Conférence de presse de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, sur le suivi personnalisé des élèves, le nouveau pacte de carrière des enseignants et la réforme des lycées, Paris le 31 août 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, sur le suivi personnalisé des élèves, le nouveau pacte de carrière des enseignants et la réforme des lycées, Paris le 31 août 2010.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement

Circonstances : Rentrée scolaire 2010-2011

ti : Mesdames et Messieurs,


Dès cette semaine, douze millions d'élèves vont rejoindre les écoles, collèges et lycées de notre pays, accueillis par plus d'un million d'enseignants, de personnels d'éducation, d'administration et de direction.

Incontestablement, la rentrée des classes est un moment marquant de la vie de notre pays. Nous tous sommes en effet conscients de la place centrale, primordiale, de l'École dans notre société. C'est d'ailleurs une grande spécificité française : creuset de notre pacte républicain, fabrique de notre citoyenneté, l'École est au coeur de la vie de notre pays : elle en est le socle vivant. À ce titre, la rentrée constitue ce moment privilégié où se réaffirme l'union intime entre la Nation et son École, cette École à qui elle a confié la charge d'éduquer tous les enfants de la République.

Comme Ministre mais aussi comme père, j'ai conscience que la rentrée des classes est également un moment important dans la vie des familles, en particulier pour celles dont les enfants entrent pour la première fois à l'école ou changent de niveau d'enseignement.

Ce matin, à travers vous, je veux avant tout m'adresser aux parents et leur assurer que tout a été préparé depuis plusieurs mois afin que tous les enfants soient accueillis dans les meilleures conditions au sein de leur école ou de leur établissement. En tant que premier service public, l'Éducation nationale doit cette obligation de résultat aux familles.

Vous imaginez, enfin, que la rentrée est un moment particulier pour le ministre de l'Éducation nationale, ce moment où se mettent en pratique, dans la classe et dans la vie des établissements, les réformes conçues, discutées et affinées au cours des trimestres écoulés, ainsi que les nouveautés et les expérimentations qui permettent de faire progressivement évoluer notre École.

De ce point de vue, cette rentrée 2010 est particulièrement riche. Elle voit, en effet, l'entrée en application d'importantes nouveautés qui visent toutes à la réussite de chaque élève : la réforme du lycée, la réforme de la formation des enseignants, le lancement de la réflexion sur les rythmes scolaires.

Avant de les évoquer plus précisément, je voudrais, avec vous, tracer les grandes lignes de mon ambition pour l'École et donner le cap de l'année qui s'ouvre.

Une finalité conduit mon action : passer de l'École pour tous à la réussite de chacun.

Force est en effet de constater que, si l'École a réussi ces dernières décennies à s'ouvrir à tous, elle n'a pas encore réussi à assurer la réussite de chacun. Sur ce point, les chiffres et les constats sont incontestables :

* les tests PISA, qui évaluent les aptitudes de tous les élèves de l'OCDE, révèlent une France du « grand écart », déchirée entre une élite réduite et une proportion croissante d'élèves en difficulté ;

* le récent rapport de la Cour des comptes l'a encore rappelé : 40 % des bacheliers ont redoublé au moins une fois dans leur scolarité ;

* chaque année, 120 000 jeunes quittent notre système éducatif sans qualification ;

* enfin, notre École n'est pas encore parvenue à relever le défi de l'égalité des chances : seuls 5 % des enfants d'ouvriers accèdent aujourd'hui aux classes préparatoires ; un enfant d'ouvrier a cinq fois moins de chances qu'un enfant de famille favorisée d'arriver dans ces mêmes classes.

Face à ces constats, le statu quo ne serait pas seulement un aveu d'échec : il serait une faute. Il nous faut impérativement agir, afin que chaque élève puisse disposer de toutes les chances de construire sa réussite. Pour cela, il nous faut être clairvoyants et créatifs, responsables et audacieux, pragmatiques et ambitieux.

Afin d'assurer la réussite de chaque élève, nous devons orienter notre action selon trois axes étroitement liés : personnaliser le suivi de chaque élève, afin de répondre précisément à ses besoins ; donner plus de responsabilité aux établissements, qui sont les mieux à même d'évaluer ces besoins ; et, enfin, parce que leurs fonctions évoluent, proposer aux professeurs un nouveau pacte de carrière.

