Interview de M. Patrick Devedjian, ministre en charge de la mise en oeuvre du plan de relance, à Radio Classique le 13 septembre 2010, sur les perspectives de remaniement gouvernemental et sur la polémique à propos de la circulaire du 5 août sur les Roms. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, ministre en charge de la mise en oeuvre du plan de relance, à Radio Classique le 13 septembre 2010, sur les perspectives de remaniement gouvernemental et sur la polémique à propos de la circulaire du 5 août sur les Roms.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance;

ti : G. Durand.- Bonjour P. Devedjian.
 
Bonjour.
 
Bienvenue sur l'antenne de Radio Classique. Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que ce remaniement qu'on attend et qu'on attend est en train de transformer la majorité en un monde chabrolien ?
 
Je crois que c'est très largement exagéré.
 
...Où tout le monde se tire dessus ?
 
Mais non ! Dans la majorité ?
 
Hmmm !
 
Non, je voyais ça dans l'opposition, moi.
 
Ah, carrément la guerre, là, ce week-end ! Le secrétaire général du Parti communiste a demandé une « guerre citoyenne » contre le président de la République.
 
Oui ! On n'a pas peur des mots et ni du ridicule dans l'état où est le Parti communiste, hein ! Enfin, ils essaient de mobiliser. Ils ont trouvé un homme nouveau, Monsieur Laurent. Enfin, je ne vois pas beaucoup de perspectives à tout ça.
 
Mais, est-ce que vous n'avez pas le sentiment que le climat du moment - c'est une réflexion politique - est lié peut-être à un remaniement qui a été annoncé trop avant et qui tarde à venir puisque le président de la République laisse entendre que ça pourrait n'intervenir qu'au mois de novembre ? Est-ce que ce n'est pas trop long ?
 
Mais, attendez ! La fonction ministérielle est toujours instable. C'est amusant de découvrir ça. On voit d'ailleurs régulièrement des ministres qui sont contraints de démissionner parce qu'il y a un évènement politique qui a bouleversé la donne. On n'est pas ministre pour faire carrière, quand même. C'est amusant de croire qu'on a un droit à être ministre.
 
C'est-à-dire la politique c'est un métier, P. Devedjian.
 
Ca veut faire pleurer qui tout ça ?
 
Non, non, mais je n'ai pas dit que ça faisait pleurer, je dis simplement que le fait qu'on ait annoncé ça avant l'été et que ça n'intervienne qu'au mois de novembre, est-ce que ce n'est pas trop long pour une cohésion, pour une dynamique ?
 
Moi, je trouve assez bien que des ministres, si tant est qu'ils aient été dans cet esprit, comprennent que leur fonction est précaire et qu'elle est toujours précaire, et que c'est le fonctionnement même de la démocratie qui l'exige. Et donc, on n'a pas un droit à demeurer ministre pour une période indéterminée ou déterminée. Quand on est ministre, on peut s'attendre à partir le lendemain matin.
 
Oui, mais on cherche un souffle nouveau du côté du président de la République.
 
Ah, ça, c'est autre chose.
 
Donc, le fait d'attendre, d'attendre, d'attendre, ça retarde le souffle.
 
Ah ben, je ne sais pas ! Dans les feuilletons, ça fait du suspens et finalement souvent c'est une technique qui est assez bien utilisée par les médias.
 
Vous voulez dire qu'en attendant, finalement, il va voir autour de lui se découvrir des ambitions, des compétences qui n'étaient pas jugées jusqu'à présent ?
 
On les voit déjà ! En réalité, ce que je pense c'est que le président de la République il recherche la nouveauté. Il recherche- vous avez raison de dire nouveau souffle dans l'expression de la majorité - donc ces personnes qui incarnent ça, un équilibre. Peut-être ne veut-il d'ailleurs pas se limiter au Gouvernement. On a parlé de remaniement même du Palais de l'Elysée, on a parlé même du parti majoritaire. Donc, il veut peut-être donner une dimension importante à une nouvelle donne, avec des idées nouvelles. C'est intéressant.
 
Mais c'est pour ça que vous vous êtes exprimé un peu contre X. Bertrand en disant que l'UMP était une sorte de Club Med sous sa houlette.
 
