouvernement, il dit juste : voilà les difficultés, les écueils auxquels nous nous frottons. Alors oui, c'est vrai, il y a eu ces dernières années une espèce de noria, au sens d'aller-retour, d'un certain nombre de personnes, roumaines ou bulgares, parce que la France se singularise par le fait que nous avons une aide au retour volontaire, humanitaire, généreuse et que certains en ont profité pour dévoyer cette aide, en ont profité pour prendre un effet d'aubaine. Nous allons mettre en place, en septembre, un fichier informatisé dit "OSCAR"- ça c'est pour les acronymes - mais pour le souvenir, qui est un fichier biométrique, qui va permettre de simplement qu'une personne ne perçoive pas plusieurs fois consécutives cette aide au retour volontaire et humanitaire. Donc les détournements de la générosité de la France vont être beaucoup plus difficiles, et ça répond notamment à la note de ce commissaire.
 
Mais au-delà des problèmes, des questions d'occupation illégale d'emplacement, quels sont les problèmes que posent les Roms en France ?
 
D'abord, l'occupation illégale, ce n'est pas rien. En France, il y a des lois, vous et moi nous n'allons pas pouvoir aller sur un terrain, public ou privé, et nous y installer. Et l'idée que parce qu'on y arrive à 100 ou à 200 ou à 300, on contournerait la loi, est une idée qui, en démocratie et en République, est inacceptable. Deuxièmement, il y a des problèmes de délinquance, c'est une évidence. Je ne dis pas, parce que je me méfie des amalgames et des généralisations, je ne dis pas une seconde "tous les Romains ou Bulgares dits Roms, sont agents de délinquance", ce sont de...
 
C'est pourtant ce qui a été compris pendant cet été.
 
Mais non, je ne crois pas. Il faut se méfier des généralisations, et en même temps, dire, comme l'a dit le ministre de l'Intérieur il y a quelques jours, que si vous prenez par exemple Paris et la région parisienne, oui, depuis deux ans, la délinquance commise par des Roumains, sur la région parisienne, avait augmenté très fortement, c'est un fait. Et quand vous faites de la politique et que vous êtes ministre, vous regardez les faits en face. Mais dire cela, ça ne veut pas dire stigmatiser, ça ne veut pas dire généraliser. Vous avez des Roumains qui ne posent aucune difficulté en France, il ne faut pas systématiser.
 
Selon D. de Villepin, il y a, au gouvernement, des ministres, je le cite "malheureux et mal à l'aise avec la politique sécuritaire de N. Sarkozy ". E. Besson, est-ce que vous êtes mal à l'aise ?
 
Non, non, je vais très bien, je vous remercie. Ce sont...
 
Vous n'avez jamais été gêné cet été par quelques déclarations ?
 
Ce sont des sujets sensibles, et il faut faire... Derrière ce que nous évoquons, il y a des femmes et des hommes, et que donc, nous soyons en permanence entre le respect de la loi d'une part, et d'autre part le respect de la dignité des personnes et l'humanité qui doit présider à notre action, oui, c'est évident, c'est sensible. Donc je me pose des questions en permanence. Bon, maintenant, D. de Villepin a beaucoup de qualités, est-ce qu'il est le meilleur psychologue possible des tourments de...
 
Est-ce qu'il doit rester à l'UMP ?
 
Je n'en sais rien, il est bien dans cet entre deux, un pied dedans, un pied dehors, etc. Cela fait partie de son charme. Laissons-le faire.
 
Venons-en rapidement à la rentrée du Gouvernement. Conseil des ministres, tout à l'heure, à 10 heures. L'ambiance est un peu bizarre cette année, un remaniement aura lieu dans quelques semaines ou quelques mois, les ministres, certains en tout cas, sont sur un siège éjectable. C'est compliqué pour travailler ?
 
Non, ça alimente bien la presse, puisque ça fait beaucoup d'articles depuis six mois sur le sujet. Le siège éjectable, il est inhérent à la fonction. Lors d'un...
 
F. Fillon doit rester ?
 
Je n'en sais rien, c'est un bon...
 
Vous souhaitez qu'il reste ?
 
...C'est un bon Premier ministre. Ensuite, c'est à lui et au président de la République surtout d'en décider. Mais sur le fond, la notion de siège éjectable, la précarité, elle est inhérente à la fonction de ministre.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 août 2010

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