Oui, pour faire réussir chaque élève, pour l'accompagner vers l'excellence, il faut l'aider à construire son parcours dès son plus jeune âge. Et cette attention marquée aux trajectoires et aux projets individuels, nécessairement pluriels, nous impose de rompre avec l'uniformité de notre action éducative pour la personnaliser. Ce n'est qu'ainsi que nous parviendrons à relever les plus grands enjeux de notre École.

Cette personnalisation des parcours, nous la mettons en place à tous les niveaux de la scolarité, dès la maternelle jusqu'à l'entrée à l'Université :

* dès la maternelle et le primaire, avec les deux heures hebdomadaires d'aide personnalisée : plus d'un million d'élèves en bénéficient ;

* avec les stages de remise à niveau en français et en mathématiques pendant les vacances scolaires pour les élèves de CM1 et de CM2 qui rencontrent des difficultés scolaires : en 2009, ces stages ont concerné 214 500 élèves ;

* avec, à l'école et au collège, l'accompagnement éducatif entre 16 h et 18 h pour les élèves qui ne bénéficient pas chez eux de l'encadrement et du soutien propices à la réussite. Désormais proposé dans tous les collèges ainsi que dans les écoles de l'éducation prioritaire, ce dispositif est un véritable prolongement du temps scolaire. Plus de 850 000 collégiens et près de 200 000 écoliers de l'éducation prioritaire en bénéficient. Avec sa généralisation, en cette rentrée, à toutes les écoles de l'outre-mer, le dispositif va du reste encore monter en puissance.

Cette personnalisation est bien évidemment aussi au coeur de la réforme du lycée, dont je parlerai tout à l'heure.

Mais pour personnaliser notre action, pour travailler au plus près des attentes des élèves, encore faut-il donner plus de responsabilité à ceux qui les connaissent le mieux. C'est pourquoi je veux favoriser l'initiative locale, développer l'autonomie des établissements, sans pour autant remettre en question le caractère national des diplômes et des programmes.

Faire confiance et responsabiliser, rompre avec la rigidité des décisions venues d'en haut, cesser de brider les initiatives menées à partir du terrain. Donner enfin davantage d'autonomie à ceux qui connaissent la singularité de chaque territoire éducatif : les recteurs, les inspecteurs d'académie, les chefs d'établissement mais aussi, bien sûr, les professeurs qui souhaitent s'engager dans des projets pédagogiques novateurs. Voilà pourquoi nous avons entrepris de développer l'autonomie des établissements. C'est du reste précisément ce que préconisait la Cour des comptes dans son rapport : une différenciation des approches pour un gain d'efficacité.

Avec la mise en oeuvre de la réforme des lycées, nous allons renforcer cette autonomie : l'organisation des heures d'accompagnement personnalisé en seconde relèvera de la responsabilité des établissements et, au total, près de 25 % des dotations horaires des classes de seconde seront librement organisées par les équipes, afin de mieux prendre en compte la réalité des besoins de leurs élèves et de mieux adapter les réponses pédagogiques.

Dans certaines situations et pour des programmes spécifiques requérant une forte mobilisation, nous irons plus loin, notamment dans le recrutement des personnels sur profil, que ce soit pour les internats d'excellence ou pour proposer des solutions efficaces dans les établissements qui concentrent le plus de difficultés, notamment au sein du programme Clair, Collège et lycée pour l'ambition, l'innovation et la réussite.

Proposer une véritable personnalisation des parcours suppose aussi de réaffirmer le lien entre la Nation et ses enseignants. Ces enseignants qui sont au principe de toutes les réussites qui se préparent à l'École. Ces réussites qui feront la France de demain.

Car nous le savons tous : le ministère de l'Éducation nationale, c'est d'abord et surtout le ministère de l'humain. La grande force du ministère dont j'ai la charge, sa première ressource, sa plus grande richesse, c'est sa formidable ressource humaine. Ce sont toutes ces femmes, tous ces hommes, qui, par passion, par vocation, ont choisi de consacrer leur vie à la transmission des savoirs, à l'instruction des enfants que la Nation nous confie, à leur éducation et, au bout du compte, à leur accomplissement.