Non mais, d'abord l'UMP c'est très difficile, je sais ce que c'est, j'ai été secrétaire général, c'est très difficile.
 
Alors, quand il a entendu ça, ça n'a pas dû lui faire plaisir, quand même.
 
Oh, écoutez, ce n'est pas... X. Bertrand ?
 
Oui.
 
Ben non, ça ne lui a pas fait plaisir, mais quand j'étais secrétaire général, il n'a pas ménagé ses critiques non plus. Moi, je les ai bien prises, alors donc il faut qu'il arrête.
 
Mais ça voulait dire quoi, fondamentalement, dans votre esprit ?
 
Ben, ça veut dire que... Dans mon esprit, c'est très simple, et d'ailleurs j'ai toujours eu ce débat au sein de l'UMP, ça veut dire que l'UMP doit accepter de prendre des risques dans le débat et d'ouvrir des controverses et non pas d'être seulement la brigade des applaudissements en appui du Gouvernement et de sa politique. Le rôle de l'UMP ce n'est pas seulement soutenir le Gouvernement, constituer une majorité et le faire au Parlement. Regarder J.-F. Copé ce qu'il fait à l'Assemblée nationale : d'une part, il soutient le Gouvernement sans faille, il ne manque pas de soutien dans les fautes, mais en même temps il fait naître des débats, des controverses. Alors, parfois ça tiraille, parfois ça critique et c'est plus ou moins bien pris, mais ça fait vivre. Et la majorité est vivante. Et l'UMP, le parti lui-même, moi j'ai toujours essayé de faire ça, alors quand j'ai fait ça - j'avais fait ça sur les 35 heures par exemple - il y a des tiraillements, il y a des gens qui rouspètent, mais ce n'est pas grave parce que nous animons le débat. Au lieu de quoi, si on ne fait que répéter ce que dit le Gouvernement ou le président de la République, simplement de répéter, eh bien l'opinion se désintéresse.
 
Donc, Copé à l'UMP, par exemple, ça vous intéresse.
 
Non, non, je parle de la méthode.
 
D'accord, mais...
 
... ce n'est pas à moi de choisir, c'est le président de la République qui choisit le secrétaire général de l'UMP.
 
Mais, je parle à vous, moi, et pas au président !
 
Eh ben, je vous, mais je l'accepte.
 
Mais est-ce que ça vous intéresse Copé à l'UMP, par exemple ?
 
Ce qui m'intéresse, c'est le travail que Copé fait à l'Assemblée nationale.
 
Donc, ça vous intéresserait aussi à l'UMP.
 
Ce n'est plus des godillots, voilà.
 
Donc, ça vous intéresserait aussi à l'UMP ?
 
Oui, oui.
 
Mais vous pouvez le dire, ce n'est pas...
 
Non mais, ce n'est pas ça.
 
Ce n'est pas une révélation tellement scandaleuse...
 
... il serait un très bon secrétaire général de l'UMP, il n'y a pas de doute à cela, mais il faut aussi continuer à faire le travail qu'il fait et qu'un autre peut-être ne ferait pas aussi bien à l'Assemblée nationale.
 
Alors, je rappelle que vous êtes chargé de la Relance au Gouvernement, on va en parler, qu'on va commenter les principales déclarations politiques de la matinée sur les radios et télévision, c'est la marque de Radio Classique. Je voudrais quand même vous poser une petite question que beaucoup de gens se posent : on garde ou on vire Fillon d'après vous ? La formulation est abrupte, elle est un petit peu chabrolienne, c'est la matinée, mais votre sentiment...
 
...oui, et elle est surtout un peu binaire !
 
Oui ?
 
Mais, non, d'abord c'est un excellent Premier ministre, qui a le grand avantage de compléter le Président. C'est une expression, une sensibilité qui est différente et qui avec lui constitue un tout qui vraiment fonctionne bien, un peu d'ailleurs comme fonctionnaient Pompidou et de Gaulle. Il y avait une complémentarité...
 
...mais l'opinion veut le garder, si on croit les sondages.
 