Mon ambition, c'est d'accompagner les enseignants de notre pays, de leur donner les moyens d'accomplir pleinement la mission que nous leur confions. Voilà pourquoi j'ai choisi de revaloriser leur condition, en leur proposant un nouveau pacte de carrière.

Ce nouveau pacte répond à quatre engagements :

* une meilleure formation des enseignants, initiale et continue ;

* un meilleur accompagnement des enseignants tout au long de leur vie professionnelle ;

* des possibilités plus larges et réelles de mobilité et d'évolution de parcours ;

* un métier mieux considéré et donc mieux rémunéré.

Conformément à la demande du Président de la République, l'élévation du niveau de formation des enseignants au niveau master va en effet se traduire dès cette rentrée par une revalorisation significative de leur début de carrière, jusqu'à la 7e année d'exercice. Ce seront ainsi près du quart des enseignants (190 000) qui verront leur situation financière s'améliorer de façon concrète :

* 157 euros nets par mois pour les futurs professeurs des écoles et professeurs certifiés ;

* 259 euros nets par mois pour les futurs professeurs agrégés ;

* en moyenne, 660 euros pour les enseignants en début de carrière et jusqu'à 7 ans d'ancienneté.

En période de crise, quel autre pays peut se prévaloir d'une telle revalorisation de ses professeurs ?

Je tiens également à ce que les enseignants soient mieux reconnus dans la diversité de leur parcours, de leurs engagements et de leurs projets de formation. C'est pourquoi je veux que, dans le plus profond respect des règles statutaires, nous repensions en profondeur les conditions de l'évaluation de la valeur professionnelle des enseignants, en donnant notamment une place nouvelle et plus importante à l'entretien professionnel :

* les critères d'évaluation seront objectifs, transparents et connus de tous car c'est à ces seules conditions qu'ils seront compris et acceptés par les enseignants ;

* l'évaluation devra aussi constituer un outil qui permette aux enseignants de faire le point sur leur pratique professionnelle, l'administration devant proposer, si nécessaire, aux maîtres en difficulté des formations pour les aider.

La revalorisation de la condition enseignante suppose aussi de repenser nos dispositifs de formation. C'est désormais chose faite pour les futurs enseignants. Mais il faut aller plus loin et revaloriser la formation tout au long de la vie professionnelle. Car les enseignants doivent pouvoir, à leur initiative, suivre des formations en dehors de leur temps de travail afin de se préparer à l'évolution prévisible de leur métier. Ils doivent pouvoir développer leurs qualifications ou en acquérir de nouvelles, se préparer aux examens ou aux concours ou faire valider leurs acquis de l'expérience en vue, le cas échéant, d'une réorientation professionnelle. Pour ce faire, dès la rentrée 2010 sera mis en place pour les enseignants le DIF, ou droit individuel à la formation. Les professeurs intéressés pourront disposer de 20 heures de formation par an, cumulables sur six ans : soit 120 heures au total pour développer de nouvelles compétences.

Enfin, et ce n'est pas un sujet annexe, j'ai tenu à ce que nous nous attachions à garantir aux personnels éducatifs la santé au travail. Il n'est en effet pas admissible qu'aujourd'hui la seule visite médicale dont bénéficient en pratique les enseignants soit celle qu'ils font au moment de leur embauche. J'ai donc récemment annoncé qu'un bilan de santé serait proposé à tous les personnels l'année de leurs 50 ans : cette mesure permettra de mieux accompagner et de soutenir les enseignants qui doivent faire face à des sollicitations et à des exigences toujours plus variées et complexes dans l'exercice de leur métier. Le dispositif sera d'abord initié dans six départements dès cette rentrée, avant d'être généralisé début 2011. Sur ce sujet, je signerai prochainement une convention avec un grand organisme mutualiste de l'Éducation nationale.

Ainsi mieux formés, mieux rémunérés, davantage reconnus dans la diversité de leurs parcours et leurs souhaits d'évolution de carrière, les enseignants seront plus en mesure de s'investir pleinement dans leur mission : la réussite de chaque élève.

Ces lignes de force de notre action éducative que sont la personnalisation, l'autonomie des établissements et une politique ambitieuse de ressources humaines, se déclinent en mesures concrètes en cette rentrée 2010.

L'année dernière, nous avions lancé la rénovation de la voie professionnelle, afin d'élever le niveau de qualification des jeunes et lutter contre les sorties sans qualification :

* des passerelles ont été créées, afin de favoriser une réorientation en cours de cursus et un accompagnement personnalisé de 2 h 30 par semaine est prévu pour aider les élèves à réussir ;

* le parcours du baccalauréat professionnel est passé à trois ans et s'aligne désormais sur les deux autres baccalauréats pour permettre à davantage d'élèves d'atteindre le baccalauréat.

Cette réforme contribue ainsi à affirmer l'égale dignité des filières de formation proposées au lycée et à reconnaître la diversité des voies de la réussite. C'est un changement de mentalité majeur dans notre pays. Et cela marche ! Pour ne prendre que l'exemple de l'académie de Paris, deux tiers des titulaires de BEP vont cette année y poursuivre leurs études en bac professionnel, soit 15 % de plus que les années précédentes.

Ce changement, nous le confortons avec l'entrée en vigueur de la réforme du lycée général et technologique, grande nouveauté de la rentrée.

Cette réforme est le résultat d'un engagement, celui du Président de la République à faire évoluer notre lycée. Elle est aussi le fruit d'une longue période de consultation menée par Richard Descoings entre janvier et mai 2009 auprès des lycéens, des professeurs, des chefs d'établissement, des familles. Elle est enfin l'aboutissement d'une vaste concertation, que j'ai menée aussi bien à Paris avec tous les partenaires sociaux que dans les régions, en un véritable tour de France, afin d'écouter et d'affiner les mesures.

Au final, elle a fait l'objet d'un véritable consensus, qui s'est manifesté lors du vote au Conseil supérieur de l'Éducation. Pourquoi ? Parce qu'elle répond à l'objectif fondamental du lycée : assurer la réussite de chacun en offrant aux lycéens une orientation choisie, réversible et un accompagnement personnalisé.

Dès cette rentrée, chaque élève de seconde bénéficiera en effet d'un accompagnement de deux heures hebdomadaires. Je l'ai dit, l'organisation de ce temps spécifique est le fruit d'un projet d'équipe et d'établissement. Ses modalités sont proposées par le conseil pédagogique de l'établissement : après consultation du conseil des délégués pour la vie lycéenne, elles sont soumises à l'approbation du conseil d'administration. Ainsi conçu, l'accompagnement personnalisé entend proposer une réponse « sur mesure » aux besoins de chaque élève.

Tous les lycées se sont emparés de ce nouveau dispositif qui sera proposé à tous les élèves. Il a mobilisé les conseils pédagogiques, qui n'ont manqué ni d'imagination ni de créativité pour le mettre en oeuvre. Très souvent, il a en effet été prévu d'aligner les emplois du temps de deux ou trois classes de seconde et, sur ces tranches horaires communes, de proposer plusieurs activités pédagogiques dans lesquelles les élèves sont répartis. Des activités aussi variées que de l'aide en français, en mathématiques ou en langues vivantes, des travaux de recherche documentaire sur des sujets pluridisciplinaires, de l'approfondissement pour enrichir sa culture générale, une aide à l'orientation avec le professeur principal ... Toutes ces activités ont en commun de faire acquérir les méthodes de travail propres au lycée, méthodes qui exigent beaucoup plus d'autonomie de la part des lycéens pour s'organiser et faire face à leur travail personnel, condition de la réussite au lycée.

L'orientation est un autre enjeu fondamental de cette réforme : nous l'avons voulue progressive et réversible, afin de passer d'une orientation subie à une orientation choisie qui permette les corrections de trajectoire. Plus progressive, parce que les élèves de seconde pourront, sans s'engager, choisir des enseignements d'exploration pour envisager des pistes de formation. Réversible, parce que la classe de première sera plus générale et permettra des réorientations, via des stages passerelles, vers une autre série. Plus ouverte enfin, parce les séries - et notamment les séries L et STI - sont rééquilibrées afin que toutes les compétences soient reconnues et valorisées.

Pour personnaliser cette orientation, nous proposons aux élèves qui en éprouvent le besoin un tutorat, lors duquel ils pourront envisager leur orientation avec des enseignants volontaires. Par cette mesure, le système éducatif apporte une réponse aux parents qui n'ont pas la chance de disposer de relais d'information.