...on a une complémentarité aujourd'hui.
 
L'opinion veut garder F. Fillon, notamment une grande partie des électeurs de droite. Et est-ce que, justement, c'est la marque de la nouveauté que vous souhaitiez tout à l'heure ? Est-ce que le président peut faire une deuxième partie avec F. Fillon ou ce sera le nouveau ?
 
Je pense que le Président cherche le renouveau pour créer cet élan dont on parlait et dans ce cas-là il sera amené à changer de Premier ministre, oui, mais c'est son choix, c'est à lui de faire ces choix fondamentaux.
 
Y compris si l'électorat de droite est favorable à Fillon ?
 
Ce n'est pas le... enfin, on n'est pas Premier ministre par sondages, non plus. Le Premier ministre il est désigné par le président de la République en fonction de la stratégie que le président de la République a élaborée.
 
Alors, je voudrais qu'on écoute les principales déclarations de la matinée. France 2, E. Besson, 07 h 53, il revient sur cette fameuse circulaire qui est attaquée par la gauche et contestée au niveau européen, donc sur les Roms. (Extrait interview E. Besson - France 2). Je voudrais qu'on écoute maintenant F. Bayrou, France Info, 08h22. (Extrait interview F. Bayrou - France Info). Voilà ! Donc, les deux principales déclarations sur cette fameuse circulaire. Alors, est-ce que vous n'avez pas le sentiment à partir du moment où il y a quelques petites améliorations sur le front de l'économie, qu'il s'agisse justement de la croissance, parce que c'est votre domaine l'économie, et le chômage, est-ce qu'il fallait vraiment s'embarquer dans cette histoire de Roms ?
 
Mais, je pense qu'on a fait aussi monter la mayonnaise inconsidérément.
 
Ben, le discours de Grenoble c'est le président de la République. Ce serait lui l'auteur de la mayonnaise ?
 
Qu'est-ce qu'il dit dans le discours de Grenoble, le président de la République ? Il dit, il y a cette phrase, il dit : « bienvenue aux Roms en France sur des aires légales ». Il n'y pas la chasse aux Roms. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
 
La circulaire demande clairement qu'on évacue tous les camps illégaux.
 
Ah ben, et alors ?
 
 Et donc, désigne les Roms dans une circulaire...
 
Ah bon !
 
Non mais, on désigne les Roms dans une circulaire étatique.
 
C'est écrit le mot « Roms » dans la circulaire ?
 
Ben, clairement !
 
Le mot « Roms » est écrit ?
 
Non, le mot « Roms » n'est pas écrit mais c'est...
 
Ah bon ! Alors, c'est vous qui faites l'amalgame, là, en ce moment...
 
... non, non, pas du tout !
 
... en m'expliquant qu'en évacuant les camps illégaux on s'attaque aux Roms. Donc, pour vous, les camps illégaux c'est nécessairement des Roms. C'est vous qui le dites !
 
Ben, c'est en tout cas interprété comme ça par...
 
Ah ben, alors, donc les camps illégaux, il faut les accepter, il faut les maintenir ?
 
Non, je n'ai pas dit qu'il ne fallait les accepter.
 
Bon ! Peu importe ceux qui sont dessus. Ce qui serait odieux et inacceptable c'est qu'on dise « il faut chasser les Roms ». On dit : « il faut expulser les camps illégaux », vous trouvez ça anormal de faire respecter la loi ? C'est la loi. Il n'y a personne qui n'ait été expulsé sans une décision de justice. Il ne faut pas exécuter les décisions de justice, alors ? Eh ben, dites donc, singulière République !
 
Non mais, personne ne dit ça ! Les gens considèrent que ce n'était peut-être pas une opportunité - c'était le sens de ma question - considérable dans un contexte économique qui s'améliore de mettre l'accent là-dessus étant donné que tous les sondages qui viennent d'intervenir montrent que ce n'est pas la priorité des priorités des Français.
 