Avec cette réforme, nous adaptons également le lycée à son époque : à la nécessité de disposer de compétences linguistiques, en mettant l'accent sur la maîtrise orale via les groupes de compétences ; à la nécessité d'enseigner l'économie pour tous ; à celle enfin d'enrichir la culture personnelle des élèves, avec un accès plus large grâce à l'activité du référent culture et à la plateforme CinéLycée.

Par cette réforme d'ampleur, nous allons ainsi proposer un lycée plus juste parce que plus ouvert à la diversité des talents et des parcours. Un lycée plus vivant et davantage en phase avec son époque. Un lycée où chaque élève pourra s'accomplir et trouver sa voie.

Une autre grande nouveauté de cette rentrée est la mise en oeuvre de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants.

Cette nouvelle formation, c'est d'abord une élévation du niveau de qualification.

Avec une élévation des recrutements au niveau master, la formation universitaire est désormais allongée d'un an. Et un an de plus de formation, bac + 5, c'est un gage d'excellence académique pour tous nos futurs professeurs. C'est plus de connaissances scientifiques au moment où les savoirs deviennent de plus en plus complexes, et la garantie d'un enseignement de haut niveau pour les élèves du 21e siècle. Un master, c'est aussi pour les futurs enseignants une initiation à la recherche, donc un goût pour une science en évolution permanente, un désir de se perfectionner tout au long de leur carrière professionnelle.

La réforme du recrutement, c'est aussi plus de formation dans la réalité de la classe, une formation par la pratique professionnelle et pas uniquement pour cette pratique.

Avec cette réforme, en effet, les nouveaux enseignants bénéficieront de plus de stages et de pratique qu'auparavant. Car avant, lors de l'année de formation en IUFM, à peu près un tiers du temps de formation était réservé à la pratique en classe. Avec cette réforme, l'étudiant peut bénéficier d'un total allant jusqu'à 216 heures de stage, puisqu'il va accomplir :

* 108 h de stage d'observation et de pratique accompagnée ;

* 108 heures de stage rémunéré (à hauteur de 3 000 euros) en responsabilité dans une classe.

Après sa réussite au concours, il bénéficiera d'une année entière de stage, soit plus de 400 heures de formation pratique.

Cette nouvelle formation, c'est enfin plus d'accompagnement pour les nouveaux professeurs, grâce à la proximité d'un tuteur, d'un enseignant chevronné choisi par le corps d'inspection pour son expérience et son savoir-faire. Grâce aussi à l'assistance de l'équipe de direction des établissements, et surtout des corps d'inspection et de leurs équipes de conseillers pédagogiques.

Les élèves auront ainsi la garantie d'un enseignement de haut niveau scientifique, dispensé par des professeurs dont la compétence sera soutenue par des professionnels expérimentés.

Outre ce tutorat, les nouveaux professeurs suivront par ailleurs une formation complémentaire, qui répondra aux besoins particuliers de chaque stagiaire et qui intégrera les questions de gestion de conflit et de prévention des phénomènes de violence et de discrimination.

L'année scolaire voit aussi la mise en oeuvre de nouvelles mesures pour renforcer l'efficacité du remplacement dans le premier et le second degré. Car l'Éducation nationale est le premier service public, et qui dit "service public" dit "continuité du service public" et donc obligation de résultats. C'est là une obligation envers les élèves, envers les familles, envers les professeurs, qui engage la responsabilité de tous les acteurs de ce grand service d'Éducation. Afin de la tenir, nous avons identifié les contraintes administratives qui complexifiaient les dispositifs de remplacement et levé les obstacles organisationnels qui diminuaient le potentiel de suppléance.

Car, je le dis clairement, le problème du remplacement n'est pas un problème de moyens : aujourd'hui, l'on compte près de 50 000 remplaçants titulaires dans l'Éducation nationale. Mais le problème, c'est que ces personnels n'étaient jusqu'alors utilisés qu'à 60 % dans le second degré. Pourquoi ? Parce que le système était trop rigide et trop lent. Trop rigide car la gestion du remplacement, assurée académie par académie, conduisait parfois à des situations ubuesques : un professeur remplaçant ne pouvait venir sur un poste situé près de chez lui sitôt qu'il était dans une autre académie. Trop lent du fait du délai de carence de quatorze jours.

Aussi ai-je décidé de moderniser le système. Le 9 mars dernier, j'ai annoncé la mise en oeuvre d'un ensemble de mesures cohérentes pour rendre le système du remplacement plus efficace, plus réactif et plus souple :

* la suppression du délai de carence dans le second degré ;

* la désignation par chaque établissement d'un référent dédié à l'organisation du remplacement ;

* la mise en place par chaque académie d'un véritable service du remplacement ;

* la levée des barrières administratives empêchant un enseignant d'une académie voisine de venir effectuer un remplacement ;

* enfin la constitution d'un vivier complémentaire de personnels contractuels remplaçants, composé de jeunes retraités, d'étudiants diplômés et formés, dont la candidature aura été préalablement examinée et validée par les inspecteurs pédagogiques du ministère. Ce sera là un gage de souplesse supplémentaire pour une gestion plus réactive du remplacement, et avec la garantie pédagogique apportée par les corps d'inspection lors du recrutement.

Je suis sûr que, grâce à ces mesures, nous pourrons répondre à la première attente des familles : que leurs enfants disposent d'un service d'enseignement constant et de qualité.

En cette nouvelle année scolaire, nous allons également déployer le plan de prévention de l'illettrisme. L'objectif de ce plan : agir le plus précocement possible contre ce fléau par des actions ciblées, que ce soit l'apprentissage méthodique du vocabulaire, l'apprentissage par coeur de textes pour stimuler la mémoire, l'aide personnalisée ou la lecture de textes de qualité pour susciter le plaisir et développer la concentration. Je me réjouis d'ailleurs du grand succès qu'a rencontré l'opération "Un livre pour l'été" : tout au long des vacances, 178 000 enfants ont pu découvrir le plaisir du texte en se plongeant dans un recueil de Fables de La Fontaine. En cette rentrée, ils vont approfondir et enrichir leur lecture estivale grâce à un suivi pédagogique assuré par leur professeur. Cette initiative, qui associe plaisir personnel de la lecture et prolongement en classe, me semble une des solutions les plus efficaces pour ramener des milliers d'enfants vers la lecture.

J'ai également souhaité que le suivi de ce plan soit optimal : à cette fin, j'ai demandé à ce que l'encadrement académique s'implique dans sa mise en oeuvre. Les cent inspecteurs de l'Éducation nationale en charge de la maternelle vont concentrer leurs actions sur ce plan. Un correspondant « illettrisme », missionné dans chaque académie, est également chargé du suivi du plan sur le terrain : je les rencontrerai d'ailleurs tous la semaine prochaine.

Enfin, dans ce combat, nous ne sommes pas seuls : de nombreuses associations oeuvrent depuis longtemps à lutter contre le fléau de l'illettrisme. Aussi, pour démultiplier notre efficacité, devons-nous mener une action concerté : c'est tout le sens des conventions de partenariat que j'ai signées avec l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme ou avec l'Apfée, l'Association pour favoriser une école efficace. J'ai d'ailleurs demandé aux recteurs que dans chaque académie soient organisées à l'automne des assises de l'illettrisme qui réuniront tous les acteurs de cette lutte. Ce sera l'occasion d'un premier point d'étape.

Je l'ai dit : la recherche constante de nouvelles pistes, l'innovation tant dans les structures que dans la pédagogie constituent à mes yeux une démarche essentielle. Plus : elles sont vitales pour notre système éducatif. Parce que le statu quo ne résoudra rien, parce que les anciennes recettes ont montré leurs limites, parce qu'à une situation en constante évolution nous devons apporter des réponses adaptées. Aussi l'année scolaire 2010-2011 va-t-elle voir se développer nombre d'expérimentations et d'innovations.

En cette rentrée, nous ouvrons onze nouveaux internats d'excellence : au total, avec les places labellisées, ces structures innovantes vont désormais accueillir 6 000 élèves issus de milieux défavorisés en leur offrant les conditions pour réussir et en développant leur ambition scolaire. C'est là un outil particulièrement efficace pour renforcer l'égalité des chances en nous appuyant sur le fondement même de notre École : la méritocratie. Je veux qu'il soit encore développé.

Nous ouvrons également le grand chantier des rythmes scolaires. La conférence nationale dont j'ai installé le comité de pilotage en juin disposera de toute l'année pour consulter et élaborer des propositions adaptées aussi bien à notre système éducatif qu'à son inscription dans la société française.