Je vous accorde que ce n'est pas la priorité des Français et que l'économie, à mon avis, a beaucoup plus d'importance, et que la question des retraites, par exemple, est beaucoup plus décisive sur notre avenir. Cela dit, malgré tout, on est dans une situation assez anormale. Je veux dire, il y a des décisions de justice qui sont rendues, elles ne sont pas exécutées. Ce n'est pas un bon fonctionnement de la République. Mais je trouve que là, cette affaire de la circulaire sur laquelle vous mettez le doigt, l'amalgame ce sont ceux qui disent que ça désigne les Roms. Je n'ai pas cru comprendre, je ne suis pas destinataire non plus de la circulaire, mais je n'ai pas cru comprendre que les Roms étaient désignés comme tels.
 
Non mais, ils ne sont pas désignés...
 
... donc, c'est vous qui dites que tous les camps illégaux sont des camps de Roms. Ca, c'est assez odieux de dire ça !
 
Non mais, P. Devedjian, vous êtes malin, vous avez compris ce que je voulais dire. Merci. Voilà ! Votre remarque est justifiée sur le plan de la précision.
 
Oui !
 
Mais les arrière-pensées de cette...
 
... mais vous aussi vous êtes malin mais vous faites des amalgames, là. Ou en tous les cas, vous voulez... retraduisez.
 
D'accord. Alors, est-ce que vous considérez que politiquement c'était nécessaire ?
 
Ce n'est pas la priorité mais c'est aussi bien de faire respecter les lois de la République et les décisions de justice, quand même.
 
Et est-ce que c'est une bonne opération pour l'image du président de la République qui va, justement, dans les mois qui viennent avoir une stature internationale plus importante, des responsabilités internationales plus importantes, alors qu'il est très critiqué à l'étranger, même si les sondages montrent qu'une grande partie des Français l'approuvent ici ?
 
On est au bal des hypocrites, parce que l'Europe entière expulse ceux qui sont installés illégalement sur les territoires. Quant à l'Union européenne, elle donne des crédits très importants...
 
... un milliard.
 
... à la Roumanie pour l'intégration des Roms en particulier, et on n'en voit pas beaucoup le résultat.
 
Où en sommes-nous, ce sera ma dernière question, P. Devedjian, concernant justement le plan de relance du Gouvernement, c'est-àdire est-ce qu'on a bouclé définitivement l'affaire, ou est-ce qu'il reste encore de l'argent à distribuer ?
 
Non, on a fini, il reste des queues de cerises. On a investi 38 milliards et c'est un très grand succès. La France a eu en 2009 la plus petite récession de l'ensemble du monde développé, de l'OCDE, de l'Europe. On a fait -2,5. L'Allemagne avec laquelle on aime se comparer, en 2009, elle a fait -4,9 ; et la Grande-Bretagne, -4,6. Donc, nous avons fait le meilleur résultat de tout le monde, et ça nous aide pour 2010.
 
Est-ce que ça veut dire qu'il y aura un développement, justement, de ce plan ? On s'arrête là ou est-ce qu'il est possible que, justement, il puisse y avoir encore un appel de fonds et d'autres priorités désignées ?
 
Non, il n'y aura pas d'appel de fonds. Il y a le grand emprunt qui va jouer son rôle pour gagner des points de croissance, mais il faut voir que maintenant on n'est plus en récession, on est en croissance, pas une grosse croissance, on va faire 1,5, bon. 1,5. Mais c'est une croissance, on était en récession. Si vous faites le calcul, -2,5 en 2009, +1,5 en 2010, ça fait quatre points.
 
Et dernière question, puisqu'il faut toujours en rajouter une : la régulation par le comité de Bâle ce week-end qui demande aux banquiers d'augmenter leurs fonds propres de 2 à 7 %, est-ce que vous considérez que c'est une bonne chose, justement, pour la stabilité de l'économie dont vous avez partiellement la charge en France ?
 
C'est une bonne chose mais il faut manier ça avec beaucoup de précautions parce que ça peut avoir un effet récessif.
 
C'est-à-dire ?
 
Les banques vont devoir geler de la liquidité pour pouvoir les avoir dans leur bilan, et ce faisant, évidemment, c'est de l'argent qui ne va pas s'investir dans l'économie.
 
Merci P. Devedjian d'avoir été l'invité de Radio Classique ce matin.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 septembre 2010

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