Tous les acteurs concernés par l'École y sont les bienvenus : j'ai d'ailleurs eu l'occasion, la semaine dernière, de faire un premier voyage d'étude au Danemark avec les membres du comité de pilotage et des représentants des associations de parents d'élèves. Tous ensemble, nous avons pu nourrir notre réflexion des spécificités danoises, que ce soit dans l'organisation du calendrier ou dans celle des activités scolaires. C'est par cette ouverture, par ces études au-delà de nos frontières, par ce débat qui s'annonce extrêmement riche que nous parviendrons à améliorer les rythmes de notre École, pour le plus grand bien et la réussite de tous les élèves.

Parallèlement à cette Conférence nationale se mettra en place l'expérimentation "Cours le matin, sport l'après-midi" dans 124 établissements, 83 collèges et 41 lycées. Plusieurs classes de ces établissements bénéficieront d'un nouvel emploi du temps, offrant d'importantes plages de pratique physique et sportive et d'activités artistiques et culturelles l'après-midi. L'enjeu de cette expérimentation ? Favoriser la réussite des élèves en aménageant leur temps scolaire, en valorisant leurs acquis, en développant leur motivation et leur esprit de classe, mais aussi en cultivant les valeurs communes au sport et à l'École : le dépassement de soi, le goût de l'effort, le respect de l'autre et des règles, l'esprit d'équipe. Plus de 7 000 élèves sont concernés par ce dispositif dès la rentrée scolaire 2010.

Enfin, nous lançons en cette rentrée le programme Clair (Collège et lycée pour l'ambition, l'innovation et la réussite), qui va être mis en place dans 105 collèges et lycées.

Ce programme vise à renforcer la stabilité des équipes éducatives, facteurs de réussite scolaire et de meilleure maîtrise des situations de violence. Comme je l'ai précédemment évoqué, la gestion des ressources humaines y sera plus autonome, afin de renforcer la cohésion des équipes et leur adhésion au projet d'établissement. Le recrutement des équipes sera assuré par le chef d'établissement et les enseignants seront mieux accompagnés dans l'exercice de leur métier et dans leur carrière, grâce au suivi d'un référent dédié issu des corps d'inspection.

Clair innove également dans la pratique pédagogique, que ce soit par une prise en charge des élèves, à l'initiative des équipes, ou par une organisation du temps scolaire adaptée à la situation de chaque établissement.

Il innove enfin en matière de vie scolaire, notamment par la désignation d'un préfet des études, chargé du respect des règles communes, de l'implication des familles et de la coordination des équipes.

Avec Clair, nous faisons du "sur mesure" : les équipes disposeront d'une large autonomie pour gagner en efficacité. Avec Clair, nous répondons aussi à l'une des ambitions les plus nobles de l'Éducation nationale : l'égalité des chances, puisque nous concentrons les moyens là où les difficultés sont les plus criantes. Avec Clair, nous montrons combien l'innovation et la mobilisation de plusieurs leviers sont fondamentales pour répondre aux questions de sécurité à l'École.

C'est le même esprit d'adaptation, la même volonté d'apporter une réponse plurielle aux situations spécifiques qui gouvernent notre action pour assurer la sécurité de nos écoles, de nos collèges et de nos lycées. Cette réponse plurielle, je ne la concevais pas autrement que comme le fruit d'une longue et vaste concertation. Les États généraux de la sécurité à l'École qui se sont tenus en avril dernier en ont été l'occasion, et son conseil scientifique, présidé par Éric Debardieux, continue à travailler. Grâce à cette large consultation, nous avons pu dresser une expertise complète à partir de laquelle nous avons dégagé tout un ensemble de mesures. Fidèles à l'esprit de ces États généraux, certaines entrent en vigueur en cette rentrée.

La première concerne la formation spécifique des enseignants à la gestion des conflits et à la prévention de la violence. Un dispositif national d'accompagnement des enseignants a été élaboré, intégrant des outils concrets : un portail web de ressources et un DVD sur la tenue de classe pour les professeurs stagiaires, qui suivront également des modules de formation spécifiquement conçus pour eux et assurés par des formateurs dédiés.

D'autres mesures concernent la responsabilisation des parents et des élèves, notamment par l'évolution des règles et des sanctions disciplinaires. Des évolutions réglementaires seront en effet présentées prochainement au conseil supérieur de l'Éducation : elles entendent remettre la règle au coeur de l'École, que ce soit par le rappel des règles élémentaires de civilité via le règlement intérieur des établissements, ou par la systématisation du déclenchement des procédures disciplinaires en cas de violences verbales ou physiques à destination des personnels.

Pour autant, et nous le savons tous, l'exclusion d'un élève ne résout rien : elle ne fait que déplacer le problème et rompre le suivi éducatif. C'est pourquoi je souhaite que l'exclusion devienne exceptionnelle, et que lui soient substituées des mesures d'utilité collective, grâce auxquelles l'élève pourra prendre conscience de son geste et de sa nécessaire réparation. J'ai demandé, à ce titre, que soit désormais utilisée toute l'échelle des sanctions et que soit supprimée l'exclusion de plus de huit jours, dont l'effet est plus néfaste qu'utile.

Pour les élèves très perturbateurs, nous avons décidé la création d'une structure nouvelle : les établissements de réinsertion scolaire. Une dizaine vont s'ouvrir en cette rentrée : ils accueilleront des élèves de 13 à 16 ans qui auront la particularité d'avoir été exclus au moins une fois par un conseil de discipline.

Enfin, il nous faut poursuivre le plan de sécurisation des établissements. Cet axe regroupe tout un faisceau de mesures :

* l'établissement d'un diagnostic de sécurité ; à ce jour, 93 % des établissements scolaires ont réalisé ce diagnostic ;

* le déploiement si nécessaire des équipes mobiles de sécurité : cette année, elles seront d'ailleurs doublées dans les académies les plus concernées par les problèmes de violence ;

* autre mesure, le prolongement du partenariat institutionnel : tous les établissements disposent aujourd'hui d'un correspondant sécurité-école, 4 800 correspondants ont été désignés. Ce partenariat va être accentué pour les 53 établissements les plus sensibles, où sera installé un bureau de policier référent.

Avec cette large palette de mesures, nous avons fait le choix du pragmatisme : nous examinons ce qui pose problème, nous évaluons ce qui marche, et nous agissons en actionnant l'un des multiples leviers désormais à notre disposition. C'en est fini des positions idéologiques qui, au prétexte d'une prétendue hauteur morale, s'interdisent des actions qui ont démontré leur efficacité. Pour être pleinement efficace, il faut s'adapter à la situation de chaque établissement et travailler sur la coopération étroite de tous les personnels concernés, équipe éducative, policiers, juges et par la responsabilisation des parents.


Mesdames et Messieurs,

En cette période difficile pour beaucoup de Français, notre société a plus que jamais besoin d'École. Car le savoir, les compétences que l'on y acquiert et qui se concrétisent par l'obtention d'un diplôme sont les meilleures armes anti-crise. Mais, précisément, dans cette société de la connaissance, nous avons besoin d'une École qui soit en mesure d'évoluer, d'innover, d'expérimenter pour mieux répondre à sa mission : assurer la réussite de chaque élève. D'une École capable de s'adapter en permanence aux besoins des élèves qui lui sont confiés. Car, si j'ai une conviction, c'est que notre École a moins besoin de "grand soir" que de petits matins quotidiens. Ces petits matins qui permettent d'apporter des réponses pertinentes à la singularité des questions qui se posent sur le terrain, sur chacun des territoires éducatifs de la République.

Il y a un an, quasiment jour pour jour, je vous annonçais l'ouverture de deux chantiers majeurs : la réforme du lycée et celle de la formation des enseignants. En cette rentrée, voilà leur mise en oeuvre désormais effective. Cette nouvelle rentrée scolaire est donc à mes yeux le meilleur reflet de cet esprit de changement qui doit nous mobiliser et nous inciter à toujours mieux faire. Vous pouvez compter sur mon engagement de tous les instants pour oeuvrer à l'amélioration du premier service public de notre pays. Celui auquel nos compatriotes confient ce qu'ils ont de plus cher : leurs enfants.

Je souhaite une excellente rentrée scolaire à tous les élèves et à tous les personnels de l'Éducation nationale.


Source http://www.education.gouv.fr, le 1er septembre 2010

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